Eaux ferrugineuses de Forges, la Spa française (Seine-Inférieure)

De
Publié par

A. Duquesne (Paris). 1872. In-18, 82-VIII p., carte sur la couv..
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : lundi 1 janvier 1872
Lecture(s) : 24
Source : BnF/Gallica
Licence : En savoir +
Paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique
Nombre de pages : 83
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Dr CH. THOMAS-CARAMAN
LES EAUX FERRUGINEUSES
DE
La SPA FRANÇAISE
(SEINE-INFÉRIEURE)
PARIS
LIBRAIRIE UNIVERSELLE D' ALFRED DUQUESNE
16, RUE HAUTEFEUILLE, 16
1872
TYPOGRAPHIE DE ROUGE, DUNON ET FRESNÉ
43, RUE DU FOUR-SAINT-GERMAIN
Dr CH. THOMAS-CARAMAN
LES EAUX FERRUGINEUSES
DE
LA SPA FRANÇAISE
(SEINE-INFÉRIEURE)
PARIS
LIBRAIRIE UNIVERSELLE D'ALFRED DUQUESNE
16, RUE HAUTEFEUILLE, 16
1872
LES EAUX
AVANT-PROPOS
Les loisirs que je dus forcément à la Com-
mune me permirent de faire ample connais-
sance avec les eaux de Forges, et d'apprécier
toutes leurs merveilleuses qualités.
On peut dire que ses sources fournissent
les meilleures eaux ferrugineuses de toute la
France. Dans un récent travail, publié par la
Gazette hebdomadaire, en octobre dernier, elles
occupent le premier rang. Comment expliquer
l'état d'abandon relatif de cette station sans
rivale à l'étranger ?
Nous sommes le- peuple le plus inventif, le
mieux doué, le plus civilisé, le plus spirituel,
si vous voulez, mais, au lieu de nous servir de
nos ressources, nous les dédaignons, nous nous
refusons à les mettre en valeur pour la plus
grande gloire de nos voisins.
Comparez en effet la splendeur de Spa à la
médiocrité de Forgés, et vous serez saisis d'ë-
tonnement lorsque vous apprendrez qu'une sta-
tion possédant des eaux minérales aussi utiles
que celles de la reine de la Belgique, fréquen-
tée jadis par les rois de France et les person-
nes les plus élevées en dignité et en fortune,
voit chaque année un petit nombre de bu-
veurs. '
Depuis trente ans, il est vrai, une révolution
— VII —
considérable a eu lieu dans les villes d'eaux.
Les chemins de fer ont diminué les distances,
de puissantes compagnies se sont fondées, des
villes nouvelles se sont élevées comme par en-
chantement; enfin,.on a comme enguirlandé de
couronnes de fleurs, de verdure, de villas, de
théâtres et de palais les chastes naïades des
fontaines de la déesse Hygie,
Au milieu de ce tourbillon, qui transformait
tout, Forges est restée calme et impassible, se
contentant ou à peu près, pour ceinture dorée,
de sa vieille renommée.
Ainsi s'explique l'état stationnaire de cette
charmante petite ville, dont les environs et le
paysage accidenté rappellent les frais vallons
de l'Helvétie. Il faut avouer aussi que les.
moyens de transport étaient peu commodes.
Aujourd'hui, toutes ces causes de déchéance
ont complètement disparu. Forges-les-Ëaux
(Seine-Inférieure), qu'il ne faut pas confondre
— VIII —
avec Forges-les-Bains, a une station sur la
nouvelle ligne de Paris à Dieppe qui sera inau-
gurée dans un mois. Forges est donc à trois
heures et demie environ de la capitale.
Une nouvelle ère de splendeur va se. lever
petit à petit pour cette ville d'eaux. Malgré le
peu de temps qui reste, avant l'ouverture de la
saison, des améliorations notables vont être
faites, surtout au point de vue des plaisirs du
soir.
Il est certes agréable de contempler les belles
et toujours vertes prairies du pays de Bray, de
faire des promenades dans le beau parc de l'é-
tablissement et d'entendre le doux ramage des
hôtes du bois qui vous invitent au sommeil.
Ces chastes plaisirs contribuent beaucoup à ra-
mener dans l'âme et le corps l'apaisement et
— IX —
le repos; mais, au bout de quelques jours,
cette vie monotone pèse un peu.
Je me suis encore laissé dire que l'année
prochaine, le temps ne faisant plus défaut, de
nouvelles et plus importantes améliorations
seront introduites dans tous les services de
l'établissement.
Avec tous ces éléments de succès, il est cer-
tain que Forges reprendra peu à peu le rang
que l'incurie et l'inertie de ses anciens pro-
priétaires, heureux de voir leurs petits divi-
dendes monter à un chiffre respectable, lui
avaient fait perdre.
Avec la nouvelle ligne de Paris à Dieppe, un
malade intelligent, ayant deux mois à dépenser
pour se rétablir, viendra passer un mois à For-
ges, et ira terminer ses vacances à Dieppe,
Fécamp, Trouville, Étretat. De Forges comme
centre, on rayonne en effet sur toutes ces villes
charmantes, dont la plus éloignée est à quinze
ou vingt lieues au plus de la Reinette du pays
de Bray.
Me sera-t-il permis de dire enfin, qu'il y au-
rait un certain intérêt patriotique pour les mé-
decins à prescrire les eaux de Forges de pré-
férence, dans bien des cas, à celles de Spa,
qui doit une bonne partie de sa réputation à
ses jeux et aux plaisirs qu'on y trouve, et cela
pour ne pas voir émigrer chez les étrangers,
et faire leur bonheur, des sommes d'argent
fort respectables. Quant aux petits gras, à ces
hommes qui ne vivent que d'indifférence, ils
continueront à suivre la mode, et à porter à la
roulette de Spa et à ses courtisanes leur or et
ce qu'ils appellent leur coeur.
PREMIERE PARTIE
Le Passé.
Larouvière, médecin de Louis XIV en 1699,
dans son Nouveau système des eaux minérales de
Forges, dit :
« Forges est un village du pays de Bray/
en Normandie, situé dans un lieu assez élevé
entre Rouen, Dieppe, Amiens et Beauvais :
l'air y est sain et tempéré, les maisons y sont
très-commodes pour loger les malades qui y ar-
rivent tous les ans de toutes parts ; et l'on y trouve
pendant la saison des eaux tout ce qui est néces-
-12 —
saire â la vie. Le nom de Forges vient, au rapport
de J. Duval, docteur en médecine, de la quantité
de forges qu'on avait autrefois fait construire
dans ce territoire, lesquelles subsisteraient encore
par la commodité de plusieurs petits ruisseaux
qui arrosent le pays, et des bois qui l'environnent
de tous côtés, si la glèbe, ou matière de lamine,
se fût rencontrée assez abondante, compacte et
de la solidité qu'elle doit être pour en tirer du
bon fer.
« On y voit plusieurs sources d'eaux minéra-
les qui prennent leurs cours suivant la pente des
lieux par où elles s'écoulent: il y en a trois
entre autres dont les malades boivent, qui s'unis-
saient autrefois dans les terres et n'avaient qu'une
même issue que l'on nommait la fontaine de Jou-
vence.
« Ces trois sources ont chacune un nomparticu-
lier, deux desquelles ont été vraisemblablement
ainsi appelées depuis le séjour que le roi
Louis XIII, d'heureuse mémoire, et la reine son
épouse firent à Forges en 1632. Le nom de la
Cardinale fut peut-être donné à la troisième parce
— 13 —
qu'elle fut jugée convenable à feu M. le cardinal
de Richelieu qui était du voyage.
« Chaque fontaine est revêtue d'une seule pierre,
qui en fait le bassin ; celle de la Cardinale qu'on
rencontre la première a un demi-pied de profon-
deur sur un pied et demi de longueur et de
largeur, éloignée de.huit pieds de celle de la
Royale ; celle-ci a neuf pouces de profondeur, un
pied et demi-de large et trois de long. Le bassin
de la Reinette qui est à côté est à peu près
comme celui de la Royale. Chaque source coule
également l'été et l'hiver; on ne s'aperçoit
d'aucune . diminution de leurs eaux dans les plus
grandes sécheresses ni d'aucune augmentation
dans leur volume par les grandes pluies. »
Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'époque
de la découverte de ces sources.
Une tradition locale peu solidement établie
veut que la reine Blanche d'Évreux, veuve de
Philippe de-Valois, morte en 1350 soit venue
prendre les eaux de Forges.
Une autre tradition dit que la découverte de
ces eaux serait due à la guérison d'un cheval
abandonné dans ces parages par les moines de
— 14 —
Beaubec, et qui aurait recouvré la santé .après
être venu pendant quelque temps s'y désaltérer,
ce qui aurait attiré l'attention sur leurs proprié-
tés.
En 1548 les habitants du pays (ceci est un fait
avéré) eurent leur attention fixée sur les eaux de
Forges, « moins comme sources . minérales que
comme un baromètre naturel indiquant les
changements du temps d'une manière certaine,
grâce à un phénomène assez extraordinaire pour
attirer la curiosité d'hommes vulgaires et des
physiciens. Il consiste en ce que, chaque fois
qu'il doit arriver quelque orage ou quelque
changement de temps, soit qu'il passe de
l'humide au. sec ou du sec à l'humide, un jour
ou deux d'avance, cette source dont l'eau est
très-limpide, dévient trouble, jaune et bour-
beuse, au point qu'elle est très-dégoûtante à
l'oeil ; comme aussi la première heure après le
lever du soleil et celle après son coucher, elle
charrie une plus grande quantité de flocons
jaunâtres qui, desséchés, sont attirables par
l'aimant. »
Ce phénomène est d'autant plus surprenant qu'il
— 15 —
ne se présente qu'à la source la Reinette; les deux
autres, bien que très-voisines, n'en participent
nullement (1). »
Barthélémy Linand, médecin du dix-septième
siècle, rapporte que M. de Verenne, chevalier des
ordres du roi, un jour de l'an 1573 « s'étant
fatigué à la chasse et ayant rencontré une source
qui répandait ses eaux dans un taillis fort agréable,
s'arrêta, sur ses bords pour s'y rafraîchir et y
dîner ; mais à peine eut-il goûté des eaux de cette
source qu'il s'aperçut qu'elles causaient une odeur
et un goût de fer. Aussi, sans trop se mettre en peine
d'en faire une exacte anatomie, pour en mieux faire
connaître la nature et les vertus, il s'imagina qu'el-
les étaient semblables à celles de Spa, qui ont tou-
jours passé pour ferrugineuses vitrioliques. C'est
pour cela qu'il en fit porter à M. de. la Magler
qui en buvait de celles-là- au château d'Arbuf à
deux lieues de Forges. Et ce seigneur se trouva
aussi bien, dit un auteur, de l'usage de ces eaux
(1) Je ferai observer que ce phénomène, dont la plupart
des auteurs, font mention, n'offre plus cette périodicité indi-
quée clans leurs ouvrages sur les eaux minérales.
(Note du Dr Caulet.)
— 16 —
qui se trouvaient dans son voisinage que de prendre
celles de Spa qu'il faisait venir de bien loin. »
De ce moment date la réputation des sources,
réputation qui s'étendit bien vite au loin. Julien
Paumier, médecin du roi vers 1580, fit faire
de grands fossés autour de la fontaine de Jouvence
pour empêcher les eaux pluviales de la troubler.
Les praticiens de Paris, les médecins de la Faculté
se mirent à envoyer leurs malades. Le bruit des
cures opérées se répandit au loin à tel point
que Jacques du Val, dans son Hydro-thérapeuti-
que publiée en 1603, note que, de son temps, on
venait les prendre de plus de cinquante lieues. En
1607, Pierre le Grousset, médecin du prince de
Conti, dit qu'il s'est rendu pendant plus de dix*
années de suite à Forges, « pour y soigner
MM. les buveurs qui venaient, avec grande
affluence, de plus de cinquante lieues de loin ».
Cinquante ans après la découverte des sources,
Forges était devenu un endroit de plaisir et de
repos lorsqu'en 1607 un violent incendie consuma
toutes les maisons neuves et coquettes, bâties
tout exprès pour les dames de la cour.
Forges sortit de ses ruines et retrouva ses
— 17 —
richesses ; on lit en effet dans Gabriel Dumoulin
que « les Normands n'ont aucun besoin d'aller,
aux eaux de Spa ou de Pougues, puisqu'ils ont
celles de Forges-en-Bray où les princes et les
dames de la cour viennent tous les ans boire, pour
se remettre ou se maintenir en bonne santé ».
Vers 1631 environ, Jacques Cousinotconseilla les -
eaux de Forges à Louis XIII. Il composa même
à ce sujet un discours spécial, sorte d'instruction
générale touchant les nature, vertus, effet et
usage de l'eau minérale de Forges.
Le roi, la reine Anne d'Autriche, le cardinal
de Richelieu, la cour arrivèrent à Forges le
21 juin 1632. Jean Claveret composa pour l'occa-
sion une fort mauvaise comédie ayant pour titre :
les Eaux de Forges. Cette pièce fut jouée dans
une salle du couvent des RR. PP. Capucins, par
une troupe d'excommuniés venus de Paris. Tant
il est vrai de dire, qu'il est avec le ciel des accom-
modements.
Le roi resta un,mois à Forges, la reine plus
longtemps ; néanmoins le roi continua à boire de
ces eaux ainsi que toute la cour. Richelieu se
guérit d'une gravelle qui avait fort ébranlé sa
— 18 —
santé; enfin, en 1638, Anne d'Autriche donna le
jour à celui qu'on appela Louis XIV. Dès lors
l'usage de ces eaux fut prescrit pour vaincre la
stérilité.
Toute l'élite de la France pendant la seconde
moitié du dix-septième siècle se rendit à Forges.
Louis XIV y envoyait chaque année ses comédiens
qui y jouaient les pièces de Molière toujours
chez les RR. PP. Capucins.
Parmi les hauts personnages qui visitèrent
Forges dans la suite, nous- trouvons : Anne-Ma-
rie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier,
la grande Mademoiselle. Cette princesse raconte
dans ses Mémoires, qu'en arrivant à Forges, vers
quatre heures du matin, elle trouva « force bu-
veurs, que le bruit de sa venue avait éveillés
plus tôt que de coutume, quoique celle de Forges
fût de se lever matin». Elle y rencontra la com-
tesse de Noailles, madame d'Estrades, la duchesse
de Longueville, etc.
En 1726, vint la marquise de Prie, connue
par ses relations avec le duc de Bourbon.
En 1733, la duchesse de Bourbon; en 1749, le
grand dauphin et la dauphine. A la suite de ce
— 19 —
voyage et des voyages successifs, il leur naquit
une princesse d'abord, puis ensuite quatre princes,
qui furent le duc de Berry, mort jeune, Louis XVI,
Louis.XVIII et Charles X.
En 1772, la duchesse de Chartres, fille du duc
de Penthièvre, depuis duchesse d'Orléans. Mariée
depuis trois ans, elle n'avait pas encore d'en-
fants. Le 6 octobre 1773, elle mit au monde-un
fils, qui fut le roi Louis-Philippe.
Dans le nombre des personnages importants
venus à Forges pour réclamer la santé à ses
■ eaux, je citerai le maréchal de Bassompierre, la
princesse de Carignan, madame de Sévigné (un
vieux chêne, près des sources, porte le nom d'Arme
de madame de Sévigné) ; mesdames de Genlis,
du Deffant et le'maréchal de Richelieu, Voltaire
(il y a écrit, dit-on, pendant son séjour, le
VIe chant de la Henriade, la comédie de Y Indis-
cret). Plus tard vinrent Napoléon, alors premier
consul, accompagné de la future impératrice
Joséphine ; puis Benjamin Constant, madame de
Staël, le marquis de Gallo, le marquis de Som-
mariva, d'Aligre, etc., etc. On peut dire, sans
fatuité, qu'il n'est pas de personnage remarquable
—20 —
aux dix-septième et dix-huitième siècles qui n'ait,-
pour ainsi dire, payé son tribut à la mode en fai-
sant le voyage de Forges.
Après ces époques de vogue et de splendeur,
sont venus des jours d'abandon et d'oubli. Il y a
plusieurs causés de-cette décadence. On jouait
beaucoup à Forges.
En 1770, le maréchal d'Estrées ayant aperçu
quelques escrocs faisant des dupes, les chassa et
défendit les jeux. Vers la fin de ce siècle, Forges
perdit son salon public aux capucins. On vendit
leur établissement comme bien national. C'était
là que les étrangers se rassemblaient en public
et qu'ils allaient se distraire. Aujourd'hui, faute
de ce secours, la plupart s'ennuient et abrègent
autant que possible leur séjour.
La famille de Montmorency vendit plus tard
les sources à un propriétaire qui ne fit rien pour
ramener les visiteurs, lesquels, se voyant né-
gligés, allèrent chercher ailleurs le plaisir et des
amusements. Spa, dirigée par des hommes plus
intelligents, hérita alors d'une grande partie de
la clientèle de Forges. Là finit le passé.
Régénération. — État actuel. — Avenir.
Cette période commence au docteur Cisseville.
Grâce a, son dévouement et à son zèle infatigables,
de nombreuses et importantes améliorations ont
été réalisées. Une compagnie s'est formée clans
le pays; elle a fait l'acquisition des sources, une
construction nouvelle, en harmonie avec sa des-
tination, a remplacé d'incommodes et insalubres
bâtiments; une grande prairie, dépendant de la
propriété acquise, a été desséchée et convertie en-
un jardin où sont dessinées de jolies promenades,
en même temps qu'un hectare de terre boisée,
dépendant de l'ancienne forêt de Bray, a aug-
menté l'étendue et l'agrément du parc, traversé
par l'Andelle. L'établissement actuel est complet,
rien n'y manque : appareils balnéaires, salles de
réception, de billard, salle de bal, servant à l'oc-
casion de -salle de spectacle et de concert, riche
bibliothèque. Ces efforts ont été couronnés de
succès !
Près de deux cents malades de vrais ma-
lades, plus soucieux de leur santé que des
plaisirs bruyants, fréquentent annuellement l'é-
tablissement. Bientôt viendra le tour des visi-
teurs touristes. L'ouverture récente du chemin
de fer d'Amiens à Rouen a déjà fait sentir son
heureuse influence. Avant, on pouvait dire que
Forges, à vingt-huit lieues à peine de Paris, en
était plus éloignée que Spa, la ville étrangère.
Tandis qu'il suffisait de neuf heures pour aller de
Paris à Spa, il en fallait quinze pour arriver à
Forges et quel pénible voyage ! On changeait
jusqu'à trois fois de voiture ! La fatale guerre
de 1870-71 est venue retarder pendant deux ans
le mouvement si progressif de rénovation. Mais,
maintenant, que ne doit-on pas espérer pour
Forges avec la nouvelle ligne directe de Paris à
Dieppe, ayant une station dans cette ville d'eaux ?
Saluons l'aurore des beaux jours de la résurrec-
tion. Une nouvelle impulsion va être donnée et,
en attendant un progrès plus grand, qu'un éta-
blissement rival de Spa soit fondé par une puis-
sante société, de sérieuses améliorations vont
être réalisées cette année, ainsi qu'il en a été fait
mention clans le petit avant-propos;
Ce sera, si l'on veut, la deuxième période de
régénération.
Mais c'est surtout en ce qui touche la publi-
cité, la vente des eaux, des pastilles de crénate
faites avec soin, délicatesse, mignardise même,
qu'une révolution radicale se prépare.
Lorsqu'on possède, dirai-je en finissant, des
eaux d'une puissance, d'une énergie aussi univer-
sellement reconnue, c'est presque un crime de
lèse-patrie, surtout dans ces tristes jours de
deuil et de misère, de laisser chaque année une
certaine partie de nos capitaux s'enfuir à l'é-
tranger.
L'avenir, je l'ai déjà dit et le répéterai en deux
lignes :
C'est la création prochaine d'une riche société
qui poursuivra avec ardeur le but patriotique de
créer, avec les éléments de succès de Forges, une
facile rivale à Spa. Que faut-il pour cela? Des
théâtres, des palais, on en bâtira; Spa, tes beaux
jours son passés, ou du moins il faudra compter.
24
Forges et ses environs.
Quand j'aurai répété que Forges est à 28 lieues
de Paris, qu'il faut bien se garder de confondre
cette charmante petite, ville avec Forges-les-
Bains (Seine-et-Oise), dont on n'a jamais pu
s'expliquer la raison d'être comme station ther-
male, puisque ses eaux ne sont ni sulfureuses, ni
alcalines, ni ferrugineuses, ni iodo-bromurées,
ni arsenicales, ni salines, rien que: de l'eau très-
ordinaire (elle n'est même, pas mentionnée dans
les livres,d'eaux); quand j'aurai ajouté qu'il y a
1,800 habitants et.toutes les autorités et le per-
sonnel administratif que comporte un chef-lieu
de canton, que l'on peut actuellement loger de
4 à 500 buveurs, le lecteur nie permettra de le
conduire sur les collines de La Ferté et dans les
environs.
On y arrive (aux collines de La Ferté, 6 kilo-
mètres environ) par une suite de petits che-
mins creux, autant de longs berceaux de verdure
— 25 —
formés par l'entrelacement des branches des
haies qui bordent les petites routes de la Nor-
mandie surtout dans la riante'et fertile vallée de
Bray.
Du haut de la colline on découvre un-panorama
splendide comme on en voit seulement en Suisse.
— La Ferté (près de l'église) ressemble à un
mamelon de verdure placé au centre d'un
grand cercle de collines couvertes de prés
toujours verts.
En regardant Forges, les yeux découvrent à
droite et à gauche une immense étendue déval-
ions verdoyants avec leurs troupeaux de boeufs,
vaches et chevaux, semés çà et là de maisons, de
hameaux, de villages dominés par la flèche sou-
vent rustique de la modeste maison du sei-
gneur.
Des hauteurs de Pomereux(4 kilomètres de
Forges), le panorama est moins grandiose mais
plus pittoresque peut-être, et rappelle très-bien
les horizons et les échappées de vue que l'on
admire en allant par le chemin de fer, de Bàle
à Lausanne.
J'ai cité les deux plus beaux sites, mais il y
— 26 —
en a bien d'autres dans un rayon dé deux à trois
kilomètres.
Le pays est plein de souvenirs historiques ; à
chaque pas on rencontré une légende. Parmi les
endroits qui forment le'but ordinaire des excur-
sions des baigneurs, je ne saurais oublier le
Mont-Grippon (si renommé pour son excellent
gibier), les ruines de l'Abbaye de Baubec, le
bois de l'Epinay, la chapelle du Mesnil où se
renouvelle chaque année, au 1er septembre, un
pèlerinage contre la peur et la fièvre ; Catillon,
les châteaux du Fossé, de Riberpré, les hauteurs
de Gaillefontaine, l'église des Noyers, l'antique
monastère du Clair-Ruissel, le magnifique châ-
teau du Héron, Mesnière, etc., etc.
Forges est à 160 mètres au-dessus du niveau
de la mer. La température moyenne dans la belle
saison est de 20 à 25° centigrades. Le bourg de
Forges se trouve particulièrement favorisé ; son
élévation, son heureuse exposition au soleil sur
un coteau qui le garantit des vents du nord, en
font un des endroits les plus agréables et les plus
salubres de la contrée; les brouillards qui se
forment quelquefois en été au moment des plus
— 27 —
fortes chaleurs, le soir après le coucher du soleil,
et s'étendent sur la vallée, n'arrivent jamais
jusqu'à lui.
Sous le rapport des promenades, peu de sta-
tions thermales sont plus abondamment pourvues
et l'on peut, à bon droit, considérer l'ensemble
de ses environs comme un vaste et superbe parc
anglais.
DEUXIEME PARTIE
Le rôle du fer dans l'organisme
humain.
Avant de faire une étude spéciale des sources
(chimique et thérapeutique), je vais exposer en
quelques mots les principes sur lesquels repose
la médication par les substances ferrugineuses en'
générai.
I. — Il est démontré par de nombreuses expé-
riences que le fer entre comme partie consti-
tuante essentielle de la matière colorante du
sang.
— 29 —
M: Lecanu a prouvé que l'hématosine pure'
contient 7 pour 0/0 de fer. En moyenne sur 1/000
grammes.de sang il y a 127 grammes de globules
desséchés, dans lesquels l'hématosine, hémato-
cristalline ou hémoglobine, entre pour 2 à 4
grammes. On concevra donc facilement que les
substances ferrugineuses, si elles sont absorbées,
pourront modifier d'une manière très-notable la
composition, la couleur et les propriétés du sang.
La diminution de la matière colorante, héma-
tosine, entraîne forcément une diminution cor-
respondante de fer. Les substances ferrugineuses
absorbées ont alors pour effet d'augmenter la
matière colorante du sang, l'hématosine et par
conséquent la proportion de globules, qui est en
raison directe du fer et de l'hématosine.
L'hémoglobine contenant 7 pour 0/0 de fer,
il en résulte que sur 1,000 grammes de sang, il
y a 2 a 4 grammes de fer de
gramme, soit de 28 à 56 milligrammes de fer
par kilogramme de sang.
Si l'on évalue en moyenne la masse totale du
sang à 6 ou 7 kilogrammes, la somme des prin-
— 30 —
cipes ferrugineux sera de 196 à 392 milligram-
mes.
Le fer est l'élément indispensable de l'héma-
tosine. C'est à lui que le sang doit sa coloration
plus ou moins vermeille. Sans hématosine les
globules rouges perdent leur forme, ne peuvent
plus remplir leurs fonctions. Le rôle de ces glo-
bules est de axer l'oxygène qui leur est apporté
par la respiration.
L'oxygène étant fixé, ils le portent par la voie
des artères dans toute l'économie. Alors se pro-
duisent la combustion locale interstitielle, les
courants d'assimilation et de désassimilation, la
chaleur animale et les diverses manifestations de
la vie animale et intellectuelle.
L'hématosine du sang sert aussi à former la
bilirubine ou matière colorante de la bile. Dans
la bilirubine il entré une assez grande quantité
de fer.
Quand la bile s'altère, la matière colorante
— 31 —
perd ses propriétés parce que le fer diminue.
Cette altération pathologique a un certain reten-
tissement sur les fonctions digestives. Là bile ne
venant plus impressionner normalement l'épi-
thelium intestinal, il se déclare une forme de dys-
pepsie très-commune, très-rebelle par atonie de
l'intestin.
Il n'est pas un organe important, un tissu qui
ne renferme une certaine proportion de fer,
lequel lui vient tout naturellement du sang.
II. — Lorsque l'on fait usage d'une bonne
préparation ferrugineuse officinale, ce qui est
excessivement rare, on observe les phénomènes
suivants :
1° Une action astringente prononcée sur les
tissus.
2° Une action tonique manifeste plus ou moins
lente suivant les personnes.
3° Chez les personnes en santé, un sentiment
de plénitude et de pléthore sanguine.
Après quelque temps, le sang devient plus
vermeil, le pouls se développe, devient plus fort,
— 32 —
plus fréquent; le teint s'anime, les mouvements
musculaires, ainsi que toutes les fonctions parais-
sent s'exécuter avec plus d'énergie. Ces phéno-
mènes sont surtout évidents chez les individus
affaiblis, d'une constitution molle' et lymphati-
que.
Le docteur Ponrowki (de Saint-Pétersbourg), à
la suite de nombreuses recherches, a démontré
que la température du corps s'élevait d'une ma-
nière sensible ; ce que l'on pouvait déjà prévoir
en se rendant un compte exact du rôle du fer sur
les globules rouges. Cette élévation est parfois
très-rapide : on a pu l'observer au bout de cinq
heures, le plus souvent on la voit survenir len-
tement.
L'élévation de la température est jusqu'à un
certain point proportionnelle à la dose du médi-
cament.
En même temps, conséquence forcée, on re-
marque que la quantité quotidienne d'urée éli-
minée augmente, et, toutes choses égales d'ail-
leurs, le poids du corps s'accroît également.
L'élévation de la température. persiste pen-
— 33 —
dant un temps assez long après la cessation de la
médication.
III. — On a vu (page 29) que, sans fer, la-vie
est impossible.
Bien que la quantité de fer soit minime en
apparence, il n'en est pas moins vrai que, cha-
que jour, il faut qu'il en. passe dans le sang
une nouvelle quantité destinée à remplacer celle
qui a disparu dans les organes où elle a été éli-
minée par les sécrétions et excrétions.
Ce qui domine la médication ferrugineuse, ce
n'est pas la quantité de substance ingérée dans
l'estomac, mais bien celle qui, après absorption,
s'étant rendue dans .la rate, le foie ou d'autres
glandes, va concourir à former l'hématosine,
laquelle est fixée par des globules jeunes qui, à
partir de ce moment, perdent leurs noyaux, de-
viennent rouges, discoïdes et acquièrent la pro-
priété d'attirer de l'oxygène.
IV. — Il importe donc d'étudier le traitement
ferrugineux :

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.