Ébauches poétiques, par M. Léon Guibert

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impr. de David (Paris). 1829. In-12, 34 p..
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Publié le : jeudi 1 janvier 1829
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EBAUCHES
lotnooss,
PAR
iîX. Íion Qbuibert.
AiicL'io son fiittore I
PARIS.
DE L'IMPRIMERIE DE DAVID,
BOULEVARD POISSONNIÈRE, No 6.
1829
A LA MÉMOIRE
DE
BARJAUD DE MONTLUCON,
MORT A DRESDE EN 1813. -
Météore brillant trop tôt éteint, précurseur de cette jeune
École qui a donné à la France les Delavigne, les Hugo et les
de Lamartine ; toi qu'on verrait peut-être marcher à leur tête
dans cette carrière où tu les devanças, si la mort ne t'eût
moissonné à la fleur de l'âge, que ce souvenir d'un ami con-
sole ta cendre !
A MES AMIS.
DEPUIS I8I3, vous le savez, mes chers amis, j'a-
vais, pindariquement parlant, déposé la lyre, et,
jeune nourrisson des Muses, quitté leur lait pour
une nourriture moins délicate sans doute, mais
aussi plus substantielle. En un mot, transfuge du
Parnasse , un peu désert, et pour cause, dans ce mo-
ment-là, j'avais passé à l'ennemi. Rassurez-vous ,
je m'étais laissé embaucher par Plutus, pensant ,
non sans raison, que l'eau du Pactole réconforte-
rait mon estomac un peu délabré par l'usage de
celle de l'Hypocrène, assez insipide d'ailleurs, et
fort claire comme chacun sait. En outre, j'éprou-
vais du dépit : les cordes de cette lyre, que je ve-
e 5 -d
nais Je condamner au silence, n'avaient jusque-là
vibré que pour célébrer un pouvoir dont j'avais
aimé à rêver la dui-ée, mais qui, trahi alors par la
fortune , s'écroulait de toutes parts. Né, pour ainsi
dire, avec le siècle, et en même temps que se fon-
dait ce pouvoir extraordinaire, le culte que je lui
avais voué était un culte d'enthousiasme. La vé-
nalité ne se loge guère dans un cœur de dix-sept
ans. Et qui ne révère pas la gloire à cet âge ? Triste ,
désenchanté, « Plus de vers, me disais-je! » Je le
jurais pensant être sincère. Mais, ô fragilité des
sermens du poète! aujourd'hui me voilà, cédant à
je ne sais quelle secrète influence, rentré dans la
carrière, où, par parenthèse, je vois, à la foule
qui s'y presse et s'y pousse en tout sens, que les
Muses ne sont pas si dédaignées qu'on veut bien le
dire, et que le prosaïsme des circonstances actuelles
pourrait le faire croile. Il est vrai que je les ai quit-
tées naturelles et gracieuses, et que je les retrouve
fort empesées. Mais qu'importe ? Au fond ce sont
les Muses; voilà l'essentiel; et l'on peut encore,
sans être ridicule , en dépit de leur tournure gothi-
que, leur rendre des soins. Les miens, je me hâte
* 6 -0
de le déclarer, car je ne veux exciter la jalousie de
personne , seront sans conséquence. Il est donc bien
entendu, mes chers amis, que, si je me résous à me
faire imprimer de nouveau, c'est pour vous, pour
vous seuls : quant à vous, lecteurs que je n'ai point
le bonheur de connaître, et entre les mains de qui
peut tomber cet opuscule, voulez-vous un bon con-
seil? tenez-vous-en prudemment à cette Préface, et
n'allez pas plus loin. Que si par hasard vous êtes de
ceux que j'ai intéressés aux malheurs de Bertrand et
de Suzette, dans le drame que j'ai donné au théâtre
des Nouveautés, sous le titre des Suites d'un Mariage
de raison (i), oh! alors, allez jusqu'au bout! car
nous nous connaissons déjà un peu, et vous, vous
savez à qui vous avez affaire.
(i) En collaboration avec MM. V. Lhérie, Dartois et
Brunswick.
A mA miIlUL
DANS l'âge heureux où sourit l'avenir,
Où la vie est pleine de charmer,
Atteint d'un mal dont je ne puis guérir,
Triste, souffrant, j'allais finir
Des jours trop tôt voués aux larmes.
Celle qui cause tous mes maux,
Celle que, tour-à-tour, je déteste et j'adore,
Dans les poçipes du monde, et ses plaisirs si faux,
Oubliant mon amour, le mal qui me dévore,
Cherche des hommages nouveaux.
Puisse-t-elle y trouver ce bonheur que j'ignore î
Puisse-t-elle y trouver la paix et le repos !
Que le remords, surtout, ce ver qui ronge l'âme,
Epargne de son front la sereine douceur!
Que ces yeux si touchans où je puisai ma flamme,
Où je crus lire le bonheur,
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Ne se chargent point de nuages
En apprenant ma fin et mon malheur !
Du cœur j'ai connu les orages ;
L'amour, comme la foudre, a sillonné le mien :
Flétri par ses cruels ravages,
Excepté la douleur, il ne ressent plus rien.
Ainsi par des plaintes touchantes,
Trompant la longue horreur des nuits,
J'appaisais de mon sang les ardeurs dévorantes,
Je calmais mes cruels ennuis ;
A mon chevet assise , une mère chérie ,
Pleurant dans ces instans graves et solennels,
Une seconde fois , me redonnait la vie,
Au feu si doux des baisers maternels.
Alors , pour calmer ma souffrance,
Elle me redisait ces chants pleins de douceur,
Ces chants qu'entendit mon enfance,
Et dont j'ai gardé dans mon cœur
L'impérissable souvenance;
Et me pressant entre ses bras ,
D'une voix tendre elle ajoutait plus bas :
009.0
Il Dors, cher enfant, sur le sein de ta mère;
Il Jouis en paix d'un bien si doux.
« De songes enchanteurs qu'une troupe légère
Ramène près de toi celle qui t'est si chère,
< Ecarte de ton front les déplaisirs jaloux,
< Et porte dans tes sens un calme salutaire.
1 Au jeune âge, l'amour n'a point de maux si grands
« Que la raison , le temps surtout n'efface;
Il Insensible, toujours leur trace
« Au sein des plaisirs inconstans,
Se perd, comme le flot à d'autres flots fait place.
Il Oublie enfin celle qui t'oublia ;
Il Abjure une flamme funeste;
Il Songe , ô mon fils, que je te reste :
Il Mon cœuv à ton cœur suffira. »
ai guéri ; la santé circule dans mes veines ;
Je sens diminuer les peines
tue me causa l'amour et ses sombres fureurs ;
Et, cependant, plus malheureux encore,
La mort!. souvenir que j'abhorre !.
Mes yeux.se remplissent de pleurs.
Il est une tombe ignorée
'ont peut-être jamais d'autres pieds que les miens ,
10 <%
N'ont foulé la terre sacrée :
Ma mère y dort en paix, par moi toujours pleurée.
Tombeaux, tristes cyprès, aujourd'hui mes seuls bien
Au retour du printemps, j'irai de fleurs nouvelles
Vous orner, vous couvrir ; les roses les plus belles,
Les myrthes embaumés, symboles de l'amour,
Humides de mes pleurs, joncheront tour-à-tour,
La pierre qui défend les dépouilles mortelles
De celle à qui je dus le jour.
On voit au ciel une étoile charmante,
Aux purs reflets et de pourpre et d'azur,
Qui, des bergers guide fidèle et sûr,
Laisse après elle une trace éclatante.
Pour le poète où l'amant fortuné,
C'est de Vénus l'emblème couronné ;
Pour moi que berce une tendre chimère ,
Lors qu'apparaît à l'Orient,
Comme un long réseau d'or, sa brillante lumière,
Je crois voir l'âme de ma mère
Errer sous ce signe riant.
Champ de la mort, colline sombre ,
J'irai m'asseoir sur ton vaste plateau;
Là, j'attendrai la nuit ; là, couvert de son ombre,
Mo il .0
Je veux à tes spectres sans nombre ,
Demander quels secrets recèle le tombeau.
Ah ! sans doute ils diront à nia raison rebelle :
Il est une vie éternelle
Où, dégagé des terrestres liens,
L'homme revêt une forme immortelle :
Séjour céleste où croissent les vrais biens.
Là, le juste abîmé dans une paix profonde ,
Du Dieu qui le créa célèbre la grandeur ;
Dans leur redoutable fureur,
Là, ne grondent jamais les tempêtes du monde.
Dans ces lieux enchantés règne seul le bonheur.
Tous les jours y sont purs , toutes les nuits sereines.
Le crépuscule, aux lueurs incertaines,
Ne s'abaisse jamais sur ces magiques cieux ;
L'or et l'azur en colorent les plaines ,
Où, comme des monts sourcilleux ,
S'écroulent en fuyant quelques vapeurs lointaines.
Tabernacle du Dieu qui fait tout exister ;
Région redoutée où naquit la lumière,
Là , le fils consolé retrouve enfin sa mère.
Et c'est pour ne plus la quitter.
u (BATTLB&DIFUIM»
MEDITATION.
LA nuit a ceint sa couionne d'ébene;
Des cieux déjà l'azur se rembrunit;
, De pourpre et d'or l'Occident resplendit;
Le silence descend lentement dans la plaine ;
De la molle brise du soir
Le souffle harmonieux fait gémir le feuillage
De ces vieux pins, dont le cortége noir,
Comme un fantôme errant, fuit dans le paysage ;
L'ombre épaissit. Je quitte en méditant
De Charles-Quint la cité solitaire (i).
Un aigle au double col, au regard menaçant,
D'une grandeur déchue emblême périssant,
Domine et défend la barrière.
(1) Gand.
80 t.3
aguères du soleil contempteur insolent,
es serres étreignaient l'un et l'autre hémisphère.
ujourd'hui, sans honneur, il vieillit sur la terre.
'out passe, tout décroît, tout retourne au néant !
e marche : de l'Escaut les eaux tumultueuses
ur la grève noircie, où planent les brouillards,
tans le lointain obscur s'offrent à mes regards.
'antastiques amas de vapeurs orageuses,
e les vois se rouler en nuages épars,
ît monter sous le ciel sombres et pluvieuses.
Mille feux errent sur les eaux
En paillettes étincelantes :
"est Anvers; c'est son port, dont les nombreux fanaux
;ignalent aux esquifs les berges menaçantes ;
Les rescifs aux bouches béantes,
Lux froids pieds de bazalte, où les flots turbulens
Viennent briser sans fin leurs lames écumantes.
Pareille à l'obélisque au milieu du désert,
Dans les airs élancée, une flèche gothique,
Vux arceaux délicats, mauresque basilique,
Sous la voûte du ciel se perd.
Du cloître gigantesque nonne,

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