École de la mignature, dans laquelle on peut aisément apprendre à peindre sans maître, avec le secret de faire les plus belles couleurs, l'or bruni et l'or en coquille. Nouvelle édition. (Par Claude Boutet.)

De
Publié par

Bachelier (Paris). 1817. In-12, XII-275 p. et 5 pl..
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Publié le : mercredi 1 janvier 1817
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f
ECOLE
DE
LA MINIATURE.
Cette nouvelle édition est augmentée 1°. de la manière d
dessiner qu'on appelle tirer à la vitre ou à la glace ; 2". d'observa
tions sur les couleurs , et de la manière de les mélanger; 3°. de
principes généraux sur l'art de peindre en miniature ; 4°. de 1
méthode pour étudier l'art de la peinture tant à fresque, e
détrempe et à l'huile, que sur verre,, en émail, mosaïque, etc.
suivie d'un vocabulaire des termes de peinture.
r
ÉCOLE
DE LA MINIATURE,
ou
L'ART D'APPRENDRE A PEINDRE
SANS MAITRE.
NOUVELLE ÉDITION,
Revue, corrigée et considérablement augmentée ;
- AVEC FIGURES.
PARIS,
BACHELIER, Libraire , quai des Augustins, n". 55.
1817.
IMPRIMERIE DE FAIN, PLACE DE L'ODÉON.
AVERTISSEMENT.
DEPUIS long-temps la dernière édi-
tion de TEcole de la Miniature était
épuisée; en nous chargeant de pu-
blier cette nouvelle édition, nous
avons tâché de la rendre digne de
Faccueil favorable que le public a
fait à toutes les éditions précédentes.
L'utilité de cet Ouvrage est trop
connue, pour qu'il soit nécessaire
d'en faire l'éloge; il a été composé
pour les personnes qui veulent étu-
dier les premiers élémens de la
Peinture, et qui ne peuvent pas
recevoir de leçons des maîtres ha-
biles qui enseignent cet art : les pré-
ceptes que l'auteur donne sont expo-
sés avec tant de clarté, qu'on peut
facilement les appliquer après les
avoir lus avec attention.
Yj AVERTISSEMENT.
Les élèves qui ont étudié le dessin,
et toutes les personnes qui s'occu- -
, pent des arts relatifs au dessin et à
la Peinture, trouveront dans la lec-
ture de ce petit Ouvrage bien des
choses qui pourront leur être utiles :
il suffit de parcourir la table des
matières, pour voir que l'auteur a su
renfermer un grand nombre d'ob-
jets dans un petit volume, et cette
concision ne nuit pas à la clarté de
ses préceptes.
IXQUS avons conservé le style de
Fauteur, qui est clair et très-intelli-
gible, quoiqu'il renferme quelques-
mots qui ont vieilli; mais, pour les
changer, il gjiraii fallu souvent chan-
ger aussi les phrases, ce qui aurait
fait perdre à l'Ouvrage cette simpli-
cité qu'on aiflae à trouver dans un
AVERTISSEMENT. vij
ojLiyrage élémentaire > spécialement
destiné à la pratique.
Nous avons fait des additions en
assez grand nombre, principalement
à la première partie de ce traité;
elles sont indiquées dans le corps de
l'Ouvrage. A la suite du chapitre III,
nous avons ajouté un article sur le
mélange des couleurs primitives : on
trouvera à la suite du chapitre XVI,
une addition qui renferme les prin-
cipes généraux sur l'art de peindre
en Miniature : le chapitre XXI, que
nous avons ajouté, renferme la ma-
nière de faire la colle à bouche , et
des détails sur le choix du vélin et de
Tivoire sur lesquels on veut peindre.
Les éditions précédentes ne renfer-
maient pas de planches, nous avons
fait graver sur cuivre, avec beau-
Viij AVERTISSEMENT.
coup de soin, celles qui nous ont
paru nécessaires pour l'intelligence
du texte : en un mot, nous n'avons
rien négligé pour offrir à ceux qui
cultivent les beaux - ets.. un livre
utile et agréable.
TABLE
Des Chapitres et Matières contenus
dans l'École de la Miniature.
PREMIÈRE PARTIE.
CHAPITRE premier. De la- Miniature en pafJ,
général 1
, CHAP. Il. Des diverses manières de copier un
dessin. 2
De la réduction au petit pied, et de plusieurs
autres manières de dessiner. 3
Du compas de matllématique. 6
ADDITION au chapitre II. Manière de dessiner
qu'on appelle tirer à la vitre r ou à la glace. 9
CHAP. III. Dessiner sa pièce au carmin et de -
la manière de tendre son vélin 1 t
Des couleurs J 2
Manière de les délayer j_3
ADDITION au chapitre III. Du mélange des cou-
leurs i5
,CHAP. IV. Manière de placer ses couleurs
sur la palette 20
Des pinceaux. 21
CHAP. V. De l'utilité de bien prendre son jour
pour travailler 23
De l'ébauche. Comme il faut pointiller et re-
hausser. 24
CHAP. VI. Manière de se servir des couleurs. 26
Des fonds bruns ibid.
Des fonds vcrc'atres. 27
D'une gloij » sur un fond. 28
Du fond de Joire 29
CHAP. Vlî Du ciel de jour ? des nuages. 3a
X TABLE
Du ciel de nuit. 31
CHAP. VHI. Des draperies bleues. 33
— Rouges carmin , rouges vermillon 34
— En laque — violettes. 35
— Couleur de chair — jaunes. 36
— V crtcs. 37
— Noires - .blanches de laine — minimes.. 38
— Changeantes 39
CIIAP. IX. Des linges blancs. 41
— Jaunes. 42
Des transparens 43
Comme il faut faire pour distinguer les drape-
ries de soie 44
CHAP. X. Des différentes qualités des cou-
leurs : 44
CHAP. XI. Des points de dentelles, des four-
rures. 47
De l'architecture eu pierre et en bois. 48
CHAP. XII. Des carnations. 5o
CHAP. XIII. De l'ébauche 5i
Des teintes. 5a
Des ombres. 53
Pointiller et finir les clairs 5/(
CHAP. XIV. Des yeux 55
De la bouche , 56
Des mains , des sourcils et des cheveux. 57
CHAP. XV. Des divers coloi-is 59
Du coloris de la mort. 60
Du fer , du feu, des lfammes et de la fumée 61
CHAP. XVI. Des perles, des diamans, des
figures d'or et d'argent. 62
ADDITION. Principes généraux sur l'art de
peindre en Miniature.
Manière de dessiner un portrait. 65
Travail des fonds. 67
Dernier travail 69
DES MATIÈRES. xi
Maximes générales sur le travail de la Minia-
t lire. 70
CHAP. XVII. Des paysages, des terrasses. - - 73
Des eaux ,-5
Des rochers , des masures et autres bàtimens.. 76
Des arbres. 77
CHAP. XVIII. Des lfeurs. Comme il faut les
ébaucher. 80
Des rosés. gr,,
Des tulipes g^
De l'anémone. 88
De l'œillet
Du martagon. 92
De l'hemérocale. 93
Des jacintes. 94
De la péone 95
Des primevères. 96
De la renoncule. 97
Des crocus.
De l'iris 99
Du jasmin joo
De la tubéreuse , de l'ellébore 101
Du lis, du perce-neige , de la jonquille et du
narcisse.. 102
Du souci et de la rose d'iode. io3
De I œillet d'inde , du soleil et de la passerose. 104
Des œillets de poète, des pensées et des mignar-
dises ; de la scabieuse. 105
De la gladiole et de rhépatique. 106
De la grenade, de la fleur de fève d'inde et
de l'ancolie 107
Du pied d'alouette, des violettes et des pensées 108
Du mussipula, de l'impériale 109
Du siclamen , de la giroflée. 110
CHAP. XIX. Des fruits et des animaux. 112
CHAP. XX. Des différentes manières de pein-
xij T AB L E DES MATIÈRES.
dre en Mi niature, et de la nécessité d'entre-
tenir son talent et d'apprendre à dessiner.. 113
CHAP. XXI. Manière de faire la colle à bou-
che ; des connaissances ne'cessaires.pour bien
choisir le vélin et l'ivoire sur lesquels on veut
peindre. 119
CHAP. XXII. Secret d'un italien pour faire le
carmin , l'outremer et le vert. 1121
CHAP. XXIII. Manière de faire un très-bel or
bruni. 125
Pour faire la colle de gants, et le blanc. 127
- Pour faire l'assiette de l'or et de l'argent propre
à dorer d'une autre manière 128
Pour appliquer et mater l'or et l'argent. i3o
CHAP. XXIV. Manière de faire l'or et l'ar-
gent en coquille i3i
DEUXIÈME PARTIE.
MÉTHODE POUR ÉTUDIER L'ART DE LA
PEINTURE.
Mesure du corps humain. 133
Proportions de l'homme sur les hauteurs et les
largeurs, etc .137
Manière de tracer la tête. 13g
De l'origine et progrès de la peinture 143
De ce que l'on appelle dessin 147
De la peinture à fresque 150
De la peinture à détrempe ï 58
De la peinture à l'huile. 162
De la peinture sur le verre 177
De la peinture en émail. 196
De la peinture en mosaïque. 214
De la damasquinure et des ouvrages de rap-
o port sur les métaux. 221
Explication des termes de peinture 225
1
- ECOLE -
- DE
LA Ml N IATU RE.
PREMIÈRE PARTIE.
CHAPITRE PREMIER.
De la Miniature en général.
JE n'entreprends point de faire ici l'éloge
de la Peinture : plusieurs savans hommes,
qui ont si heureusement traité de l'excel-
lence et de la noblesse de ce bel art, ont
travaillé poux moi, puisque ce qu'ils en
ont dit en général convient aussi en par-
ticulier a la Miniature : j'ajouterai seule-
ment en peu de mots ce qui la distingue
de la Peinture à l'huile. -.
C'est premièrement qu'elle est plus
délicate, qu'elle veut être regardée de
2 ÉCOLE
près, et qu'on ne la peut faire aisément
qu'en petit.
Secondement, que l'on ne travaille
que sur du vélin, ou sur des tablettes, et
que les couleurs ne sont détrempées qu'a-
vec de l'eau gommée.
Pour y réussir, il faudrait savoir par-
faitement dessiner ; mais, comme la plu-
part de ceux qui s'en mêlent, le savent
peu, ou point du tout, et qu'ils veulent
avoir le plaisir de peindre sans se donner
la peine d'apprendre le dessin, qui est
en effet un art dans lequel on ne devient
savant qu'avec beaucoup de temps, et que
par un continuel exercice, on a trouvé
des inventions pour y suppléer , par le
moyen desquelles on dessine sans avoir
appris le dessin.
CHAPITRE II.
Des diverses manières de copier un dessin.
LA première s'appelle calquer ; c'est-à-
dire , que, si l'on veut faire en Miniature
une estampe ou un dessin, il faudra
noircir le dessous, ou un autre papier
avec du crayon noir en le frottant bien
fort avec le doigt enveloppé d'un linge,
DE LA MINIATURE. 3
prenant garde de ne pas salir le vélin ,
lequel on attachera avec quatre épingles,
pour empêcher qu'il ne change de place ;
puis, avec une épinglç ou une aiguille,
dont la pointe sera émoussée, on passera
par-dessus tous les principaux traits, les
contours, les plis des draperies , et géné-
ralement tout ce qu'il faut distinguer l'un
d'avec l'autre, appuyant assez pour que
les traits soient marqués sur le vélin qui
sera dessous.
De la réduction au petit pied, et de plusieurs
autres manières de dessiner.
LA réduction au petit pied est une
autre manière propre pour ceux qui sa-
vent un peu dessiner, et qui veulent
copier quelques tableaux que l'on ne sau-
rait calquer. Elle se fait ainsi : on divise
sa pièce en plusieurs parties égales, par
petits carreaux que l'on marque avec du
fusain, ou, si le tableau est brun, avec de
la craie blanche; après quoi l'on en fait
autant, et de pareille grandeur, sur du
papier blanc, où il faut le dessiner; parce
que, si on le faisait d'abord sur le vélin y
comme on ne réussit pas tout d'un coup,
4 - ÉCOLE
on le salirait par. de faux traits ; mais,
Iprsqu'il est au net sur le papier, On le
calque comme j'ai dit ci-dessus. Quand
l'original et le papier sont ainsi réglés ,
on regarde ce qui est dans chaque car-
reau du premier ; comme une tête , un
-bras, une main, et le reste. On lè met
sur son papier de même : de cette sorte,
on trouve où placer toutes ses parties,
et il ne reste plus qu'à les bien former et
les joindre ensemble.
On peut aussi J de cette manière, réduire
un dessin en aussi petit, ou le mettre en
aussi grand que l'on voudra, faisant les
carreaux de son papier plus petits, ou
plus grands; mais il faut toujours que le
nombre en soit égal (i). '-
(1) il arrive souvent qu'on ne peut pas fafre de car-
reaux sur un original, sans le gâter. Voici un moyen
qui réunit les avantages du procédé décrit ci-dessus,
sans en avoir les inconvéniens. Planche ire.
On prendra deux feuilles de carton; sur l'une, on tra-
cera le cadre de la grandeur de l'original qu'on se pro-_
pose de réduire ; et sur l'autre, on tracera de même la
hauteur et la longueur du cadre "dont on veut faire la
copie; on divisera les deux côtés de chacun de ces
cadres en un même nombre quelconque de parties éga-
les ; on tracera des lignes au crayon par tous les points
de 'diyision ; on aura soin de prolonger ces traits de
DE LA MLNIATURE. 5
Pour copier un tableau, ou autre chose
de même grandeur, on peut encore se
servir d'un papier huilé et sec, ou d'une
peau de vessie de cochon fort transpa-
rente : on en trouve chez les batteurs
d'or. Le talc fait aussi le même effet, et
on verra ce qui est dessous au travers de
tout cela, que l'on marquera de noir
avec un pinceau ou du crayon. En l'atta-
chant dessous le vélin , l'on y marquera
tous les traits avec une aiguille d'argent
au travers d'une vitre (i). C'est encore
un bon moyen pour copier juste un ta-
bleau à l'huile, de donner un coup de pin-
ceau sur tous les principaux traits, avec
part et d'autre du cadre ; ensuite , à une distance du
cadre prise à volonté , on mènera une ligne au crayon ,
qui se trouvera divisée comme les côtés de cliactiu des
cadres; on coupera ensuite , avec un canif et une règle,
les deux cadres, et l'on passera des fils de soie noire, ou
d'une autre couleur , par tous IJS points de division qui
se trouveront sur les lignes au crayon qui doivent être
parallèles aux cotés du cadre, et on aura soin de les
tendre suffisamment. Il n'y aura plus qu'à appliquer
ces deux châssis, savoir, le grand sur l'original, et le
petit sur le papier ou vélin sur lequel on se propose de
travailler.
Nota. Ces châssis peuvent servir à d'autres réductions.
(') Voyez la description , page g.
6 ÉCOLE
de la laque broyée à l'huile, et d'appli-
quer sur le tout un papier de même
grandeur; puis passant la main par-des-
sus, les traits de laque s'attacheront, et
laisseront le dessin de votre pièce mar-
qué sur le papier que l'on peut calquer
de même que les autres. Il faut avoir
très-grand soin d'ôter, avec de la mie de
pain, ce qui sera resté de laque sur le
tableau, avant qu'elle soit sèche.
Du compas de mathématique.
MAIS un moyen plus sûr et plus facile
que tous ceux-là, pour une personne qui
ne sait point dessiner, c'est un compas
de mathématique (i). Il se fait d'ordinaire
de dix pièces de bois en forme de règles
épaisses de deux lignes, larges d'un demi-
pouce et longues d'un pied, ou davan-
tage, selon que l'on en veut tirer des
pièces plus ou moins grandes. Pour en
faciliter l'usage, j'en mettrai ici une fi-
(i) Cette méthode est défectueuse , surtout lorsqu'il
s'agit de tirer une copie d'un sujet délicat.
DE LA MINIATURE. 7
gure , Pl. 1, avec un éclaircissement de
la manière dont on s'en doit servir.
Ce petit ais A, doit être de sapin,
couvert de toile ou de quelque autre
étoffe, parce qu'il faut attacher dessus ce
que l'on copie , et le vélin sur quoi l'on
veut copier. L'on y plante aussi le com-
pas avec une grosse épingle par le bout
du pied B, assez avant pour qu'il soit
ferme, sans que cela l'empêche de tour-
ner aisément. Lorsqu'on veut tirer du
grand au petit, l'on met son original
vers le pied C ; et le vélin y ou le papier
sur quoi l'on veut dessiner , du côté du
pied B, éloignant ou approchant son
vélin, à mesure qu'on voudra faire ou
plus grand ou plus petit.
Pour tirer du petit au grand, il n'y a
qu'à faire changer de place à son original
et à sa copie , mettant celle-ci vers C , et
l'autre du côté B.
De l'une et l'autre manière, il faut
mettre un crayon ou une aiguille d'ar-
gent dans le pied sous lequel on place
son vélin, et une épingle un peu émous-
sée dans celui de l'original , avec laquelle
il faut suivre tous les traits, la condui-
6 ÉCOLE
sant d'une main, et de l'autre appuyant
doucement sur le crayon, ou sur l'ai-
guille qui marque le vélin ; quand elle
porte assez, il n'est pas même besoin d'y
toucher.
L'on peut aussi tirer de grandeur
égale; mais, pour cela, il faut planter le
compas d'une autre sorte sur Fais ; car il
y doit être attaché par le milieu marqué
d'un D , et mettre son original et sa
copie des deux côtés éloignés de ce pied
du milieu de la même distance, ou de
coin en coin, c'est-à-dire de C a E, quand
les pièces sont grandes; et l'on peut
même tirer plusieurs copies à la fois de
diverses et égales grandeurs.
Voilà toutes les facilités, qu'on peut
donner a ceux qui n'ont point de dessin;
car ceux qui le possèdent n'ont que faire
de tout , cela.
Quand donc votre pièce est marquée
sur le vélin, il faut passer avec un pin-
ceau du carmin fort clair par-dessus tous
les traits, afin qu'ils ne puissent s'effacer
en travaillant ; puis vous nettoyerez votre
vélin avec une mie de pain, afin qu'il
n'y - reste point de noir.
DE LA MINIATURE. 9
1 *
AD DIT ION A Ù CHAPITRE" II.
Voici une autre manière de dessiner qu'on
appélle tirer à la vitre, ou à la glace.
La planche 5, figure Ire. , représente
la machine entière développée et vue
par derrière ; la figure 2 en fait voir le
châssis à .glace, vu seulement par-devant,
c'est-à-dire du côté que l'on pose le des-
sin et le papier sur lequel on veut tirer
une copie. Nous allons donner le détail
de cette machine avec ses dimensions.
Le châssis à verre a b c d, mar-
qué x, dans le profil, fig. 3 , aura 24
pouces de hauteur et 18 de largeur
sur un pouce d'épaisseur, et sera de
sapin pour être plus léger ; et les qua-
tre bouts de planche dont - il sera com-
posé, seront joints avec des goujons et
collée à la colle forte.
Le châssis c de f, fig. ire., sera d'un
bois fort doux et solide, autant qu'on le
pourra^ comme de pommier, de poirier,
de noyer, ou de cerisier ; ses membres
auront chacun un pouce et demi de
Jargeur. sur un d' épaisseur, - et ce châs-
sis sera assemblé à tenons et mor-
IO ÉCOLE
taises, et sera de la même grandeur
que le précédent a b c d , auquel il
est attaché par deux couplets à char-
nière - m n. Les deux membres r se-
ront chacun enfoncés à moitié bois sur
leur largeur et sur leur épaisseur, pour
y loger le petit châssis g h i k de toute
son épaisseur, marqué y dans le profil,
fig. 3 , dont les membres auront neuf
lignes de largeur sur six lignes d'é-
paisseur et seront assemblés par en-
taille à moitié bois , collés et rivés
avec des pointes de clous, et ce châssis
sera attaché au châssis à verre par deux
petites pièces de serrurerie marquées p
et q, dont celle marquée q est hors de
•sa place pour en faire voir le profil,
c'est-à-dire le contour, et pour laisser
voir à la traverse le collet marqué o ,
observant de faire des crans dans le fond
des deux pièces marquées r, ainsi qu'on
le voit dans le profil, fig. 3 , pour arrêter
le pied du châssis g h i k à tel de-r
gré qùe l'on voudra. Enfin, le verre, qui
doit être bien blanc et du plus beau ,
aura huit pouces de largeur sur dix de
hauteur.
DE LA MINIATURE. II
La figure 3 représente toute la ma-
chine vue de profil.
CHAPITRE III.
Dessiner sa pièce au carmin, et de la manière
de tendre son vélin.
IL faut que votre vélin soit collé sur une
petite planche de cuivre ou de bois (i) ,
de la grandeur que vous voulez faire
votre pièce , pour le tenir plus ferme et
plus étendu : vous laisserez votre vélin
plus grand d'un doigt tout autour que
votre planche, pour le coller par derrière;
car jamais il ne le faut coller sous ce qu'on
peint, parce qu'outre que cela lui ferait
faire quelque grimace, c'est que, si on le
voulait ôter, on ne le pourrait : après
cela, on en coupe les petits coins et on le
mouille avec un linge trempé dans de
l'eau, du beau côté ; et l'on met l'autre
contre la planche avec un papier blanc
entre deux ; et ce qui déborde, on le
colle sur la planche, en tirant également
(1) Ou mieux encore sur un carton épais.
12 ÉCOLE
et assez fort pour le faire bien éten-
dre (i).
Des couleurs.
Les couleurs dont on se sert pour
peindre en Miniature, sont :
Le carmin,
L'outremer,
Le bleu de Prusse , *
- La laque de Venise ,
La laque violette ou colombine
Le vermillon ou cinabre,
La mine de plomb rouge ou. minium,
Le brun rouge -
La pierre de fiel
L'ocre de rue,
Le stil de grain d'Angleterre ,.
L'orpin,
La gomme-gutte,
Le-jaune de Naples,.
Le massicot,
Le bleu de l'Inde, ou indigo flore,
(1) Lorsqu'on se propose de peindre sur ivoire, il faut
auparavant le frotter avec de la pierre-poncera poudre
très-fine, ou mieux encore avec un morceau d'os de
sèche, puis l'essuyer avec un linge <m, et prendre garde
d'y poser les doigts , ce qui empêcherait la couleur de
s'y attacher.
DE LA MINIATURE. I%
Le noir d'os ou d'ivoire,
Le noir de fumée,
Le bistre,
La terre d'ombre,
Le vert d'iris,
Le vert de vessie,
Le vert de montagne , ou de terre,
Le vert de mer
Le blanc dé céruse de - Venise �
Le blanc de plomb,
La sanguine (i). t
Manière de délayer ces couleurs.
On délaye toutes ces couleurs dans des
petits godets d'ivoire faits exprès, ou
dans des coquilles de mer, avec de l'eau,
dans laquelle on met de la gomme ara-
(r) Observations sur quelques couleurs.
La pierrerlc fiel est une très-bellecouleur, facile à emi
ployer, mais qui s'évapore et change entrès-peu de temps.
Ilorpin est une mauvaise et dangereuse couleur sous
tons lesrapports, que l'on évite d'employer aujourd'hui.
Le vert d'iris et de vessie s'évapore promptement et
n'est plus d'usage.
Le vert de montagne,. couleur lourde et grasse, et dont
on peut aisément se passer.
Le vert de mer est une mauvaise couleur dont on ne
se sert plus. �
Le noir de fumée est inutile et remplace avantageuse
ment par F<aicre de la Chine.
14 ÊGOLE
bique et du sucre candi. Par exemple,
dans un verre d'eau, il faut gros comme
le pouce de gomme et la moitié de sucre
candi. Ce dernier empêche les couleurs
de s'écailler, quand elles sont appliquées,
ce qui arrive ordinairement quand il n'y
en a pas , ou que le vélin est gras (i).
Il faut tenir cette eau gommée dans
une bouteille bouchée-et propre , et n'en
jamais prendre avec le pinceau quand
il y aura de la couleur, mais avec quel-
que tuyau, ou chose semblable.
L'on met de cette eau dans la coquille
avec la couleur que l'on veut détremper;
et avec le doigt on la délaye jusqu'à ce
qu'elle soit très-fine. Si elle était trop dure,
il faudrait la laisser amollir dans la co-
quille avec ladite eau , avant que de la
délayer, ensuite la laisser sécher, et faire
ainsi de toutes , excepté le vert d'iris et
de vessie, et la gomme-gutte , qu'il ne
faut détremper qu'avec de l'eau pure ;
mais l'outrenler, la laque et le bistre ,
(i) La dose de sucre candi est beaucoup trop
forte, ce qui est un inconvénient ; car, dans les
temps. humides, il attire puissamment l'humidité de
l'air.
DE LA MINIATURE. 15
doivent être plus gommés que les autres
couleurs.
Pour connaître si les couleurs sont
gommées suiffsamment, après les avoir
appliquées sur le vélin et qu'elles seront
sèches, vous passerez le doigt par-dessus.
Si elles s'y attachent comme de la pou-r-
dre , c'est une marque qu'il n'y a pas
assez xle gomme ; et il en faudra mettre
davantage -dans l'eau avec laquelle vous
les détrempez. Prenez garde aussi de
n'en pas trop mettre, car cela fait e?cti'ê-
mement sec et dur : on le peut connaître,
parce qu'elles seront gluantes et luisantes.
Ainsi , plus eUes sont gommées, plus
elles font brun ; et, lorsqu'on veut don-
ner plus de force à une couleur qu'elle
n'en a d'e l le-même, il n' y a qu'à hr gom-
mer beaucoup.
AIMJ ITION AU CHAPITRE III.
Du melqjige des couleurs.
L'expérience a fait reconnaître que
toutes les couleurs s'obtiennent par le
mélange de quelques-unes d'entre elles ,
à l'exceptiofi de trois, qui sont le rouge,
le jaune et le-pleu; ce sont ces trois cou-
t6 ÉCOLE
leurs qui, par leurs mélanges, produi-
sent toutes les autres ; et toutes les au-
tres couleurs connues ne peuvent, par
leurs mélanges, produire une seule des
trois que nous venons de nommer , et
que nous appéllerons en conséquence
couleurs primitives. -
Si nous mélangeons ces couleurs deux
à deux, 1°. par exemple, le rouge avec
le jaune , nous aurons une troisième cou-
leur qui participera des deux qui auront
servi à la former : cette troisième cou-
leur est nommée orange ; 2°. Le rouge
avec le bleu produira le violet,. 5°. Le
jaune avec-le bleu produira le vert.
Voila donc trois nouvelles couleurs ré-
sultant du mélange de deux couleurs pri-
mitives, et que pour cette raison nous
nommerons couleurs secondaires. En fai-
sant ces mélanges dans différentes pro-
portions , nous obtiendrons toutes les
- nuances possibles d'oranges, de -violets
et de verts.
Enfin , si nous mélangeons ces cou-
leurs primitives trois à trois et en diffé-
rentes proportions , nous obtiendrons
les diverses nuances de toutes les autres
DE LA - MINIATURE. 17
couleurs nommées par les peintres cou-
leurs rompues, comme toutes les espèces
de bruns, et même le noir. Quant à
nous, nous les appelons couleurs ter-
naires , comme- étant composées des
trois couleurs primitives.
Dans ces couleurs ternaires , on peut
faire dominer une ou deux des couleurs
primitives. Par exemple , si, dans du
vert, on ajoute beaucoup de rouge, la
couleur qui en résultera sera un brun
tirant plus ou moins sur le r oii,,e ; si
dans ce même vert, - on met moins - de
rouge, le résultat sera un brun tirant
sur le vert ; par ce moyen, on peut donc
obtenir à volonté une teinte quelconque.
Nous avons' vu que, du mélange de
deux couleurs primitives , il résultait
toujours une couleur différente des deux
premières. D'après cela , si nous mêlons
une couleur quelconque , par exemple ,
du rouge avec - du blanc, le résultat sera
toujours du rouge , quoique plus faible ,
mais nullement altéré, en sorte que le
blanc ne peut pas être considéré comme
couleur.
- - Lorsque nous sommes dans un lieu
j8 ÉCOLE
entièrement privé de lumière , nous ne
voyons absolument rien, par conséquent
nous .ne pourrions distinguer aucune
couleur ; si cependant nous comparons
dans la pensée les ténèbres dans les-
quelles nous sommes plongés aux dine-
rentes couleurs que nous connaissons,
nous jugerons que ces ténèbres sont ana-
logues à ce que nous appelons noir ; et
comme nous ne pouvons pas dire que
nous voyons les ténèbres, de même nous
ne pouvons pas dire que nous voyons du
noir qui leur ressemble, et qui par con-
séquent ne peut avoir aucune couleur ;
donc le noir, de même que le blanc, ne
peut pas être considéré commç couleur.
Il n'y a aucun inconvénient d'appeler,
selon l'usage, le blanc et le noir. cou-
leurs : il importe seulement de savoir à
quoi s'en tenir sur la chose.
- Les peintres distinguent ordinaire-
ment les couleurs en couleurs transpa-
rentes et en couleurs opaques ; les pre-
mières sont celles qui réfléchissent peu
de lumière , ou qui sont très-foncées ,
ou bien encore celles qui se laissent tra-
verser par la lumière, de même que le
DE LA MINIATURE.
19
ferait un verre coloré ; telles sont, par
exemple, le bleu de Prusse, le carmin,
la gomme-gutte, l'outremer , l'encre de
la Chine, etc. Les couleurs opaques sont
celles qui réfléchissent beaucoup de lu-
mière ; telles sont le blanc , le jaune de
Napies, le minium, le vermillon, le
massicotées ocres , etc. En un mot, les
couleurs qui réfléçhissent plus ou moins la
lumière,sont plus ou moins transparentes.
La plupart des anciens ouvrages qui
traitent de la P-einture y parlent aussi des
couleurs antipathiques ou ennemies parce
que deiax de ces couleurs quoique très-
brillantes chacune en particulier, étant
mêlées, produisent un ton sale , terreux
et très-désagréable à l'ceil; par exemple,
lorsqu'on aiêle de l'outremer avec du
vermillon, dans l'intention d'avoir un
beau violet, on est très-étonné de voir
une couleur terreuse tirant sur le brun ;
on ne savait à quoi attribuer cet effet,
faute de connaître la loi de la combinai-
son des couleurs. Cependant la véritable
cause est dans la nature- même de ces
couleurs, abstraction faite des matières.
dont elles sont composées. On ne faisait
20 - ÉCOLE
pas attention que le ton du vermillon
n'est pas rouge primitif, mais bien
orangé , qui est une couleur secondaire
composée de rouge et de jaune; en lui
ajoutant l'outremer qui est bleu , on
forme une couleur ternaire, qui est plus
ou moins brune.
CHAPITRE IV.
Manière de placer ses couleurs sur la palette.
IL faut avoir une palette d'ivoire fort
unie, et grande comme là main, SUI"-
laquelle ôn arrange d'un côté les cou-
leurs pour les carnations , de cette ma-
ni ère :
On met au milieu beaucoup de blanc
bien éJendu, parce que c'est la couleur
dont on se sert le plus ; et sur le bord ,
on place, de gauche à droite, les couleurs
suivantes, un peu éloignées du blanc : ;
Du massicot,
Du stil de grain,
De l'ôrpin,
De l'ocre y
Du vert ) qui est composé d'outre-
, mer, de stil de grain, et de
DE LA MINIATURE. 21
blanc , autant de l'un que de
l'autre
Du bleu, fait d'outremer d'Inde et
de blanc, en sorte qu'il soit pâle,
Du vermillon,
Du carmin,
Du bistre,
Et du noir.
De Fautre côté de la palette, on étend
du blanc tout de même que pour les car-
nations ; et,lorsque Fon veut faire des dra-
peri es, on met auprès du blanc la cou-
leur dont on les veut faire, pour tra-
Tailler comme je dirai dans la suite.
Des pinceaux.
il importe fort que ce soit avec de
bons pinceaux ; et, pour les bien choisir,
il faut un peu les mouiller en les tour-
nant sur le doigt; et, si tous les poils se
tiennent assemblés et ne font qu'une
pointe, ils sont bons ; mais, s'ils font plu-
sieurs pointes, et qu'il y en ait de plus
longs les uns que les autres, ils ne valent -
rien, particulièrement pour pontiller,
et surtout pour lès carnations. Quand ils
sont trop pointus, n'ayant que quatre
22 ÉCOLE
ou cinq poils qui passent les autres , on
les émousse avec des ciseaux; mais il
faut prendre garde de n'en pas trop cou-
per, et en avoir de deux ou trois sortes,
dont les plus gros seront pour faire les
fonds , les moyens pour ébaucher, et les
plus petits pour finir.
Pour faire assembler les poils de son
pinceau et lui faire une bonne poi nte, il
faut le mettre souvent sur le bord de ses
lèvres en travaillant, le serrant et l'hu-
mectant avec la langue, même quand
on a pris de la couleur ; car , s'il y en a
trop, on l'Ôte ainsi, et il n'en demeure
que ce qu'il faut pour faire des traits
égaux et unis. L'on ne doit pas craindre
que cela fasse aucun mal ; toutes les cou-
leurs à lUiniature, excepté l'orpin , qui
est un poison , n'ont ni mauvais goût, ni
mauvaises qualités. Il faut surtout mettre
cette méthode en usage pour pointiller,
et pour finir particulièrement les carna-
tions, afin que les traits soient nets et
pas trop chargés de couleur ; car, pour
les draperies et autres choses, tant pour
ébaucher que pour finir, on peut se
contenter d'assembler les poils de son
DE LA MINIATURE. 2 5
pinceau, et le décharger lorsqu'il y a
trop de couleur, en le passant sur le bord
le la coquille, ou dessus le papier qu'il
aut mettre sur son ouvrage pour y poser
la main, y donnant quelques coups avant
lue de travailler sur la pièce.
CHAPITRE V.
De l'utilité de bien prendre son jour pour
travailler. *
PouR bien travailler, il faut se mettre
ianS une chambre où il n'y ait qu'une
fenêtre, et s'en approcher fort près, ayant
jne table et un pupitre presque aussi hauts
lu-é la fenêtre, et se placer de manière
que le jour vienne toujours du côté gau-
che , et non par devant, ni à droite.
Lorsque l'on veut coucher quelque
couleur également forte partout, comme
un fond, il faut faire ses mélanges dans
des coquilles, et en mettre assez pour ce
que l'on a dessein de peindre; car, si
elle finit trop tôt, il est très-difficile d'en
faire qui ne soit ou plus brune , ou plus
claire.
24 É COL E
De l'ébauche.
APRÈS avoir parlé du vélin, des pin-
ceaux et des couleurs, disons comme on
les met en œuvre. Premièrement, quand
on veut faire quelque pièce, soit carna-
tion, soit draperie, ou autre chose, il
faut commencer par ébaucher, c'est-à-
dire , coucher sa couleur à grands coups,
le plus uniment que l'on peut, comme
font ceux qui peignent à l'huile, et ne. pas
lui donner toute la force qu'elle doit avoir
pour être achevée ; cela s'entend faire les
jours un peu plus clairs, et les ombres
moins brunes qu'elles ne doivent être,
parce qu'en pointillant dessus, comme il
faut faire après que l'on a ébauché, on
fortifie toujours sa couleur, qui serait à
la fin trop brune.
- Comme il faut pointiller et rehausser.
IL y a plusieurs manières de pointiller;
et chaque peintre a la sienne. Les uns
font des points tout ronds ; d'autres un
peu longs; et d'autres hachent par petits
traits, en croisant plusieurs fois de tous
sens, jusqu'à ce que cela paraisse comme
DE IrA MIN l A T UR E. 25
2
si l'on avait pointillé, ou travaillé par
points. Cette" dernière méthode est la
meilleure, la plus hardie, et la moins
longue à faire. C'est pourquoi je conseille
à ceux qui voudront peindre en Minia-
ture, de s'en servir et de s'accoutumer
d'abord à faire gras, moelleux et doux ;
c'est-à-dire que les points se perdent
dans le fond sur lequel on travaille, et
qu'ils ne paraissent qu'autant qu'il faut
pour que l'on voie que l'ouvrage est
pointillé. Dur et sec est tout le contraire
et dont il faut bien se garder; cela se fait
en pointillant d'une couleur beaucoup
plus brune que. n'est le fond, et lorsque
le pinceau n'est pas assez humecté de
couleur, ce qui fait paraître l'ouvrage
rude.
Attachez-vous aussi à perdre et à noyer
vos couleurs les unes dans les autres, sans
que l'on en voie la séparation, et adoucis-
sez vos traits avec les couleurs qui seront
des deux côtés, de telle sorte, qu'il ne
paraisse pas que ce soit vos traits qui
les coupent et qui les séparent. Par ce
mot de coupé; j'entends une chose qui
tranche net, qui ne se confond point
26 ÉCOLE
avec les couleurs voisines, et qu'on ne
pratique guère qu'aux lisières des dra-
peries..
Quand les pièces sont unies, les re-
hausser un peu fait un bon. effet ; c'est- -
à-dire, mettre sur les jours des traits
d'une couleur encore plus pâle.
CHAPITRE VI.
Maniéré de se servir des couleurs.
APRÈS que les couleurs sont sèches sur
votre palette, ou dans vos coquilles,
pour s'en servir, on les délayera avec de
l'eau; et lorsqu'on s'aperçoit qu'elles sont
dégommées, ce qui se voit quand elles
se détachent aisément du vélin, et
qu'elles s'effacent si l'on passe quelque
chose dessus, comme j'ai déjà dit, on
les détrempe avec de l'eau gommée, au
lieu d'eau pure, jusqu'à ce qu'elles soient
en bon état.
Des fonds bruns.
Il y a diverses sortes de fonds pour
les portraits. Les uns sont tout-à-fait
bruns, composés de bistre, de terre
DE LA MINIATURE. 27
iirv « i « -
d'Ombre, ou de terre de Cologne, avec
un peu de noir et de blanc, ou de
quelque autre couleur, selon que vous le
voudrez, ou que sera le portrait ou le
tableau que vous copierez : faites avec
cela un lavis, c'est-à-dire, une couche
fort légère, dans laquelle il n'y ait pres-
que que de l'eau, afin d'emboire le vélin ;
ensuite repassez une autre couche plus
épaisse, et l'étendez fort uniment à
grands coups, le plus vite que vous pour-
rez , ne touchant pas deux fois sur un
même endroit avant qu'il soit sec, parce
que le second coup emporte ce que l'on
amis au premier, particulièrement quand
on appuie un peu trop le pinceau.
Des fonds verdâtres.
L'on fait encore d'autres fonds bruns
d'une couleur un peu verdàtre. Ceux-là
sont les plus en usage, et les plus pro-
pres à mettre sous toutes sortes de figures
et de portraits, parce qu'ils font paraître
les carnations très-belles , et se couchent
fort aisément, sans qu'il soit besoin de
pointiller, comme souvent l'on est obligé
de faire les autres, qui rarement se font
28 ÉCOLE
unis d'abord ; au lieu qu'en ceux-ci l'on
ne manque guère de réussir dès le pre-
mier coup. Pour les faire, vous mêlerez
du noir, du stil de grain et du blanc
ensemble, plus où moins de chaque cou-
leur , selon que vous voudrez qu'ils soient
bruns ou clairs. Vous en ferez une cou-
che fort légère, puis une plus épaisse,
comme j'ai dit des premiers fonds. L'on
en peut faire encore d'autres couleurs,
si l'on veut; mais voilà les plus ordi-
naires.
- D'une gloire sur un fond.
Quand vous peignez quelque saint sur
un de ces fonds, et que vous voulez faire
une petite gloire autour de la tète de
votre figure, il faut mettre en cet endroit-
là la couleur moins épaisse ou même
n'en mettre point du tout, particulière-
ment où cette gloire doit être plus claire;
mais coucher pour la première fois du
blanc et un peu d'ocre mêlés l'un avec
l'autre, assez épais; et à mesure que vous
vous éloignerez de la tête, mettre un peu
plus d'ocre; jet pour faire mourir cette
couleur avec le fond, on hache avec le
DE LA M I rv I AT U R E.
pinceau à grands coups, en suivant le
rond de la gloire, tantôt de la couleur
dont elle est faite, et tantôt de celle du
fond, mêlant un peu de blanc ou d'ocre
parmi cette dernière , quand elle fait
trop brun pour travailler avec cela, jus-
qu'à ce que l'un 'se perde dans l'autre
insensiblement, et que l'on ne voie point
de séparation qui coupe.
Du fond de gloire.
Pour faire un fond entier de gloire ,
on ébauche le plus clair avec un peu
d'ocre et de blanc , ajoutant davantage de
cette première à mesure que l'on appro-
che des bords du tableau ; et lorsque
l'ocre n'est plus assez forte ( car il faut
toujours faire de plus brun en plus brun),
on y mêle de la pierre de fiel, puis un
peu de carmin , et enfin du bistre. Il
faut faire cette ébauche la plus douce
qu'il est possible , c'est-à-dire que ces
nuances se perdent sans couper ; ensuite
1 on pointillé par-dessus des mêmes cou-
leurs pour faire noyer le tout ensemble ,
ce qui est assez long et un peu difficile,
particulièrement lorsqu'il y a des nuées
50 ÉCOLE
de gloire dans ces fonds. Il faut en forti-
fier les jours à mesure qu'on s'éloigne de
la figure, et finir de même que le reste
en pointillant et arrondissant les nuées,
dont il faut confondre le clair avec l'ob-
scur imperceptiblement.
CHAPITRE VIL
Du ciel de jour.
POUR un ciel de jour , on prend de
l'outremer et beaucoup de blanc, que l'on
mêle ensemble, dont on fait une couche
la plus unie que l'on peut avec un gros
pinceau et à grands coups , comme les
fonds, l'appliquant de plus pâle en plus
pâle, à mesure que l'on descend vers
l'horizon,qu'il faut border avec du vermil-
lon ou de la mine de plomb et du blanc
de 1-q même force, que finit le ciel ; et
même un peu moins fort, faisant perdre
ce bleu dans le rouge, que l'on achève
-avec un peu de pierre de fiel et de blanc
jusque sur les terrasses, sans qu'il pa-
raisse de séparation entre ces dernières
couleurs.
Des nuages.
Lorsqu'il y a des nuages dans le ciel ,
DE LA MINIATURE. -51
l'on peut épargner les endroits où ils
doivent être ; c'est-à-dire qu'il n'y faut
pas mettre du bleu,- mais les ébaucher
( s'ils sont rougeàtres ) de vermillon, de
pierre de fiel et de blanc, avec un peu
d'inde ; et s'ils sont plus noirs, il faut
mettre beaucoup de ce dernier, faisant
les jours des uns et des autres de massi-
cot , de vermillon et de blanc , plus - ou
moins de l'une ou de l'autre de ces cou-
leurs , selon la force dont on les veut
faire , ou celle de l'original que l'on co-
pie, arrondissant le tout en pointillant;
car il est difficile de les coucher bien
unis en les ébauchant : et si le ciel n'est
pas assez égal, il faudra le pointiller.
L'on peut aussi ne pas épargner la place
des nuages, mais les coucher sur le fond
du ciel, rehaussant les clairs en mettant
beaucoup de blanc et fortifiant les om-
bres : cette manière est la plus tôt faite.
Du ciel de nuit.
Le ciel de nuit ou d'orage se fait avec
de l'inde, du blanc et un peu de noir
mêlés ensemble, que l'on couche comme
le ciel de jour. Û faut ajouter dans ce
32 ÉCOLE
mélange du vermillon ou de la mine de
plomb, pour faire les nuages, dont lés
jours doivent être de massicot, de mine
de plomb et de blanc, tantôt plus rouges,
tantôt plus jaunes, à discrétion ; lorsque
c'est un ciel d'orage, et qu'en certains
endroits on voit des clairs, soit de bleu ,
soit de rouge, on les fera comme au ciel
de jour, pei,dant)e tout ensemble.
DE LA MINIATURE. 35
2r,
DES DRAPERIES. ,
CHAPITRE VIU.
Des draperies bleues.
P OUR faire une draperie bleuet .mettez
de l'outremer auprès du blanc qui est sur
votre palette ; mêlez une partie de l'un
et de l'autre ensemble , de telle sorte
qu'il soit fort pâle et qu'il ait du corps.
De ce mélange vous ferez les endroits les
plus clairs, puis vous y ajouterez davan-
tage d'outremer, pour faire ceux qui sont
les plus bruns-, et continuerez de cette
manière, jusqu'aux plis les plus enfon-
cés et les ombres les plus fortes , où il
faudra mettre l'outremer presque tout
pur ; et tout cela en ébauchant , c'est-à-
dire, le couchant à grands coups , faisant
néanmoins le plus uni que l'on pourra r
perdant les clairs et les bruns avec une
couleur qui ne soit pas si pâle que les
34 ÉCOLE
jours, ni si brune que les ombres. L'on
pointillera ensuite avec la même couleur
dont on a ébauché, mais tant soit peu
plus forte, afin que les points soient mar-
qués. Il faut que le tout se noye l'un dans
l'autre, et que les plis ne paraissent point
coupés. Et lorsque l'outremer n'est pas
assez brun pour faire les ombres les plus
fortes, quelque gommé qu'il soit, on y
mêle de l'inde pour les finir; et quand
l'extrémité des jours n'est pas assez claire,
on les relève avec du blanc et fort peu
d'outremer.
Draperies rouges carmin.
Une draperie de carmin se fait. de
même que la bleue, hormis qu'aux en-
droits les plus bruns on met une couche
de vermillon ou cinabre pur avant que
d'ébaucher de carmin, que l'on appli-
quera sans blanc par-dessus ; et dans les
ombres les plus fortes, on le gommera
beaucoup ; pour l'enfoncer davantage ,
mêlez - y un peu de sanguine et de
bistre.
Draperies rouges vermillon.
Il se fait aussi une draperie rouge, que
DE LA MINIATURE. 35
l'on ébauche toute de vermillon, y mêlant
du blanc pour faire les clairs, le mettant
tout pur pour les endroits plus bruns, et
ajoutant du carmin pour les grandes om-
bres. L'on finit ensuite avec les mêmes
couleurs, comme les autres draperies;
et quand le carmin avec le vermillon ne
fait pas assez brun, on travaille de ce
premier tout pur, mais seulement dans
le plus fort des ombres.
Draperies en laque.
Une draperie de laque se fait de même
que celle de carmin, y mêlant beaucoup
de blanc aux endroits clairs, 'et fort peu
dans les bruns : on l'achève de même en
pointillant ; mais l'on n'y fait point en-
trer de vermillon.
Draperies violettes.
Les draperies violettes se font aussi de
cette manière , après avoir fait un mé-
lange de carmin et de bleu de Prusse,
mettant toujours du blanc pour les clairs.
Si vous voulez que votre violet soit co-
lombin, mettez-y plus de carmin que
du bleu de Prusse ; mais si vous le vou-
36 ÉCOLE
lez pourpreux, mettez plus de bleu de
Prusse que de carmin.
Draperies couleur de cliair.
L'on fait une draperie couleur de chair,
en commençant par mettre une couche
faite de blanc, de vermillon et laque
très-pâle, et faisant les ombres avec les
mêmes couleurs, y mettant moins de
blanc. Il faut faire cette couleur fort
tendre, parce qu'elle n'est propre qu'aux
étoffes légères , et même les ombres
n'en doivent pas être obscures.
Draperies jaunes.
Pour faire une draperie jaune , il faut
mettre une couche de massicot partout,
puis une de gomme-gutte par-dessus, à la
réserve des endroits les plus clairs, où il
faut laisser le massicot pur. Ensuite on
ébauche avec de l'ocre, mêlée d'un peu
de gomme-gutte et de massicot, mettant
plus ou moins de ce dernier, selon la
force des ombres; et lorsque ces couleurs
ne sont pas assez brunes, on y ajoute de
la pi erre de uel ; et l'on travaille avec la
pierre de fiel toute pure dans les ombres
DE LA MINIATURE. 37
les plus fortes, y mêlant du bistre ; et
s'il est besoin de faire encore plus brun,
l'on finit avec les mêmes couleurs que
l'on a ébauché en pointillant, et faisant
perdre les clairs dans les bruns.
Si vous mettez du jaune de Naples ,
ou du stil de grain,. au lieu de massicot
et de gomme-gutte, vous ferez une autre
sorte de jaune.
Draperies vertes.
La draperie verte se fait en mettant
une couche générale de vert de monta-
gne, avec lequel, si on le trouve trop
bleu, on mêle du massicot pour les jours,
5t de la gomme-gutte pour les ombres ;
ensuite on aj oute à ce mélange du vert
l'iris ou de vessie pour ombrer ; et à
mesure que les ombres sont fortes", on
net davantage de ces derniers verts et
nênle tout purs aux endroits où il faut
aire extrêmement brun. On finit des
nêmes couleurs : mettant plus de jaune
)u de bleu dans ses couleurs , on fera
'omme on voudra des verts de différentes
iortes.,
58 ÉCOLE
Draperies noires.
Pour faire une draperie noire , on
ébauche avec du noir et du blanc, et l'on
finit avec la même couleur, y mettant
plus de noir a mesure que les ombres
sont fortes ; et dans les plus bruns, on y
mêle de l'inde, surtout quand on veut
qu'elle paraisse veloutée. L'on peut tou-
jours donner de certains coups d'une
couleur plus claire pour relever les jours
de quelque draperie que ce soit.
Draperies blanches dè laine.
Pour une draperie blanche de laine, il
faut mettre une couche de blanc , où. il
y aura tant soit peu d'ocre, d'orpin, ou
de pierre de fiel, afin qu'elle paraisse un
peu jaunâtre; puis ébaucher et finir les
ombres avec du bleu,, du bistre, un peu
de noir et de blanc.
Le gris-blanc s'ébauche avec du noir
et du blanc , et l'on finit avec de la
même couleur plus forte.
Draperies minimes.
Pour une draperie minime, une cou-

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