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Economie et littérature

De
286 pages
Comment la littérature peut-elle questionner, voire contester, les doctrines ou les discours économiques ? Comment, en retour, les formes et les récits littéraires se trouvent-ils affectés par les mécanismes de l'économie ? Depuis le théâtre du XVIIe siècle jusqu'aux romans du travail de l'extrême contemporain, en passant par le roman réaliste, la littérature est un révélateur privilégié des enjeux et des apories du monde économique.
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200
L’homme et la société Revue internationale de recherches et de synthèses en sciences sociales
Économie et littérature
Économie et littérature Coordonné par Pierre Bras et Claire Pignol
L’homme et la société
Économie et littérature
L’homme et la société Revue internationale de recherches et de synthèses en sciences socialesFondateurs DirecteursSerge JONASet Jean PRONTEAUClaude DIDRYet Michel KAILComité de rédaction Michela BARBOTG Dominique LAYMANNM Louis OREAU DEBELLAINGCNRS-ENS Cachan-IDHES Université Paris Est-LIPHA Université de Caen Pierre BRAS Bernard HOURS Numa MURARDUniversity of California, Paris Université Paris 7-IRD- Université Paris 7-LCSP INALCO-CESSMA Francesca BRAYR Pierre OLLEUniversity of EdinburghAziz JELLABUniversité Paris X Inspection générale de Patrick CINGOLANI Laurence l’Éducation nationale Université Paris 7-LCSPROULLEAU-BERGERSalvador JUANENSLyon-Triangle Ioana CÎRSTOCEAUniversité de Caen Université de StrabourgMonique SELIMSAGEMichel KAILUniversité Paris 7-IRD-INALCO-CESSMA Delphine CORTEEL Pierre LANTZUniversité de Reims Université Paris 8Richard SOBELREGARDS Université de Lille 1 Florent LEBOTCLERSE Laurence COSTESUniversité d’Évry Université d’Évry Val d’EssonneVal d’Essonne-IDHESMahamet TIMERACentre Pierre Naville Université Paris 7-URMIS Corine MAITTEChristophe DAUMUniversité Paris-EstDominique VIDALUniversité de Rouen Marne-la-Vallée-ACP Université Paris 7-URMIS Claude DIDRY Margaret MANALE Sophie WAHNICHCNRS-ENS Cachan-IDHES CNRS CNRS-EHESS-TRAM Camille DUPUYM Stéphane ICHONNEAU Claudie WEILLENS Cachan-IDHES Université Lille 3-IRHiS EHESS ParisComité scientifique Michel ADAM, Pierre ANSART, Elsa ASSIDON, Solange BARBEROUSSE, Alain BIHR, Monique CHEMILLIER-GENDREAU, Catherine COLLIOT-THÉLÈNE, Catherine COQUERY-VIDROVITCH, Christine DELPHY, René GALLISSOT, Michel GIRAUDG, Gabriel OSSELIN, Colette GUILLAUMIN, Serge LATOUCHE, Jürgen LINK, Sami NAÏR, Gérard RAULET, Robert SAYRE, Benjamin STORA, Nicolas TERTULIAN. Rédaction L’Homme et la SociétéMSH Paris-Saclay-ENS Cachan Bât. Laplace61, avenue du président Wilson 94235 Cachan CEDEX E-mail : revue.homme.et.societe@gmail.com © L’Harmattan et Association pour la recherche de synthèse en sciences humaines L’Harmattan 5-7 rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris <http://www.harmattan.fr> diffusion.harmattan@wanadoo.fr
L’homme et la société Revue internationale de recherches et de synthèses en sciences sociales
Économie et littérature
Coordonné parPierre BRASet Claire PIGNOL
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10587-1 EAN : 9782343105871 ISSN : 0018-4306
N° 200
L’homme et la société Revue internationale de recherches et de synthèses en sciences sociales
Sophie WAHNICHÉditorial. « Nuit debout » Pierre BRASQuestion. Que peuvent droit et économie pour la Littérature ?
ÉCONOMIE ETLITTÉRATURE
Pierre BRAS, Claire PIGNOLÉconomie et littérature Jean-Joseph GOUXConcordances et dissidences entre économie et littérature Laure LÉVÊQUECapital de la douleur : la « littérature industrielle » et le marché, ou la dialectique de l’usure Catherine NESCIDe la littérature comme industrie :Les Mystères de Pariset le roman-feuilleton à l’époque romantique Anne-Laure BONVALOTLe discours romanesque face au capitalisme : mobilisation des affects et contingence de la représentation Sonya FLOREYDialogue, confrontation, lutte ? Lorsque les textes littéraires s’emparent de la réalité néolibérale Gilles JACOUDLittérature et économie politique : une analyse comparée des approches de Saint-Simon et Jean-Baptiste Say Béatrice SCHUCHARDTÉconomie amoureuse : homologies structurales e dans les comédies espagnoles et françaises duXVIIIsiècle (Moratín, Iriarte, Destouches et Marivaux)
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Alexandre PÉRAUDLes intérêts syncrétiques du roman Christophe REFFAITLe don, entre toute-puissance et pathologie Claire PIGNOLLes pathologies de l’intérêt dansEugénie Grandet: Richesse, déraison et despotisme COMPTES RENDUSRésumés/Abstracts
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ABONNEMENTS ET VENTES AU NUMÉROÉditions L’Harmattan 5-7 rue de l’École-Polytechnique 75005 PARISUn abonnement annuel couvre 3 numéros dont 1 double (joindre un chèque à la commande au nom de L’Harmattan) France : 60 € — Étranger par avion : 65 €
Nicole BEAURAINa assuré la relecture et la mise en pages de ce volume.
« Nuit debout »
Éditorial
Pour l’ethos démocratique tel qu’il s’est construit dans des moments spécifiques de l’histoire occidentale comme par exemple la constitution e d’Athènes auVsiècle avant JC ou la Révolution française au e XVIIIsiècle, c’est la nuit. Nous vivons en effet en France et en Europe, une époque de post-démocratie. Les citoyens n’ont plus de véritable pouvoir de contrôle sur leur devenir. Leurs manifestations sont méprisées et leur vote falsifié. Depuis 2005, les peuples européens savent qu’ils ont face à eux des pouvoirs financiers plus puissants que leur misérable affirmation symbolique et morale. Le traité de Lisbonne a ainsi enterré Kant et son « véritable enthousiasme pour le droit » comme « aspiration morale du genre humain ». Ne restaient manifestement, « entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt, les dures exigences du paiement au comptant », « les eaux glacées du calcul égoïste ». Plus récemment, le non des Grecs, lui aussi résultat d’une mobilisation massive, n’a pas infléchi la violence de la troïka et la Grèce est vendue à l’encan au nom de la dette. Chacun sait désormais que la loi comme principe protecteur des pouvoirs du peuple est morte en Europe, retour à l’arbitraire et au rapport de force mis à nu. Une politique encastrée dans l’économique affirme qu’il est naturel que les 1 % les plus riches dominent les 99 %. En France, la loi imposant la réforme du code du travail s’inscrit dans cette logique structurée par les directives européennes et accomplie par des gouvernements complices avec ou sans alibi. Qu’est-ce alors queNuit Debout? Un énoncé qui permet de dire que l’asservissement programmé rencontre une résistance. Affirmer, face à ceux qui veulent mettre les populations et les peuples à genoux « Nous
o L’homme et la société200, avril-juin 2016, n
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Sophie WAHNICH
sommes debout », c’est revendiquer une « majesté outragée » par cette confiscation politique des modalités les plus ritualisées du contrôle démocratique. Dans une pétition du 20 juin 1792 demandant la levée des veto du roi, les Parisiens avaient déclaré aux législateurs face à la trahison du chef de l’exécutif : « Nous espérons que le dernier cri que nous vous adressons se fera sentir au vôtre. Le peuple est debout, il attend 1 dans le silence une réponse enfin digne de sa souveraineté . » Nous savons que ce cri aujourd’hui contre la loi El Khomri n’a pas été suffisamment entendu et que nul coup d’arrêt, même sous la forme d’une motion de censure, n’a été obtenu contre cette loi d’asservissement. Pourtant les nuits debout demeurent. Les assemblées générales se tiennent, jour après jour malgré les intempéries climatiques et politiques, des commissions se créent, des cours se donnent (éducation debout, université populaire), des conflits argumentatifs se dessinent sur une multiplicité incroyable de sujets : faire une constitution, changer de monnaie, sauver une certaine conception de la psychologie et de la psychanalyse, des réseaux de solidarités agissent auprès des sans-papiers, pour trouver des recours juridiques (avocats debout), échanger des livres (bibliothèque debout), faire de la musique (orchestre debout), une radio spécifique assez géniale (radio debout), une télé (TV debout) et ce sont ainsi des membres d’une multitude de métiers spécifiques qui semblent ressentir le besoin de dire : oui nous aussi nous sommes debout et pouvons œuvrer ainsi à une idée et une pratique du bien commun. Ce qui semble ainsi se dessiner c’est la constitution d’un espace public délibératif fluide et étonnement hétérogène, contrairement aux dires qui circulent le plus souvent. Ce sont en effet des riverains, des précaires, des militants de tendances qui ordinairement ne se parlent ni ne s’écoutent, des citoyens venus exprès de plus loin, des savants, des ignorants qui changent de rôle en changeant de commissions, des jeunes, des adultes et des vieux, des hommes et des femmes, des malins et des idiots, des calmes et des excités, des parlants et des écoutants qui circulent ici dans une grande effervescence grave, en tout cas plus grave que joyeuse. C’est ainsi la liberté politique telle que produite par les agoras, forums, ecclésias, assemblées primaires, sociétés fraternelles qui semble ainsi chaque jour se réinventer dans un effort renouvelé, puisqu’il faut chaque jour tout ranger et tout réinstaller. Ici, il s’agit d’une raison nomade à l’œuvre qui re-fabrique son campement central chaque jour.
1.Archives parlementaires, tome 45, p. 417.
Nuit debout
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À mon sens, cet espace délibératif vise à reconstituer ce qui depuis longtemps a été défait, segmenté par l’affirmation que la démocratie repose avant tout sur l’art de voter : à savoir le peuple ou démos. Cet espace délibératif affirme que la démocratie, c’est l’art de délibérer. C’est pourquoi, avecNuit debout, il s’agit bien de reconquérir une souveraineté populaire, c’est-à-dire l’art de se reconnaître comme peuple compétent politiquement dans l’égalité des intelligences réunies, et pourtant non figées dans des institutions qui mettraient chacun à sa place. 2 Nicole Loraux dans laCité divisée, et Jacques Rancière dans la 3 Mésentente, en cherchant à dégager la notion de démocratie de sa gangue contemporaine étatique et juridique au profit d’une interrogation sur ce qui fait qu’une cité est vivante et démocratique, ont ouvert le chemin pour pouvoir interpréter ce qui nous arrive et qui arrive cette fois par nous. Ils associaient toute cité politiquement vivante et harmonieuse au conflit assumé dans une conception héraclitéenne qui suppose le mélange et donc l’agitation afin que justement la cité ne se divise en deux. Car c’est le deux qui produit la bascule dans la guerre civile et non l’agitation permanente. C’est quand deux groupes sociaux se distinguent et s’affrontent que la « stasis » n’est plus latente, mais effective. Car à ne plus la vouloir latente, on pousse les deux parties à se dresser l’une contre l’autre plutôt qu’à se mélanger pour débattre sans cesse du juste et de l’injuste. Comme le «kukeon, breuvage des mystères », « la cité est mélange » et pour éviter la division de ce mélange de « citoyens de toutes 4 sortes » il faut l’agiter . La véritable concorde, n’a donc rien de statique : « sans conflit, c’est la division. » Le conflit ou l’agitation empêche la guerre civile ou la mort de la cité. Qu’est-ce alors qu’un conflit démocratique ? Pour Jacques Rancière, démocratie se confond avec le mot « politique ». Or dit-il : « Il y a de la politique parce que – lorsque – l’ordre naturel des rois pasteurs, des seigneurs de guerre ou des possédants est interrompu par une liberté qui vient 5 actualiser l’égalité dernière sur laquelle repose tout ordre social . »
Démocratique donc si le conflit porte sur la question de l’égalité ou du tort, de l’injustice, et qu’elle rend visible le caractère contingent de l’ordre, le dénaturalise en quelque sorte loin d’institutions immuables. Or,
2. Nicole LORAUX,La cité divisée, Paris, Payot, 1997. 3. Jacques RANCIÈRE,La Mésentente. Politique et philosophie, Paris, Galilée, 1995. 4. Nicole LORAUX,ibid., p. 106. 5. Jacques RANCIÈRE,ibid., p. 37.