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Ecrire et être edité ?

De
116 pages

Pourquoi, un beau jour, a-t-on envie d'être édité ? Comment vit-on les contraintes insoupçonnées qui en découlent ? Comment réagit-on à la découverte du monde de l'édition ? Une réflexion avec un mélange de ressenti, d'humour et la petite dose de mauvaise foi qui s'impose.

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Ajouté le : 01 décembre 2013
Lecture(s) : 2
EAN13 : 9782336332895
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Didier Mireur
Écrire et être édité ? Dix bonnes raisons pour ne pas (trop) rêver
24/11/13 19:31
Écrire et être édité ?
Didier MireurÉcrire et être édité ? Dix bonnes raisons pour ne pas (trop) rêver
Du même auteur Chez L’Harmattan : LE CHANT D’UN DEPART, roman historique © L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01958-1 EAN : 9782343019581
Avant-propos Je n’ai pas encore tracé les premières lignes que mes oreilles sifflent déjà devant les commentaires désobligeants que certains se croiront autorisés à donner au vu du titre. Sans avoir, bien entendu, la moindre envie d’aller au-delà, tant il est vrai qu’une phrase lue au hasard donne à tout un chacun le droit de s’exprimer sur un sujet complexe dont il ignorait tout la veille encore. Ces esprits sagaces auront repéré, au premier coup d’œil, une action sournoise d’écrivain confirmé pour décourager les débutants de pénétrer dans le secteur de l’édition et ajouter leur pierre dans un marché du livre où la concurrence est vive. Permettez-moi de dire à ces grands penseurs qu’ils se fourvoient de manière abyssale. Je n’ai pas trouvé plus profond dans l’échelle de la déraison. Relisez-donc le titre. Ai-je découragé l’écriture? En aucun cas. Il y a juste la mise en relation de deux actions, celle d’écrire et celle d’être édité. Si pour être édité il va de soi qu’il faut auparavant écrire, c’est écrire dans le but d’être édité qui est l’objet de mes réflexions, écrire les yeux fixés sur un résultat possible de l’écriture et non sur l’écriture elle-même. Car l’écriture est une passion. Certains y consacrent leur vie et souvent, juste retour des choses, finissent par trouver un éditeur avec parfois un certain succès. Pour d’autres, c’est le plaisir de jouer avec les mots, de réveiller des souvenirs, d’évoquer des parfums qui restent, d’explorer des terres inconnues à l’intérieur de leur propre univers. Un plaisir égoïste ou partagé avec quelques-uns. Un plaisir, tout court. Mais, pour la plupart, c’est une façon de penser, de ne pas subir en permettant à son imagination de se débrider, une 7
manière d’être, un instrument de réalisation personnelle. Comme le dit doctement une de mes proches, l’écriture est une dynamique constructive et valorisante de la prise de conscience de soi. Sa seule excuse, c’est qu’elle n’écrit pas. Elle aurait découvert alors que cette valorisation débouche assez vite sur le désir d’être reconnu par les autres, par beaucoup d’autres. L’amateur se trouve alors obnubilé par ce but à atteindre: trouver l’éditeur qui fera de lui, à ses yeux et surtout aux yeux de ces autres, un écrivain. Si cette tentation de reconnaissance ne vous choque pas, vous qui êtes un lecteur sensé, c’est qu’il était temps qu’un des dits amateurs pousse son coup de gueule et, puisque personne ne me l’avait demandé, qu’il était bien de mon devoir d’y répondre. Pourquoi ? Il se trouve que je me suis lancé presque par hasard, il y a quatre ans, dans l’écriture d’un roman. Passionné d’Histoire comme d’autres le sont de voitures, sans jugement de valeur vous vous en doutez, un sujet dont on m’avait parlé lorsque j’étais gamin s’était lentement insinué en moi. Difficile de ne pas se laisser séduire par les aventures d’un lointain cousin sans lequel, en 1792, le «Chant de guerre de l’Armée du Rhin» ne serait jamais devenu la «Marseillaise », excusez-moi du peu. La connaissance s’arrêtait d’ailleurs à peu près là. Un peu léger, je vous l’accorde, pour bâtir un roman sur un inconnu des dictionnaires quand bien même son nom serait inscrit sur le pilier Sud de l’Arc de Triomphe. Il suffit d’un repas de famille pour que tout bascule. Connaissant mes penchants d’historien amateur, un de mes proches me demanda une petite note pour que les membres de la tribu aient l’air moins ballot lorsque, ça venait justement de lui arriver, un érudit était suffisamment mal élevé pour poser une question sur cet ancêtre dont, nous, nous savions si peu. Qu’à cela ne tienne, je relevai le défi, ce qui au fond m’arrangeait bien puisque j’avais ce projet en tête depuis longtemps tout en trouvant plein de bonnes raisons pour le remettre à plus tard. Après quelques jours de recherches au Service Historique de la Défense, je n’ai pas grand mérite c’est 8
à deux cents mètres de chez moi, je réalisai sans trop de difficultés une petite biographie succincte à usage familial. Royalement une dizaine de pages. Que ne m’en suis-je contenté ! Seulement voilà, un littéraire qui, à ma grande surprise, sommeillait en moi eut l’impression de rester sur sa faim. Il me reprocha insidieusement d’avoir cédé à la facilité d’un rapport d’une sécheresse quasi militaire, succession de dates et de faits précis, sans avoir essayé de faire passer ce souffle qui aurait permis de faire revivre, ne serait-ce qu’un instant, notre glorieux héros. J’ai eu beau essayer d’ignorer l’importun, ou de l’endormir avec un excellent marc de Bourgogne lorsqu’il se faisait par trop insistant, il arrivait toujours à me tirer par la manche pour me chuchoter quelques idées de son projet. Et j’ai craqué. A quoi cela tient-il? Il suffit d’un dimanche où le programme télé vous tombe des mains alors que la maisonnée se repose. Je me suis assis à mon bureau et, plus par curiosité que conviction, ai repris mes premières notes en tentant de jeter sur le papier quelques compléments, un vague plan pour en faire une biographie plus romancée, ce genre d’exercice dans lequel on se donne le droit d’imaginer ce qu’on ignore, compte-tenu de ce qu’on pense connaître du personnage, en se mettant à sa place pour s’attribuer ses luttes et ses espoirs, partager ses idéaux et découvrir ses désillusions. Un peu comme un scénario de film où l’on invente un décor, des personnages, on insère une amourette... De quoi occuper un dimanche pluvieux. Deux ans après l’ouvrage était terminé. Un an plus tard, il paraissait en librairie. Ça y est, je vous entends encore râler. D’après vous, c’est plus grave que vous ne le pensiez. Je démontrerais maintenant une intolérable mauvaise foi en dénonçant ce que je viens d’avouer avoir réussi : écrire et être édité. Au lieu de causer sans savoir, continuez la lecture et vous comprendrez pourquoi je vous exhorte à oublier cette envie de reconnaissance littéraire qui vous chatouille. Et je ne m’adresse pas seulement à ceux, très nombreux, dont le manuscrit finira dans la poubelle des maisons d’édition, mais aussi aux rares 9