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Ecritures mauriciennes au féminin : penser l'altérité

De
317 pages
La littérature mauricienne féminine a connu ces dernières années un envol impressionnant. La collection d'articles présentés dans ce volume offre un hommage à cette génération d'écrivaines mauriciennes (Ananda Devi, Nathacha Appanah) qui mettent au jour de nouvelles cartographies de l'altérité.
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Écritures mauriciennes au féminin : penser l’altérité
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-54211-2 EAN : 9782296542112
Sous la direction de Véronique Bragard & Srilata Ravi Écritures mauriciennes au féminin : penser l’altéritéL’Harmattan
Critiques Littéraires Collection dirigée par Maguy Albet Dernières parutions José Watunda KANGANDIO,Les Ressources du discours polémique dans le roman de Pius Ngandu Nkashama, 2011.Claude HERZFELD,Thomas Mann.Krull, Félix roman picaresque, 2010. Claude HERZFELD,Thomas Mann. Déclin et épanouissement dansLes Buddenbrook, 2010. Pierre WOLFCARIUS,Jacques Borel. S’écrire, s’écrier : les mots, à l’image immédiate de l’émotion, 2010.Myriam BENDHIF-SYLLAS,Genet, Proust, Chemins croisés, 2010. Aude MICHARD,Claude Simon, La question du lieu, 2010. Amel Fenniche-Fakhfakh,Fawzia Zouari, l'écriture de l'exil, 2010. Maha BADR,Georges Schehadé ou la poésie du réel, 2010. Robert SMADJA,De la littérature à la philosophie du sujet, 2010. Anna-Marie NAHLOVSKY,La femme au livre. Itinéraire d'une reconstruction de soi dans les relais d'écriture romanesque (Les écrivaines algériennes de la langue française), 2010. Marie-Rose ABOMO-MAURIN,Tchicaya ou l'éternelle quête de l'humanité de l'homme, 2010. Emmanuelle ROUSSELOT, Ostinato, Louis-René des Forêts. L'écriture comme lutte, 2010. ConstantinFROSIN,L'autre Cioran, 2010. Jacques VOISINE,Au tournant des Lumières (1760-1820) et autres études, 2010. Karine BENAC-GIROUX,L’Inconstance dans la comédie du XVIIIe siècle, 2010. Christophe Désiré Atangana Kouna,La symbolique de l’immigré dans le roman francophone contemporain, 2010. Agata SYLWESTRZAK-WSZELAKI,Andreï Makine : l’identité problématique, 2010. Denis C. MEYER,Monde flottant. La médiation culturelle du Japon de Kikou Yamata, 2009. Patrick MATHIEU,Proust, une question de vision, 2009.
Femme à femme, mot à mot J'accompagne tonparcours solitaire femme à femme, pas à pas le corps parle,mots de la chair nuedans un long soupir, sans son inutile les ondes magnétiques nous lient my sister in crime and in writingmy partner in rhyme [mes] yeux [te] songenten clair-obscur tu surgis prakriti essence féminine j'accueille l'espace d'un instant ta beauté de Draupadi le puits insondable des tes yeux dévore ton visage serein que cache le miroir ? que trahit la douceur ? armure préventive, traits noirs de colère, khôl de Kali entre nous le silence ne pèse pas, pas plus qu'un nuage chacune perdue dans sa propre spirale notre descente aux enfers, notre montée aux cieux, nirvana sur terre les mots [nous] ont offert leur délire sacré dans mes rêves je dis les mots que tu écris ils triturent, ils fouillent, ils étripent, ils déchirent, ils hantent de mélancolie de mon exil, je construis l'ardeur de notre île je la porte en moi, corps-valise terre, mer et sangs mêlés toi tu m'ouvres sa monstruosité society's underbelly Rue la Poudrière, Trou Fanfaron par quel sortilège fais-tu vivre Ève disloquée, démembrée ? ombres noires qui vrillent, qui squattent l'imaginaire, ancrent nos pensées dans la pierre deSoupirdans le corail de Joséphin sacrifié aux anguilles pour expier son impossible acte de rédemption
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tu peins en volutes de fumée la destructive possession les entailles, les braises de la déception tu reçois la brûlure de l'absence absence de toute humanité on ne survit que dans la folie espace de combat dilué d'eau rouge châtiment d'un village indigne, de sa communauté Les mots les ont sauvés les ont sortis momentanément du trou tu rejettes l'exotismeîle mystique île rêvéeâpre et duretu prends le désert de ses entrailles ton œil-caméra dépouille au tréfonds long tracking shot long still hold ta plume trempée de noir explore l'ombre, le gouffre, le souffre de l'âme [tu] n'attends de la vie que le choc de ses instants ton rythme ignore le roulement du séga déhanchement facile de gaieté façonnée pour toi j'entends les phrases langoureuses démarche fluide d'une femme en sari je devine le chuintement musical d'une Mirish Desh aux pétales de lotus sur les murs de la cave tu danses douce obsession du moine-amant gravée encore et encore, à l'infini évoquant par tes gestes graciles dieux et déesses aux mille couleurs tourmentée comme le moine tu martèles la femme bafouée, violée, écartelée tu passes d'une à l'autre deux moi dissociées, l'une donnée à l'amour l'autre nourrissant sa rage
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femmes-palimpsestes se profilant en creux encore et encore, à l'infini renaît la mémoire de la bassesse humaine, indicible cruauté ton silence réveille en moi les affres des longues traversées à l'aube de notre histoire, fatalité, pour que nos pas puissent se croiser Kala Pani aux mystérieux sortilèges dévoreuse identitaire, voleuse de l'Essence malgré leur crainte jadis tes ancêtres à fond de cale fuyaient l'enfer de l'innommable pour celui de la canne [mes] yeux [te] songentsous les traits des coolies sur l'île Plate victimes immolées de l'Hydaree d'Anjalay je te revêts Histoire d'eau couleur croupie que d'amertume recueillie dans la conque de la rencontre quand flambent les passions quand s'embrasent nos villages au gré des peaux je me répète comme une litanie˜ȴšȣ –¡“baahen ma sœur my sister in rhyme en dépit de / par la vie, par les mots, nous sommes unies dans l'ombre de tes lignes souriante je savoure ton monde polymorphe polyglotte réfracté ton monde qui est le mien sous le poids de la laideur s'irise éphémère la vision d'un espoir, d'une survie, d'une naissance légère je me laisse emporter dans tononde première qui afflue sans effort,elle me prend, je la laisse, c'est volonté de ma part quand ellerepartira comme elle est venue,restera le trésor l'infime et l'infini réunis dans la paume de ta main femmestatouées par la vie, ausari d'épouse moisieest-cedans la mort qu'on trouve sa vérité?est-cedans la folie pauvre et douce d'aimer ?femme de soietu choisis le tango splash of light inattendu tu joues de la langue sur le sitar de la vie, poésie-musique sans fausse note
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au carrefour de l'enfance tu éveilles, douce émotion, les balsamines que nous faisions éclater entre nos doigts dans ta ronde d'images tu tisses Croix du Sud et Aswhini tu ébranles Zil, fragile harmonie, tu choisis la violence de la poésie vrai cadeau que j'attends, à chaque fois un miracle, l'antithèse des certitudes de notre terre violée dans le silence éclaté bref éclair de lumière tu déterres des espoirs dans la fange coagulée tu nous ouvresau tissage imperceptibleà la fine dentelle de la rébellion, de la certitude, de l'assertion dans ton parcours de femme engagée dans ta douce voix aux dures sonorités dans ta lutte pour que chante la femme bâillonnéeje te cherche, je te suis, je te guette, je te projette je suis l'ombre de ton identité Eileen Lohka, 16 janvier 2009
Note :
les mots en italiques sont des citations provenant de divers textes d'Ananda Devi ; entre autres,Pagli(2001),Le long désir(2003),Indian Tango(2007), Paris : Éditions Gallimard.
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