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Écrivains dauphinois

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94 pages

« On étudie, il faut en convenir, avec une grande ardeur notre histoire de France, qui avait été, sauf quelques époques exceptionnelles, fort négligée par les générations précédentes ; on la reconstitue de tous côtés, morceaux par morceaux. Archivistes, amateurs, sociétés archéologiques, fouillent les fonds des bibliothèques pour en extraire et publier les documents négligés ou mis au rebut par nos prédécesseurs. Mais ne se perd-on pas un peu dans les minimes détails que produisent ces recherches ?

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À propos de Collection XIX

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André Lacroix

Écrivains dauphinois

M. le marquis de Pisançon

« On étudie, il faut en convenir, avec une grande ardeur notre histoire de France, qui avait été, sauf quelques époques exceptionnelles, fort négligée par les générations précédentes ; on la reconstitue de tous côtés, morceaux par morceaux. Archivistes, amateurs, sociétés archéologiques, fouillent les fonds des bibliothèques pour en extraire et publier les documents négligés ou mis au rebut par nos prédécesseurs. Mais ne se perd-on pas un peu dans les minimes détails que produisent ces recherches1 ? »

Ainsi s’exprime notre auteur dauphinois, non par dédain, sans doute, des particularités infimes des chroniques locales, puisqu’il a confessé ailleurs que le moindre petit fait, la moindre date certaine, « peuvent créer ou anéantir toute une vaste théorie » — mais par amour de la synthèse, plus favorable à l’intelligence et à la philosophie de l’histoire.

Effectivement, les détails fatiguent souvent l’attention du lecteur, et, dispersés, selon les temps et les lieux, ne font ressortir aucun enseignement sérieux et profitable. L’étude, au contraire, des effets et des causes élève l’âme vers des régions plus sereines et lui découvre ainsi des horizons nouveaux.

Mais, s’il est loisible à tout travailleur infatigable d’extraire des archives des révélations nouvelles pleines d’intérêt, combien peu sont appelés à condenser d’une manière exacte et logique les événements similaires pour en tirer un utile enseignement.

M. de Pizançon a eu la bonne fortune de réussir dans ce genre difficile, grâce à de fortes études et à de longues méditations. Son livre ne vise point à l’effet du Discours sur l’Histoire universelle, car une province ne saurait en fournir les éléments : il se borne à présenter les phases principales des évolutions accomplies en Dauphiné depuis l’époque romaine jusqu’à l’aurore de l’émancipation moderne. Il le fait clairement, méthodiquement et avec art.

Déjà M. Guérard, dans le Polyptique de l’abbé Irminon, avait présenté un tableau réel de la condition des terres et des personnes sous Charlemagne. Il nous avait montré les terres distinguées en terres franches ou alleux et en terres dépendantes ou bénéfices, pendant les quatre premiers siècles de la monarchie, au milieu des guerres et des ruines, et les personnes divisées en trois classes : libres, colons, lides et serfs, puis les hommes libres subdivisés en trois autres catégories : les libres simples, les propriétaires et les libres avec propriété et juridiction, c’est-à-dire les possesseurs d’alleux.

Puis, les bandes armées des maires du Palais, fondant la monarchie, avaient précédé Charlemagne, organisateur de l’unité administrative ; et son fils, Louis le Débonnaire, avait tout laissé périr en ses débiles mains.

C’est alors que le Dauphiné, encore appelé la Bourgogne, s’insurgea contre le monarque impuissant, à la voix de saint Barnard, archevêque de Vienne, et d’Agobard, archevêque de Lyon.

Les spoliations de Charles-Martel avaient préparé cette rébellion, et l’élévation au trône de Boson, beau-frère de Charles le Chauve, faite au château de Mantaille, en 879, en fut le ternie final.

A cette même époque, les officiers publics convertissent le territoire de leur magistrature en fief indépendant, et la tenure s’insurge contre le bénéfice ou l’alleu et devient aussi héréditaire : l’alleu, difficile à conserver dès la fin de la première race, disparaît entièrement pour revêtir le caractère du fief et assujétir la terre à la terre ; les lois personnelles et les anciennes distinctions de colons, de lides, d’esclaves disparaissent, et la féodalité couvre le sol de châteaux forts.

Parmi les grands propriétaires du territoire, ainsi morcelé, se trouvèrent les évoques ou les abbés et quelques familles puissantes, comme les Dauphins, les Clérieu, les Bérenger, les Poitiers, les Adhémar, les Mévouillon, les Artaud et quelques autres.

Or, c’est l’histoire de ces hauts possesseurs que l’écrivain dauphinois a entreprise sous le nom d’Etude sur l’allodialité dans la Drôme.

L’auteur, dans ses développements, nous initie sans cesse aux vues d’ensemble et à la politique de chacun de ces grands feudataires. La lecture de son travail doit nécessairement précéder et suivre la lecture de tout autre livre sur la province, autant pour en esquisser la physionomie que pour en rappeler les faits essentiels.

Il existait des abrégés de nos chroniques locales : il n’y avait pas de résumé philosophique des faits qu’elles révèlent.

M. de Pizançon a comblé cette lacune avec autant d’originalité dans les aperçus que dans le style, avec autant d’érudition que de philosophie.

Il avait déjà publié des articles intéressants dans la Revue du Lyonnais, dans le Bulletin de la Société d’archéologie de la Drôme etc. Son Etude sur l’alliodalité est une œuvre sérieuse et utile. Elle n’ajoutera rien à la gloire d’une famille où, selon Guy Allard, « on n’a vu que des gens relevés en dignité, » mais elle rendra attrayante et facile la connaissance du passé historique de notre chère province.

M. de Terrebasse

L’excellente Biographie du Dauphiné, publiée en 1860, proclame cet écrivain « l’un des plus savants et des plus habiles explorateurs de l’histoire de notre province, » et la critique a pleinement confirmé une appréciation aussi élogieuse.

Décédé en 1871, à 70 ans, M. de Terrebasse laissait à la postérité une Histoire de Pierre Terrail, seigneur de Bayart ; la Relation des principaux événements de la vie de Salvaing de Boissieu, et diverses brochures sur des points d’érudition et d’épigraphie, et, de plus, comme éditeur, les Histoires de Palanus, comte de Lyon, du chevalier Paris et de la belle Vienne, et les chroniques en latin d’Aimar du Rivail sur le Dauphiné.

Depuis sa mort, trois volumes importants, dignes en tout des premiers par la science et le style, ont successivement paru et ravivé le glorieux souvenir du regrettable écrivain.

Deux d’entre eux font partie de l’ouvrage de M. Allmer, intitulé : Les Inscriptions de Vienne, et nous donnent, avec les inscriptions du moyen-âge et gallo-romaines de cette ville, de courtes et intéressantes dissertations sur les institutions politiques, religieuses et sociales de la province. Si l’ouvrage eût embrassé tout l’ancien diocèse de Vienne, nous posséderions un ensemble curieux de révélations sur le Viennois ; mais l’auteur ne s’écarte guères du chef-lieu, bien qu’il eût, ailleurs, étudié une inscription de Saint-Donat1, parmi toutes celles que renferme ce bourg. D’autres, sans doute, en s’inspirant des travaux de M. de Terrebasse, tenteront de combler cette lacune.

Le 3e volume sort à peine, comme les précédents du reste, des presses de M. Savigné, à Vienne ; il renferme : 1° une Notice historique sur l’origine des Dauphins de la 1rerace, et 2° une Histoire du roi Boson et de ses successeurs.

La préface due à là plume correcte de M.P.-Emile Giraud, ami et parent du regretté défunt, nous révèle un détail assez étonnant : c’est que les manuscrits de M. de Terrebasse ne renfermaient l’indication d’aucune source historique pour justifier les faits, les jugements et les opinions avancés. A force d’étudier les origines des familles et des institutions de la province, l’auteur s’était rendu tellement familiers les recueils de chartes et les chroniques du temps, qu’il n’avait pas soupçonné pour autrui la difficulté de combler ce vide. C’était pourtant là une rude tâche, et M.P.-Emile Giraud, le sagace et savant historien de l’abbaye de Saint-Barnard et de la ville de Romans, pouvait seul dignement la remplir. Il s’en est tiré en maître ; seulement nous exprimerons le regret de voir ses indications précieuses rejetées à la fin de chaque mémoire, au lieu d’être placées au bas des pages du récit qu’elles corroborent.

On sait que l’histoire des Dauphins de la première race avait été abordée en 1866 par M. de Pizançon2, et que, sans contester l’existence des comtes appelés Guigues avant 912, l’auteur n’avait pas cru prudent d’outrer passer cette date.

Chorier, parfaitement initié aux secrets de notre histoire locale, était allé jusqu’à l’Assemblée de Varennes ou Garenne, en 889, chercher un comte Wigo ou Wido.

De son coté, Valbonnays, tout en confessant que Guigues-le-Vieux n’était pas le premier de sa maison, s’arrêtait à ce prince, s’épargnant ainsi la peine d’étudier ses ancêtres.

Fontanieu, intendant de Dauphiné, auteur d’une histoire et d’un cartulaire de la province, demeurés manuscrits, avait pris un moyen terme entre Valbonnays et Chorier.

La question était donc restée obscure et incertaine, et la solide érudition de M. de Terrebasse pouvait seule l’éclairer et l’asseoir définitivement, à partir du comte Guigues, en 889, jusqu’à Guigues-Dauphin (roi déposé du Viennois), vers 1140.

Ce travail, d’une critique impartiale, largement appuyé sur des citations importantes et sur les inductions d’une logique serrée et calme, suffirait à lui seul pour justifier la réputation de l’auteur. On y remarque surtout des aperçus nouveaux sur la prétendue occupation du diocèse de Grenoble par les Sarrasins, au milieu du Xe siècle.

Quant au Mémoire sur Boson et ses successeurs, il présente encore, même après les études de M. de Gingins de la Sarra3, tout l’intérêt et tout le profit qui s’attachent aux écrits d’un savant véritable et d’un écrivain élégant et solide.

M. Adolphe Fabre, président du tribunal civil de Saint-Etienne, dans sa Notice historique sur M.A. de Terrebasse, sa vie et ses œuvres, est parvenu,