Élections de 1830 . Un électeur de l'Aube à ses concitoyens électeurs. (Signé : D.-J.)

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impr. de Bouquot (Troyes). 1830. France -- 1824-1830 (Charles X). [12] p. ; in-12.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1830
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ELECTIONS DE 18 30.
nïËssi£ïHîS,
LA. dissolution est prononcée. Le Roi a exercé sa
prérogative; les Electeurs vont user de. leur droit.
Les conseillers de la Couronne persuadent au Sou-
verain que la Chambre élective est hostile au Roi et
à la paix publique. Le Prince proroge la Chambre:
voilà le jugement du ministère; mais ce Prince, le
plus loyal, le plus juste des hommes, sait mieux
que personne qu'une mesure quelle qu'elle soit, doit
avoir un motif. Il sait que sa religion peut avoir été
trompée; que les Rois ont le malheur d'être entourés
de gens intéressés à taire la vérité, et pour la con-
naître toute entière, il change en dissolution, ce qui
n'était d'abord que prorogation : voilà le jugement
du pays. Heureux mécanisme du gouvernement mo-
narchique constitutionnel; dans des cas extrêmes,
la dissolution répond à tout.
C'est donc à nous, Messieurs, à nous mandataires
de la France au premier degré, que S. M. s'en remet
pour assurer le sort de la monarchie et rétablir le
2
repos public l; à nous qu'elle en appelle pour for-
mer une Chambre nouvelle, qui sera la censure de
la précédente, ou sa fidèle image et son type.
Depuis dix mois, la nation est inquiète, la Cour
est en émoi. Encore un mois, et le pays aura pro-
noncé son jugement. Encore un mois, et le Souve-
rain se verra entouré de nouveaux députés, sujets
fidèles, qui cette fois encore seront les représentans
de son peuple; car la fraude devenant impossible,
le résultat de la Loi deviendra le voeu de la géné-
ralité.
Honneur au Monarque, qui comprend ainsi ses
devoirs, qui, le premier, montre l'exemple de l'exé-
cution du pacte fondamental juré par tous, octroyé
pour tous !
Honneur au Roi, qui dans un moment d'inquiétude
vague 2 se penche sur son peuple, l'interroge, se
1 Par sa Circulaire du 20 mai, relative aux Elections, M. lé
Préfet invite les Électeurs à s'interroger, pour savoir « quels vé-
a ritables maux sont à craindre, quels véritables biens .sont en
» péril. » Ce sont absolument les paroles que nous adressions au
Gouvernement, lors de l'apparition du ministère du 8 août. C'est
ainsi que l'administration engage une partie de ballon entre le
Monarque et son.peuple.
2 Expression ebérie de M. de Villèlè. Discours de la Couronne
à l'ouverture des Chambres €n i8a5, pour justifier l'urgence des
lois du sacrilège, d'amour, etc.... C'est ainsi qu'on pourrait rétor-
quer chaque mot, chaque expression, chaque pensée des ennemis
de la France. Rien qui ne puisse leur être réappliqué du jour au
lendemain.sCe qu'ils disaient il y a plusieurs années, est ce que
l'opinion publique dit aujourd'hui; ce qu'ils disent aujourd'hui
contre elle (voir la Gazette de France depuis un mois) est ce que
.cette même opinion .disait il y a dix ans. Ils avouent ce qu'ils
niaient, ils nient ce qu'ils avouaient. Toujours deux autorités,
l'une ostensible, l'autre occulte; et tandis, que M. le Préfet de
l'Aube proclame hautement et sincèrement que tout est ordre et
,repos,;des lettres parcourent la province, émanées de personnages
attachés au service.de la Cour; lettres qui intimident les faibles,
circonviennent les, sots, annoncent que la révolution est encore
3
confie à sa froide raison! Electeurs, nous saurons
comprendre Sa Majesté; sa confiance ne sera point
trahie, et des choix que nous allons faire, vont dé-
pendre, il faut du moins l'espérer, l'impossibilité
d'un retour à de vacillations trop fréquentes et trop
funestes.
Mais, Messieurs, pour exercer nos droits, pour
remplir ce devoir de bon et loyal électeur, il con-
vient de nous dépouiller pour jamais de toute es-
pèce d'esprit de parti; il convient que, tous d'ac-
cords sur le but, nous le soyons aussi sur les moyens *.
Zèle et persuasion sont les seuls qu'il nous faut.
. Sans passion comme sans crainte, je vais essayer
de discuter devant vous le mérite des candidats qui
sont utiles au bonheur du pays ; déclarant avant
tout, que dans des circonstances aussi graves, le pre-
mier sentiment de l'honnête homme convaincu, est
de faire entendre la vérité, toute sévère qu'elle puisse
être.
Je dirai donc que trois puissances gouvernent le
monde avec plus ou moins d'intensité : l'hypocrisie,
la cupidité et l'ambition.
Depuis vingt-cinq ans, que d'hommes se sont laissés
dominer par ces principes, et n'ont eu d'autres vues
en faisant les affaires publiques. Pour eux, tout est
bon à sacrifier, hommes et institutions, pourvu qu'ils
soient quelque chose, et que leur fortune devienne
l'auxiliaire de leur orgueil.
sur le point d'éclater, et Sa Majesté sur le point de quitter la
France, etc. Démentez-moi, hommes de parti! sourds qui ne
voulez point entendre, aveugles qui ne voulez point voir^ brouil-
lons.qui ne voulez qu'engloutir l'esquif et le nocher, démeniez-
moi!
1 On sent que je veux parler de cet invisible Comité directeur
comme levier à renvoyer aussi à la faction.
u
La loyauté, le dévoûment et l'indépendance, peu-
vent seuls faire le bon député. Ce sont ces sentimens
qu'ils nous faut rechercher dans les nôtres.
L'homme loyal ne se démentira jamais.. Sa cons-
cience est une. Sans interprétation ni argutie, son
jugement portera sans cesse le cachet de la droiture.
L'homme dévoué est attaché à son pays comme
à son Roi, parce qu'il sait que de la tranquillité de
l'un dépend la sécurité de l'autre. Ainsi qu'il sent
l'utilité de conserver les institutions dont il jouit, il
saura poursuivre avec ténacité toutes celles qui, quoi-
que promises, ne lui sont point encore acquises. Il
ne verra point là de concession, sa loyauté y recon-
naîtra l'oeuvre de l'accomplissement.
Dans l'occasion, son dévoûment développera ses
facultés métaphysiques, et comme son courage lui
fera dompter légalement tous les obstacles qui seront
illégaux, sa loyauté, celle force de Famé dont la
conviction est un éclair, viendra à son secours pour
en. faire un homme éloquent autant qu'il est vertueux.
L'indépendance complète la dignité de l'homme
député. Loin de moi de prétendre qu'une position
dépendante impose exclusivement la contrainte à
tous les caractères : Non. Les temps s'éloignent,-
trop lentement peut-être, où. la vénalité aussi était
exclusive j mais enfin ils s'éloignent, et de moment
en moment , nous voyons apparaître purs des
hommes trop long-temps suspects aux libertés pu-
bliques, que l'expérience ou la force des choses a
corrigés. Messieurs, ces citoyens peuvent avoir des
droits à notre estime particulière, mais ne sauraient
être choisis qu'avec la plus grande circonspection i.
-*■ Lorsque, j'écrivais ceci, j'ignorais 'qu'il 3ùl Être qMstwo de
~hï, de Wismes, notre ancien Préfet, Qjetqa^un qui voulait; me
pomper me dît : « Est-ce que vous refuseriez votre vaix à M, <ie

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