Eloge biographique de M. Édouard Rodde de Chalaniat,... Par M. Félix Grellet,...

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F. Thibaud (Clermont). 1859. Rodde de Chalaniat. In-8° , 14 p..
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Publié le : samedi 1 janvier 1859
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ÉLOGE BIOGRAPHIQUE!.
DE M. ÉDOUARD
MEMBRE DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES, BELLES-LETTRES ET ARTS
DE CLERMONT-FERRAND ,
PAR
M. FÉLIX GRELLET
MEMBRE DE L'ACADÉMIE,
DOCTEUR EN DROIT ET AVOCAT A LA COUR IMPÉRIALE DE RIOM.
CLERMONT
IMPRIMERIE DE FERDINAND THIBAUD, LIBRAIRE
Rue Saint-Genès, 10.
1859.
ÉLOGE BIOGRAPHIQUE
DE
I. Edouard RODDE DE CHALANIAT
MEMBRE DE L'ACADEMIE DES SCIENCES, BELLES-LETTRES ET ARTS
DE CLERMONT-FERRAND.
MESSIEURS ,
Quand un de nos collègues succombe, après avoir parcouru
une longue carrière, donné à son esprit tout son développe-
ment et noblement payé sa dette à son pays, nos regrets l'ac-
compagnent dans la tombe , et nous nous faisons un devoir de
rappeler et de consacrer ses titres à la reconnaissance de ses
concitoyens. A plus forte raison doit-il en être ainsi lorsque
celui dont une mort cruelle nous a séparés, est enlevé dans la
force de l'âge et la vigueur de l'esprit, alors que, préparé par
de fortes études, il va entreprendre une publication importante,
qui eût ajouté à l'illustration de son nom.
C'est une perte de cette nature que nous avons faite dans
la personne de M. Edouard de Chalaniat.
Je suis heureux que l'amitié dont il m'honorait m'ait désigné
à votre choix et me permette, après avoir rappelé des travaux
qui ont mérité vos suffrages, de vous faire connaître ceux qu'il
préparait quand il a succombé victime de son dévouement et de
la générosité de son coeur.
Annet-Edouard RODDE DE CHALANIAT est né à Clermont, le
1er janvier de l'année 1812. Je n'ai pas besoin d'ajouter, sur-
tout dans cette enceinte, qu'il appartenait à l'une des familles
— 4 —
les plus distinguées et les plus honorables de notre province.
Comme sa mère avait déjà deux fils et qu'elle désirait beau-
coup une fille , cherchant à se faire illusion, elle conserva très-
tard à ce troisième enfant les vêtements du premier âge. Au
reste, la délicatesse de ses traits, la vivacité de son allure,
l'ensemble de toute sa personne permettaient facilement de
s'y tromper; et, plus d'une fois, cette mère si affectueuse pour
ses enfants et si capable de les bien diriger, put être fière des
compliments qu'on lui adressait sur sa charmante petite fille.
Ce costume, que l'enfant conserva jusqu'à son entrée au
collège, loin d'empêcher le goût des armes de germer en lui,
ne fit qu'en hâter le développement.
Il fallait, en effet, à ce caractère si ferme, à cette nature si
droite et si généreuse , une carrière toute d'honneur et de dé-
vouement ; aussi, n'aspira-t-il, dès ce moment, qu'à entrer
à St-Cyr pour se préparer à servir son pays.
Il commença fort jeune ses études scolaires, les fit avec
succès, et sortit à seize ans du collége de Clermont, pour aller
à Versailles dans une école préparatoire.
A la fin de l'année , son professeur hésitait, à cause de son
âge, à le présenter à l'examen. Le jeune de Chalaniat, qui voit
son irrésolution, brûlant de revêtir l'habit militaire, quitte Ver-
sailles à son insu, se rend à Rheims, où étaient les examinateurs,
subit avec succès l'épreuve qu'on exige, et est reçu, en 1829,
élève de St-Cyr.
Il terminait son cours et allait, en 1831, sortir de l'école et
porter cette épaulette d'officier qu'il avait tant désirée, lors-
qu'on exigea, des élèves de St-Cyr, le serment de fidélité au
gouvernement qui s'était établi en 1830.
Quelque grand que fût le sacrifice , notre jeune compatriote,
n'écoutant que le cri de sa conscience, n'hésita pas à briser son
avenir et à renoncer à cette carrière qui avait pour lui tant d'at-
traits , afin de rester fidèle à ses convictions politiques et aux
traditions de sa famille.
Mais il ne prit pas une telle résolution sans en souffrir et
sans en ressentir le contre-coup, et, quoiqu'il conservât toujours
cette vivacité d'esprit, cet à-propos, cette forme piquante mar-
quée au coin de la plus droite raison, qui faisaient le charme-
de sa conversation , on remarqua dans les habitudes de son
esprit quelque chose de sérieux et de triste qu'on n'avait pas
jusqu'alors distingué en lui.
C'est à partir de ce moment qu'il est rentré dans la vie privée
et qu'il a dû changer la direction de ses études. Comme il ha-
bitait souvent à la Sauvetat, campagne de sa famille, il tourna
vers les sciences naturelles les belles qualités de son intelligence.
L'ornithologie eut d'abord toutes ses sympathies. Il se laissa
séduire, comme l'a si bien dit un de nos collègues (1), « par ces
hôtes nombreux apparaissant chaque année, ceux-ci à l'approche
des frimas, ceux-là au retour de la belle saison, pour se remplacer
tour à tour et pour peupler, avec les oiseaux dont les habitudes
sont plus sédentaires, nos bois, nos champs, nos marais, les
grèves de nos rivières, et jusqu'aux bosquets de nos jardins... »
L'ardeur que M. Edouard de Chalaniat apportait dans ce
travail, la pénétration de son esprit, lui permirent de se passer
de maîtres et de triompher de toutes les difficultés.
C'est ainsi qu'en devenant un savant naturaliste, il forma
peu à peu sa riche collection , non pas en faisant venir à grands
irais des oiseaux étrangers, mais en étudiant les espèces de
notre province, en surprenant, comme on l'a dit, la nature sur
le fait, par une observation constante des moeurs des oiseaux ,
par des études anatomiques répétées et par cet art qu'il poussa
si loin de donner à la nature morte toutes les allures de la vie.
Les travaux de M. de Chalaniat se prolongèrent pendant
près de quinze ans, tant ils étaient consciencieux et modestes,
avant qu'on pût le décider à soumettre à votre haute apprécia-
tion son Catalogue des Oiseaux observés en Auvergne.
M. Baudet-Lafarge , si bon juge en pareille matière, reçut
de l'Académie la mission de vous rendre compte de ce travail.
Son opinion se résume dans ces quelques mots, qui suffirai!
à vous en faire apprécier le mérite :
(1) M. Baudet-Lafarge.

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