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Éloge de Jacques Delille

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Du sein d’une retraite où la vieillesse me tient confiné, je viens, mes illustres et bien-aimés Confrères, esquisser un sujet qui éveillera en vous de précieux souvenirs.

Un beau siècle littéraire, qui expia cruellement des espérances à la fois bienveillantes et présomptueuses, pourra se reproduire sous vos yeux, tandis que je tracerai l’éloge d’un poète qui en fut l’un des derniers ornements et l’un des représentants les plus aimables. Il n’en partagea point les illusions ambitieuses ; il en retraça et en réunit les dons les plus précieux, soit dans les nombreux ouvrages qui honorent et font chérir sa mémoire, soit dans sa conduite, signalée par une fidélité constante et courageuse.

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Charles de Lacretelle

Éloge de Jacques Delille

Lu à l'Académie française le 8 septembre 1854

ÉLOGE DE JACQUES DELILLE

Du sein d’une retraite où la vieillesse me tient confiné, je viens, mes illustres et bien-aimés Confrères, esquisser un sujet qui éveillera en vous de précieux souvenirs.

Un beau siècle littéraire, qui expia cruellement des espérances à la fois bienveillantes et présomptueuses, pourra se reproduire sous vos yeux, tandis que je tracerai l’éloge d’un poète qui en fut l’un des derniers ornements et l’un des représentants les plus aimables. Il n’en partagea point les illusions ambitieuses ; il en retraça et en réunit les dons les plus précieux, soit dans les nombreux ouvrages qui honorent et font chérir sa mémoire, soit dans sa conduite, signalée par une fidélité constante et courageuse. Un tel sujet pourra un jour exciter le talent des jeunes gens qui briguent l’honneur de vos suffrages et de vos couronnes ; mais ils n’auront point eu l’avantage de connaître cet homme excellent, de recueillir les traits brillants de sa conversation, et nous savons tous qu’il fut merveilleusement doué du don de l’impromptu que l’on peut désigner encore par ce mot : l’esprit français. Oui, il fut éminemment Français par le cœur comme par l’esprit. Un des traits qui nous font le plus chérir la mémoire du bon La Fontaine, c’est la fidélité qu’il montra pour le surintendant Fouquet, frappé d’une disgrâce implacable par un souverain digne, d’ailleurs, de donner son nom à un siècle plein de grandeurs en tous genres. La Fontaine manifesta cette fidélité par une élégie, l’un des chefs-d’œuvre de notre littérature. Jacques Delille, pour manifester la sienne, eut à braver l’effervescence révolutionnaire dans ses plus fougueux excès, et ensuite une tyrannie, la plus sanguinaire dont l’histoire ait gravé le souvenir. Ce ne fut pas seulement son nom, c’est la république des lettres qu’il honora par cette fidélité intrépide et constante pour une reine, sa bienfaitrice, longtemps adorée des Français, qui mérita toujours d’en être chérie, et dont notre postérité la plus reculée refusera de croire l’effroyable martyre.

Quelques esprits fortement imbus des préventions qu’a fait naître, vers le commencement de ce siècle, un schisme littéraire de fâcheuse mais courte durée, vont sourire avec un amer dédain à ces mots : Eloge de Jacques Delille. Ils affectent de le représenter comme un abbé coquet et musqué, dont l’espèce fourmillait dans les derniers temps de la monarchie, où une légèreté empreinte d’affectation paraissait le don suprême, le don envié de tous les beaux esprits ; et alors il n’était aucun homme fêté, aucun homme à la mode qui ne prétendît plus ou moins à ce titre.

Peu s’en faut qu’un ingrat et sot dédain n’ait relégué le traducteur des Géorgiques et du Paradis perdu, le chantre de l’Imagination, dans la fade famille des Dorat et des marquis de Pezay. Une telle opinion peut être considérée comme une des exagérations les plus iniques de l’esprit de dénigrement. C’est, pour tous ceux qui ont eu le bonheur de le connaître et qui ont pris le soin si facile et si doux d’étudier ses productions, un devoir de protester contre un mépris qui ne peut être que simulé. A tous ceux-là sa renommée apparaît encore dans tout l’éclat et la pureté dont elle brilla dans les derniers beaux jours de la monarchie ; ajoutons qu’elle parut devenir plus radieuse quand nous fûmes délivrés des fléaux révolutionnaires.

De grandes renommées littéraires se sont élevées de nos jours ; je me garderai bien d’en contester ou d’en affaiblir l’éclat, moi qui ai autant de raisons d’aimer la personne de mes illustres contemporains que d’admirer leurs talents. Mais c’est mal les servir que de les honorer par un zèle iconoclaste qui brise avec fureur des statues, objets d’un respect religieux, pour faire plus resplendir des renommées contemporaines. Si l’on continuait cette guerre aux morts, aux auteurs chéris qui nous ont nourris de douces impressions, on ferait de notre Parnasse un Panthéon désolé, où l’on ne rencontrerait plus que des statues mutilées par nos mains mêmes.

On conseillait au père d’Alexandre d’abattre la ville d’Athènes, lorsqu’il s’en rendit maître, après la bataille de Chéronée : « Je me garderai bien, s’écria-t-il, de détruire un temple de la gloire, moi qui ne travaille que pour elle ! »

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