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Éloge de la vieillesse

De
142 pages
La vieillesse prend de l'ampleur. Les vieux deviennent vivaces, remuants, revendicateurs. Ils exigent une place dans la société et ne se satisfont pas du rôle de respectables reliques qui leur était souvent dévolu. Les questions soulevées par cette génération sont nombreuses. L'auteur s'attache à définir les contours, à évoquer les maux, il en souligne les avantages et les inconvénients. Il se garde habilement de toute tonalité tragique, bavarde sur la fin normale et obligatoire de la vieillesse, et enfin, souhaite l'avènement d'une Nouvelle Vieillesse. En quelque sorte une sénilité plus juvénile.
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Jacques Franck
éloge de la vieillesse
Éloge de la vieillesse
Jacques Franck
Éloge de la vieillesse
Du même auteur La Ballade du GénéralisteL'Harmattan 2006 Le Spermatozoïde octogénaireL'Harmattan 2008 Le Vieux communisteL'Harmattan 2008 Le sérieux et le futileL'Harmattan 2010 Achille, de Mantes à SobiborL'Harmattan 2011 © L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00840-0 EAN : 9782343008400
Avant-propos
La jeunesse porte le futur, ses espérances, ses incertitudes, ses progrès, ses catastrophes. La jeunesse est intéressante. Elle séduit et suscite la crainte. On la flatte, on la menace, on la brutalise. On l'érige en exemple ou on la méprise. On dit la comprendre ou on feint de l'ignorer. On la considère comme un ensemble, une classe sociale, une espèce animale, une communauté. On se détermine par rapport à la jeunesse. On fait du "jeunisme".
La jeunesse est un passage obligé entre la naissance et la fin de la vie. Certains ne vont pas au-delà. Heureusement la plupart des humains dépassent ce stade. La jeunesse n'est pas éternelle, même si d'aucuns – et d'aucunes – l'imaginent et le souhaitent. La jeunesse est l'avenir du monde. En principe.
Que devient-elle quand elle en est le passé ?
La vieillesse. Elle ne brille pas. On ne l'envie pas. On ne la flatte qu'avec hypocrisie. Elle est péjorative, patibulaire. Personne ne fait du vieillisme. L'expression n'existe même pas.
La vieillesse séduit si peu que l'on évite son nom. On le masque sous des dénominations enjôleuses, mêlant parfois la flagornerie, le paternalisme, l'imbécillité. On parle de troisième ou de quatrième âge, d'âge avancé), de crépuscule de la vie, voire quelquefois d'âge d'or, comble du cynisme.
Quant aux titulaires de la vieillesse, l'inventivité ne connaît pas de limites. Les désigner comme vieux, c'est proférer une injure, une obscénité. On les appelle "papy" ou "mamie"' sur un ton sirupeux. On accrédite la notion de "senior", néologisme stupide que je récuse. De même que petits vieux, bons vieux,
vieux cons. On s'attendrit sur les cheveux blancs, la bonté du sourire, la fraîcheur de la peau. Même quand ils sont chauves, fripés, sales, laids, méchants. Ce n'est pas très souvent le cas. La vérité se situe entre les deux. Ils sont généralement beaucoup plus présentables. On nous les montre comme des images d'Epinal ou des médailles pieuses. Le plus beau, en ce domaine, est atteint par les couvertures de revues dédiées aux vieux et aux moins vieux. Lorsque je regarde ces portraits totalement trafiqués de "papys" et "mamies" sexy et juvéniles, j'ai envie de hurler d'indignation (ou peut-être de jalousie….)L'évocation médiatique d'un autre visage de la vieillesse tombe dans l'excès inverse. La présentation fréquente de pensionnaires choisis parmi les plus spectaculaires de maisons de retraite ne plaide pas pour cet état. Les malheureux grabataires, dégradés, cacochymes font une bien mauvaise publicité à la vieillesse.Là, je ne suis plus jaloux. Bien sûr, les vieux, définition générique, incluent les vieilles. La vieillesse offre des facettes multiples. Deux vieux ne sont jamais pareils. Deux jeunes non plus. Il faut avoir longuement réfléchi pour considérer la vieillesse comme normale. Il est nécessaire d'avoir fréquenté de nombreux vieux pour pouvoir l'évoquer avec un minimum d' autorité. Il est utile d'en avoir soi-même pénétré les arcanes pour s'en faire le chroniqueur. Ayant la chance et la malchance d'être vieux, j'éprouve le besoin de me plonger dans le sujet. La chance parce que ça implique que j'ai vécu très longtemps, ce qui est une bonne chose. La malchance parce que cet état comporte des inconvénients. J'ai envie de parler de la vieillesse. Pas de la mienne. Il n'est pas question de me livrer à un exhibitionnisme sénile.
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Mais une longue pratique m'a permis, en quarante années d'exercice de la médecine générale, de côtoyer nombre de bénéficiaires ou de victimes de la vieillesse avant d'y goûter personnellement. Je n'en fais pas l'apologie. Je n'écris pas un "Éloge de la vieillesse", mais un hommage. Dans la mesure où on devient vieux involontairement, on ne mérite pas de compliments. Juste un coup de chapeau, pour avoir tenu jusque-là. On ne l'a pas fait exprès. Les sarcasmes et le mépris sont pareillement injustifiés et lâches. En outre, j'aurais tout lieu d'en craindre un effet boomerang. A tout prendre, je préfère considérer les vieux comme une tranche normale de la population. Partie prenante des problèmes de leurs compatriotes, ils ne se distinguent pas du genre humain. Mais ils ont une petite touche qui marque leur spécificité.
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