Éloge de M. le Mis de Montmirail, lu à l'assemblée publique de l'Académie royale des sciences, du 17 avril 1765

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1765. Montmirail. In-8 °. Pièce.
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Publié le : mardi 1 janvier 1765
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DE
M. LE MARQUIS
LU à l'affèmblée publique de l'Académie
Royale des Sciences,, du 17 Avril
D E ■
M. LE MARQUIS
HARLES-FRANÇOIS LE
TEL LIER, Marquis de Mont-
miraií, Brigadier des années
du Roi, Chevalier de f Ordre royal &
militaire de S. 1 Louis, Capitaine-colonel
de la compagnie des Cent - fuiffes de ía
garde ordinaire du Corps du Roi, Mestre-
de-camp du régiment RoyaI-Roussilíon?
Aii
4 Eloge de M. le Marquis
Cavalerie, naquit à Paris le 11 Septembre
1734, de François-Céfar le Tellier, Mar-
quis de Courtanvaux, Capitaine-colonel
des Cent-ffuiles deja Garde, Sodé Louilê-
Antoinetle de Gontaud de Biron, fiile de
'François-Armand de Gontaud., Duc de
Biron, (Pair de France.
II fit fes premières études au collège de
Couis-Ie-Grand, tenu alors par les Jésuites;
jamais, dispositions -heureuses., jamais carac-
tère aimable ne fe développèrent de sibonne
heure: il étoit à la fois l'objet des attentions
de ses maîtres, & celui de i'amitié de íès
compagnons d'étude. Ils voyoient lans:
regret & fans jalousie toutes les préférences
& les distinctions que lui attiroient íès
vertus «aiúantes & .íès taïens. Sa douceur
& fa modestie à íeur égard adoucifíoient
îe désagrément qu'elles auraient dû leur
cauíèr. Ses maîtres auroient pu'êtreíedujts,
mais le jugement de íès -compagnons ne
de Montmirml. 'f.
peut être suspect : on sait jusqu'à quel point
les écoliers portent la liberté de leurs dif-
cours , & combien l'art de la politique leur
est étranger en pareil cas.
L'indulgence que fes maîtres avoient
pour lui, n'étoit cependant pas, à beau-
coup près auffi grande quelle aurpit pu
le paraître au premier coup d'oeil ; elle
nalloit qu'à fermer les yeux fur í'emploi
du temps que lui laiffoit l'extrême facilité
qu'il avoit à remplir fes devoirs. Ce temps
duquel on ne lui demandoit pas compte,
étoit employé, non à des jeux ordinaires
aux enfans, mais à la lecture des meil-
leurs livres en tout genre, qu'il dévo-
roit avec avidité, & desquels il commen-
çoit dès-lors à fe faire une bibliothèque
choisie & remplie des plus belles éditions :
son goût en ce point avoit été auffi précoce
que fes autres talens. On lui a vu lire furs-
tout deux fois de fuite avec une extrême
A iij
6 Éloge de M. le Marquis
attention, Tacite & Polybe; Tacite le peintre
le plus expressif des moeurs des différentes;
Nations, & Polybe, l'ouvrage le plus favant
& le plus suivi que f Antiquité nous ait
transmis fur l'art militaire : c'étoit à ces
lectures que le jeune Marquis de Crufy (car
ce fut le premier nom que porta M. de
Montmirail) employoit le temps qu'il dé-
roboit à fes autres occupations. Ces momens
dérobés ne l'empêchoient cependant pas
d'emporter les premières places & les prix
de toute efpèce ; il en réfultoit feulement;
qu'il faifoit de lui-même & sans qu'on parût
s'en apercevoir, deux études au lieu d'une.
& qu'il fe préparoit des reffources infinies-
pour les fonctions auxquelles il étoit def-
tiné. Les jeux fi vivement recherchés par-
les jeunes gens de son- âge, lui étoient
devenus infipides ; les arts même qui n'ont
pour but que l'agrément ou le plaisir, n'at-
tiraient que peu ou point son attention.
de Montmirail.
Il fe plaifoit bien davantage à la Physique,
aux observations d'Hiftoire Naturelle, aux
livres de moeurs & de caractères, & à
tout ce qui pouvoit le rendre bon citoyen,
habile littérateur, véritable ami & courtifan
vertueux; en un mot, il étoit philosophe
long-temps avant que d'avoir atteint l'âge
auquel on commence à être homme. On
eût dit que par un fingulier privilège íôii"
ame agiffoit seule & indépendamment du
développement de fes organes. L'étude des
humanités fut suivie de celle de la Philo-
sophie; malheureufement pour ía Logique,
il avoit commencé l'étude des Mathéma-
tiques sous le P. de Merville. L'habitude
de raifonner juste, qu'il y avoit prife, lui
infpira bien-tôt du dégoût pour toutes les
règles de la Logique, qui lui étoient pref-
qu'inutiles , & pour cette forme de l'école.
qui fert peut-être moins souvent à décou-
8 Éloge de M. le Marquis
vrir le vrai, qu'à donner à Terreur, l'air &.
l'apparence de la vérité.
Au sortir de fes études & à peine âgé
de dix-fept ans, M. de Montmirail com-
mença fa carrière militaire; il entra dans la
première Compagnie des Moufquetaires :
la même envie de remplir fes devoirs, &
la même solidité d'efprit qu'il avoit mon-
trées dans le cours de ses études, le suivirent
dans ce genre de vie fi différent du premier.
Les vides du service si souvent mal ou inur-
tilement employés par les jeunes Officiers,.
furent remplis chez lui par une étude suivie
de toutes les parties néceffaires à un Officier
qui veut se distinguer. Il n'avoir point, à
proprement parler, eu d'enfance; il' eut
encore moins de jeunesse, du moins si on
entend par ce mot l'abus que le commun
des hommes ne fait que trop ordinairement
des plus précieux momens de la vie.
Après avoir fervi pendant plus de trois
de Montmirail. 9
ans dans les Moufquetaires, avec la plus
grande fatisfaction de ses supérieurs, le Roi
lui accorda l' agrément de la charge de Ca-
pitaine-colonel des Cent-fuifles de la gardé,,
de laquelle M. son père fe démettait en
fa faveur. Il y fut reçu le 2 8 Novembre
17 54, & il reçut le lendemain une com-
miffion de Colonel d'Infanterie, en, vertu
de laquelle il pût être employé lorsque la
Compagnie des Cent-fuiffes, qui ne quitte
jamais la personne du Roi, ne servirait
pas à l'armée.
Il servit en effet bien-tôt après, & grâce
aux avantages qu'ils'étoit ménagés avec
tant de foi n , il eut le plaifir fensible.de
voir les Militaires les plus habiles, dans cet
art, applaudir à. fes premiers efforts,, &
reconnoître la fupériorité de son. génie..
M. le Maréchal d'Étrées ayant joint
l'armée en 17 57,M. de Montmirail fort
neveu l'y fuivit en qualité d'Aide - de-
A v

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