Éloge de M. Le Noir,... bibliothécaire du roi... par C.... de V..., censeur royal (Cadet de Vaux)

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impr. de P.-D. Pierres (Paris). 1786. In-8° , 21 p..
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Publié le : dimanche 1 janvier 1786
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DE
MONSIEUR LE NOIR.
Chevalier, Confeiller d'État Ordi-
naire , & au Conseil Royal, Pré-
fident du Comité des Finances,
Bibliothécaire du Roi, &c, &c.
Par M. Cadet de V..., Cenfeur Royal.
A P A R I S,
DE L'IMPRIMERIE DE PH.-D. PIERRES,
Premier Imprimeur Ordinaire du Roi, &c.
M. DCC. LXXXVI.
DIS COURS
Prononcé au Comité du Collège
de Pharmacie.
Le 11 Juillet 178
MESSIEURS,
Monsieur LE NOIR , pénétré de tonte
l'importance de notre Art, a donné à ce
Collège l'existence honorable dont il jouit;
c'est ce Magistrat qui a rappelle dans notre
sein l'instruction publique, qui a excité la
plus vive émulation parmi nos Eleves. Nous
nous réunissions souvent pour nous entre-
tenir de ses bienfaits ; aujourd'hui ce fera
A
pour regretter la perte que nous faisons.
M, Le Noir ne présidera plus ces Séances
Académiques que nous avions instituées
pour honorer son ouvrage ; il ne sera plus
l'objet de ces hommages publics que nous
nous plaisions à lui rendre ; fa présence
n'encouragera plus nos travaux ; c'est une
autre main qui couronnera les fronts de nos
jaunes athlètes & leur décernera les prix
que lui-même a sondés.
Vous m'avez chargé, comme étant plus
particulièrement honoré des bontés de M.'
Le Noir, de faire parler en ce jour notre
reconnoiffance & nos regrets; mais il est
difficile de donner au discours toute la
chaleur d'un sentiment dont l'ame est
vivement pénétrée.
Le nom de M. Le Noir, ce nom si cher
à la Capitale , rappelle tout à la fois les
idées d'humanité, de bienfaisance, de justice,
de bonté, d'amour pour des Lettres & des
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Sciences. Les grâces du Prince & l'eftime
générale ont acquitté la dette publique;,
mais l'imagination se plait à se retracer les
institutions salutaires que l'humanitè a
conçues, que l'Homme. d'Etat a exécutées,,
& dont le Citoyen recueille les fruits.
Développons les parties de cet intéressant.
Tableau.
Nous verrons, Messieurs, l'intervalle
qui sépare Paris du Palais de nos Rois,
brillant d'une vive Jumiere ; on diroit un
jour de fête.
Dans, le lointain des Temples élevés à
l'Eternel; ici, des Marchés aggrandis ; là,
de nouveaux établis , & par-tout, la
Capitale, non pas faftueufement embellie,
mais enrichie de Monumens utiles auxquels
a présidé l'économie si rarement appellée
à l'administration de la chose publique.
Voyez plus loin fuir un monftre hideux;
A 2
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l'ufure, ce fléau des grandes sociétés, qui
laisse après elle dans les familles des plaies
incurables ou de profondes cicatrices.
Le fleuve paroît étonné de voir ses eaux
limpides s'échapper & rentrer fangeuses dans
son sein, in effet, l'homme a fixé son ha-
bitation près des rivières, pour jouir du
bienfait de leurs eaux. Ce n'est pas assez
qu'elles servent à le désaltérer, à purifier ses
vêtemens, à favoriser la communication de
ses denrées, elles doivent encore suppléer
aux pluies, & entretenir par ce moyen la
propreté dans les villes.
La Seine, au lieu de payer à la Capitale,'
cette partie du tribut qu'elle lui doit, portoit
indolemment ses eaux à la mer. M. Le Noir
appellant l'art à son secours, la force â sub-
venir aux besoins publics & de ne retourner
dans son lit, qu'après avoir contribué à la
salubrité de cette ville immense.
Mais je ne prétends point fixer ici les
regards fur tout ce qui'assure à ce Magistrat
des droits à une reconnoissance éternelle.'
Laissons à d'autres le foin de célébrer ce qu'il'
a fait pour les Arts & le Commerce. Je vieris
de prononcer le mot de salubrité ; arrêtons- :
nous-y un moment. Cette partie de l'admi-:
nistration de M. Le Noir est du ressort des
Sciences; les Membres de ce Collège ayant
été assez heureux pour seconder-le zèle de
ce Magistrat, elle tient à quelques égards
à notre propre histoire.
Jamais ta Police n'avoit imaginé dé pros-
crire l'usage des Pots au Lait de cuivre, des
Balances de ce métal'dont' se servoientlès
Débitans de sel & de tabac, dés Tables de
plomb dont étoient recouverts lès comptoirs
des Marchands de vin. M. Le Noir est le
premier qui ait porté un oeil attentif íur ces
objets qui intéressent'- fr essentiellement la
vie des citoyens.
Le lait, cette liqueur nourricière dé l'en-'
fance, Mment àsséz habituel d'un sexe
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foible & délicat, transporté dans des vais-
seaux de cuivre, exerçoit fur ce mçtalune.
action continue, comme fluide , comme
tendant à l'ascescence, enfin comme corps
gras ; enforte que le lait placé au premier
rang des contre-poisons , étoit devenu lui-
même un poison.
Le peuple, qui cherche & qui trouve dans
le vin le consolateur de ses peines & le
restaurateur de ses forces épuisées par le
travail, ne s'abreuvera plus d'une liqueur
saturée de la dissolution du plomb; liqueur
d'autant plus perfide , que ce poison est
masqué par une saveur douce & sucrée qui
flatte le goût, en même tems qu'elle irrite
la soif.
Les suites funestes de cet usage intérieur
du plomb, étoient la colique de Poitou qui
fait succéder à l'atrocité des douleurs une
longue mort, la paralysie, le plus redoutable
des accidens pour l'homme obligé de gagner
fon pain à la sueur de son front, La loi pro-
(7)
nonçoit les peines les plus rigoureuses contre
l'introduction des chaux de plomb dans le
vin, & elle laissoit subsister l'abus sous une
autre forme.
M. Le.Noir porta dans le même tems son
attention fur l'Etamage des ustensiles de
cuivre. Une couche d'étain d'une épaisseur
à peine sensible est le mur que la prudence
humaine élevé entre la vie & la mort;.encore
accusoit-on l'étain de receler une quantité
d'arsenic suffisante pour préjudicier à la
santé : il n'en est rien.
On ressufcitoit au milieu de la Capitale les
cendrées de plomb. Les vapeurs pesantes
de ce métal enveloppoient les habitations
voisines d'un nuage empoisonné. II fallut
lutter contre des intérêts particuliets, qui
s'oppofoient à la translation de ces usines hors
& l'enceinte des murs. Maintenant elles y
font transférées.

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