Éloge de M. Rameau / par M. Chabanon,...

De
Publié par

impr. de M. Lambert (A Paris). 1764. Rameau, Jean-Philippe (1683-1764). 63 p. ; in-8.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : dimanche 1 janvier 1764
Lecture(s) : 17
Source : BnF/Gallica
Nombre de pages : 63
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

ÊtO G E
DE
M. RAMEAU,
Par M, CflÀBANON,
De £ Académie Royale des ïnferiptions &
Belles- Lettres,
Ens milu inagnus Apollo.
Vtrg. Eglog. III.
PAR S
LAMBERT,
rue des Cordeliers.
M. DCC. LX1V.
AVERTISSEMENT.
o N trouvera dans cet Ecrit un emploi
de mots qui pourra paroûre -extraordi-
naire à ceux qui ne font pas Muficiens
mais on s'ejl crû obligé de parler la Langue
propre de CArt dont on avoir à traiter.
Ail
A Nature, fi face & fi jufte envers
tous les Hommes qu'elle ne leur
lare gueres le droit d'envier juftement
leurs femblables produit cependant
quelquefois des Hommes d'un talent 8c
d'un génie fi extraordinaire que leur
exiftence efl la marque vifible d'une pré-
dileâ:ion particulierc. Tel fut PArtifte
célèbre que la France a perdu tel fut
M. Rameau.
La mort met feule le fceau à la gloire
des grands Hommes. Tant qu'ils vivent
confondus parmi nous par une infinité
de relations nëcedaires, ils femblent être
en tout nos égaux. Tels que ces grands
U)
Fleuves qui traversent nos Villes-, nos
Campagnes, coulent éternellement,
pour nos befbitis Se pour nos plaifîrs
on en jouit fans prefque y faire atten-
tion. Qu'un prodige foudain tarît ces
Fleuves dans leur fource & deflechât
leur lit attroupés fur le rivage dans
l'étonnement Se dans la douleur on re-
demanderoit au Ciel le fecours de leurs
Eaux bienfaifantes, en fe rappellant tous
les biens qu'ils procuroient. De même
l'importance & la fupériorité des grands
Hommes font fenties au moment où on
les perd, Se lorfque le vuide de leur ab.
fence ne peut plus fe remplir.
Mais, fi dans les regrets qui fuivent
un tel évériement un jeune Homme
fenfible à la gloire de fa Natian tou-
ché perfonnellement de la perte qu'elle
a faite ofoit fe rendre l'interprète de
la douleur & de l'admiration publique
fans doute fes concitoyens touchés, con-
fidércroicnt moins fes talens que fon
( 5 )
A iij
ïèle, Se fencourageroient dans fa noble
entreprife. Cette fuppofirion cefïc d'cn
étré une. M. Rameau me fut connu Se
je l'aimai je pratique foin arr, & ref
pecie fes talens je brûle du dcf de con-
tribuer en quelque choie à fa gloire ce
fentiment l'emporte fur celui de ma foi-
blefle je me perfiiade ( fur l'illufion des
defirs ) que pour louer un Homme ha-
bile, il peut fufHre de i'enthculiaftne du
coeur & que le mien, fe peignant dans
cet Ecrit y tiendra lieu d'Art & d'E-
loquence.
Des Ecrivains très fameux k font dif-
tingués dans le genre des Eloges, & l'onc
Forté à fa perfection. J'aurois tout à
craindre fi j'avois à marcher fur leurs
traces. Mais c'eft un Muiîcicn que je
loue, le feul peut-être en Europe pour
qui on ait fait un Eloge ce qui en efl:
un déjà. Ses Ouvrages ne font fufcep-
tibles ni de difeuffion ni d'analyfe
Qu'ai-je donc à faire pour célébrer M.
Rameau ? A renouveller fi je puis
parmi mes concitoyens, le -fouvenir des.
fenfations qu'ils ont éprouvées à larepré-
jfentation de fes Ouvrages à placer ma
Nation toute entiere à ce théâtre d'en-
chantement, où la Mufe des Vers Ly-
riques ayant conduit Rameau lui mon-
tra les Cieux la Terre & les Enfers
& lui dit « Voilà ton domaine j'en
M égale l'étendue à celle de ton génie. »
Tranfportons nous à l'Opéra pei-
gnons-nous Pollux environné de Furies,
dont la voix, par une marche fyllabique,
frappe l'oreille à coups égaux & redou-
blés. Le trouble faifit les Spectateurs
il gagne, ils'infinue, il fe communique
il s'étend il s'augmente un bruit fourd
fe répand parmi les Spectateurs il naît
de leur plaifir & il lc gêne on veut
écouter, on ne peut fe taire; l'imprefîîon
redouble l'émotion croît elle eft en-
tière univerfèlle En ce moment,
que ma voix fe faite entendre Scpronon-
A iv
ce le nom de Rameau fon Eloge cfi:
achevé.
Mon impatience m'a trahi elle a
interverti l'ordre naturel de ce difcours;
j'ai loué notre Artifte avant même
d'avoir indiqué le tems de fa naluan-
ce en excufera ce défordre en faveur
du fenriment qui l'a fait naître.
Jean Philippe Rameau naquît à Dijon
le 5 Septembre 16.8 3 de Jean Rameau,
Bourgeois de cette Ville, & de Claudine
Manincourt. Toute la premiere-moitié de
ia vie eft absolument inconnue. Il n'en a
rapporté aucune particularité à fes amis,
ni même à Madame Rameau fa femme.
Ce qu'on fçait e'eft qu'étant jeune il fut
Milan qu'il y refta peu & qu'il fe
repentoit de n'avoir pas féjaurné plus
long-tems en Italie, où, dirait-il il/ev
fût perfeââonné le goût.
Avant de fe fixer à Paris il y avoit
fait un premier voyage c'étoit pour
ainfi dire le premier coup d'ceil d'un
( 8)
grand Capitaine qui venoit reconnoîcre
le champ de bataille où bientôt il de-
'voit combattre & triompher. Ce mo-
ment du triomphe arriva enfin & M»
Rameau, parti de Clermont en Auver-
gne, où l'Orgue d'une Cathédraleexer-
coit obfcurément fes talens vint Ce
montrer dans Paris en réformateur de
fon Art, Se en créateur d'une Mufique,
nouvelle. Avant de parler de cette épo-
que, nous devons cfquiflèr un tableau
de ce qui l'a précédée.
Lully inventeur de notre Opéra, tc.
noir encore le premier rang fur la Scène'
Lyrique. C'eft le fort de ceux qui in-
ventent de conferver long tems un
droit de fupériorité. fur ceux qui les fui-
vent. Les défauts, que l'infirmité de leur
^.Siècle a mis néceflàirement dans leurs
Ouvrages font effacés par le rcfpccî
qu'une. antique tradition leur attire &
la lumière des Siècles éclairés ne dif-
fïpe qu'à peine ce préjugé favorable qui
cliilïmule des fautes anciennes, on déifier
de vieilles erreurs. Ceci ne cioit point
être regardé comme une invocation ma-
ligne contre Lully. Je refpccie fa- gloi-
re le panégyrifte d'un grand Homme
ne doit point être le détracteur d'un au-
tre loin de rabaifTer les prédécefTeurs
de M. Rameau je voudrois les rele-
ver, s'il étoit poffible certain qu'un
fuffrage unanime mettra au-deflus d'eux
l'Artifte que je célèbre.
Campra Mouret & Dejïouches te-
noient le fecond rang. Campra plus
eftimé des Mufîciens parce qu'il con-
noiflbit mieux Y An Débouches, facile
& gracieux, mais moins cependant que
Mouret qu'on a nommé juftement le
Muficien des graces. J'ajouterai au nom
de ces Artiftes celui d'un quatrième
fupérieur aux. trois autres peut-:tr?3
mais qui n'a point travaillé pour là
théâtre Clerambaut ( c'eft celui donc je
veux parler ) a tiré du récitatif francois,
-l'O 1
4©ac le Parti qu'on peut en tirer. Il y 2.
jette du pathétique, ôcl'a rendu facile à
déclamer autanr qu'il peut l'être. Ses.
Chants font prefque tous aimables. La
feule Ritournelle de Dieu des Mers dans
la Cantate de Zéandre & Hero annonce
une tête capable d'idées nobles & fimples,
& .à qui il n'a manqué, pour ravoir les
étendre & les développer, que d être
venue dans un tems où la Musqué fut
pcrfecHonnéc. Telle étoit la France Mu
ficienne; quand le Réformateur parut,
En il donna Hippolite & Aride
Ouvrage où tout parut & dut paroîtré
étonnant, jufqu'à fâge même de celui
qui le donnoit. Il avoit alors 5o ans
accomplis & n'avait rien fait qu'un
Livre de Pièces de Clavecia comme fi
Ia, nature qui fe montroit tardive en lui,
eut eu besoin d.'un tems plus long, SE
d'un effort plus grand pour former un fi
grand génie. Ceft certainement une fin,
gularké:. à mettre en. ligne de compta
1
avec toutes celles dont M. Rameau foc
un exemple que fon talent parement
d'imagination & d'enthoufîafme air at-
tend u pour paroîire l'âge ou tous les
talens commencent à preflèntir leur dé-
elin,
Commeat peindrons-nous Pimpreffioa
%que produifit dans le Public Hi.ppolire
Se Aricie Qu'on fe fa1Te un tableau de
ces Républiques tumulcueufes ou les
Citoyens enflammés du zèle de leurs pré-
rogatives, les foutenoient avec fureur
contre tout ufurpateur prêt a y attenter
on aura une idée jufte du Soulèvement
de la Nation contre PArcifte qui lui ap-
portoit des lumieres nouvelles 6c de nou-
veaux platfirs. Qu'on. ne s'étonne point
de cette comparaïfon Se qu'on ne la
juge point outrée dans le calme d'une
Monarchie florifïànte 6c tranquille, dans
cette vie d'oifiveté & de délices que le
lnxe entretient au milieu des Cités
opulentes les petits intérêts- font fur
•( îl j
Tefprit dés Citoyens dé/œuvrés ce que
les grands intérêts produisent fur des
Républicains a&ifs & le fantôme d'une
opinion-nouvelle remplaçant les grands
noms de liberté & de Patrie, excite Se
Soulevé la multitude, qui Couvent en-
cenfe ou dééhire ce qu'elle n'entend*-pas.
Celle au jugement de qui M. Rameau fè*
trouvoit foümis rejetta avec fureur cc
qu'il ofoit lui faire entendre, et Laiïy
31 étoit certainement admirable Fin-
;) novateur rie lui reiïèmbloit pas, donc
il étoit digne de mépris Cette Lo-
gique famtliere à Ja multitude, & d'après
laquelle elle juge prefque toujours fern-
bloit autorifer fes dégoûts, & les fonder
en raifon c'en étoit plus qu'il ne fallait
pour les Iaifïèr éclater librement. Parmi
ces fanatiques ardens déchaînés contre
le goût qui s'inrroduifoit, quelques ef-
|>rïts plus mûrs & plus fages n'étoiéne
qu'étonnés, & ne prononçoient pas ils
écoutoieiic la Langue nouvelle que M.
t 15)
Rameau leur parlote Se tâchoient de
fe l'expliquer. enu'eux Quel moment
pour un Artifte que celui où fe mon-
trant à fes contemporains a fes. com-
patriotes, il cft étranger au milieu d'eux,
comme s'il fût né à mille Siècles de-là
Se dans un climat différent. Moment
flateur pour PArtifte lorfqu'il en jouit.
àprés la révolution qu'il amené mais
critique tandis que cette révolution
s'opère. L'Opéra d'Hippolïte eft décrié^
fcs repréfèntations font abandonnées Se
déferres; M. Rameau foutient ce revers.
fans en être abattu. « Je me fuis trompé
dit il j'ai cru que mon goût réuiîi-
toit je n'en ai point -d'autre. je
M n'en ferai plus ». Ainfi parloit ce grand
Homme mais tandis qu'il prononçoic.
ftoïquement & aveuglément fa condam-
nation, fes Ouvrages plaidoient contre
lui, & foutenoient fa caufe leur effet
lent & tardif commencoit à fe faire fen-
tk, aos fens s'ouvroient aux accens du.
génie, nbs coeurs en goûtoient Pexpreft.
£on & en reffentoient là chaleur déjà
Rameau triomphe fur ce même Théâtre
où il fut méconnu & outragé; on l'y cher-
che on l'y montre, on l'y applaudit
& dans ce moment -ia France, jettant fur
lui un regard de complaisance, reconnoît
en lui Tempérance certaine de fa gloire Se
de fes plaiftrs.
Le progrès des Arts qu'on à peint lent
& infenfîble comme la marche de l'ai-
guille fur le cadran (a), fe fait plutôt par
bonds & par fecouilcs lorfqu'il eft dé-
terminé par un génie extraordinaire. De
Xully Rameau, on auroit peine à dire
ce que la Mufique avoit acquis fArt
étoit, pourainfi dire, en inertie; l'inftanc
qui l'en retira lui fit franchir un intervalle
immenfc cette révolution fut prompte,
l'Opéra SHippoRic l'avoir commencée
celui des. Indes Galantes la continua, ÔC
(Il.) Cette companifoncft àvn la Préfiicç ou Codc dC
Mufique de M. Rameau,.
Us)
Tzcheva. pour ainfi dire, tocte entière,/
Arrêtons-nous un peu fur cet Ouvrage
de M. Rameau, il n'en efr point ou il fe
foit montré plus fécond ni plus varié.Con>
bien d'airs d'une expreffion & d'un caractè-
re différent. Je me les rappelle en foule,
& ma plume ne fçait lesquels défigner.
Tout l'acte des Incas cft marqué de ces
touches mâles & vigoureufes auxquelles
le grand Rameau fe fait connoître. L'ar-
ticulation forte & néceflàirc aux airs de
danfc, s'adoucit, fe tempère & favorife
.la voix dans cet air Clair flambeau du
mondc lorsque les Mages s'inclinent avec
adoration devant le Soleil, le chant Se
l'harmonie fe déployent avec une gravité
Jnajeftueufe béniflènt-ils cet aftre de ce
qu'il épure leurs climats & y répand les
plus douces influences leurs chants pei-
gnent l'enthoufîafmc & le font naître. Ce
cri de Brillant Solezl faiflt & enlève lorf-
qu'il cft repris & répété tour à tour par
les différentes parties du Choeur, tandis
que les autres- continuent Icfujet tous -ce
paroles Jamais nos yeux dans tacarrie*
re &c. Voilà des traits d'art & de fac-
ture qui portent leur effet avec eux 8c
que des perfonnes peu musiciennes ne
cherchent point dans ce Choeur à trouvée
un rapport -entre la descente diatonique
du chant, Scia chute des frimais* Ccn'eft
là qu'une circonftance accidentelle de ce
morceau de Mufiquc Se qui, comme
peinture, y feroit inutile étrangere me-
me. Le Mufîcien ne doit point pendra
les frimats lorfqu'on bénit le Soleil de ce
qu'il les diffipe s'il y avoit dans ce cas
quelque chofe à peindre, ce feroit plutôt
la férénité que les frimats. De plus, un or-
dre diatonique de notes qui defeendent,/
ne peint pas plus la chûte des frimats
que la chûte de toute autre chofe. Mais
une mélodie noble, fimple, parcourant
fans gêne les modulations dépendantes
du ton & qui, comme autant de bran-
ches parties du même tronc s'épanouit
lent
U1)
B
KhtsntovLt dé lui & le couronnent, tbifi
ce qui parle aux fens & à Pâme voilà ce
qui doit être fenti principalement dans
ce Chœur Brillant Soleil. Que s'il y faut
chercher quelqu'un de ces rapports que
l'on nomme peintures ilfuffit de celui-
ci ce Chœur infpire un fentiment d'élé-
vatioti une forte d'ènthouûafme qui
convient à ceux qui adorent le Soleil la
Mufîque n'a d.û rien peindre de plus.
Après les grands effers dont nous v&
Dons dé parier ,• M. Rameau laifïè repo-
fer le pinceaü de Raphaël pour badiner
avec celui de ÏAlbane. Le divertifïèmenc
des Fleurs e.&. en effet comme un aflèm-
blage de flétirs différentes, dont le par-
fum & les couleurs fe varient par des
nuances infenfibles; Le caractère domi-
nant cft toujours confervé; mais il eft dif
férencié à chaque inftant c'eft toujours
l'empire de Flore mais il eft vû fous plu-
fieurs afpe&s. Ces fleurs s'animent & ref-
pirent la rofe préfide au milieu d'elles >•
̃{;)
& les eH'ace routes. L'Âdaotar feas «51»
rien n'eft beau, lui prêce un coloris plus
yif j & des- charmes plus toucharis »
ç'eft lui qui parie dans cet air û ten-
dre ce font là fe$ acccns flatteurs
& fes inflexions touchantes elles le
peignent, ou plutôt le font naître, Zé-
phire arrive, la mélodie devient légère,
elle a pris fes aîles Se vole comme lui
ainfi divers mouyemens fe fuccèdent. Se
jpille tableaux n'en forment <|u'un
.La Mufique de ce divertiflèment feroit
-feu.le la réputation d'un grand Ar-tifte.;(û)
Au milieu des transports que j'épr-puve
..en parlant de M. Rameau, deux réfle-
xions me iaihflènt tout-à-coup & jn'ar-
rêcent. L'une que c'eft pr-efque -une af-
faire de mémoire de louer ce grand Mu-
Ccién je ne puis que citer, & je ne fçau-
{il) Je ne doute pas que quelques personnes ne -croyent
-TOir une coatradiftioa tnanifcfte entre ce que je Tiens de
dire Se ce que je dirai plus bas; je les prie de-vouloir bien
fufpendrc leur jagemen: jufqû ce que j'aye czpliqné mon
*opîniôn plus iongtteniCBt vpc «et Oavragciïc tnepennet-
tra de le faire.
Il*)
B ij
mis ciccr tout ce qu'il a fait dé beau. L'an»'
tre que les détracteurs de la Mufîquc
Françoife fouriront peut étre avec mé-*
pris aux éloges donnés à l'Orphée de la
France. Mais parmi ceux que l'on com-
prend fous cette dénomination je compte
pourrien ces feus entbouGaites qui ne fèn»
tent & n'entendent ni ce qu'ils blâment';
ni ceqù'ikapprouvent. Qu'ilsfoient aban-
donnés à leur ignorance Sck leur mau-
vaifè foi., Je parle aux vrais connoiSeurs
de tous les rems de tous les pays; c'eftà
l'Europe mufîcienne, & à la Poûérité inf-*
truite que je rri'adrefle; j'oferaila fbmmcc
de .ratifier les louanges que je donnerai au
Mufîdeii de la. France c'eft faire con4
noître combien j'y veux êrre vrai.
Rameau comme Symphoniste d'Opé-
ra n'eut jamais de modèle ni de rival
& nous ne craignons pas d'affirmer hatw
tement qu'après toutes les révolutions
que -Part- pourra fubir lorfqu'il fera porté
à fa plus haute perfeârion par quelque
peuple que ce foie, alors même ce fera
ttftf
beaucoup fair.e que d'égaler notre At*
tifte dans cette partie & de mériter d'ê*
tre placé à côté de lui.
Eft-il néceflàire de rappeller qu'en Ita-
lie on danfe fur les airs de M. Rameau ?
Mais nous dit-on, c'efi qu'on dédaigne
à' y en faire. Que veut dire cela ? A qui
peut-en impofer une telle réporife ? Si les
Italiens dédaignent de fairede îaMufique
pour la danfe ce ne peut être que parce
qu'ils croyent ce genre vicieux il en ré-
fulteroit que ces deuxArts ne doivent point
être unis, & par conféquént que l'un des
deux doit être anéanti, puisqu'il ne peut
fubfifter fans Tautre. L'abfardité des con-
féquences qui découlent de ce principe
prouve fuffiîàmment que l'Italie ne fçau-
roit l'avoir admis. Que fi la Danfe, fille Se
{œur de laMufîque, lui eft intimement
unie;. fi le plâifir que celle-ci procure, fc
inanifefte involontairement, par des ba-
lancement de corps & de tête, par des
motivemens- déterminés des pieds &.des
mains { ce qui eft proprement l'efquiilç
f*î)
Biij
légère de la danfe convenable -1 chaque
morceau j pourquoi les Italiens ont ils
négligé ce genre? Nous nous garderons
de dire que c'eft par incapacité ce ne fc-
roit là qu'une préfomption & elle auroit
le double défaut d'être téméraire & in-
jufte. Qu'il nous fufhië d'obferver que l'I-
talie, en attenant qu'elle s'applique au
genre des fympbonies danfantes, l'a dit-
tingué & couronné dans M. Rameau^
lorfqu'elle a mis fur fes Théâtres les com-
pofitions de ce'grand Musicien..
Maintenant, pour percer plus loin &
difcuter plus à fonds le mérite de notre
Artifte, j'attefterai tous ceux de la France
5t de l'Italie je les prierai de me ren-
dre compte des procédés de leur Art Se
des moyens, étrangers quelquefois & il-
l.ufoires par lefquels il réuffit,.
L'union des paroles. avec la Manque
fournit au Muhçien un. premier germe
d'idées des moyens heureux, des reflbur-
ces. puiffantes & elle lui ménage des Ur,
(*̃*̃)
îufîons favorables. J'en appelle aux Àr-
tiftes de toutes les Nations, Qu'ils nous
"•difent combien de fois leur génie mufkal
'fût refté vuide d'idées, (î les paroles n'euf
̃fent fait naître le motif du chant ? Que
'de petits rapports, d'ailufîons douteufes
-entre les mots & les notes, les ont dif-
•penfes de continucr une mélodie fimple,
~Sc une dans fon chant, ce qui eût été
-d'une diffculté bien plus grande! Enfin*
s'ils veulent en convenir combien de
fois riUafion produite par la fîtuatiojî
théâtrale, ou par Ies paroles, a foutenu
leurs chante [négligés peut être) en a
rendu le fuccès étonnant pour eux-mêW
mes. Aucune de ces reffources étrangères
n'exige pour le Muficièn Symphoniste,
"Nul fujet n'infpiré & n'améne fes idées
on ne fçait d'où il les tzre de rien il fait
quelque chafe c'eft une création propre-
'-ment dire. Le motif "trouvé il fubit la né-
çeffité abfolue de le continuer fans alté*
Ifçr pi [on caractère ni fesxnpuvcmens. Il
C*3)
Biv
a énoncé une grande pen fée, c'eft un en-
gagement pris avec ceux qui l'écoutent
il faut que cette idée première devienne
le générateur de plufieurs autres qui lui ap.
partîennent fans lui refîèmbler, & qui
l'embellifîènt fans l'effacer. En un mot,
lorfqu'on écoute de la Mufique pure-
ment fymphonie, l'esprit n'eft prévenu
d'aucune idée, Se le cœur d'aucun fenti.
Fnent; le troubic doit naître entièrement
delà force des fons; dans le vocal il naît
de mille caufes, 6c la Mufique fouvent
ne fait que le prolonger & l'augmenter*
Qui oferoit prononcer fur le mérite ef-
fentiel d'une Mufique qu'il enrendroie au-
près de fa maîtreffè ? Eh qui ne voit que
dans ce cas la moitié du charme ou le
charme tout entier, 3 eft dans les yeux do
ce qu'on aime
Goncluons le Muficien Symphonifle
n'étant écayé d'aucun fecours ni favorite
par aucune iîlafion met plus du fîen que-
le Muficien vocal l'empreinte du génie-
'(H)
copias forte dans fes ouvrages, lorfqtfoft
y trouve d'ailleurs une foule d'idées neu-r
ves, caracfcérifées, & qui portent leur im-
preifion avec elles. Cette conclufîon, dic-
tée par la vérité, femble l'être par le de-
iî de louer M. Rameau, tant elle ajoute
à fa gloire.
Que l'on nous dife d'où il tiroit le fùjet
de fes airs de Violon fi multipliés & fi va-
riés. Chacun de fes divertiffemens renfer-
me vingt motifs différens, c'eft-à-dirc,
vingt pensées mufîcales toutes, heureofes
& heureusement développées & il n'en
eft pas une peut-être empruntée ni imitée
d'aucune autre. Cet éloge eft fi fort, qu'à
l'inftant où Tintime conviction me force
de l'écrire, je crains qu'il ne paroiffe une
flatterie à ceux qui ne prendront pas la
peine de le vérifier. Parcourez toutes les
,ouvertures de M. Rameau; l'y trouverez-
vous femblable à qui que ce foit? De l'une
l'autre il ne fe refïemble pas lui-même.
Dans Pigmalion c'eft un grand effet dç

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.