Éloge du chancelier de L'Hôpital, ouvrage qui a concouru pour le prix de l'Académie françoise, en 1777, par M***

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impr. de Moutard (Paris). 1777. In-8° , 33 p..
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Publié le : mercredi 1 janvier 1777
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É L O G E
DU CHANCELIER
DEL'HOPITAL.
O V F RA G E
Qui a concouru pour le prix de l'Académie
Françoise, en 1777.
Par M * * *.
Et teneo antiqum manibus pedibufque decorem.
L'HOPITAL, L. I, Ep. III.
A P A R I S.
De l'Imprimerie de MOUTARD, Imprimeur-
Libraire de la REINE, de MADAME, & de
Madame d'A R. T O I S.
M. DCG. LXXVII.
É L O G E ■
DU CHANCELIER
DE L'HOPITAL.
Et feneo antiqum manibus pedibufque decorem.
L'HOPITAL , L. I. Ep. III.
HEUREUX qui, loin des grandeurs, jouit en paix
de la nature & de lui-même ; mais plus heureux,
celui qui, élevé par la fortune, ou placé par ses
talens au faîte des honneurs, conserve cette égalité
d'ame que n'ébranlent pas les orages & un coeur
fur qui le garantit de la contagion qui l'entoure :
un doit son repos à fa médiocrité, & l'autre à son
génie.
Ainsi le Chancelier de l'Hôpital qui, dans ce con-
cours folemnel reçoit nos éloges, fut conserver une
ame paisible ; soit que livré aux affaires, il se vie
entouré de tout ce que l'intrigue, la jalousie, la
cabale & le fanatisme ont de fatiguant & d'horri-
ble ; soit qu'en butte aux vains cris d'ennemis trom-
pes , il ne répondit à leur satyre que par ses bien-
faits ; soit que rendu à la vie privée, il sut se dé-
fendre de ces longs ennuis, tourmens douloureux
A
( 2 )
des Ministres déchus : égale en tout, son ame ferme
sella inébranlable au milieu des succès & des revers.
Simple dans les honneurs , sublime dans l'infor-
tune, il plaça fa gloire dans l'éltime de soi-même.
Ami de la paix, enthousiaste de la vertu, persuadé
que le bonheur est indépendant de la fortune, il
crut que les biens & les maux, privés & publics,
ne font que des événemens mobiles que l'homme
supérieur asservit, & qu'il emploie tour-à-tour &
à la perfection de lui-même, & à la félicité de ses
semblables.
Il est beau , fans doute, d'avoir à peindre un
pareil caractère. Mais comment parler de cet esprit
de législation, qui lui fit voir les loix dans les
moeurs, & porter la vertu dans les loix? Comment
parler de cet art conciliateur qu'il employa à accor-
der des intérêts alors si contraires, & qui cependant
devroient toujours se confondre, ceux de la Reli-
gion & de l'Etat ? Comment peindre la sagesse com-
battant le fanatisme, l'amour de la paix luttant con-
tre l'intolérance ? Faudra-tril, bravant le feu des dis-
cordes civiles, marcher imprudemment fur des cen-
dres brûlantes ?... Non, parlons de la vie, des prin-
cipes , des loix , de la politique , des écrits & des
moeurs du Chancelier de l'Hôpital, avec cette sé-
rénité dont il en auroit parlé lui-même: afin que
l'éloge d'un grand Magistrat n'offre que des idées
consolantes à la nation qui doit l'entendre, & que
la reconnoiffance qu'on lui rend soit auffi pure
qu'elle doit être éclatante.
J'ofe demander à ceux, qui, habitués à voir les
Chefs de l'Etat vivans au milieu des grandeurs,
imaginent qu'ils ne doivent se choisir que dans une
clafle élevée ; fi les Grands font auffi les seuls Ci-
toyens , les seuls éclairés, les seuls amis du bien
public & de la nation?Ils ont, me diront-ils, plus
d'intérêt à la défendre. Sans doute : mais tous les
François n'ont-ils pas un égal penchant pour la
rendre heureuse? & de tous ceux qui d'un rang
inférieur font parvenus aux grands postes , on eh
connoît peu qui ne les aient honorés.
L'Hôpital est une preuve frappante de cette
vérité. La nature ne lui donna point des ay eux dont
l'élévation & la naissance puisent lui inspirer leur
orgueil avec le goût de la fortune ; il naquit
de parens modestes, mais honnêtes, & il vécut
comme eux.
Si tout contribue à étendre ses connoissances ,
une éducation soignée , un goût inaltérable pour
l'étude, des succès encourageans , des travaux qui,
en rompant l'efprit aux affaires , l'habituent aux
réflexions profondes, tout auffi concourut pour
lui former le coeur : les conseils, l'exemple, les
malheurs & la constance d'un père dont un excès
de zèle ( 1 ) causa la disgrâce ; les poursuites exer-
cées contre lui-même, son emprisonnement dans
cet âge encore où l'innocence de la jeunesse devoit
le garantir, la ruine de ses espérances, son éloigne-
ment de fa patrie, le désastre de sa famille, tant
d'infortunes réunies dévoient donc, puisqu'elles
rie l'accablerent pas , élever son ame, & la prépa-
rer dès l'enfance à cette sublimité que donnent les
revers.
Jeune encore lorsqu'il vole en Italie se jetter
dans le sein paternel, il sait mettre à profit jusqu'à
ses disgrâces. Mieux servie peut-être par ses mal-
heurs , son éducation suspendue en France où le
goût des Lettres n'exiftoit point encore , trouva
dans cet azile des talens & des arts , les seuls
( 1 ) Michel de l'Hôpital, Médecin du Connétable
de Bourbon, fuivit ce Prince & fut enveloppé dans
fa disgrace.
Il fut Audi-
teur de Rote.
* Epître au
Chancelier
Olivier.
( 4 )
avantages'qu'il pouvoit alors se promettre. Trop.
heureux d'adoucir par ce dédommagement la perte
de sa patrie !
. Bientôtscependant il ne peut résister à cette pente
heureuse qui nous porte vers elle ; & malgré ses
succès à Padoue , fa réputation à Bologne , les
emplois que lui méritèrent à Rome ses premiers
travaux, l'Hôpital, peu sensible à des honneurs qu'il
reçoit fur une terre étrangère, emploie tout auprès
des amis de son père pour hâter son rappel en
France.
Rendu aux lieux qui l'ont vu naître, il se voit
forcé de recommencer sa carrière. Alors opposant
son courage à la fortune , fes travaux aux besoins,
& ses vertus à ses rivaux, il se rend digne de juger
ceux qu'il a su défendre ( 1 ).
Il fait plus ; il ose tenter la réforme de la Justice:
l'auftérité de ses moeurs, retendue de ses vues, tout
semble le rendre propre à cette courageuse entre-
prise. Son génie qui se développe par les difficultés,
l'enhardit encore, & il aime à regarder comme
facile, une révolution que trop de circonstances
lui (peignent comme nécessaire.
Mais toute réforme est orageuse. Tandis que la
nation attentive regarde ce Magistrat Philosophe
comme un Citoyen qui, en ramenant les moeurs
des premiers tems, illuftreroit son Corps & fa
patrie, des ennemis secrets qu'importune ce pre-
mier éclat, osent le ternir. O l'Hôpital ! ne sois
point découragé par la jalousie qui les tourmente;
fi leur sombre envie te force un moment à te plain-
dre, de rouler comme un autre Syfiphe un rocher
éternel* , raffure-toi ; fans doute trop jeune encore
(1) Morin, Lieutenant Criminel, lui fit épouser sa
fille, & lui donna, étant encore Avocat, une charge
de Conseiller au Parlement.
( 5 )
& trop vertueux, tu ne peux être insensible aux
traits de la haine. Tu avois cru les hommes géné-
reux ; ton ame pure s'alarme en les trouvant injus-
tes. Oh ! si ta propre expérience t'annonce que lé
premier pas qui nous ouvre la carrière de la gloire.,
est entouré d'écueils, n'en fois point eftrayé. Bientôt
ton génie t'apprendra comment on les. surmonte.
Déjà je vois un ami généreux te soutenir contre
ces premiers amertumes, & redonner à ton cou-
rage le ressort que tant de contrariétés avoient un
instant affoibli.
Grâce aux soins d'Olivier ( I ), l'Hôpital est envoyé
à Bologne, où le Concile de Trente occupoit alors
l'Europe. Arrêter les progrès des nouvelles opinions;
concilier les esprits dont une fermentation violente
annonçoit une division si cruelle ; employer des
moyens d'autant plus doux pour ramener les no-
vateurs , qu'ils autorifoient leur éloignement de
l'Eglife par les désordres du Clergé ; déconcerter
l'intrigue dont les manoeuvres sourdes , mais répé-
tées , étouffoient alors l'amour du Chriftianifme,
qui seul devoit animer un Concile assemblé pour
sa gloire-, distinguer ces Prélats vertueux qu'un saint
zèle portoit à la paix , fe réunir à eux ; les encou-
rager à se réunir eux-mêmes contre quelques ambi-
tieux , dont une politique intéressée étoit peut-être
la feule Religion ; tels furent les desseins & les
travaux qui, en occupant l'Hôpital , prouvèrent
qu'il joignoit à cette activité insinuante qui carac-
térise les grands politiques, cet amour ardent pour-
la vérité qui caractérise les Grands Hommes.
De retour en France, & rendu à ses premiers
(1) Les plus notables hommes que j'ai jugés pour gens
suffisons & de vertu non commune, font Olivier &
l'Hôpital, Chanceliers de France, dit Montagne, lib.
2, pag. 639.
A3
liens, ses talens, ses amis, bien plus que des folli-
citations qu'il dédaigne, & des Grands qu'il néglige,
fixent les regards de la Cour ( I ) : on distingue ses
lumières ; on les récompense en les employant. Sa
probité, la douce simplicité de ses moeurs, sem-
blent marquer sa place. On lui confie l'administra-
tion des Finances.
Cet emploi ne convient qu'à des mains pures.
L'Hôpital digne de l'exercer, veut encore le per-
fectionner ; car la perfection est le but de l'homme
vertueux.
Cependant M M., n'attendez pas de ce Ministre
éclairé des desseins compliqués, des opérations de
finances dont l'exécution fatigante décelé les péni-
bles efforts du génie qui les a produits. Sans em-
ployer de vains palliatifs, l'Hôpital n'a recours qu'à
ces remèdes salutaires & bienfaifans que la nature
des choses même présente, & qu'un efprit sage ap-
perçoit au premier coup-d'oeil.
Les impositions lui paraissent excessives-, il faut
les diminuer ; les dépenses ruineuses , il faut les
restreindre ; les malversations fréquentes, il faut les
punir; les libéralités distribuées à des mains indi-
gnes , il faut les refuser à l'intrigue qu'elles con-
tentent rarement, pour ne les accorder qu'au mé-
rite qu'elles encouragent toujours : voilà les pro-
jets de l'Hôpital. Il les annonce avec une mâle
(1) L'Hôpital dut à son amour pour les Lettres,
l'eftime de Marguerite de Valois, fille de François I,
digne héritière de la pasison que son père avoit eue pour
les Arts Cette protectrice intéressa en saveur de l'Hô-
pital, Henri II , qui le fit Surintendant des Finances.
On le chargea quelque tems après de conduire au Duc
de Navarre fa bienfaitrice , qui le nomma son Chan-
celier. On le rappela en France, six mois après,, pour
succéder à Olivier.
( 7 )
franchise ; il les peint comme infaillibles , & sur-
tout comme nécessaires ; puis, joignant à l'art de
bien voir, cet art plus utile encore d'une exécution
active & prompte, il prouve que, si f homme éclairé
voit le bien, il n'appartient, qu'à l'homme ver-
tueux de l'exécuter. Enfin , si la sage sévérité qu'il
emploie, excite & ces menaces hardies, & ces pro-
messes si trompeuses des Courtifans, tour-à-tour
mécontens & flatteurs, le témoignage de fa cons-
cience le rassure ; & recevant avec une égale indif-
férence, & le blâme & l'eftime de ces esclaves de
la fortune, il n'ambitionne que le suffrage des
gens de bien, cette gloire pure qui fuit la vertu,
& croit encore qu'il est plus doux de les mériter
que d'en jouir.
A ces talens d'un beau génie , l'Hôpital joint
encore ce désintéressement qui caractérise l'homme
juste. La, haine vigoureuse qu'il porte à l'intérêt
sordide, l'entraîne même, oui, l'entraîne au delà
des fonctions de fa charge; car c'est le seul reproche
qu'on peut lui faire. Et pourquoi ne pas avouer
une faute qu'il est beau de réparer comme lui ?
Combien d'excuses en effet ? Son zèle pour l'intérêt
public, le souvenir encore récent des concussions
dont il avoit été lui-même le témoin, la beauté de
la loi qu'il veut renouvelles ( I ), le portent à sou-
tenir celle, qui en réfrénant cette ardeur d'amasser
dont les Tribunaux étoient alors consumés, femble
à ses yeux, devoir substituer l'honneur à l'argent,
rendre à la justice toute sa pureté, & empêcher
(O L'Hôpital voulut rétablir, car il n'en étoit pas
l'inventeur, l'Edit des Semestres, & de la suppression
des Epices. Cet Edit ne dura que trois ans : car les
abus qu'il occafionnoit fatiguèrent la Cour, qui d'ail-
leurs se laffa bientôt de payer les honoraires des
Juges.
A4
Lib. 3.
Ep. I & z.
(8 )
que les idées saintes qu'inspire l'équité, ne fussent
altérées par celles que donne l'intérêt. Mais cette
loi sage en apparence, parut cacher sous de beaux
dehors des desseins perfides. En supprimant les
épices, on pensa que la Cour cherchoit à leurer le
peuple : en augmentant les honoraires des Juges,
on crut qu'on vouloir affoiblir leur pouvoir , &
mettre plutôt un prix à leurs voix , qu'accorder
une récompense à leurs travaux. Alors le Parle-
ment résiste, & cette résistance fut un triomphe,
mais l'Hôpital, par un caractère qui lui est propre,
eut la gloire à son tour, & d'être justifié par fa
franchise ( I ) qui ne lui permettoir pas de foupçon-
ner qu'on pût employer des loix sages à des lâches
intrigues, & d'applaudir bientôt à une opposition-
heureuse , qui, dirigée par l'amour du bien public,
n'en étoit que plus sûre d'intéresser son coeur & de
mériter son suffrage.
Le zèle qu'il apportoit cependant à soutenir ses
projets, des intérêts particuliers sacrifiés, & cette
foule de prétextes qu'invente toujours le Courti-
san avide, raniment tout-à-coup ses ennemis: ce
qui devoit enchaîner leur estime, son défintéreffe-
ment, devint l'objet de leur jalousie ; &, selon cet
usage trop ordinaire aux lâches de flétrir la vertu
qui les condamne, & de la flétrir en l'attaquant par
l'endroit qu'elle chérit le plus, on vit une cabale
audacieuse accuser l'Hôpital de sacrifier lui-même
à l'amour des richesses.
Cette atroce calomnie s'évanouit bientôt devant
l'honorable pauvreté du nouvel Aristide. La Juftice
du Prince fait aussi le garantir. Henri II répond à
ses calomniateurs, en dotant fa fille. Ainsi le Sage
de la France, auffi pauvre, aussi juste que le Sage
( I ) Rarement un Héros connoît la méfiance.
de la Grèce, servit comme lui de modelé aux ci-
toyens chargés des fonctions publiques, & reçur,
comme lui, l'une des plus douces récompenses
qu'on puisse accorder à leurs services. Puissent tous
les Rois venger ainsi leurs sujets fidèles, & tous les
sujets le mériter comme l'Hôpital !
Mais ici la scène change avec la fortune de ce
grand homme. Olivier meurt ; l'Hôpital lui suc-
cède ; l'Hôpital, Chancelier ! .Quels grands tableaux
j'apperçois ! La Religion défendue ; la réforme d'une
grande nation entreprise , des loix établies , le dé-
veloppement de la plus sage politique ; voilà ce
que je dois peindre, & peindre d'après un génie
universel, élevé par son mérite à ce poste brillant,
où le premier Magiftrat devenu Légiflateur, ba-
lance les intérêts de tous, & exerce un pouvoir
presque supérieur à celui de la loi même.
Quels croira-t-on que durent être alors les senti-
inens qui animèrent l'Hôpital? Penfera-t-on que, jet-
tant les yeux fur les replis de la politique & le dédale
des loix , il se rebute par l'obliquité des uns, & i'im-
menfité des autres?Ou bien, croira-t-on que, pé-
nétrant avec effort dans leurs sombres profondeurs,
il se crée un génie d'intrigue , & une ame froide
qui ne sait imaginer que des projets compliqués,
dont le succès tient encore à des moyens faux ? Trop
vaine erreur ! Son génie sublime, mais simple, fait
que toutes ces chimères lui sont inutiles. Il sent,
qu'en voulant charger ses travaux, il est bien dif-
ficile d'en remplir l'étendue. Il méprise à l'égal du
mensonge, cette politique dont les détours & les
lenteurs éludent la justice. Sans chercher si loin la
vérité qu'il aime, il descend en lui-même : il con-
sulte son coeur; & s'échauffant par l'amour du
bien & au seul nom de sa patrie, il se persuade que,
quand son but est de contribuer de tout son pouvoir
au bonheur des peuples confiés à ses soins, c'est
( 10 )
déjà un grand acheminement que de savoir les
aimer !
Vous ne le verrez pas leur en donner des mar-
ques trompeuses. Sa politique n'est ni lâche ni traî-
tresse : fans caresser le peuple , il le seconde ; il ne
l'affoiblit point, il le soulage. S'il a pour lui les
entrailles d'un père, il en conserve auffi la salutaire
sévérité, & négligeant des flatteries mensongères :
c'est en gourmandant la foiblesse ( I ) qu'il ranime
l'efpérance, & le courage.
VOUS ne le verrez pas non plus tromper nos
Rois: s'il avance l'époque de leur majorité, c'est
moins pour ajouter aux honneurs dont ils jouif-
sent (2), que pour accélérer le bonheur de leurs
( I ) Ses remontrances aux Etats de Bordeaux font
d'une vigueur peu commune. Sa sévérité contre le Ba-
chelier Tanquerel, qui avoit osé soutenir que le Saint
Père avoit le droit de déposer les Empereurs & les
Rois ; les pourfuites qu'il fit faire contre lui par le
Président de Thou, & l'amende honorable que fit le
Bedeau de la Faculté, en place de l'accusé, qui avoit
pris la fuite , étoient à la fois une forte preuve de son
zèle pour la justice & pour la fureté du Trône, & une
résistance bien précise aux entreprises du Cardinal de
Ferrare, à la légation duquel l'Hôpital ne voulut point
consentir. Ce Légat promettoit au nom du Pape , la
couronne d'Angleterre au Roi de Navarre , s'il vouloir
fe faire Catholique.
( 2 ) Parmi la foule de motifs ( il fit fur-tout un tableau
frappant du danger des Régences) que donna l'Hô-
pital , pour justifier l'Edit qui fixe à 14 ans commencés
la majorité de nos Rois, il cita cette règle de Droit:
que , dans les choses d'honneur , l'année commencée eft con-
sidérée comme accomplie.
Montesquieu, oubliant les autres raisons du Législa-
teur , a dit : « Je n'ai garde de censurer une loi qui
jusqu'ici ne paroît pas avoir eu d'inconvéniens ; mais
«il s'en faut bien que le gouvernement des peuples ne
= foit qu'un honneur
sujets. Cet intérêt seul l'anime ; & dans la chaleur
qu'il lui communique , il me semble l'entendre
dire à son Prince, la profpérité de l'Etat, sa gloire :
Voilà votre patrimoine; que d'autres, en flattant vos
passions, vous apprennent à mépriser leurs con-
seils; moi, je dois encourager vos vertus ; & c'est
vous préparer d'heureux plaisirs. Père des peuples
soumis à votre pouvoir, que vos bienfaits vous
lient encore aux enfans que vous aimez; que votre
puissance soit fondée fur leur félicité ; que la
vôtre foit de les en voir jouir. O ! puissiez - vous
n'éprouver d'autres peines que d'appréhender qu'ils
n'aient le droit de se plaindre !
En rendant ainsi les Rois chers aux peuples, on
rend auffi les peuples chers aux Rois, & l'Hôpital
auroitjoui lui-même de la douceur de cet ouvrage,
fi trop d'événemens funestes n'avoient trahi ses
desseins.
Des guerres jusqu'alors inconnues ravagent les
pays Catholiques , sous prétexte de corriger des
abus alors trop fréquens, fans doute : d'adroits ré-
formateurs, après avoir censuré lé Clergé , osent
jetter les yeux fur la Religion. Tout-à-coup on
voit une opinion nouvelle , d'abord ignorée ou to-
lérée dans fa naissance par des Gouvernemens dont
l'inattention causa de grands malheurs , puis se
fortifiant avec le tems , & par cette activité com-
pagne fidele des nouveaux systèmes, enfin se sou-
tenant par le génie d'habiles ambitieux qu'anime
l'efpoir d'accroître leur puissance & leur crédit,
s'établir un vaste empire fur l'ignorance. On re-
cette critique à peine ingénieuse, n'est pas digne de
l'Auteur de l'Esprit des Loix,
( 12 )
notice avec peine aux idées qu'on s'est faites, ainsi
qu'aux pouvoirs usurpés. Auffi les réformés se ré-
pandent, se multiplient; leur nombre étonne ; leur
puissance déplaît: on veut les affoiblir; mais déjà
il n'est plus tems. Les esprits s'aigrissent ; on s'é-
chauffe ; on a recours aux armes ; on allume des
bûchers. Alors des guerres sanglantes prennent leur
source, non dans les principes d'une Religion qui
prescrit aux hommes de s'entr'aimer, mais dans les
paffions qu'elle combat ; & deux partis également
trompés, & factieux , masquant leur intérêt de
l'intérêt du ciel, osent publier ( les insensés ne le
croyoient pas, fans doute ! ) qu'en lui sacrifiant des
victimes humaines, ils honoreraient l'Eternel.
La France étoit le théâtre de ces discordes san-
glantes , lorsque l'Hôpital, par ce rapprochement
heureux des sujets avec leur Maître , par ces con-
seils salutaires d'un Ministre, ami des peuples,par
cet amour mutuel, créateut & soutien de la féli-
cité commune, s'efforçoit de disposer les esprits à
la paix : puisqu'une persuasion funeste avoir aveu-
glé la nation , il lui sembloit naturel qu'une per-
suasion plus heureuse l'éclairât.
Mais, ô trop foible ressource contre un mal trop
violent ! ô tems trop malheureux de carnage & de
sang, que n'êtes vous rayés de l'Hiftoire de ma
patrie ! Quoi ! de toutes parts je la vois Fatal
souvenir ! Tirons le rideau fur ces événemens que
la nature désavoue; & au milieu de tant de traits
affreux, puisse la nation ne se rappelles autre chose,
sinon , que, lans ton utile secours, ô l'Hôpital !
peut-être que ces erreurs dont nos tristes regrets
n'effaceront jamais la honte , tourmenteraient en-
core un peuple trompé ! Peut-être que ce tribu-
nal sanguinaire, qui contrarie également & la dou-
ceur de nos moeurs & la pureté de nos princi-

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