Éloge funèbre de M. le baron Victor-Simon Du Sart de Nolembaix, prononcé dans l'église de Bellignies, par M. l'abbé Mortier... 21 novembre 1868

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N. Jouglet (Bavay). 1868. Du Sart de Molembaix. In-8° , 23 p..
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Publié le : mercredi 1 janvier 1868
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ÉLOGE FUNÈBRE
de Monsieur le baron
VICTOR-SIMON
Du SART DE MOLEMRAIX
prononcé dans l'église de Bellignies
PAR
M. l'abbé MORTIER
SUPÉRIEUR DE L'INSTITUTION DE L'ASSOMPTION A BAVAY
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U NOVEMBRE 1868
BAVAY
IMPRIMERIE TYPOGRAPHIQUE ET LIBRAIRIE N. JOUGLET
12, GRANDE PLACE, 12
1868
ÉLOGE FUNÈBRE
de Monsieur le baron
Victor-simon
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Dù^p DE MOLEMBAIX
prononcé dans l'église de Bellignies
PAR
M. l'abbé MORTIER
SUPÉRIEUR DE L'INSTITUTION DE L'ASSOMPTION A DAVAY
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241 NOVEMBRE 1868
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BAVAY
IMPRIMERIE TYPOGRAPHIQUE ET LIBRAIRIE N. JOUGLET
12, GRANDE PLACE, 12
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1868
ÉLOGE FUNÈBRE
DE MONSIEUR LE BARON
VICTOR-SIMON
Du SART DE MOL EMBA IX.
1 i càfëï -3 g ̃
{lui vicerit, non lœdetur à morte APOC. h, 11.
Celui qui aura triomphé, ne ressentira pas les
blessures de la mort.
Permettez-moi, MM., d'interrompre un moment
cette lugubre cérémonie, pour vous faire entendre
quelques paroles d'édification que mon cœur et mes
lèvres ne peuvent plus longtemps retenir captives.
Vous le comprenez, MM., ce n'est pas un historien
qui se présente devant vous pour vous exposer les
différentes phases d'une longue existence ; ce n'est
pas non plus un panégyriste chargé de faire valoir
dans un discours pompeux des actions qui parlent
assez d'elles-mêmes ; mais c'est le ministre de
l'Évangile qui, près de la tombe d'un noble défunt,
vainqueur de lui-même et des séductions de l'opu-
lence , vient vous exciter à l'estime et à la pratique
de la vertu.
- 6 -
Ce que le prêtre doit se proposer en toute circon-
stance, c'est de procurer le bien des âmes attentives
à sa voix. Tenez donc vos pensées élevées en haut,
chrétiens de tout rang qui formez cette assistance,
et prêtez-moi votre religieuse attention dans cet
entretien consacré à la mémoire de M. le baron
Victor De Molembaix.
Le fond d'une âme, c'est le sentiment qu'elle a de
Dieu, le sentiment qu'elle a du devoir. Là est tout
l'homme : Deum lime et mandata ejus observa, hoc est
ornms homo. Mais sous quelle forme particulière,
dans quelle, mesure, et avec quel cachet, le senti-
ment religieux a-t-il éclaté dans la vie et dans la
personne de notre cher et honorabte défunt ? Sous
quels traits saillants et caractéristiques vous est ap-
parue cette physionomie chrétienne dont le souve-
nir laissa dans l'esprit les traces les plus profondes?
Depuis vjngt-deux ans que M. De Molembaix s'était
donné entièrement à Dieu, d'une manière constante
il s'est montré homme de foi, homme de piété,
homme de bienfaisance et homme de fermeté.
Sans doute, il avait en partage l'excellence de
l'esprit, la force du jugement, l'étendue des connais-
sances , la distinction des manières, mais il avait
encore quelque chose de meilleur : il avait une âme
profondément chrétienne, dans laquelle ne pouvait
entrer ni cette insouciance de Dieu et de l'éternité,
Eccles. 12,13.
1
Homme de foi.
7
cette grande plaie de notre époque, ni cette reli-
giosité vague et superficielle qui ne fait-les choses
qu'à demi et comme par grâce.
M. De Molembaix avait une foi intelligente qui lui
montrait au ciel un Dieu à honorer et en lui-même
une âme à sauver. Il avait une foi prudente qui le
décida à sacrifier une partie de sa riche bibliothèque
et à en bannir les auteurs impies ou immoraux qui
auraient pu ébranler la force de ses convictions ou
étouffer l'ardeur de ses aspirations saintes ; qui le
porta à remplacer ces pernicieux distributeurs de
venin, par des ouvrages non suspects,, des journaux
chrétiens, ou des publications religieuses. Il avait
une foi couragejise qui le détermina à rejeter de ses
salons les sujets profanes et à leur substituer des
gravures édifiantes, les images de celui qu'il n'ap-
pelait pas seulement le Christ, selon le langage
solennel de l'orgueilleux scepticisme, mais qu'il
nommait simplement notre Seigneur, au besoin le
bon Dieu, et souvent aussi avec un accent plus
tendre, le bon Sauveur.
Cette foi vive et profonde se révélait encore par
une attitude empreinte de respect et de recueille-
ment dans le lieu saint, par ses déférences et ses
égards délicats envers la personne du prêtre, qu'il
entourait de mille attentions, qu'il comblait de mar-
ques d'honneur, soit qu'en voyage il l'admît dans
8
sa voiture, soit qu'il le conviât à sa table ou qu'il
eût avec lui la moindre relation. A ses yeux ce
n'était pas, comme on le dit vulgairement, honorer
seulement la robe, mais c'était honorer le caractère
sacerdotal, c'était honorer le ministre de Jésus-
Christ, en un mot c'était honorer Jésus-Christ dans
son représentant. Entendait-il le prédicateur qui
parlait du haut de la chaire? Doué d'une intelligence
prompte et perspicace, il savait dégager la pensée
de la forme, il ne s'attachait qu'au fond des choses,
il n'y voyait que la parole de Dieu dont il profilait
soit pour éclairer son âme, soit pour s'excitera la
vertu. Des amis ou des visiteurs, en lui montrant la
belle église de Bellignies, venaient-ils à le louer de
l'œuvre qu'il avait achevée, et à lui dire : « vous
devez être maintenant satisfait et heureux de la
reconnaissance publique »? Aussitôt son visage deve-
nait sérieux. Ce n'est point pour ma satisfaction,
répliquait-il, ce n'est point pour conquérir la recon-
naissance, puis, faisant un geste vers le ciel, c'est
pour celui qui est là-haut, que cette église a été
construite.
La foi avait inspiré toutes les pensées, animé
toutes les actions de M. De Molembaix, pendant qu'il
était en santé ; elle brilla d'un nouvel éclat au terme
de sa maladie, à cette heure solennelle où il reçut
fa dernière visite du divin Consolateur. Quand le
9
prêtre s'avança vers lui, apportant l'auguste Eucha-
ristie, malgré l'épuisement de ses forces, le respec-
table malade se dressa avec énergie sur son lit
de douleur, il joignit les mains avec effusion, et il
réunit tout ce qu'il avait de puissance dans la voix
pour donner un salut de chrétien à son Dieu qui
venait à lui : Ah ! vous voici, ô mon Jésus. C'était l'acte
suprême de la foi, du pélerin arrivé à la fin de sa
course , qui entrevoyait à travers. les voiles de
l'hostie sainte, présentée à ses regards mourants,
la divinité dont il allait dans un instant contempler,
dégagées de tout nuage, la beauté, la bonté, la gloire
dans les splendeurs de l'éternité.
A la qualité d'homme de foi M. De Molembaix
ajoutait celle d'homme de piété. Il avait certaine-
ment en grande estime la condition sociale dans
laquelle il était né, mais la distinction de la nais-
sance n'était pour lui qu'un engagement de plus au
service de Dieu. Dans son appréciation, le sceau
distinctif de la noblesse, c'était le lien qui l'attachait
à Jésus-Christ. Aussi, son plus glorieux parchemin
était son acte de baptême signé à Wurtsbourg, ville
d'Allemagne où, pendant une époque de triste et
douloureuse mémoire pour notre pays, M. De Mo-
lembaix avait reçu le sacrement de la régénération.
Comprenant que l'homme n'est jamais plus grand
que quand il s'abaisse devant Dieu, chaque matin
2
Homme de piété.
- Io -
après l'avoir honoré par l'hommage de la prière
vocale, ce qui est le devoir de tout chrétien, il ajou-
tait l'hommage de la prière mentale, d'une longue
méditation , doux et suave entretien avec Dieu ,
auquel il se livrait dans le calme et le silence d'un
appartement solitaire de son château. Il n'omettait
aucun jour d'assister à l'oblation de la victime du
salut, à la célébration de la sainte messe, même
pendant les froids les plus rigoureux de l'hiver,
lorsque la terre couverte de neige ou de glace,
l'obligeait à garnir sa chaussure pour affermir dans
les sentiers glissants ses pieds incertains. La messe,
c'était l'acte principal de sa journée, il s'y appliquait
d'esprit et de cœur par la récitation des formules
de la sainte liturgie ou d'autres prières de dévotion.
.S'il ne venait pas s'asseoir tous les jours, comme
il l'eût désiré, à la table du bon Sauveur, c'était par
une délicate et pieuse intention : il voulait, par son
exemple, propager chez les hommes, la fréquenta-
tion de la table sainte aux grandes fêtes de l'année,
en montrant dans sa conduite la possibilité et la
facilité d'une vie toute chrétienne avec la pratique
de la communion faite exactement à chacune des
solennités de l'église ; en autre temps, il se dédom-
mageait de la privation du pain céleste par l'exercice
de la communion spirituelle. Fidèle aux offices de
la paroisse, il y avait acquis, ainsi que dans ses lec-
tures nombreuses et soutenues, une connaissance

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