Éloge historique de Louis, Dauphin de France, père de Louis XVI , par M. l'abbé ***

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J.-G. Mérigot le jeune (Paris). 1780. 73-[3] p. ; in-8.
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Publié le : samedi 1 janvier 1780
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HISTORIQUE
D E L OU I S ,
DAUPHIN DE FRANCE,
PÈRE DE LOUIS XVL
far M. CAbbè *
Crefcebat ad ornamentum Imperïù
A P A R I S,
Chez J. G. MÉRIGOT le jeune, Libraire, Quai
■'-v. des Auguftins.
M. DC C. L X X X
' AVERTISSEMENT
C'EST pour féconder les vues
louables de la Société qui a ouvert
le concours pour l'Éloge de Mon-
fèignèur le Dauphin, quel'Auteur,
publie celui qu'il y a envoyé, &
qui efl fa première production i
des mains plus habiles que Us
Jiennes pourront employer quelques
Anecdotes précieujes & inconnues
qiid a découvertes , pour relever
la gloire d'un Prince qu'on ne
fçauroit trop faire connoître.
ON trouve chez le même Libraire :
MÉMOIRES pour fervir à l'Hiftoire de Louis,
Dauphin de France, mort à Fontaine bleau
le 20 Décembre 1765, avec un Traité de
la connoiffance des Hommes, fait par fes
ordres en 1758. 2? Edition. Paris 1778.;
2, vol. in-12. rel. 5 liv,
VIE du Dauphin, père de Louis XVI, écrite
fur les Mémoires de la Cour, préfentée au.
Roi & à la Famille.Royale. Nouvelle,édi-
tion. Par M. l'Abbé PROYÂRT. Paris-1778.
in-12 rel, 3 liv.
D E L O U I S,
DAUPHIN DE FRANCE (1).-
N obefrve les pendant leur
vie ; On les juge après leur mort,
La Vérité & la Juftice prononcent
aters librement fur eux des arrêts immuables.
Rarement elles juftifient toutes les Louanges
qu'ils ont reçues ; plus rarement encore elles
font obligées de les venger de l'injurie
.refus de-celles qu'on auroit dû leur accor-
der; elles renverfent bien plus de monumens
érigés par l'adulation , qu'elles n'éternifent
d'hommages décernés par la reconnoiffance.
É'ies ont néanmoins quelquefois d'éclatantes
injuftices à réparer ; & à l'honneur de la Na-
tion l'-exemplè eft unique dans notre hiftoira ,
6 Eloge hiftorique de Louis ,
Louis, vingt-cinquieme (2) Dauphin de France,
n'a pas été connu de fes contemporains. Sa mo-
deftie, une multiplicité de circonftances, fon
état de Dauphin , l'ont dérobé à la gloire qui
lui étoit due. Deviné par ceux qui avoient
prefidé à fon éducation, apprécié par quel-
ques amis , foiblement apperçu par un petit
nombre de courtifans, ignoré de la Nation,
calomnié par une partie , qu'une aveugle.
prévention avoit trompée , il a vécu dans
l'obfcurité , affis fur la premiere marche du
Trône.
La Vérité & la Juftice réclament aujourd'hui
en fa faveur leurs droits imprefcriptibles , &
en le propofant à nos éloges par la bouche
d'une Société auffi pieufe qu'éclairée, elles
rétabliffent l'ordre & le placent à fon rang.
Par ce choix , cette Société s'honore, elle
acquitte la Patrie envers la poftérité, invite
l'Eloquence, prêté à nous quitter , de nous
refter encore , & veut perpétuer le regne de
la Religion & de la Vertu. Quelle gloire pour
le Dauphin ! fon éloge eft un triomphe pour
les Lettres , & pour la Piété, Ses connoiffances
le mettent au nombre des grands Princes; fes
vertus au nombre des bons. Par elles il pré-
paroit notre bonheur ; par elles il mérite notre
reconnoiffance, nos, regrets & notre admira-
tion.... Ici les efforts font méritoires ; le con-
cours honore : c'eft le plus bel hymne à la
Vertu qui remportera la palme; mais les vain-,
cus feront confolés par l'hommage, qu'ils lui
auront rendu.
PREMIERE PARTIE.
PEND ANT le cours de dix fiecles, la France
compte à peine fept Rois (*), qui ont cru n'être
appellés par la Providence au gouvernement
des Peuples, que pour les rendre heureux. De
Charlèmagne a Louis XIV, S. Louis , Louis XII
& le bon Henri font remontés , malgré les
ténebres de leurs fiecles, jufqu'aux véritables
fources de la félicité publique. L'hiftoire des
regnes intermédiaires n'offre que confufion ,
foibleffe & cruauté. La Nation y eft tantôt
ravagée & envahie par les Etrangers ; tantôt
opprimée par tous les maux d'une conftitu-
tion ( ** ) abfurde , non moins deftructrice
que le defpotifme , qui détruit tout ; tantôt
(*) Charlemagne, Louis IX, Charles V,Louis XII,
peut-être François Ier , Henri IV, Louis XIV.
(**) La féodalité.
A iv
8 Eloge hiftoritique dev Louis ;
déchirée par fes propre enfans dans des guerres
qu'on appelle guerres de Religion , que la
Religion condamne , & que des particuliers,
trop puiffans faifoient aux Rois & à la Patrie
pour leurs intérêts perfonnel. Elle commen-
çoit à refpirer fous Henri IV & fon ami; mais
pour fonmalheur, jufqu'ici irrémédiable ,
l'exécrable Ravaillac avoit reçu le jour dans
les murs d'Angoulême. Enfin parut le regne
de Louis-le-Grand, qu'avoit précédé le mi-
niftere de Richelieu. Ce Monarque éleva fon
Peuple à un fi haut point de gloirei, qu'il ne
fera peut-être pas donné aux races futures de
le furpaffer. Il ne nous falloit plus qu'un Roi
pacifique, qui fe contentât dit plus bel héritage
de l'univers , qui voulût le rendre ftable par
une fage adminiftration & fçût ainfi réparer
ce que tant de grandeur nous avoit coûté.
Dieu nous avoit fait ce beau préfent dans la
perfonne de Louis XV , qu'il avoit fauvé des
débris de fa maifon. Il avoit placé dans fon
coeur la droiture des fentimens & l'amour de
la vertu. Ses deffeins font impénétrables ; il
permit qu'on altérât fon caractere,; & la Nation
fut retardée. Louis, fon fils, connut de bonne
heure l'état ou elle étoit ; quel Prince pouvoit
faire fon bonheur, & à l'âge de quinze ans
tout occupé, de nos befoins , il travailla
Dauphin de France.
à fe rendre digne de fes hautes deftinées.
Cet enfant de l'Europe (*) étoit né avec
toutes les qualités qui annoncent le grand:
homme. Son caractere , qui parut d'abord
réunir des contrariétés fingulieres (**) , fut
bientôt fixée par l'exemple , ce puiffant maître,
qui fubjugue tout. Pour avoir, voulu imiter
cet ancien Philifophe, qui ne parloit jamais
fans néceffité, il contracta un goût décidé pour
l'étude. Dès lors fon éducation n'eut plus rien
de pénible; il devint docile aux leçons du
Duc de Châtillon, Seigneur qui établit fur:
l'ordre la magnificence de fon rang ; habile
dans l'Art Militaire, d'une probité reconnue,
& qui joignoit à la fimpliçité des moeurs an-
tiques, toute l'urbanité françoife. Sa déférence
fut entière pour, fon Précepteur, Prélat ref-
pectable par fes vertus , dont le mérite honora
dans la fuite les places qu'il lui avoit procurées ;
qui, dans la diftribution des graces eccléfiafti-
ques, fut toujours guidé par la Religion, qui
fçut créer, des hommes en encourageant les
talens naiffans que l'indigence auroit étouffés,
qui récompenfa fi bien les travaux déja utiles,
(*) Ce nom lui fut donné à fa naiffance par tous les.
Ambaffadeurs.
(**) Voyez fa Vie par M. l'Abbé Proyart, &l
Mémoires pour fervir à fa Vie par le P. Griffet.
10 Eloge hiftorique de Louis ,
& qui, par ces moyens, donna à la France un
Clergé également recommandable par la naif-
fance, par les vertus & par les lumieres. Le
jeune Eleve prit fur-tout de la confiance en
cet Abbé de Saint-Cyr, de moeurs fi douces,
d'une gaieté fi aimable, d'un efprit jufte,d'un
fçavoir profond, d'une littérature fi variée,
d'une piété d'autant plus fimple qu'elle étoit
plus éclairée. Ce Sous-précepteur ingénieux
cachoit fous le duvet des fleurs toutes les
épines des élémens des fciences : par fon art
merveilleux, la Vertu avec fes facrifices ne
conduifoit qù'au bonheur, & l'auftere Vérité
n'avoit rien que d'aimable. L'immortel Féne-
lon, d'après lequel on jugera tous les Inftitu-
feurs des Princes, fembloit revivre auprès
d'un autre Duc de Bourgogne, & la même
amitié qui avoit uni fi étroitement ce premier
Maître & ce premier, Difciple, fut éternelle
& plus libre entre l'Abbé de Saint-Cyr & le
Dauphin. Ce Prince honora auffi d'une eftime
confiante l'Abbé de Marbeuf, capable dé le
porter au bien par fes confeils, & digne d'être
auprès de lui par toutes fes rares qualités.
Tous ces hommes juftifierent le choix qui
leur a voit confié une éducation fi importante.
•Cette réparation eft due à leur mémoire. Ils
dompterent cette ame impatiente de tout joug,
Dauphinde France.— 11
& que la plus légère contradiction révoltoit:
ce Prince , qui ayant l'âge de dix ans, avoit
répondu fierement au Cardinal de Fleury (*),
« que tout pouvait bien être au Roi, mais qu'au
» moins fon coeur & fa penfée étoient à lui, »
regarda dans la fuite comme un bienfait toute
vérité humiliante qu'on ofoit lui dire ; fes
penchans heureux furent fortifiés ; fes forces
intellectuelles développées avec tant de fuccès,
qu'à fon troifieme luftre, à peine expiré, il fut
en état de reprendre ( ** ) « fon éducation fous
» oeuvre » & de s'appliquer à tout ce qui eft
digne, d'un Roi. Heureux les Princes qui reti-
rent un tel fruit de la culture de leurs,,pre-
mieres années! Mais tant qu'on les éloignera
des hommes, tant qu'ils n'éprouveront ni mal-
heur ni réfiftance , pourront-ils être bien con-
vaincus que régner eft un art fournis à des
regles & impofant des devoirs ?
Dans un fiecle, qu'on appelle le fiecle des
fciences & du goût, où une branche des connoif-
fances humaines a été perfectionnée, & où le goût
eft prefqu'éteint par la froide féchereffe d'une
Philofophie meurtriere, ppurroit-on accufer
ces fages Inftituteurs, blâmeroit-on le Dauphin
(*) Voyez fa Vie.
(**) Paroles, du Dauphin.
lui-même du premier ufage qu'il fit de fon
efprit ? Malheur à celui qui n'a jamais fouri
aux charmes de la Littérature! Périffe tout
fyftême qui tend à la dénaturer parmi nous !
Elle forma fes premiers goûts. Il fut ravi par les
beautés de cet art enchanteur, qui vivifie toute
la nature , qui puife des richeffes à' pleines
mains dans l'impétuofité des paffions,dans la
tendreffe des fentimens , dans la majefté des
idées, dans la pompe des images , dans le
coloris du ftyle; qui au befoin fçait créer un
monde nouveau, & qui n'appelle à fon fecours
toute cette magie, que pour embellir l'inf-
truction & nous porter à nous lier nous-mêmes
des chaînés de la Vertu, en ne nous offrant
que des guirlandes, dont notre foibleffe nous
a rendu le parfum néceffaire. Enivré des délices
de la Poéfie, il ne fut point rebuté par l'air
plus modefte de l'Eloquence. Quoique cette
foeur auftere né lui offrît pas une raifon; fi
parée, elle émut fon coeur & fit fur lui des
impreffions durables. Il en connoiffoit le genre,
les reffources & l'empire. Après s'être enflam-
mé l'imagination par la lecture d'Homere,
d'Horace & de Virgile, de Corneille , de
Boileau, de Racine & du grand Rouffeau, il
nourriffoit fon ame des leçons de Ciceron ,
de Boffuet, de Bourdaloue, de Fénelon & de .
Dauphin de France. 13
d'Agueffeau. Les Offices du Prince de l'Elo-
quence chez les Romains, éternelle protefta-
tion de la Juftice contre la perverfité hu-
maine ; l'admirable Thélémaque , production
de la plus belle ame , qui ne cede à aucun
des chefs d'oeuvres de l'antiquité (3) , furent
fes deux livres de prédilection. On fçait avec
quelle jufteffe , avec quel goût il s'entretint
de l'Eloquence avec l'homme le plus éloquent
de notre Barreau; on fçait avec quelle grâce
il lui en donna un exemple tiré du plus beau de
fes Requifitoires (a). Ce trait eût honoré un
Homme de Lettres. Il fit la Nouvelle du Jour,
& difparoiffant auffi promptement que toutes
les frivolités de la Cour, il ne fervit pas à
faire connoître ce jeune Prince. Le Chancelier
le fentit, & l'efpérance d'un regne heureux
foulagea fon coeur de fes infortunes & des
maux de fa Patrie.
L'Art des Vitruve, des Phidias, des Michel-
Ange, des Raphael, ne lui étoit point inconnu.
Plus d'une fois il s'eft exercé lui-même à tracer
le plan d'une fortereffe, d'une maifon royale.
Il trouvoit un mérite dans ces effais , qu'il dé-
couvrait lui-même à ceux qui n'y voyoient
que l'empreinte d'un Maître : « ils ne devoient
» jamais rien coûter aux Peuples (*) ». Il n'eût
(*) Paroles de M. le Dauphin à l'Evêque de-Verdun^
14 Eloge hiftorique de Louis ,
permis la culture de ces Arts qu'à,ceux dont
le génie promettoit de tranfmettre dignement
a la poftérité l'hiftoire; de la Religionou la
mémoire des grands hommes &des exploits
éclatans. Ainfi la gloire de la Nation eût été
confervée fans augmenter fes befoins. Il aimoit
encore paffionnément l'Art qui, par l'harmonie
des fons, difopfe de toutes les affections de
l'ame: Art fi puiffamment émployé par les
anciens Légiflateurs, fi ridiculement difcuté
de nos jours(*) & que chaque Nation doit'
s'approprier d'après tout' ce qui forme fon
génie. Oh ne craint pas de le dire, le chant
de nos Pfeaumes lui paroiffoit beau, & il ne
dédaignoit pas de mêler fa voix à celle d'un
Peuplé nombreux pour célébrer les louanges
de l'Eterrtel. O Prince! quelles feront un jour
tes paffions, fi les jeux de ton enfance, fi les
goûts de ta jeuneffe font les occupations des
plus beaux efprits ? Quel pere ne treffailleroit
pas fi fon jeune fils donnoit dans de fi brillans
écarts ? Et quel Peuple ne defireroit pas de
tels commencemens à l'enfant qu'appelle fort
Trône ? Néanmoins il s'égaroit; il s'arrêtoit
trop long tems à contempler les beautés de
(*) Pendant un an entier:, tout Paris a été ou
Gluckifte, ou Piccinifte, ou Floquifte,
Dauphin de France. 15
cette riante prairie & à y cueillir des fleurs;
c'étoit pour lui ce palais d'Armide ou l'ifle de
Calipfo. Mentor arrache Thélémaque à des
lieux fi féduifans. & bien moins dangereux :
par un de fes confeils, qui font époque dans
la vie, l'Abbé de Saint-rCyr le porte à, l'étude
du grand Art de rendre les hommes heureux (b).
Que ne fera pas pour la France un Prince
doué d'un grand coeur & d'un efprit élevé,
qui fe dévoue à fon bonheur ?
L'immenfe carrière qu'on ouvre à fes yeux
eft infeftée d'erreurs, auxquelles il eft pref-
qu'impoffible d'échapper, & dont une feule
peut troubler le fort de vingt millions de
Sujets , bouleverfer trois cens lieues de pays &
retentir au foin de fiecle en fiecle. Peuples &
Rois, il déplore votre condition, & quoique
défefpérant « de former en lui l'affemblage
» complet des qualités qu'aucun mortel cou-
» ronné n'a réunies, de devenir un être d'une
» efpece nouvelle ». Plein dé courage & d'ar-
deur, il fe foumet à fa deftinée.
Pour les. prévenir ces erreurs fi funeftes , il
puife dans les fciences exactes cet efprit jufte
& droit, qui fouffre d'un raifonnement faux,
comme l'oreille délicate d'un ton difcordant.
Dès-lors il ne vit plus qu'avec les célèbres
Logiciens de Port Royal, qu'avec Platon &
16 Eloge hiftorique de Louis
Ariftote, Defcartes & Mallebranche , Leibnitz
Se Locke. Il avoit appris la langue de ce fa-
meux Raifonneur, dans un tems où la mode
n'ordonnoit pas encore de la fçavoir , foit
pour juger ces Penfeurs profonds, qui ont;fait
connoître à l'efprit humain ce que peut, &
en bien & en mal, fa grandeur & fa foibleffe (*),
foit pour difcuter plus nettement; les intérêts
politiques qui nous lient à ces fiers Infulaires ,
rivaux de notre double gloire. L'Abbé Nolet
vient lui dire le fecret de la Nature; il entre
lui-même dans l'école de Newton, il y apprend
comment, par les erreurs mêmes qui avoient
précédé, par les.lumieres de ce Créateur du
monde, les myfteres de l'univers nous ont été
révélés. N'oublions pas de dire qu'il jugea ces
connoiffances en Roi, dans le rapport qu'elles
ont avec nos befoins. L'étude des différentes
branches de la Philofophie , la comparaifon
de fes âges divers le rendent propre à tout ,
& voilà fon premier pas!
Ses forces accrues, fon courage égalant fon
devoir , il marche droit à la découverte du
monde moral; il contemple l'homme forti des
(* ) Voyez dans fa Vie les traductions & les extraits
qu'il a faits de Pope , d'Adiffon & d'autres Auteurs
Anglois.
mains
Dauphin de France. 17
mains du Créateur , doué du plus beau des
privilèges, la liberté. Il a befoin d'une regle
pour diriger fes actions, pour les rendre non
feulement bonnes , mais juftes: voilà la foi
primordiale, antérieure à toute fociété. Ema-
née du fein de la Divinité, elle porte fur la
dépendance de l'homme, & elle a pour but fon
bonheur ; les ramifications de cet arbre de
juftice font toutes les vérités que, par une con-
féquence néceffaire , peut en déduire la droite
raifon , commune à tous les efprits. Quel
fpectacle ! Que ce Roi du monde, ifolé dans
fon vafte palais, fans Sujets, & déja fournis à
tous les devoirs -'que lui impofe le droit natu-
rel envers fon Maître & envers lui-même. La
famille qu'il aura bientôt, le liera par de nou-
veaux rapports : heureufe! tant que refpectant
l'ordre de Dieu, elle fe contentera de la tran-
quillité que lui affure l'autorité paternelle!
Mais les hommes fe multiplient, & le repos,
l'égalité, la vertu vont difparoître de la terre,
Elle fera abreuvée du fang de fes habitans.
Plufieurs chefs de famille, que l'ambition anime
Se réunit, déferent le commandement à un
feul pour affervir leurs voifins ; les bons, obli-
gés d'oppofer la force à l'injuftice, fe confient
au plus vaillant d'entr'eux. Etonnante révolu-
tion! En le confidérant, le Dauphin eft frappé
fi
18 Eloge hiftorique de Louis ;
de l'origine & de la formation de ces vaftes
Corps, où la volonté d'un feul ou de quelques
membres, renferme la volonté de tous. Il voit
la main d'un Conquérant fabriquer le premier
Sceptre; toutes les formes de gouvernement
qui, dans le cours des fiecles, ont fait le bon-
heur ou le malheur des Peuples, & le bras
de Dieu toujours appefanti fur leurs tyrans. Les
immenfes obligations des Rois, qu'il étudie,
l'épouvantent. Il médiie long-tems Grotius &
Puffendorf, Lebret, M. de Réal & tous ces efti-
niables Auteurs, qui par le développement dés
devoirs des Maîtres & des Sujets, les ont unis
réciproquement par des liens indiffolubles, &
ont bien mérité de l'humanité entière. Plus il
fent le bel enchaînement de ces vérités mo-
rales , fi fécondes, plus, il fe prémunit contre
la féductibn des erreurs que ces dépofitaires
de ces droits refpectifs pourroient couvrir de
leur autorité (*).
Après avoir parcouru le monde, il s'arrête,
il plane fur le Royaume de France ; femblable
à ce jeune Prince qui cherchoit, au travers des
écueils & des peines innombrables, tout ce
( * ) Il a fait des notes fur tous ces Publiciftes, & a
réfuté plufieurs de leurs opinions, & fur-tout celles de
M. de Réal.
Dauphln de France 19
qui pouvoit être utile à fa chere Ithaque, le
Dauphin n'avoit interrogé les fiecles & les Na-
tions que pour découvrir ce qui contribueroit à
rendre fon pays heureux; c'étoit le but de fes
profondes recherches. Il voyoit que depuis
près de deux mille ans , malgré la diverfité des
caracteres dés Rois , malgré les vices varians
de fa conftitution, l'imperfection de fes loix,
lés défaftres des guerres,le malheur des tems ,
la perverfité de fes Miniftres, le Peuple François
avoit toujours été conftant dans fon idolâtrie
pour fes Souverains, dans fon ampur pour fa
Patrie, dans l'impétuofité de fa bravoure, dans
la vivacité & l'inftabilité de fes goûts, dans
fon zele pour la Religion, dégénéré quelque-
fois en fanatifme ; dans fa légèreté, dans fa
douceur, dans fa gaieté & dans fon amabilité.
Cette charmante Nation, il l'aimoit tendrement;
elle lui paroiffoit digne (*)« du facrifice de
» fontems, de fon plaifir, de fa vie Se de fa
» gloire même ».Auffi il fe confacra entière-
ment à approfondir tout ce qui l'intéreffe. Il
difoit lui-même que «fon gouvernementabfolu
» & non defpotique ne laiffe de pouvoir au
» Monarque que pour le bien ». Il connoiffoit
l'origine, la néceffité & les fonctions des Par-
(*) Expreffion de M. le Dauphin.
20 Eloge hiftorique de Louis,
lemens. Il gémiffoit fur fon befoin de bonnes
loix : la plupart ne lui paroiffoient qu'une
adoption abfurde de celles d'une République
auftere ou d'un vafte Empiré à fon déclin,
qui ne pouvoient convenir à notre caractère ,
à nos moeurs, à notre climat, à nos ufages &
à notre gouvernement. Les Capitulaires de
Charlemagne , les Réglemens des Conciles
Provinciaux-, les Décifions des Champs de
Mars & de Mai, les bons établiffemens. de
S. Louis, les Ordonnances faites pendant la
tenue des Etats Généraux , ne lui, offroient
qu'un palliatif & le trifte témoignage des maux
du tems. La féodalité ne pouvoit enfanter que
des coutumes & des droits bifarres & injuftes,
qui pourtant avoient obtenu la fanction légale.
Affligé qu'on n'eût pas encore diffipé les téne-
bres de ce cahos, il tâche d'y introduire la
lumière; il extrait, dans deux livres, tout ce
qu'on a écrit de fenfé fur cette importante
matière. D'Aubert & d'Aguefleau lui appor-
tent chacun cinquante ans de réflexions. Il
trouve dans Montefquieu « plufieurs vérités
« utiles femées parmi beaucoup d'erreurs dan-
» gereufes; » il entend cet homme célebre &
il le regarde « comme un Philofophe & un
» Phyficien, mais non comme un vrai Légifla-
» teuf ». Suivant fa méthode ordinaire , il
Dauphin de France. 21
remonteà la fource des choies ; il àfïigne la na-
ture du pouvoir légiflatif; ce cri de la Juftice,
que le bonheur des Peuples & la fouveraine
loi retentit à fes oreilles ; enfin il voit que le
droit civil n'eft que le droit naturel appliqué
à la vie fociale de l'homme & aux affaires
des Sociétés & des Nations entières. Qu'on
connoiffe fes idées, qu'on les travaille , &
peut-être nous aurons ce Code qu'il auroit
formé lui-même, pu les loix feront propres à
notre état actuel, dans la vraie proportion avec
nos befoins, & dont l'Auteur fera nommé,
l'ami du Peuple & du Roi, & le fecond Fon-
dateur de cet Empire.
Le Dauphin n'avoit pas publié d'obferver
dans nos annales le premier Corps de l'Etat,
dépofitaire de la premiere de fes loix, qu'on
s'acharne d'avilir par des reproches , dont
quelques-uns, hélas !" ne font que trop fondés ,
Se dont tant d'autres ne font puifés que dans-
l'audace licentieufe de fes contempteurs, &
font une partie d'un fyftême impie qui vou-
droit détrôner Dieu, ou le reléguer dans les
cieux. Ecoutons-le lui-même dans cette ma-
tière délicate : « dans quels excès un Prince né
» peut-il pas être entraîné par un zele mal
» entendu? Laiffer les Miniftres de l'Eglife
» empiéter fur les droits de la puiffance tem-
B iij
22 Eloge hiftorique de Louis ,
» porelle, n'eft-ce pas introduire l'anarchie
» dans l'Etat & l'ambition dans le Sanctuaire !
» Juger des décifions de ceux qui font les
» dépofitaires de la Foi, fe rendre maître
» abfolu de la difcipline & du culte, n'eft-ce
» pas entreprendre fur cette autorité que Jefùs-
» Chrift a confiée aux premiers Pafteurs, &
». qu'il à fi bien diftinguée de telle qu'il leur
» ordonna de refpecter dans la perfonne des
» Empereurs? On fent aifément que ces deux
» puiffances n'ont ni le même fondement , ni
» le même objet, ni la même fin... L'ambi
» tion s'eft efforcée des deux côtés d'augmen-
» ter fon pouvoir en obfcurciffant les idées».
Voici les quatre chefs dans lefquels il..avoit
compris tout l'ouvrage de Demarca : « pro-
» tection que le Souverain doit aux Eccléfiafti-
» ques ; précautions qu'il doit prendre contre;
» leurs entreprifes ; en quoi ils font fournis aux,
» Juges ordinaires; en quoi ils en font indé-
» pendans ». A-t-on bien pu accufer ce Prince
d'être Ultramontain (*) ? Son regne n'eût été,
que le regne de la Religion.
La majefté de la Nobleffe lui infpira une
(*) Cet article eft puifé dans fes ouvrages , & cette""
expreffion eft de lui : on. a bien tort, dit-il dans une
lettre, de me regarder comme Ultramontain.
Dauphin de France. 23
finguliere admiration. Quelle générofité! quelle
bravoure ! quelle délicateffe ! quelle grandeur !
la fortune & les plaifirs ne font rien pour elle
au, prix de la gloire; elle ne fe nourrit que de
fon honneur, de fa fidélité & d'une parole de
fes Rois. O douleur! on a pu la méconnoître
jufqu'à lui donner des richeffes pour récom-
penfe. De-là ( paradoxe que l'expérience jufti-
fie) la ruine des maifons & leur méfalliance ;
de-là cette avidité pour l'or, devenu là feule
mefure de tout; cette multiplicité de befoins
qui énervent tant d'ames, & cette rareté de
grands hommes., ornemens & foutiens d'un
Etat, & que la voix publique défigne pour en
occuper les premieres places. De-là ces jeux,
ces reffources de jeu , qui voifinent de fi près
à là déloyauté., où la diffipation des biens n'eft
que la plus légere perte. Ah ! fi le Roi le fça-
voit, lui qui aime l'ordre...... D'un feul mot
Louis XIV éleva des manufactures. De-là ces
défordres, opprobre Voilons la, honte de
quelques apoftats par l'exemple du grand
nombre, dont les bonnes moeurs, l'élévation
des fentimens, les fervices, les qualités émi-
nentes créeroîent leurs maifons, fi leurs ancê-
tres leur en avoient laiffé la gloire. Le Dauphin
jugea les privileges qu'elle avoit mérités, il
les eût confervés ; il jugea fon caractere, &
B iv
24 Eloge hiftorique de Louis ,
lui eût rendu fon honneur, mais fans mélange
& dépouillé de tout excès. Eh ! que peut donc
être l'honneur? finon le jugement favorable
que portent les autres de notre bonheur &
de notre vertu. Pourroit-on l'acquérir par le
double crime de violer les loix de fon Dieu &
de fon Roi? Une offenfe peut-elle changer fa
nature & occafionner fa perte ? Peut-il fe
recouvrer par l'adreffe & là force du corps?
Abfurde & cruel préjugé, qui as inondé de
fang ma Patrie, fuis devant la raifon, amie
des hommes. Et toi, Nation généreufe, réalité
un fouhait formé pour ton bonheur ; égale tes
lumieres à ta bravoure ; renonce à jamais pour
toi & pour ta poftérité au funefte héritage que
t'ont légué l'ignorance & la barbarie.
De tous ces fublimes objets , le Dauphin
s'éleve à des objets plus fublimes encore, s'il
eft poffible. O Peuple ! tu as poffédé toute fon
affection ; ton bonheur eft le terme de fes
veilles. Qu'il eft grand, quand il fuppute ce
que peuvent gagner journellement un Labou-
reur & un Ouvrier y le prix du pain & des
légumes néceffaires à leur fubfiftance ! S'il en-s
tend dire « qu'il n'y a point de mifere, il faut
» donc, repond-il, que la Providence veille;
» car, fuivant mon calcul, il devroit y en-
» avoir », Après fa petite vérole , le Roi lui
fait offrir des moyens d'adoucir fa conva-
lefcence : « Je puis me paffer de cette fomme,
»& le pauvre Peuple en a befoin »; il croit
que le gala d'Affuérus à fa Cour aura été expié
par un jeûne folemnel dans fes Provinces. Il
dit à l'Ambaffadeur d'Efpagne que « pour qu'un
» Prince goûtât; une fatisfaction pure dans
» un feftin, il faudroit qu'il-pût y convier
» toute la Nation, ou que du moins il pût fe
» dire, en fe mettant à table: aucun de mes
« Sujets n'ira aujourd'hui coucher fans fouper».
A la naiffance du Duc de Bourgogne, qu'on
ne s'attende pas qu'il faffe éclater fa joie dans
des tournois dangereux , affemblés à grands
frais ; qu'on ne s'attende pas qu'il donne des
fêtes pompeufes & magnifiques ; il diftribue
d'abondantes aumônes, & fait deftiner le prix
des réjouiffances publiques à doter fix cens
pauvres filles. Plaifirs vraiment dignes d'un Roi !
bel exemple ! il germera dans l'avenir : nous
avons eu en effet la douce fatisfaftion de le
voir renouveller. On lui confeille de demander
la penfion du Dauphin , fils de Louis XIV:
« Je ne la recevrais que pour la donner
» j'aime mieux que le pauvre Laboureur en
» profite , & qu'elle foit retranchée fur fes
» Tailles ». On lui propofe de voyager pour
rétablir fa fanté ; il héfite long-tems : je ne puis
26 Eloge hiftorique de Louis;
m'y réfoudre;, dit-il à un ami, à qui il confioit
fes perplexités (*), « ce voyage feroit trop;
» onéreux aux Peuples, Le faifant fans appa-
» reil, & prefque fans fuite, il coûteroit au
» plus cent mille écus ; je ne les..vaux pas, »
répond le Dauphin, Malheur à moi! fi, par;
un utile & audacieux menfonge, je prétendois,
relever la gloire de mon Prince. Vérité fainte!
que j'invoquerai toute ma vie,qui ne me com-
mandera jamais de facrifices en vain, je puis
aujourd'hui t'attefter , c'eft dans le fein de
l'amitié, je l'avoue, mais dont la probité avoit
formé les noeuds, que j'ai puifé cette conver-
fation & fa réponfe. Quand on eut vaincu; fa
répugnance y quand il eut tout arrangé pour
réduire la dépenfe, alors la Cupidité, qui ne
dort jamais, qui redoute jufqu'au fimple regard,
de l'homme jufte, pouffe un grand cri & vient,
ourdir ces horribles chaînes qui le retiennent
captif à la Cour. Lorfqu'il fera Roi (**) il ira:
confoler par; fa préfence fes enfans qui demeu-
rent loin de lui ; il vifitera nos Provinces ,
examinera ce qu'elles font, ce qu'elles pour-
(*) Cette Anecdote eft très-fûre ; mais lé garant ne
veut pas être.nommé.
(**) C'étoit fon projet. Il vouloit retirer tout
l'avantage poffible de ce voyage en le faifant avec
une entiere liberté.
D'auphin de France. 27
roient être ; verra fon bon Peuple dans les
fillons & fous le chaume ; apprendra & ce qu'il
peut & ce qu'il fouffre : jufques-là il s'en rap-
porte à des hommes que des lumières & une
probité fûres ont rendu dignes de fa.confiance,
& d'excellens Mémoires, fruits de ces voyages
fecrets, fuppléent aux connoiffances qu'il ne
peut encore acquérir lui-même (4). Il veut
faire au Royaume un don plus précieux que
l'aifance, le don de la vertu. «L'homme ver-
» tueux (*) n'eft jamais malheureux, le vicieux
» l'eft toujours; qu'on banniffe les défordres
» de la fociété, on verra difparoître la plupart
» des maux qui l'affligent ». O Peuple ! fi fin-
cere dans tes fentimens, rends-lui amour pour
amour, & pleure fur ton infortune (c).
Les finances, les impôts, le commerce, la
guerre, il avoit tout pefé dans la balance du
pere des Peuples: «toute impofition(**) fur
» eux eft injufte, lorfque le befoin général de
» la fociété ne l'exige pas. Un Etat doit périr
» néceffairement, lorfque fes revenus ne font;
» perçus, & adminiftrés avec la plus exacte &
» la plus prudente économie ». Voilà l'analyfe
». (*) Tout ce que dit ici le Dauphin eft rapporté dans
fe vie.
(**) Paroles du. Dauphin,
28 ' Eloge hiftorique de Louis,
de fes analyfes fur ces matières. Il renferma
dans ce double principe toute la fcience éco-
nomique ; principe jufte , principe vrai, prin-
cipe lumineux, principe qui devient fi' fécond
fous un Roi de vingt-cinq ans entre les mains
du Dépofitaire de fes finances. Par fes fuppref-
fions il retranche des refforts inutiles & oné-
reux, que notre détreffe paffée avoit multipliés
pour les befoins du moment. Il prépare de
loin la liquidation des dettes, la diminution
des impôts ; il ne dépendra pas de lui de nous
rendre tout le bien que Sully n'a pu nous faire.
Amour de la Patrie! renais dans nos coeurs;
infpire le généreux facrifice de l'intérêt per-
fonnel à l'utilité nationale; viens faciliter fes
fuccès. La France porteroit-elle dans fon fein
dès enfans ennemis de leurs frères, des Ci-
toyens tyrans des Peuples ? Voudroient-ils?
eux-mêmes paffer pour fes oppreffeurs dans la
poftérité, & devenir refponfables auprès du
Dieu vengeur de vingt millions de leurs com-
patriotes ? Ah ! plutôt qu'ils fuivent & qu'ils
augmentent les, beaux exemples de patriotifme
dont ils font témoins (5); foutenons tous! à
l'envi l'honneur d'une Nation que fa fageffe
& fa bravouve comblent de gloire. Et vous,
homme précieux, que les obftacles redoublent
votre courage : ce Royaume, qui vous adopta
Dauphin de France. 29
vous demande des jours heureux; donnez le
fpectacle attendriffant d'un Peuple dans l'ai-
fance, & jouiffez vous-même du voeu que fa
reconnoiffance lui infpire ; quelque bien que
vous lui ayiez fait, vous lui devrez encore.
Le Dauphin fçavoit que le Commerce eft
devenu un des refforts des Empires modernes ;
qu'il ne fleurit; que par la liberté & la bonne
foi; qu'il ne doit pas enlever trop de bras à
la terre ; qu'il en faut foigneufement entretenir
les branches utiles, dont le fruit fatisfait à nos
befoins & en élaguer plus fcrupuleufement
encore toutes celles dont le fruit empoifonné
n'alimenteroit que le fafte & le. luxe. O Col-
ibert! tu le réduirois aujourd'hui. «Malheur,
» s'écrie le Dauphin, à l'Etat qui feroit obligé,
» pour fubfifter, de tolérer ce commerce d'ini-
» quité(*) ou tout autre femblable ; c'eft un
» malade réduit à n'avoir que du poifon pour
» remede ».
« Il n'a manqué, a dit le plus fçavant Guerrier
de notre tems, qui dans le tumulte des armes
conferve toute la pureté de la Religion, M. le
Maréchal de Broglie, « il n'a manqué à M. le
(*) Celui des livres contre la Religion & les
moeurs. C'eft à la Reine que le Dauphin a tenu ce
propos.
30 Eloge hiftorique de Louis ,
» Dauphin que l'occafion pour fe montrer un
» des plus grands Héros de fa race». Ne fçait-on
pas maintenant qu'après la bataille de Cr evelt,
trois fois il follicita la permiffion de fe mettre
à la tête des armées, parce que « le fils uni-
» que du Roi rendroit à tout François fon
» courage invincible »? Ne fçait-on pas, qu'em-
porté par fon ardeur, il s'élança , dans les
champs de Fontenoi, l'épée à la main , en
s'écriant d'une voix pleine des feu : « Marchons,
» François, où eft donc l'honneur de la Na-
» tion»? & qu'un ordre abfolu du Roi le ra-
mena auprès de lui. Il fut plus grand encore
après notre fuccès. Témoin des oittrage's que
font à l'humanité les querelles des Potentats,
il arrofe de fes larmes ce théâtre de nôtre
gloire (d). Telle eft fa valeur ! telle eft fa fenfi-
bilité! Voici fes principes: « les plus grands
» Conquérans font fort au-deffous des Rois
» pacifiques, juftes & humains. Il eft bien plus
» beau d'être les délices du monde que d'en
» être la terreur. Un Prince qui entreprend
» une guerre uniquement pour fa gloire per-
» formelle, eft également en horreur & à Dieu
» & aux hommes ; mais un Roi digne de l'être,
» l'évite fans la craindre, & la foutient avec
» courage , quand elle eft inévitable ; il fe
» montre dans l'occafion prodigue de fon fang

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