Elssa ou Le sang d'Ervinal

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Les Dômes ont repris Lucilla dans des circonstances tragiques. Dans les Marais, Colin, désormais seul pour élever sa fille de cinq ans, apprend la mort de son père, Merwinn, l’intendant du Domaine d’Ervinal. Il part assister à son enterrement, sans se douter qu’il va, à son tour, devenir la victime de la vengeance des seigneurs d’Ervinal que l’on croyait morts...


Publié le : vendredi 12 avril 2013
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EAN13 : 9782332546449
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ISBN numérique : 978-2-332-54642-5

 

© Edilivre, 2016

 

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Dômes et Royaumes

Présentation

Les Marais

Situés au Nord-Ouest du Royaume de Scylon, les Marais couvrent une étendue de plaines, de collines au relief doux et de forêts parcourues de canaux aux fonds sablonneux qui donnent à l’eau sa couleur orangée.

Ingz, Divinité, a donné à ce peuple une forêt, dont les arbres à l’écorce mauve, aux feuilles vert-d’eau (couleur de ses yeux), aux fruits aux couleurs différentes selon leur maturation, portent son nom. Le bois, l’écorce, les feuilles et fruits de cet arbre permettent au peuple des marais de subvenir à tous leurs besoins en leur procurant bois et briques (mélange de terre et de bois décomposé) pour bâtir leurs maisons, fabriquer meubles, barques et objets usuels ; fibres pour tisser ; nourriture et boissons. Le peuple des marais porte à la naissance une marque au visage, un tatouage fait d’entrelacs noirs, qui leur couvre la partie supérieure des joues et du nez.

Lors de l’invasion du Peuple du Nord menée par Ishnar, les Marais furent dévastés, sa cité, détruite, ses forêts incendiées et son peuple massacré. Une prophétie annonçait que la divinité enverrait son fils pour sauver les marais.

Les Personnages

Colin,

Orphelin, il survécut au massacre de son peuple, sauvé par Merwinn, un soldat d’Ishnar qui l’éleva comme son propre fils. À l’âge de 17 ans, Merwinn lui confia une dangereuse mission qui le mena jusqu’à Dryskaïll, capitale du Royaume de Scylon. C’est là qu’il rencontra Lucilla. À la même époque, la prophétie des marais lui fut révélée. Fils d’Ingz, divinité des Marais, Colin devint Prince, égal du roi de Scylon. Il a épousé Lucilla. Ils vivent avec leur fille Nyaée, âgée de quatre ans, dans la cité des Marais.

Drunir,

C’est par elle que la prophétie des marais fut révélée à Colin. Amie des parents de Colin, elle jura de protéger leur fils. Norian est son époux. Mildrir est leur nièce.

Dolidunne,

Elle vit au cœur de la plus ancienne forêt des Marais. Elle en connaît les secrets et les pouvoirs. Très âgée, elle est l’amie et la confidente de Colin.

*
*       *

Le Royaume de Scylon

Ce royaume aux terres fertiles et verdoyantes, aux domaines et aux cités prospères, entouré d’un vaste océan, de montagnes au Nord et des marais à l’Ouest connut, après les Marais, la terrible invasion du peuple du Nord qui soumit une à une les cités, les hameaux et les domaines du royaume. Un complot, après 15 ans d’occupation, mit fin au règne d’Ishnar. Scylon retrouva son roi et la paix.

Les personnages

Emnérèl,

Roi de Scylon, il fut capturé par les soldats du Peuple du Nord. On le crut mort. Il resta, en réalité, quinze années emprisonné dans les cachots de Dryskaïll et fut libéré à la mort d’Ishnar. Le Palais de Dryskaïll fut reconstruit. Emnérèl y vit avec Telma, sa seconde épouse.

Emérian,

Membre de la Guilde des Marchands dont il est le Représentant auprès du roi. Il est à l’origine du complot qui mit fin au règne d’Ishnar.

Gnoll Igglefur,

Lutin. Il serait, dit-il, le seul lutin à avoir survécu aux hordes d’Ishnar lors de l’invasion du Royaume de Scylon. Il a vécu quelques années à Paris et vit depuis dans la cité des Marais où il s’occupe de la petite Nyaée.

*
*       *

Le Peuple du Nord

Cette horde de soldats soumit les Marais et le Royaume de Scylon. Leur roi et ses proches périrent dans l’incendie du Palais de Dryskaïll. S’en suivirent des expéditions armées à travers le royaume où ce peuple fut décimé. Il ne reste à ce jour que deux anciens soldats dont les vies ont été épargnées : l’un pour être le père de Colin, le Prince des Marais, l’autre pour avoir sauvé la vie du roi de Scylon.

Merwinn,

Soldat d’Ishnar, il devint l’Intendant du Domaine d’Ervinal situé au sud-ouest du royaume de Scylon. C’est là qu’il éleva Colin. Après le complot qui mit fin au règne d’Ishnar, sa vie fut épargnée grâce à son fils. Il vécut plusieurs années au Fort des Gorges de Lily avant de revenir à Ervinal.

Bilin,

Compagnon d’Ishnar, au service de Merwinn. C’est lui qui fut chargé de protéger Colin lors de sa périlleuse expédition pour Dryskaïll. Il participa à la libération du roi de Scylon. Il est depuis Intendant du Fort des Gorges de Lily.

*
*       *

Les Dômes

Îlots, flottant dans l’espace, créés par Hiérildis, divinité et sœur d’Ingz, ces Dômes sont dispersés au milieu des étoiles. Le premier Dôme est devenu le centre du pouvoir et sa bibliothèque n’a de cesse de répertorier et d’archiver tout ce que l’univers peut posséder d’écrits, sous toutes ses formes, devenant ainsi un véritable sanctuaire de la connaissance. Pour se déplacer d’un Dôme à un autre ou dans un autre monde, les Illiens utilisent l’eau, simple bassin ou étendue d’eau douce. Grâce à ce pouvoir, le voyage est quasi instantané, les vêtements restent secs.

Les personnages

Lucilla,

Enfant, venue des Dômes, elle utilisa imprudemment le pouvoir de voyager d’un monde à un autre et se retrouva dans le royaume de Scylon. C’est là qu’elle rencontra Gnoll Igglefur. En fuyant les soldats d’Ishnar qui cherchaient à la capturer, elle fit la connaissance de Colin. Elle avait 12 ans, lui 17. Elle vit depuis dans le Palais de la cité des Marais, avec Colin qu’elle a épousé et leur fille Nyaée. Mathias et Casmir sont ses frères aînés.

*
*       *

Terre
– Union Européenne

France – Paris

Telma,

Amie de Colin. Venue de France grâce aux Dômes avec ses amis, Dimitri et Paco, elle a épousé Emnérèl, le roi de Scylon.

Dimitri,

Ami de Colin. Il le rencontre à Paris lors des Jeux Électoraux de 2012. Il vit depuis au Domaine d’Ervinal.

Paco,

Ami de Colin, il faisait avec Dimitri et Telma partie de la troupe qui présentait des numéros de combat, d’acrobatie et de dressage de chevaux lors des Jeux Électoraux à Paris en 2012. Il vit dans le Domaine d’Ervinal. Il y a épousé Ermina, la fille du forgeron.

*
*       *

Les Dieux

Chaos, Hargiell, Hiérildis, Ingz et Tanaha, frères et sœurs.

Chaos aime à créer les mondes et à les contempler.

Hargiell veille sur l’Équilibre. C’est lui qui aida Hiérildis à rassembler l’alpha, l’omega, l’infini et le doute pour créer le premier Dôme.

Hiérildis a créé les Dômes.

Ingz a créé les Marais et l’arbre qui nourrit son peuple. Elle est la mère de Colin.

Tanaha sert ses frères et vit auprès d’eux.

1
Les Marais

Assis sur un coffre de bois mauve, à l’étage du Palais, Colin fixait du regard la porte fermée de leur appartement.

Dans cette pièce ouverte, au plafond haut, au mur de briques, au sol de bois mauve, une grande et confortable banquette était placée contre le mur. Colin lui avait préféré le coffre, car de là où il se trouvait, il pouvait mieux voir la porte de leur appartement.

De longs voiles de tissu mauve flottaient doucement et venaient frôler les fins piliers de bois de la balustrade au portillon fermé qui séparait cette pièce ouverte de la galerie extérieure du Palais. La lumière du matin l’éclairait.

Depuis l’aube, Lucilla se préparait à mettre au monde leur second enfant. Drunir était avec elle pour l’aider.

À l’extérieur du Palais, sur l’esplanade, le peuple des Marais s’était rassemblé depuis plusieurs jours pour fêter la naissance du second enfant de leur Prince. Des tentes, des tables, des abris de bois mauves avaient été installés pour les jours de fête qui suivraient cette naissance.

Depuis l’aube les regards se portaient régulièrement sur le portique d’entrée aux grandes et hautes portes de bois mauve ouvertes et sur la galerie extérieure à l’étage du Palais.

Le peuple des Marais attendait.

Reconstruit depuis bientôt six ans, après son incendie, le Palais de la cité des Marais avait retrouvé sa forme rectangulaire, sa galerie extérieure et son toit en terrasse. Un enduit mauve couvrait les façades extérieures.

Deux salles ouvertes avaient été aménagées à l’étage de chaque côté du Palais pour y apporter plus de lumière. Le centre du toit en terrasse avec ses vitraux, cadeau des Dômes, éclairait le grand escalier central de bois mauve. Une galerie intérieure avec ses colonnes de bois mauve et sa balustrade, bordait ce premier niveau. Cette galerie donnait sur les appartements de Colin et de Lucilla, de Gnoll et ceux qui étaient réservés aux invités.

La salle ouverte où se trouvait Colin était celle qui se trouvait juste au-dessus du portique d’entrée du Palais. L’autre à l’opposé avait été aménagée pour leur fille Nyaée avec une balustrade plus haute et sans ouverture sur la galerie extérieure.

Gnoll avait rejoint Colin dès qu’il avait appris que Lucilla allait accoucher.

Le lutin avait sorti de sa besace des pierres rondes d’un vert laiteux, au nombre de huit, cadeau des Dômes. Il les avait alignées sur le tapis qui couvrait le sol et s’était assis devant elles à côté de Colin. Ces pierres avaient le pouvoir de permettre de parler à distance. Le lutin informait simultanément du déroulement de l’accouchement, autant le père de Colin qui vivait au sud-ouest du Royaume de Scylon dans le domaine d’Ervinal, que le père et la tante de Lucilla, dans les Dômes, ou leurs amis à Ervinal, Dryskaïll ou à Paris en France.

Au fur et à mesure que la matinée avançait, les chuchotements de Gnoll avaient agacé Colin. Il avait demandé au lutin de s’éloigner.

Gnoll s’installa de l’autre côté de la galerie intérieure du Palais. De là, il pouvait voir Colin et guetter le moment où la porte s’ouvrirait une fois que le bébé serait né.

Il posa ses pierres sur un coffre de bois et reprit ses conversations.

Quand il ne restait pas assis sur le coffre de bois, Colin se levait et marchait dans la galerie. Il s’arrêtait chaque fois qu’il passait devant la porte fermée. Il n’avait pas à s’inquiéter. Il le savait. La première naissance s’était très bien passée. Mais il ne pouvait s’en empêcher.

Soudain, il y eut une explosion assourdissante. Elle s’était produite dans la pièce ouverte où se tenait Gnoll. Colin, se précipita en direction du nuage vert qui y flottait. Le lutin était allongé sur un des tapis, inconscient au milieu de cette brume verte. Les pierres des Lumineux, pour une raison inconnue, venaient d’exploser !

*
*       *

Au même moment, à Paris

Arléa n’eut pas le temps de protéger son visage des éclats de la pierre et poussa un cri à la fois de douleur et de peur. Ysillia qui s’était absentée de la chambre, revint. D’un geste vif, elle saisit sa fille pour l’éloigner de la brume verte qui l’entourait.

– Maman, maman, j’ai mal, gémit l’enfant en portant ses mains à son visage et poussa un hurlement en voyant le sang sur ses doigts.

Ysillia la prit par la main et avant d’aller à la salle de bain, elle saisit son portable pour appeler le SAMU. En attendant qu’ils arrivent, elle suivit les instructions du médecin urgentiste. Elle hésita avant d’appeler Eyèn. Il se trouvait en déplacement en Bourgogne. Elle préféra attendre le diagnostic des médecins.

*
*       *

Au même moment, à Dryskaïll

Le roi se précipita vers Telma qui comme Arléa avait reçu des éclats de pierre des Dômes sur le visage.

*
*       *

Au domaine d’Ervinal

Ermina, l’épouse de Paco et Merwinn avaient eu le réflexe de se lever et de s’éloigner quand ils avaient entendu la pierre bourdonner de façon étrange.

*
*       *

Au domaine d’Ervinal

Le bruit sourd qui avait soulevé la besace posée sur le sol de terre battue fit hennir la jument et tira Dimitri de l’état de semi conscience dans lequel il se trouvait. Il ouvrit les paupières. L’obscurité était presque totale. Seul un filet de lumière passant entre les interstices de la pierre, éclairait faiblement. Il resta attentif.

Revenait-elle ?

Il attendit. Elle ne vint pas.

Il était seul dans cet endroit avec sa jument Tilda.

Cela faisait deux jours qu’elle l’y retenait prisonnier.

Il eut soif, terriblement soif. Il y avait bien l’eau, dans l’abreuvoir fiché au mur en hauteur. Dimitri essaya une nouvelle fois de tirer sur les liens qui entravaient ses chevilles et ses poignets pour s’en libérer, mais il n’y parvint pas. Il s’efforça de ramper jusqu’au mur pour s’aider de la paroi pour se relever et boire.

*
*       *

Dans le Dôme d’Aria

Le Dôme dans lequel vivaient Almée, le père de Lucilla, Aria, sa tante, Naïga et Goustav et Eugèn le frère aîné de Lucilla se trouva, au même moment plongé dans une obscurité glaciale.

La température descendit si brutalement que cela les terrassa presque instantanément. Ils ne purent entendre le craquement sinistre de leur Dôme qui se disloquait et plongeait, comme happé, vers l’atmosphère terrestre en une pluie de météorites.

*
*       *

Quelque part dans une villa anglaise
au sud de la France, jeudi 13 juin 2019

Casmir n’eut pas le temps d’empêcher Mathias de se jeter dans la piscine intérieure d’eau chlorée. Le souffle qui s’en suivit le projeta au sol.

Quand il revint à lui, il se releva encore étourdi, aidé par les hommes du Commandant. Il voulut se précipiter vers le rebord de la piscine, mais les hommes le retinrent avec force, craignant qu’il ne disparaisse à son tour.

Casmir tenta de se dégager sans y parvenir.

– Laissez-le, ordonna le Commandant.

Casmir put s’approcher de la piscine, suivi par les hommes du Commandant. Il scruta la surface encore secouée de vaguelettes. Mathias n’était plus là ! Casmir savait que son frère, sous l’effet des puissants psychotropes qu’on lui avait injectés, n’avait très certainement pas pu rejoindre les Dômes. Où se trouvait-il à présent ?

– Qu’avez-vous fait, souffla-t-il en tournant la tête pour dévisager le Commandant avec colère et inquiétude.

– Nous n’y sommes pour rien, fit-elle en s’approchant.

– Si vous ne l’aviez pas drogué, il m’aurait reconnu, il m’aurait écouté, jamais il n’aurait plongé dans cette eau !

Sur ces mots, Casmir vacilla pris d’un malaise. Le commandant le retint.

– Qu’avez-vous ? S’inquiéta-t-elle comme il s’affalait sur le sol en gémissant.

– Ils sont morts, souffla-t-il avant de perdre connaissance.

*
*       *

Dans les Marais

Colin s’accroupit pour prendre le lutin inconscient dans ses bras et courut au rez-de-chaussée. Il sortit sous le regard ahuri d’hommes, de femmes et d’enfants des marais qui s’étaient précipités vers l’entrée du Palais en ayant entendu l’explosion.

Colin s’avança jusqu’à Norian, l’époux de Drunir, qui marchait vers lui sous le regard effrayé et les sanglots de la petite Nyaée qui l’avait suivi.

– Les pierres des Dômes ont explosé, fit Colin.

– Mais comment ? fit Norian troublé.

– Je n’en sais pas davantage. Je suis comme toi, je ne peux pas l’expliquer.

– Et Lucilla, et Drunir ?

– Elles doivent être trop concentrées sur la naissance. J’y retourne.

Colin vint s’accroupir devant sa fille qui pleurait à gros sanglots.

– Mildrir et Dolidunne vont soigner Gnoll, fit Colin en la prenant dans les bras pour l’embrasser sur le front. Tu vas rester avec elles, ici… Regarde, fit Colin, en désignant l’abri de bois dans lequel Norian venait d’installer le lutin qui était revenu à lui et s’était assis sur la couchette. Gnoll semble aller bien. Rejoins-le, va !

Colin embrassa sa fille sur le front et la regarda partir en courant pour retrouver le lutin. Il fut rassuré de voir Gnoll entrer en grande conversation avec Dolidunne et Mildrir, lui fit un petit signe et retourna dans le Palais.

Dans le vestibule d’entrée, Colin s’arrêta en voyant un filet d’eau qui s’écoulait et formait une petite flaque au bas du grand escalier de bois. Ce premier filet d’eau fit soudain place à des ruisselets d’eau claire qui s’écoulèrent le long des marches en formant, à ses pieds, une flaque de plus en plus grande.

Troublé et inquiet par cette eau, Colin gravit l’escalier en courant. À chaque pas qu’il faisait, l’eau éclaboussait ses chevilles et ses jambes.

À l’étage, il se rendit compte que la galerie était inondée d’eau. Cette eau s’écoulait depuis les deux battants de la porte de leurs appartements où se trouvaient Drunir et Lucilla !

Colin se précipita vers la porte. Quand il posa ses mains sur le panneau de bois, une eau glacée dégoulina entre ses doigts. Le bois en était imbibé ! Affolé, il frappa et frappa contre la porte, s’aspergeant d’eau, tout en criant et en hurlant, tentant de pousser les battants, sans y parvenir.

Il se précipita vers la pièce ouverte, celle qui se trouvait au-dessus de la porte d’entrée du Palais pour appeler Norian et les hommes qui se trouvaient dans l’esplanade.

– L’eau, l’eau bloque les portes. Venez m’aider ! Venez m’aider ! Cria-t-il en sautant par-dessus la balustrade pour courir en direction de l’immense baie ouverte qui donnait sur leur appartement.

Là, il découvrit, horrifié, une paroi d’eau qui la fermait complètement, si sombre qu’il ne pouvait voir à travers. En hurlant, il se mit à la frapper pour tenter de la traverser, mais sans y arriver. Il frappa et frappa jusqu’à ce que dans un épouvantable fracas, l’eau s’effondre en l’emportant avec elle.

Il se sentit soulevé hors de la galerie et projeté dans les airs, sous les cris effrayés des hommes, femmes et enfants des marais qui se trouvaient là, sous le regard effaré de la petite Nyaée qui vit son père projeté dans les airs au milieu d’un torrent d’eau qui l’emporta et vint briser l’abri de bois sur lequel il tomba lourdement pour disparaître au milieu de cette masse d’eau et de bois.

Nyaée courut et pataugea dans la mare d’eau et de débris de bois pour s’agenouiller à côté de son père inconscient.

Des mains voulurent la soulever. Elle se débattit en silence. On la relâcha. Elle s’accroupit auprès de son père et prit dans ses petites mains, ses doigts immobiles et froids. Elle les serra jusqu’à ce qu’elle sentît sa peau mouillée se réchauffer.

Comme tous, elle entendit un cri venant du Palais. Elle sentit les regards se détourner. Des hommes et des femmes s’éloignèrent d’elle.

Norian sortit du Palais. Il portait Drunir dans ses bras.

– Les Dômes ont repris la leur, gémit-il en pleurant.

Il s’éloigna d’un pas titubant et s’effondra à genoux en serrant contre lui le corps sans vie de son épouse.

On s’attroupa autour de lui.

Il y eut des cris, des pleurs, comme les enfants de Norian et de Drunir passèrent parmi les hommes et les femmes de marais. Ils vinrent s’agenouiller auprès de leur père pour frôler la peau froide et mouillée de leur mère, le tissu détrempé de sa robe, caressant ses cheveux humides, son visage figé avec ses yeux écarquillés et immobiles.

On se poussa pour laisser passer Dolidunne accompagnée de Gnoll et de Mildrir, la nièce de Norian.

Non loin d’eux, des hommes et des femmes restaient autour de Colin et de sa fille.

Dolidunne confia Norian et ses enfants à Mildrir. Puis elle posa une main sur l’épaule du lutin et se pencha pour lui murmurer à l’oreille.

– Gnoll, je dois voir si Colin est encore en vie après une pareille chute ! Il faut éloigner Nyaée.

Le lutin la suivit. Il s’approcha de l’enfant et posa une main sur son bras. Nyaée tourna la tête et le dévisagea avec les yeux remplis de larmes.

– Dolidunne va soigner ton papa, fit-il, en cachant son inquiétude.

– Gnoll, pouvez-vous prendre sa main pour qu’elle vous suive ? Demanda Dolidunne.

Nyaée serra les doigts de son père qu’elle refusa de lâcher en secouant la tête et sans dire un mot.

– Elle ne parle plus ! S’inquiéta le lutin.

– Elle l’a vu tomber, murmura une femme.

Dolidunne s’agenouilla auprès de Nyaée. L’enfant renifla et esquissa un sourire en montrant les doigts de son père qui bougeaient imperceptiblement.

– Par Ingz, souffla Dolidunne, elle lui rend la vie !

Le sourire de Nyaée s’élargit.

Il y eut un murmure dans la foule.

– Nyaée, nous allons porter ton père au Palais, fit Dolidunne avec douceur. Il ne peut pas rester là au milieu des débris de bois et de cette eau. Tu ne lâcheras pas sa main, n’est-ce pas ?

L’enfant fit un signe de la tête.

Comme on soulevait Colin, Dolidunne prit Nyaée dans ses bras en restant à ses côtés pendant qu’on le portait à l’étage du Palais, pour que l’enfant ne lâche pas la main de son père.

On les installa dans un des appartements réservés aux invités. On allongea Colin sur le lit. Nyaée s’assit à côté lui.

Les deux hommes qui avaient porté Colin quittèrent la pièce.

– Nyaée, peut-on te laisser un instant ? Demanda Dolidunne.

Nyaée la dévisagea avec un sourire silencieux.

– Venez avec moi Gnoll Igglefur.

Les deux hommes des marais les attendaient. Dolidunne leur avait demandé de rester pour aider à chercher Lucilla.

– Norian a dit que les Dômes ont repris la leur, fit Dolidunne. Trop éprouvé par la mort de Drunir, il n’a peut-être pas vu Lucilla. Nous devons la chercher. Elle est peut-être encore en vie. Le bébé était-il né ? Murmura la vieille femme des Marais avec inquiétude.

Dans l’appartement dévasté par l’eau, il restait encore des flaques sur le sol. Les tapis, les coffres, le lit, les meubles de bois, les vasques tombées à terre, le linge, les vêtements, les draps, les flacons formaient un empilement que la violence et la force de l’eau avaient entraîné contre la balustrade de la galerie extérieure.

Les meubles furent dégagés avec précaution. On ne trouva ni Lucilla, ni le nouveau-né. On ne savait d’ailleurs pas si Lucilla l’avait mis au monde ou le portait encore.

Ils allèrent dans la pièce voisine, la chambre de Nyaée et du bébé, voir si Lucilla avait réussi à s’y réfugier. Ils durent se rendre à l’évidence : Lucilla et le nouveau-né n’étaient plus là.

Les deux hommes laissèrent Gnoll et Dolidunne et sortirent du Palais.

– Norian ne se serait pas trompé, fit Dolidunne. Comment les Dômes ont pu tuer Drunir pour reprendre Lucilla ?

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