//img.uscri.be/pth/e346e55b352fa62afe2da17970b288aec592743d
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 1,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : PDF - MOBI - EPUB

sans DRM

En route vers la lumière

De
208 pages

À l’âge de 17 ans, Tracy se retrouve enceinte à la suite d’une agression sexuelle. Malgré son envie de mettre un terme à sa grossesse, pour diverses raisons, elle ne parvient pas à s’y résoudre. Sa fille Phoebe découvre vingt ans plus tard son histoire ainsi que les péripéties de sa vie à travers un manuscrit qu'elle lui laisse avant de mourir. Elle comprend à ce moment qu’elle n’est pas celle qu’elle croyait et en veut à son père.


Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-22988-3

 

© Edilivre, 2016

 

Auteur déjà de deux précédents romans intitulés « Dans l’ombre des autres et le Prix des erreurs », je vous présente aujourd’hui « En route vers la lumière » qui j’espère vous plaira.

1

Je m’appelle Phoebe et je viens juste d’avoir 20 ans. Pour ce grand jour, mon père s’est levé de bonne heure pour me préparer un délicieux repas. Il voulait marquer le coup en cuisinant quelque chose d’exceptionnelle pour que ce moment soit inoubliable. C’était de sa part un geste plein d’attention car je ne m’y attendais pas. En me réveillant, je n’ai rien eu à faire, il avait préparé une table digne d’une princesse, pour me faire honneur. Il y avait tout ce dont je raffolais, il ne manquait rien. Il avait pensé à tout jusqu’à mes fleurs préférées, des tulipes roses pour la décoration de la table. C’était impressionnant, je n’en trouvais plus mes mots. Je m’étais donc contentée de le serrer dans mes bras pour le remercier. J’étais si heureuse que mon mascara s’était mis à couler après les quelques larmes que j’avais versée. Durant tout le repas, il semblait ému et n’arrêtait pas de me lancer des petits sourires. Il avait l’air fier de voir que sa petite princesse comme souvent il m’appelait avait grandi et était devenue une femme. Je me réjouissais pour ma part de l’avoir comme père car je ne pouvais espérer mieux. J’étais ravie de l’avoir dans ma vie, car il était tout ce dont je pouvais rêver. A la fin du repas, nous avons longuement parlé de ma mère et de sa vie. Il m’a offert à ce moment un paquet qu’elle m’avait laissé après qu’elle nous ait quittés. Je ne savais pas quoi dire, j’étais loin de me douter qu’après tout ce temps, elle avait prévu pour moi un cadeau. A l’intérieur, il y avait un manuscrit qu’elle avait écrit et qu’elle avait pris soin d’emballer dans un magnifique papier cadeau. J’étais sans voix, une vague d’émotion m’avait envahie à ce moment. Mais je m’étais promise de ne pas pleurer alors je faisais tout pour me retenir. Cependant, ce manuscrit semblait signifier beaucoup pour mon père, car une petite larme s’était formée au coin de son œil. Une larme qu’il essaya de dissimuler, mais pas suffisamment tôt pour que je ne m’en aperçoive pas. Toutefois, il était heureux de me préciser qu’à l’intérieur de celui-ci était écrite l’histoire de toute sa vie. Il semblait si fier d’elle et de tout ce qu’elle avait accompli qu’il ne tarissait pas d’éloge à son sujet. Dans ses yeux, il y avait comme une petite étincelle qui s’allumait quand il parlait d’elle, un petit brin de nostalgie qui semblait le renvoyer quelques années en arrière. C’était plaisant de voir à quel point après tout ce temps, il l’aimait encore, à quel point elle avait marqué sa vie. J’avais alors compris pourquoi durant tout ce temps, il avait préféré resté seul, pourquoi il n’avait jamais refait sa vie. Mais tel était son choix, et je ne pouvais que l’admirer pour le respect et la fidélité qu’il lui témoignait encore. Néanmoins, une question me brûlait les lèvres. « Pourquoi avait-il attendu tout ce temps avant de me remettre ce paquet ». Quand j’ai osé la lui poser, il m’avoua avoir pris avec ma mère la décision de me le remettre ce jour-là, car ils craignaient que je ne sois pas prête avant cet âge à en prendre connaissance. Ils avaient peur que je ne sois choquée par certains évènements qui s’y trouvaient et que je ne les interprète pas comme il se devrait. C’était de leur part une délicate attention car j’étais à mille lieux d’imaginer recevoir un tel présent. Durant toutes ces années, de peur que je ne découvre l’existence de celui-ci, mon père l’avait gardé dans un coffre à la banque. Il avait tenu à respecter la promesse qu’il avait faite à ma mère, de ne pas me le remettre avant mes 20 ans. Je ne savais pas quoi dire, celle dont je n’avais qu’un vague souvenir avait pensé à mon vingtième anniversaire. Le soir même, j’étais impatiente de découvrir ce que celui-ci contenait. J’avais hâte de connaitre celle dont mon père m’avait longuement parlé. Mais j’avais dû mettre de côté mon enthousiasme car je devais me préparer pour la soirée qu’il avait organisée. Il voulait que je me fasse belle car il avait prévu de m’emmener diner dans un petit restaurant qu’il avait réservé. « Vingt ans, comme il n’arrêtait pas de me dire, c’est un âge important dans la vie d’une jeune fille, alors je voudrais que les tiens te reste en mémoire ». Ainsi, malgré l’envie que j’avais de me plonger dans le manuscrit, je ne pouvais me soustraire à son invitation. Je me devais d’honorer celle-ci vu tout le mal qu’il s’était donné pour me faire plaisir. Cependant, je m’attendais à passer avec lui une soirée en tête à tête, mais il avait vu les choses de façon plus grande. Il avait invité toute la famille ainsi que quelques amis à se joindre à nous, tous sans exception étaient là. Je ne savais pas quoi dire, moi qui au départ n’étais pas disposée à sortir. J’avais alors compris pourquoi il avait tant insisté pour que je me fasse belle, pourquoi durant tout le trajet il semblait impatient d’arriver. Néanmoins, je n’avais aucun regret car j’étais ravie de revoir certains visages que j’avais presqu’oubliés. Aussi nous avons passé un agréable moment en fêtant dignement mes vingt bougies. Toute la nuit nous avons dansé, chanté, jusqu’à perdre haleine. C’était merveilleux, jamais je n’oublierai cette soirée. J’en avais profité pour présenter à mon père l’élu de mon cœur qui nous avait rejoints plus tard dans la soirée. Il était heureux de faire enfin la connaissance de celui qui dessinait chaque jour sur mes lèvres un énorme sourire. J’étais fière d’avoir avec moi les deux hommes de ma vie et de partager avec eux ce délicieux moment. En rentrant à la maison, je n’avais qu’une envie, c’était de me coucher et de me laisser bercer par mes rêves. Cependant, à peine avais-je fermé les yeux que je m’étais mise à penser à ma mère. Je m’imaginais déjà toute son histoire un peu comme si je la connaissais. A mon réveil, je n’avais donc pu résister à la tentation de découvrir son manuscrit. J’étais impatiente de le lire et de savoir ce qu’il contenait. Je m’étais donc installée sur la balancelle au fond du jardin, pour le découvrir. Voilà comment celui-ci commençait :

Chère Phoebe, je ne serai probablement pas là pour tevoir grandir, mais je tenais à t’offrir ces quelques lignes qui retracent ce qu’aura été ma vie durant cette courte période. J’espère que tu pourras à travers ces mots appendre à me connaitre et à savoir qui j’étais. La vie pour moi n’a pas toujours été rose, mais j’ai su malgré tout l’apprécier à sa juste valeur et profiter jusqu’au bout de ce qu’elle avait à m’offrir.

Après ces quelques mots qu’elle avait écrits en préface, déjà je ressentais au fond de moi une grande émotion, une étrange sensation que je ne saurais expliquer. Toutefois, je me devais d’aller au bout de son histoire, pour savoir qui elle était et d’où je venais. Peu importe les sensations que j’éprouvais, je me devais de connaitre toute son histoire ainsi que tout ce par lequel elle était passée. Je m’étais alors replongée dans ma lecture car il me tenait à cœur de la connaitre. Voilà ce qui y était écrit.

« Enfant, mes parents et moi vivions dans une immense maison située dans le sud de la France. Mon père était officier dans l’armée où il occupait un poste de capitaine alors que ma mère était gérante d’une petite boutique de souvenirs sur les bords de quai. La vie que nous menions était magnifique, il régnait au sein de notre maison un tel parfum d’amour, que le voisinage nous enviait. Les mauvaises langues s’amusaient parfois à faire courir des bruits pour tenter de semer le trouble au sein de notre foyer, mais peu importait à mes parents ce que les autres pensaient, seul ce qu’ils ressentaient l’un pour l’autre avait d’importance. De par son travail, mon père était souvent en déplacement à l’étranger. On se retrouvait souvent seules ma mère et moi dans cette immense maison à espérer sonretour. Quand il partait en mission, il s’en allait parfois pour plusieurs semaines, voire plusieurs mois sans qu’on ait de ses nouvelles. Nous ne savions jamais à l’avance combien de temps il s’en irait, ni même où il se rendrait. A la longue, ma mère s’était habituée à ce rythme de vie et au vide qu’il laissait en s’en allant. Elle s’était faite à l’idée quand il s’en allait qu’il ne reviendrait pas de sitôt. Moi, j’avais du mal à accepter qu’il ne soit jamais là. Malgré toutes les explications qu’elle me donnait pour justifier ses absences, je ne comprenais pas qu’il ne puisse pas passer plus de temps avec nous. Toutefois, j’étais heureuse quand il revenait à la maison car il ne rentrait jamais les mains vides. Il avait toujours pour nous un petit souvenir qu’il avait ramené de tel ou tel pays d’où il avait séjourné. C’était agréable de l’avoir avec nous même si nous redoutions son prochain départ. Cependant, nous profitions au mieux de sa présence, car nous ne savions jamais combien de temps il resterait. Un jour il s’en alla dans un pays du moyen orient, dont lui seul connaissait la destination exacte. Ce soir-là, son départavait laissé un goût amerdans la maison, un peu comme si nous redoutions de ne plus le revoir. C’était une sensation étrange comme jamais je n’en avais ressenties auparavant. Ma mère avait allumé des bougies dans toute la maison pour que le Seigneur veille sur lui et le protège des forces du mal. Elle pensait qu’en agissant ainsi, il avait plus de chance de s’en sortir et de rentrer à la maison. C’était la première fois depuis qu’il partait en mission que je la voyais agir de la sorte, et son attitude m’inquiétait. C’était comme si elle pressentait qu’il lui arriverait quelque chose, et qu’elle faisait tout pour l’en préserver. Toutefois, je ne voulais pas comme elle sombrer dans la psychose en m’imaginant, telleou telle chose. Je ne voulais pas penser au pire de peur qu’il n’arrive vraiment et ne finisse par me détruire. Je faisais donc mon possible pour me sortir de la tête toutes ces idées négatives qui m’envahissaient, toutes ces sensations étranges qui me faisaient froid dans le dos. Cependant, loin d’être rassurée, ma mère avait tenue à dire pour lui une prière avant de se coucher. Elle voulait s’assurer qu’il ne lui arrive rien pour qu’il nous revienne sans la moindre égratignure. Mais était-ce suffisant, nous ne le savions pas, seul Dieu savait quel sort lui était réservé. Nous nous en remettions alors à lui, pour qu’il en soit fait selon sa volonté. Ainsi pendant des jours, comme à son habitude, mon père resta silencieux sans donner la moindre nouvelle. Pas un appel téléphonique ni même un petit mot de sa part. Sachant qu’il en était ainsi à chacun de ses déplacements, nous ne voulions pas nous affoler en nous imaginant le pire. Mais un soir, nous avons appris par les médias que plusieurs camps Français avaient été attaqués dans les pays du moyen orient et que bon nombre de victimes avaient été déplorées. Plusieurs bases militaires avaient été détruites par des commandos qui avaient pris possession des villes avoisinantes. Ignorant où se trouvait mon père à ce moment-là, ma mère avait cherché à en savoir plus, mais sans résultat car personne n’osait rien lui dire. Tous sans exception se cachaient derrière le fameux « secret défense », sans se soucier de ce que nous ressentions. L’angoisse au fil du temps se faisait ressentir, et la peur s’installait dans nos cœurs. A chaque sonnerie du téléphone, nous redoutions d’apprendre qu’il lui était arrivé malheur. Mais sans nouvelles de sa part depuis plusieurs jours, nos espoirs s’amenuisaient. Je voyais ma mère petit à petit sombrerdans son chagrin, sans que je ne sache quoi faire. Je l’entendais pleurer dans son sommeil, mais j’étais incapable de lui venir en aide. Un soir, alors que nous étions à table, un officier de la DGA accompagné de son escorte se présenta à la maison. A peine s’était-il annoncé, que ma mère semblait avoir compris la raison de sa visite. Son visage dès lors s’était assombri, et ses mains s’étaient mises à trembler. Elle faisait tout pour cacher ses émotions, mais je sentais bien qu’elle n’était pas dans son état normal. Toutefois, pour ne pas que j’entende ce que celui-ci avait à lui dire, elle m’avait demandé de quitter la table et de m’apprêter à me coucher. Elle craignait que ce qu’il avait à lui dire ne soit trop difficile pour moi à entendre. Mais vu l’inquiétude qui se lisait dans ses yeux, je ne voulais pas la laisser seule, je voulais être là au cas où elle aurait besoin de moi, mais elle avait préféré rester seule. Je m’étais donc assise en haut de l’escalier pour les laisser discuter, mais je ne pouvais m’empêcher d’entendre ce que celui-ci lui disait.

« Madame nous avons le regret de vous annoncer le décès de votre mari le capitaine Pierre André Villeneuve, matricule 8255, du 52ème Régiment d’infanterie basé dans les pays du Golfe.

Le capitaine et ses hommes ont été attaqués alors qu’ils effectuaient une mission de reconnaissance dans un petit village du nord du KOWEIT. Les circonstances de cette tuerie n’ont pas été encore déterminées, mais l’armée vous en fera part une fois qu’elles le seront.

Mort au combat, des funérailles militaires lui seront organisées ainsi qu’à toutes les autres victimes de cette tuerie à une date qui vous sera communiquée ultérieurement. Toutefois, pour respecter le protocole prévudans cette situation, je vous saurais gré de bien vouloir répondre à quelques questions si vous vous en sentez le courage ».

Après que ma mère ait accepté de se prêter au jeu, celui-ci avait alors sorti de son sac un questionnaire d’environ une dizaine de pages qu’il posa sur la table. C’était pratiquement pour toutes des questions dont l’armée connaissait déjà les réponses mais qu’il se devait de poser pour éviter tout malentendu. Aussi, pour ne pas se montrer désagréable, ma mère avait accepté d’y répondre sans aucune exception. Elle s’était pliée jusqu’au bout à ses exigences sans bafouiller ni même verser la moindre larme. Une fois le questionnaire rempli, celui-ci lui présenta ses condoléances avant de se diriger vers la sortie. Avant de franchir la porte, il rajouta en lui prenant la main : « Si vous avez besoin de quoi que ce soit Madame, n’hésitez pas à m’en faire part, je me tiens à votre disposition ».

Après son départ, ma mère s’était réfugiée dans la salle de bain après avoir éclatée en sanglot, elle était inconsolable. Je l’entendais pleurer, mais je ne pouvais rien faire pour la consoler. J’avais beau frapper à la porte, mais elle ne répondait pas. Rien de tout ce que je disais, ne semblait l’atteindre. J’avais donc renoncé à la déranger car elle ne voulait pas que je la vois dans cet état. Elle préférait garder pour elle son chagrin plutôt que de le partager avec moi, pensant probablement que j’étais trop jeune pour comprendre. Mais ce qu’elle ignorait c’est que la maturité ne s’acquiert pas au nombre d’années passées sur terre, mais aux expériences vécues durant cette même période. Toutefois, c’était sa façon de voir les choses alors je devais la respecter. Je me devais de ne pas la contrarier davantage,car elle en avait déjà assez sur le cœur. Ainsi je me retrouvais seule, face à mon chagrin sans savoir quoi faire. J’étais là derrière la porte à espérer qu’elle en sorte et qu’elle me prenne dans ses bras. Mais sur le moment, elle semblait avoir oublié jusqu’à ma présence dans la maison. Elle agissait comme si elle avait oublié que j’existais. Touchée par son attitude, je m’étais réfugiée sous mes draps pour ne plus l’entendre pleurer. Je ne voulais plus entendre ses gémissements qui pour moi étaient devenus insupportable. Cependant, après avoir réalisé qu’elle m’avait laissé seule, elle m’avait rejoint dans la chambre en se confondant en excuses.

– Pardonnes moi ma chérie de t’avoir laissée ainsi… m’avait-elle dit, mais j’avais quelque chose dans l’œil.

– Une poussière sans doute avais-je répliqué sur un ton sarcastique.

– Oui une poussière, mais pourquoi est-ce que tu prends ce ton-là ?

Voyant qu’elle cherchait encore à dissimuler son chagrin, je l’avais alors prise dans mes bras pour la réconforter.

– Non ce n’est rien maman, mais tu sais tu n’es pas obligée de faire semblant pour me protéger, je ne suis plus une petite fille, j’ai bientôt 12 ans et je suis en âge de comprendre.

– C’est vrai que tu es maintenant une grande fille, mais il y a des choses que je dois gérer seule ma chérie.

– Je croyais qu’on était une famille et que l’on devait tout se dire sans secret, ce n’est pas ce que tu m’as appris.

– Tu as raison, je vais tout te dire.

Ton père nous a quittés pour monter au ciel.

– Oui je sais, maman, je vous ai entendus tout à l’heure.

Mais qu’est ce qui s’est passé ?

– Comme l’a dit le Monsieur, lui et son équipe ont été attaqués lors de sa dernière mission. Il a été touché à plusieurs reprises et n’a pas survécu à ses blessures. Les médecins ont tout fait pour le sauver, mais il avait perdu trop de sang.

– On ne le reverra plus alors ?

– Non ma chérie on ne le reverra plus, il est à présent auprès de Dieu pour une toute autre mission.

– Mais qu’est-ce qu’on va devenir ?

Qu’est-ce qu’on va devenir ?

– Ne t’inquiètes pas ma chérie, tout va bien se passer.

Viens dans mes bras, tout ira bien, tout ira bien.

– Il va me manquer maman !

– A moi aussi ma chérie, à moi aussi il va me manquer.

Cette nouvelle m’avait anéantie, mais je faisais tout pour ne pas pleurer. Je ne voulais pas que ma mère se soucie de ce que je ressentais au détriment de ce qu’elle-même endurait. Je faisais alors de mon mieux pour ne rien laisser paraître de cette souffrance qui m’habitait. Je luttais pour chasser de mon cœur cette effroyable douleur qui me dévorait. Mais au fil du temps, malgré les efforts que je faisais, je voyais ma mère sombrer dans son chagrin sans rien pouvoir faire. Elle se renfermait sur elle-même, refusant l’aide de ceux qui l’entouraient. Durant des jours, c’était le chaos à la maison, elle ne sortait plus et refusait de recevoir tous ceux qui la visitaient. Elle avait fermé la boutique qu’elle tenait sur les bords de quai et s’était coupée du monde. Plus rien ne semblait l’intéresser. Le matin, avantque je parte pour l’école, elle se levait pour me préparer le petit déjeuner et retournait aussitôt s’enfermer dans sa chambre. Elle passait ses journées à regarder des photos et à relire des courriers que mon père lui avait écrits. Elle ressortait tous les vieux disques sur lesquelles ils avaient dansé et les écoutait en boucle. Elle était nostalgique, elle semblait vivre dans le passé, loin de toute réalité. Cependant cette situation devenait compliquée car je ne savais plus qu’elle attitude avoir avec elle. Elle semblait parfois si effacée, que je ne savais plus quoi faire. Je m’agenouillais alors dans ma chambre pour prier et demander au seigneur de l’aider à surmonter son chagrin. Je lui demandais de l’aider à traverser cette épreuve et de la rendre plus forte pour affronter demain.

Même si c’était pour elle une façon de faire son deuil, je n’arrivais pas à accepter de la voir dans cet état. J’avais du mal à la regarder s’enfoncer sous mes yeux sans rien pouvoir faire pour la sortir de là. Je faisais alors de mon mieux pour qu’elle sache que j’étais là, mais elle ne me voyait pas. Elle semblait si absorbée par sa douleur, qu’elle en oubliait tout le reste. Au bout de quelques temps, mes prières avaient été exaucées car elle avait réussi à reprendre le dessus et à se remettre sur les rails. Elle était parvenue à vaincre son chagrin et à accepter que mon père ne soit plus là. A nouveau, elle se laissait approcher, et je la surprenais même parfois à sourire. Elle avait retrouvé une certaine joie de vivre qui lui faisait défaut depuis longtemps. Parfois, nous sortions nous balader le long des quais et elle me parlait de sa rencontre avec mon père. Elle semblait vivre chaque instant de ce qu’elle racontait car dans ses yeux il y avait comme une petite lueur qui brillait, une petiteétincelle qui faisait que son visage s’illuminait. C’était plaisant de voir à quel point elle l’aimait et qu’elle lui était dévouée. À quel point malgré qu’il nous ait quittées, il vivait encore dans son cœur. Mais en apprenant la date de ses funérailles, son moral en avait pris un coup. Elle s’était à nouveau renfermée sur elle-même et ne parlait plus à personne. Plus la date approchait, plus son visage se resserrait. Malgré la présence de la famille venue la réconforter, elle ne parvenait pas à surmonter son chagrin.Elle errait dans la maison, tel un fantôme, sans même savoir ce qu’elle faisait. Elle semblait avoir perdu son âme, tant elle avait l’air désorientée. Tous faisaient de leur mieux pour la soutenir, mais elle était ailleurs. C’était la première fois que je la voyais aussi mal, la première fois que je voyais dans ses yeux une telle tristesse. Cependant j’étais là à assister à sa déchéance, sans rien pouvoir faire pour l’aider.

Le jour des funérailles de mon père, une cérémonie digne d’un président avait été organisée. Il y avait une telle ambiance, qu’on se serait cru sur les Champs Elysée pour le défilé du 14 juillet. Voir tous ces hommes en uniforme, ces armes à feu, toute cette organisation me rappelait les célébrations auxquelles j’assistais avec mon père. C’était troublant de savoir que plus jamais il ne serait à mes côtés, que plus jamais nous n’assisterons ensemble à ces fêtes commémoratives. Mais le destin l’avait voulu ainsi et je devais l’accepter. Ma mère, malgré tous ses efforts, avait du mal à contrôler ses larmes. Elle avait les yeux constamment rivés sur le cercueil de mon père un peu comme si elle espérait le voir en sortir. Les dépouilles des autres victimes tombées ce jour-là étaient, elles rangées les unes à côté des autres, nappées du drapeau national. Toutes étaientalignées à égale distance, comme pour un défilé.C’était magnifique. Là, il n’y avait ni officiers, ni grade ni règlement, juste des hommes qui avaient péri dans l’exercice de leur fonction. Des hommes qui laissaient derrière euxpère, mère, femme, enfants,des familles toutes entières qui les pleuraient et à qui ils manqueront. C’était dur d’imaginer que c’était aussi le cas de mon père. Dur d’imaginer que son corps se trouvait parmi toutes ces victimes. Dur de me faire à l’idée qu’après toutes les cérémonies auxquelles j’avais assistées avec lui,celle-ci soit en son honneurpour lui faire des adieux. Mais tel est le sort de tous ceux qui combattent sur le front et il l’avait accepté. Il savait qu’en partant pour ces terres ennemies, un jour ou l’autre il ne reviendrait pas. Cependant, au péril de sa vie, il avait choisi d’accomplir ce pour lequel il s’était engagé, et pour lequel toute sa vie il avait été formé. Alors je me devais d’en faire autant, même si cela m’était difficile.

Tout au long de la cérémonie, des chants de toutes sortes ont été interprétés par la fanfare du régiment. C’était magnifique. Entendre les vibratosde ces voix masculiness’élever vers le ciel, était à perdre haleine. A la fin de la célébration, après que le drapeau ait été remis à ma mère en signe de reconnaissance comme le prévoit le protocole, trois coups de feuont été tiréspour chacune des victimes, c’était impressionnant. L’officier de permanence annonçait au micro le nom, le grade ainsi que le matricule de chaque victime, et trois coups de feu étaient tirés pour lui rendre hommage.Chacun de ceux-ci m’avait plongédans l’enfer de ce qu’avait dû vivremon père avant de mourir.J’avais alors réalisé à quel pointcela avait dû être pénible pour lui. A quel point il a dû se sentir seul au milieu de tous ces corpsgisantautour de lui. Mais le mal était fait, et je ne pouvais rien y changer.Quand ce fût à son tour d’être à l’honneur, mon cœur s’était mis à battre de plus en plus fort. Pour chacun des coups de feu tirés, j’avais l’impression de sentir l’impact des balles pénétrer ma peau. Ma mère avait beau me serrer dans ses bras, j’avais du mal à me contrôler.Je n’arrivais pas à contenircette vague d’émotion qui jaillissait de moi. A la fin de l’inhumation, les familles de toutes les victimes s’étaient regroupées pour se réconforter. S’en suivi alors une longue et effroyable séance de condoléance. Tous se jetaient dans les bras l’un de l’autre en laissant éclater leurs émotions. C’était émouvant. »

A la fin du premier chapitre, j’avais dû arrêter ma lecture car il s’était mis à pleuvoir. Des trombes d’eau s’étaient abattues sur moi, m’obligeant à me réfugier dans la maison. Mon père en me voyant mouillée de la tête au pied s’était étonné.

– Qu’est ce qui s’est passé, pourquoi est-ce que tu es mouillée comme ça ?

– Figure toi que je me suis faite surprendre par la pluie alors que je lisais.

– Vas vite te sécher avant d’être malade.

Après avoir enfilée des vêtements sec, je m’étais cette fois installée sur mon lit pour poursuivre ma lecture.

2

« En rentrant à la maison, une page pour nous était en train de se tourner. Une nouvelle aire pointait déjà le bout du nez et nous devions nous en accommoder. Nous devions réapprendre à vivre et à nous construire loin de toute cette pression qui semblait nous faire de l’ombre. Pour cela, ma mère avait décidé de vendre la maison et de partir s’installer loin de tout ce qui pourrait nous rappeler ces mauvais souvenirs. Elle voulait qu’on s’éloigne le plus loin possible de ce passé toujours présent qui selon elle ferait obstacle à notre guérison. Malgré que cette idée ne m’enchante pas, je savais que c’était ce qu’il y avait de mieux à faire pour pouvoir tourner la page et continuer à avancer. Cependant, je devais laisser derrière moi mes amis ainsi que tout ce auquel je tenais. Je devais renoncer à grandir dans cette maison qui m’avait vu naître et auquel je m’étais habituée. Mais la vie est ainsi faite et nous ne pouvons rien y changer. Nous nous devons à chaque fois que nous tombons de nous relever et de continuer notre chemin, peu importe où il nous mène. Toutefois, un peu avant notre départ, un officier de la défense nationale nous rapporta un sac contenant des effets que mon père avait avec lui lors de sa dernière mission. C’était pour nous un moment rempli d’émotion, car nous ne nous y attendions pas. Dès lors, tous les efforts que nous avions faits pour tourner la page, s’étaient anéantis. Revoir les affaires que mon père utilisait quand il partait en mission avait fait ressurgir du passé les souvenirs que nous nous efforcions d’oublier. Les cicatrices qui commençaient alors à se refermer s’étaient à nouveau rouvertes. Lesquelques résolutions que nous avions prises s’étaient d’un seul coup envolées. Plus rien n’était pareil, en l’espace de quelques minutes, nous étions revenues à la case départ. Ma mère avait du mal à tenir en place, elle faisait des allers et venues dans le salon, effrayée à l’idée de découvrir ce que contenait le sac. Elle avait les mains qui tremblaient, le cœur qui battait à cent à l’heure, elle n’arrivait plus à contrôler ses émotions. Dans ses yeux il y avait une telle tristesse que je n’ai pu me retenir de pleurer. Je ne supportais pas de la savoir malheureuse sans rien pouvoir faire pour elle. Partout où elle allait,je la suivais alors pour ne pasqu’elle se retrouve seule. Je voulais qu’elle sache que j’étais là et qu’elle pouvait compter sur moi. Quand enfin elle se décida à ouvrir le sac,elle s’était aussitôt mise àpleurer. En voyant les affaires de mon père maculées de sang, elle n’avait pu retenir ses larmes. Elle était inconsolable, rien de tout ce que je disais, ne semblait avoir d’effet sur lui. Pour éviter qu’elle n’ait davantage de chagrin, j’avais décidé de m’occuper du contenu du sac. A l’intérieur, il y avait le portefeuille de mon père, quelques affaires personnelles tel que ses vêtements civils, sa montre ainsi que quelques photos de ma mère et de moi. Il y avait aussi une lettre qui avait été trouvée près de son corps, à l’endroit où il a été découvert. Ma mère n’osait pas la lire, elle craignait de ne pas supporter ce qu’il y avait d’écrit, sachant que c’était ses derniers mots avant de mourir. Elle la garda alors un bon moment dans sa main avant de se décider. Quand enfin elle trouva le courage de la lire, elle due s’y reprendre à plusieurs reprises, car elle s’était mise à sangloter. Voilà ce que celle-ci disait.

« Ma chérie, ces mots seront probablement lesderniers que tu liras de moi, car la fin pour moi est proche. Cette nuit, nous avons été attaqués par l’ennemi, et j’ai été gravement touché. Toute mon équipe a été décimée sous mes yeux, il ne reste plus que moi. Je ne sais combien de temps il me reste avant l’arrivée des secours, alors je profite pour t’écrire ces quelques lignes au cas où je ne survivrais pas, pour te dire à toi ainsi qu’à Tracy combien je vous aime. Je ne serai sans doute pas là pour là voir grandir, mais je sais que tu feras de ton mieux pour qu’elle devienne une femme comme toi, aimante, serviable, une femme sur qui tu pourras t’appuyer. Ma chérie, mes forces m’abandonnent, je sens que la mort est proche car je n’arrive plus à avoir les idées claires. Il y a tellement de choses que j’aurais aimée te dire, mais hélas le temps me manque. Mais saches que je ne m’en irai le cœur en paix qu’après t’avoir demandé pardon de t’avoir laissé tomber. Pardon de ne pas avoir été là pour toi quand tu en avais besoin. Aussi il est trop tard aujourd’hui pour réparer mes erreurs, alors je partirai en emportant avec moi le poids de mes regrets. Il fait froid, autour de moi le corps de mes camarades baigné de sang jonche le sol, c’est terrifiant. Néanmoins, malgré ce vide qui m’envahit, je n’ai pas peur de m’en aller car je sais que vos visages à toutes les deux seront les derniers que je verrai. Au casting de la mort, nul n’est épargné, alors je partirai avec la satisfaction d’avoir accompli mon devoir. Dis à Tracy de ma part que je l’ »

Après ces quelques mots, plus rien, sans même avoir pu terminer sa phrase, il s’en était allé seul dans ce camp, sans personne pour le secourir. Il était parti laissant en suspens ses dernières pensées, sans avoir pu les exprimer. Ses doigtsensanglantés avaient entachés la lettre qu’il tenait encore probablement dans sa main après qu’il ait rendu son dernier souffle. À leur arrivée, les secours n’avaient rien pu faire, ils n’avaient trouvé que des corps sans vie et un camp complètement dévasté, ravagé par l’odeur de la mort. Un camp où des corps criblés de balles baignaient à même le sol dans leur propre sang. Tous des pères de famille qui laissaient derrière eux des veuves éplorées. Face à ce carnage, tous se sentaient impuissants et s’en voulaient de ne pas être arrivées plus tôt pour secourir leurs camarades quand ils étaient dans le besoin. Mais tout s’était passé si vite que personne n’avait rien vu venir. Personne n’avait imaginé que ceux-ci se feraient surprendre de la sorte. Ma mère, quant à elle n’arrêtait pas de pleurer, elle n’arrivait pas à se faire à la façon dont s’étaient déroulés les événements. Elle avait du mal à comprendre qu’avec toute la technologie dont dispose l’armée, que rien n’ait pu être fait pour éviter ce drame. Elle était malheureuse, sa souffrance l’aveuglait à tel point qu’elle y perdait toute objectivité. Elle était irritée, impulsive, rien de ce que je lui disais ne semblait avoir d’effet sur elle. Contrairement à la sagesse dont elle faisait preuve habituellement, elle avait du mal à garder son calme et à avoir les idées claires. Les derniers mots de mon père semblaient lui avoir fait plus de mal que de bien, car elle était sur la défensive. Il y avait dans ses propos une telle animosité que je ne la reconnaissais plus. Elle en voulait à l’armée et à ses responsables d’avoir envoyé comme elle le disait, à l’abattoir tous ces hommes. Mais après avoir évacuée sa colère, elle avait retrouvé ses esprits. Sa voix s’était apaisée et ses larmes s’étaient arrêtées de couler. Cependant elle n’avaitqu’une envie, c’était de s’en aller et de laisser derrière elle ce passé qui lui rappellerait sans cesse tout ce qu’elle avait perdu.

Ainsi, la semaine qui a suivie, nous nous étions installées dans un petit village situé à quelques kilomètres de notre ancien habitat. Ma mère avait revendu sa boutique et avait repris son ancienne activité qui consistait à enseigner aux petits. Malgré son enthousiasme à exercer ce métier, elle n’était plus du tout la même. Elle semblait avoir perdu la joie de vivre qui l’animait et qui faisait d’elle celle qu’elle était. Moi, je poursuivais ma scolarité dans une école du quartier et tout se passait bien. Je m’étais fait de nouveaux amis, et j’étais heureuse de la vie que je menais. Petit à petit je réussissais à laisser derrière moi la disparition de mon père et à me construire une nouvelle vie. Je réapprenais à vivre sans lui malgré le vide qu’il avait laissé dans mon cœur. Le soir après l’école, je suivais des cours de peinture dans une école d’art et j’étais heureuse de ce que j’accomplissais. J’étais fière des toiles que je réussissais à peindre, malgré parfois de grands passages à vide. Mais à force de persévérance, je parvenais toujours à être créative. Je réussissais grâce à Dieu à aller au bout de ce que je commençais. Mes professeurs ne tarissaient pas d’éloges à mon sujet tant ils étaient fiers de mes progrès. Ils me comparaient parfois à certains artistes de renommée ce qui flattait quelque peu mon égo et m’obligeait à donner le meilleur de moi-même. De temps en temps je me retrouvais à concourir face aux plus grands, obligée pour ne pas perdre la face de me surpasser. Parfois il m’arrivait de terminer sur le podium, d’autres fois je passais complètement...