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Énergie fossile - Tome II - Le fruit défendu

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 Tome 2 de la série "Énergie fossile". 



Plutôt que de réviser le bac, Caroline réinvente la paléontologie d'un trait de génie.

Avec l'aide de Serge, paléontologue piétinant sur le sujet depuis plusieurs années, elle parvient à capter l'attention des plus grandes instances scientifiques mondiales. Et celle de Serge au passage.


Mais sa découverte prend une ampleur qui pourrait bien menacer l'équilibre du monde.


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Chapitre 1
Plan de bataille

Serge ne rentra pas directement après son entrevue avec le directeur. Son imagination était déchainée. Il se rendit à la cafétéria, prit un soda à un distributeur, s’assit à une table, prit une grande respiration et enfin, il se concentra à fond sur l’hypothèse de Caroline. Les rouages de son esprit se mirent à examiner le problème sous tous ses angles, et pour la première fois depuis le début de son combat, les réponses arrivaient aussi vite qu’il les suscitait, tout s’engrenait parfaitement. En finissant son soda, il se rappela des célèbres paroles de Johannes Kepler. « Il n’est pas nécessaire qu’une théorie soit exacte pour être une bonne théorie. Il suffit qu’elle explique la réalité correctement » – Certes monsieur Kepler, mais quand justement c’est la bonne, ça facilite le travail. Serge souriait en sortant son portable.

Petit un : Trouver un candidat à l’intelligence. Il serait nécessaire de prolonger son séjour en Russie pour reprendre son étude du trodon à zéro sur ces nouvelles bases. Le trodon était justement le dinosaure qui se prêtait le mieux à ce petit jeu. Il avait un cerveau de bonne taille, se déplaçait sur ses pattes arrières, ce qui lui permettait de garder ses mains libres pour la manipulation d’objets. Et ses mains étaient justement très agiles, permettant la fabrication d’outils. En plus il était omnivore. Il se rappela tout à coup sa réflexion devant le contenu de l’estomac du trodon qu’il avait étudié. “un citadin boulimique”... ça serait trop beau...

Petit deux  : Trouver des preuves d’une civilisation disparue il y a 65 millions d’années. Serge commença à réfléchir. À quel endroit avaient-ils le plus de chances de trouver des traces convaincantes ? La Terre était probablement le pire endroit. Mouvements tectoniques incessants, activité biologique permanente... L’étude approfondie des bâtiments sur Eris pourrait probablement donner une réponse définitive. Mais Eris était trop loin. Une mission d’exploration, même robotisée, couterait horriblement cher et prendrait plusieurs années à arriver.

Petit trois  : L’astéroïde. Établir un scénario crédible de sa capture et de son détournement en vue d’une utilisation guerrière. Plus difficile que ça n’en avait l’air. C‘était certainement une arme de dernier recours. Le camp qui l’avait utilisé devait avoir épuisé toute autre possibilité. Probablement en train de perdre. Difficile de les imaginer lancer une mission spatiale de plusieurs années. D’autant qu’ils auraient pu utiliser la fusée comme missile balistique.

Ça aurait été bien que Caroline soit là. Quelle intuition incroyable  ! Il faudrait qu’il lui demande comment elle avait eu l’idée, sans avoir accès à aucun des indices qu’il collectionnait, dont il était souvent même le découvreur. Quelle... quelle fille formidable  ! Il sentit un grand vide se creuser au fond de lui. Il avait été trop brusque avec elle lors de leur rupture, il aurait dû mieux lui expliquer. Elle lui manquait tellement  ! Ça n’allait pas mieux avec le temps. Juste de l’avoir revue trois quarts d’heure l’avait fait revivre. Il n’arrivait pas à se défaire de son spectre, qui le suivait partout, juste à la limite de son champ de vision  ; il n’avait qu’à se retourner...

Une main se posa sur son épaule.

* * *

Caroline se trouva un peu stupide de ne pas lui avoir demandé à quelle heure il terminerait. Elle sortit faire un tour. Il faisait un froid abominable pour un printemps, mais elle se sentait d’attaque. Malgré les 15 heures de voyage et le stress consécutif  ; et d’avoir revu Serge, et le stress consécutif... Tout s’était déroulé comme un programme de machine à laver. Si elle avait pu écrire le texte à l’avance, elle ne l’aurait pas fait différemment.

Elle emprunta les quelques rues qu’elle connaissait, pensant à son père qui la croyait en révisions intensives chez Sophie. Déjà qu’il avait eu du mal à avaler qu’elle dorme chez “son copain” pendant quasiment trois semaines à l’époque où Serge était basé chez Viktor. Mais elle avait toujours obtenu ce qu’elle voulait de son père. Il était assez facile à manipuler. Bien entendu, chacun avait son point de rupture. Et le fait que “son copain” soit un trentenaire persuadé de sortir avec une étudiante de master était probablement loin au-delà de sa limite à lui.

Elle eut vite fait le tour des rues qu’elle connaissait. Elle n’avait pas de plan et ne parlait pas un mot de russe. Elle était un peu inquiète dans ce pays inconnu. Elle décida de rentrer par le chemin le plus court.

Trois coins de rues plus loin, elle fut tout à coup assaillie par l’angoisse à l’idée d’être perdue. Heureusement, elle tomba sur les bâtiments de l’université. Serge devait être quelque part là-dedans. Elle déambula un peu avant de trouver la cafétéria. Elle avait un peu faim.

En faisant la queue à la cafétéria, elle se demandait si Serge avait repensé un peu à elle. Ce genre de considérations s’accompagnait toujours d’un sentiment de déchirure dans sa poitrine. Peut-être lui aussi souffrait-il de son absence. Peut-être était-il complètement aveuglé par le fait qu’elle lui ait menti, par cette putain de différence d’age, mais peut-être était-il un peu amoureux d’elle lui aussi. Cette idée, loin de la soulager, aggravait sa déchirure.

À la caisse, il y avait des tracts publicitaires en russe. Elle les regarda cinq secondes, fascinée par les caractères incompréhensibles. Il y avait décidément de la publicité partout dans ce pays. À sa grande surprise, pour un pays anciennement communiste.

Elle paya, prit son plateau et, cherchant une table à son gout, elle aperçut un grand brun penché sur son portable dont la silhouette lui était familière. « Pense au loup... ». Elle arriva derrière lui et, voyant qu’il avait ses écouteurs sur les oreilles, elle lui posa la main sur l’épaule.

Serge se retourna brusquement et lui lança un regard ébahi.

— Tu es là  !

— Ben oui, c’est si extraordinaire ? Je m’emmerdais dans ta chambre.

— C’est... Justement, je pensais à toi. » Son cœur s’accéléra, elle sentit le sang lui monter au visage. Je doisêtre en train de rougir, merde... Elle se retourna, feignant de prendre une chaise, et fit exprès de laisser tomber son sac. Le temps qu’elle le ramasse, elle devrait avoir repris une couleur normale.

Il se leva pour l’aider.

— C’est bon, c’est bon, je m’en occupe... Alors, ton entrevue  ?

— Sans importance. Il faut que je te montre ce que j’ai déjà trouvé. Tout concorde Caroline ! Tu viens de tout résoudre. C’est vraiment... C’est vraiment.

— OK, OK, fait voir ». Elle vint s’assoir tout contre lui pour voir son écran. À en sentir son odeur, une vraie torture.

Elle fixa l’écran noir quelques secondes, l’esprit un peu anesthésié, avant de se rappeler qu’elle ne pourrait rien voir sans lunettes.

Chapitre 2
Signal d’alarme

Geoffroy avait enfin terminé. Après trois ans de travail, de nombreux voyages entre les Républiques et même deux au royaume du SUD. Il avait rassemblé suffisamment de données pour composer un rapport sur l’influence de la guerre sur la Catastrophe. Cette année, soixante-cinq espèces “d’importance stratégique” de plus avaient disparu. Sous l’influence des changements climatiques, et de la dégénérescence entrainée par les dépôts des pommes. 238 autres étaient en passe de disparaitre, et plus d’un millier étaient éligibles au statut d’espèce protégée. Mais tant que la guerre ferait rage, Geoffroy savait bien qu’aucune mesure de protection ne serait prise.

La température avait globalement augmenté d’un degré cette année. Vu l’intensification des bombardements, Geoffroy prévoyait encore un degré d’augmentation avant l’année prochaine. Selon les modèles climatiques, cela pourrait interrompre le flux nordique qui arrosait les Républiques et faire augmenter la température de plus de cinq degrés dans cette partie du monde. Le temps que les flux se stabilisent à nouveau, il y aurait des tempêtes terribles. Pendant au moins cinq ans, et au pire quinze ou vingt. La conclusion du rapport d’Geoffroy était sans équivoque. Il fallait mettre fin à la guerre très vite ou il n’y aurait aucun vainqueur. C’est la planète qui se chargerait de gagner la partie. L’alliance des Républiques ne s’en relèverait pas. Pas plus que le royaume du SUD.

Mais Geoffroy savait fort bien que les généraux n’y prêteraient que très peu d’attention.

Chapitre 3
Tango

Serge la raccompagna à l’aéroport. Son bagage était enregistré ; ils arrivèrent devant les kiosques de contrôles des passeports.

— OK, je peux pas aller plus loin. Bon retour.

— Et toi, bonne chance avec ta deuxième vague d’analyses.

— Ça devrait aller, on tient le bon filon maintenant.

— Je croise les doigts.

— ...

Ils se tenaient l’un en face de l’autre, se regardant sans rien dire. « Bon ben, ciao ! » dit finalement Caroline et elle se tourna vers les policiers, prenant une grande inspiration.

* * *

Serge resta à l’université jusqu’à 22h. Il reçut un email de Caroline pour le prévenir qu’elle avait bien atterri à Paris et s’était prise un savon monumental par son père qui avait découvert son subterfuge. “Par son père”, repensa-t-il, elle vit chez ses parents... Il imagina la chambre au papier peint rose, la collection de peluches, les posters de popstars... Il serra les dents.

* * *

À : Caroline <chroline@hotmail.com>

Sujet : Retour à Paris

Salut

J’ai fini à Moscou, je veux ensuite passer à Bruxelles pour une formalité et je mettrai ensuite le cap sur Paris pour revoir Viktor, qui est déjà revenu d’Argentine. Je lui ai pas expliqué les récents développements par email ou VoIP, il me prendrait pour un fou. Il faut que je lui parle en face.

Serge était fixé sur le clignotement de son curseur. Était-ce par honnêteté professionnelle, ou parce qu’il mourrait d’envie de la revoir  ? Il fronça les sourcils. Laisseles lycéennes aux lycéens  ! T’aurais pensé quoi si t’étais aulycée et qu’une de tes copines de classe sortait avec unvieux trentenaire  ?

Si tu as le temps, on pourrait se retrouver un peu avant pour que je te briefe sur le trodon et sur deux trois détails. Après tout c’est ta découverte, il faut que tu participes à la démarche.

Est-ce qu’elle ne penserait pas qu’il essayait de la revoir ? Est-ce qu’elle ne penserait pas qu’il y avait une chance d’être ensemble à nouveau  ? Si seulement...Non  !

Je devrais arriver le 6 mai. Je te confirmerai.

“Cordialement”  ? “Veuillez agréer...”  ?

Prends soin de toi.

S

Pitoyable.

* * *

— Viktor, je te présente Caroline.

— C’est toi qui as conçu le modèle ?

— Oh, j’ai juste eu l’idée, c’est Serge qui a fait tout le travail.

— Et tu... fais une... thèse sur le sujet ?

— Je... euh... Non, je suis encore au lycée ». Un silence embarrassant se déposa.

— Mais... Vous vous connaissez comment alors ?

— [Serge] Bon, on va pas rentrer dans le détail non plus.

— Heu... c’était juste pour demander, je... » Nouveau long silence. Finalement, Caroline posa sa tasse sur la table basse.

— Je dois y aller.

Elle prit son sac, Serge se leva, mais elle était déjà partie.

— [Viktor] J’ai dit une connerie ?

— C’est compliqué... Je... » Il hésitait à la suivre ou à rester. « Je vais voir si ça va et je t’appelle.

Le temps de nouer ses lacets, il descendit les escaliers en courant. Arrivé dans la rue, il n’y avait personne ni à droite, ni à gauche. Elle restait injoignable sur le portable. Il remonta.

— Bon, tu m’expliques  ?

— Heu... On est sortis ensemble

— Quoi  ? Une lycéenne  ?

— Elle me l’a caché. Elle m’a dit qu’elle était en master de civilisation antique et médiévale. Et franchement, elle connait tellement bien son sujet que j’ai été bluffé.

— Ben merde... Tu sais que tu peux aller en prison pour ça.

— Quoi, tu vas me dénoncer ? »

* * *

Caro, je suis désolé de la réaction de Viktor. J’ai passu trouver les bons mots... Je suisà Paris jusqu’àaprès-demain. Il y a des choses dont je voudrais qu’onparle avant que je reparte.

Envoyer message.

* * *

La rage de Caroline était un peu retombée quand elle reçut le message. Elle serra le portable dans ses mains comme pour l’écraser. « C-connard ! ». Elle se leva du banc, car elle commençait à avoir froid et se mit à marcher au hasard des rues.

* * *

Pas de réponse. Serge hésitait à appeler ou à envoyer un deuxième message. Trop insistant ? Elle devait être vraiment en colère. Et pourtant, c’était l’occasion rêvée pour elle de réaliser pourquoi leur relation était impossible. Ce genre de situation avait des chances de se reproduire chaque jour. Et lui, il flirtait avec l’illégal. Si son père était un minimum possessif, il se retrouverait au tribunal pour détournement de mineur. D’autant que, bientôt, leur relation serait très publique. Il avait l’intention de lui laisser la paternité de l’idée, et son nom reviendrait souvent dans ses présentations.

* * *

Le lendemain, elle arriva chez lui à l’heure prévue. Elle laissa ses chaussures dans l’entrée, entra au salon, posa son sac près de la table basse et s’assit dans le canapé.

— [Serge] Écoute, pour hier, je...

— Inutile. Je t’ai apporté les données en csv. Je me suis permis de déjà les formater.

— Oh... Cool.

— Tu allumes ton portable  ?

— O... OK

* * *

Les sessions des jours suivants furent à peine plus chaleureuses. Avait-il mérité tant de froideur ? OK, il n’avait pas très bien préparé le terrain avec Viktor. Était-ce plus grave que de mentir sur son âge ? Ce traitement finit par le rendre tout aussi taciturne. Au moins ils avançaient vite. Ils allaient bientôt être en mesure d’annoncer la théorie au public...

Chapitre 4
Charnier

Aymeric avait passé la nuit à même le sol sous un arbre. Il avait fait froid mais il avait bien dormi quand même. Ça faisait trois mois que les camions de ravitaillement n’amenaient plus que des munitions et de la nourriture. Toujours en quantités insuffisantes. Plus de tentes, plus de hamacs... plus de masques à gaz, plus de casques... Aymeric ne s’en plaignait pas. La guerre n’est pas une promenade de santé. En fait, il aimait presque ça. En temps de paix, il était du genre à partir en montagne avec un couteau de chasse et une pelote de ficelle pour tout équipement. C’était là, dans les conditions les plus difficiles, qu’il trouvait les raisons de vivre. De retour dans le confort de la ville, il déprimait un peu. Ici comme dans la montagne, on tue ou on meurt.

Aymeric vérifiait machinalement chaque levier de son automatique. Il faisait toujours ça avant l’assaut. Il l’avait déjà fait la veille et encore une fois le matin, mais il fallait occuper ses mains. L’attente était lourde d’angoisse dans l’obscurité du tunnel. C’était le pire moment d’une bataille. Une fois lancé, il n’y avait plus de questions, plus de peurs, l’adrénaline effaçait tout.

Il jeta un œil à son grenadier. Tout enharnaché qu’il était dans son lance-grenade, il avait l’air d’un cyborg. Mais la comparaison s’arrêtait là. Le pauvre tremblait de toutes ses écailles. Le stress d’avant l’attaque. Un comportement on ne peut plus saurien. Ses doigts tambourinaient sur la poignée de commande. Aymeric posa une main derrière son cou. « Tout va bien ». Il n’avait rien trouvé de mieux à lui dire. Effectivement, le grenadier se lécha les lèvres et ses tremblements s’atténuèrent.

Et tout à coup, il ressentit la vibration de son bracelet. Rouge, le convoi avait été repéré. Il appuya sur le bouton du tunnelier qui se mit en branle aussitôt pour creuser le dernier mètre. Il épaula son automatique.

Le tunnelier perça la surface et sortit à l’air libre. Ses boucliers se déployèrent aussitôt et Aymeric se jeta hors du trou d’un bond. Il se mit à l’abri derrière l’écran et déjà il entendit des impacts de balles sur le blindage. Il planta son automatique dans le matelas de gel prévu à cet effet et fit fendre l’air à quelques rafales. Le convoi ennemi avait déjà commencé à déployer ses boucliers. « Dépêche ! » hurla-t-il à son grenadier. Ce dernier était encore en train de s’extirper du trou. Il était bien plus lourdement chargé.

Tout à coup un fracas épouvantable lui traversa les protections auditives. Il fut jeté au sol et bientôt une pluie de petites mottes de terre le recouvrit. Ils ontde l’artillerie  ! Il se dressa sur ses coudes. Il y avait un cratère fumant de six mètres de large à quinze mètres de là. Le tunnelier n’avait pas bougé, son grenadier était toujours sur pied, stabilisé par les jambes déjà déployées de son lance-grenade. « Vise le tank  ! » lui cria Aymeric. Il ne savait pas si c’était un tank, mais il fallait bien crier quelque chose. La première grenade partit. Aymeric se releva, il se remit en position juste à temps pour voir trois camions se faire projeter en l’air par l’explosion de la grenade. Il tira au hasard. Ses balles à pulpe étaient de faible efficacité contre leur blindage, mais on n’était pas à l’abri d’un coup chanceux. Et ça empêchait les fantassins de venir les déloger. Déjà une deuxième grenade partait. Et il fut à nouveau jeté au sol par la déflagration d’un nouvel obus. Cette fois il ne perdit pas de temps à chercher le cratère, mais c’était encore plus proche.

« Je l’ai eu » entendit-il le grenadier crier alors qu’il se relevait. Il regarda du côté de la colonne juste à temps pour voir les restes d’un tank retomber à côté d’un fantassin. Aymeric sourit. « OK, on finit le travail proprement. Je parie que tu peux tous te les faire avec juste deux grenades de plus »

Chapitre 5
La conférence de Caen

«Mesdames, Messieurs. Je tiens tout d’abord à vous remercier pour votre présence et à remercier l’Université des Sciences et Techniques de Caen pour avoir accepté d’accueillir cette conférence. »

Caroline sentait son cœur battre à tout rompre. Serge avait l’air plutôt à l’aise dans l’amphi bondé. Ça la rassurait un peu. Tout était entre ses mains maintenant. S’il ne parvenait pas à passer le message, leur théorie irait grossir le registre des « sans suite » des annales de la science. Dans le cas contraire ils pourraient certainement obtenir un budget suffisant pour trouver les preuves manquantes. Et elle pourrait reprendre ses séances de travail oppressantes avec lui...

« ...l’explication la plus largement acceptée pour expliquer la subite disparition de la plupart des espèces de dinosaure est la suivante  : » Une animation montrant un impact entre la Terre et un astéroïde géant s’afficha sur le grand écran derrière lui. « Je ne vais pas rentrer dans les détails de cette version, partant du principe que vous la connaissez déjà. Il existe des traces de la chute de cet astéroïde dans le sol. Les preuves sont relativement incontestables. Et d’ailleurs, le modèle élaboré par Mademoiselle Farein et moi-même ne les conteste en rien. » Caroline sursauta à l’évocation de son nom. « Cependant, nous avons des éléments de preuve pour établir que la plupart des espèces de dinosaures avaient déjà disparu lors du cataclysme. » Il lui souriait directement. Quel con ! Il avait pas intérêt à perdre le fil.

« Comme vous pouvez le constater sur ce graphique, le nombre d’espèces de dinosaures était déjà en déclin au moment de la catastrophe. Ce graphique n’est cependant pas une preuve, au vu des incertitudes qu’il comporte... »

Il voulait se couler lui-même ou quoi ?

« ... Les conditions climatiques étant devenues très instables un peu avant la catastrophe. Mais encore cela n’est pas une preuve. Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, vous devrez cependant convenir que, même en l’absence de preuve irréfutable, tous ces éléments sont pour le moins troublants. Il semble que la fin du crétacé ait été le théâtre d’évènements forts peu communs à la Terre de l’époque. Mais assez proches de ceux que la Terre est en train de vivre aujourd’hui. »

Ah ! On y arrivait.

« Les points communs sont saisissants. Changement de composition de l’atmosphère, réduction du nombre d’espèces, réduction des forêts et changement climatique global. De là à accuser les dinosaures d’activité industrielle, il n’y a qu’un pas » ironisa Serge avec son petit sourire irrésistible, et effectivement la moitié de la salle se mit à rire poliment. Serge reprit une expression plus sérieuse  : « Ce pas, nous l’avons franchi ».

Les rires laissèrent place à un silence stupéfait.

« Nous avons étudié la possibilité que l’extinction de la plupart des espèces de dinosaures ait été précipitée par une catastrophe écologique provoquée par l’activité industrielle d’une des espèces. Effectivement cela suppose que cette espèce ait eu une intelligence proche de celle des humains.

Laissez-moi d’abord vous présenter notre candidat. » Une esquisse artistique d’un trodon s’afficha. « Nous savons que l’un des petits dinosaures à sang chaud, le trodon, avait des caractéristiques semblables à celles des primates aujourd’hui, c’est-à-dire les gorilles, chimpanzés, orangs-outans et bien sûr, homo sapiens sapiens. Le trodon avait une boite crânienne de la moitié de la taille de celle des humains. Cependant, de volume proportionnellement très supérieur à celle des autres dinosaures, laissant présumer que l’intelligence était la différenciation principale des trodons. Rappelons tout d’abord que les neurosciences peinent encore à expliquer le phénomène d’“intelligence”  ; beaucoup d’animaux actuels ont des cerveaux de taille supérieure à celle des humains. La particularité du cerveau humain est le stade avancé de développement du néocortex, qu’aucun autre animal que nous puissions autopsier ne possède. La structure du cerveau du Trodon nous est malheureusement inaccessible mais voici un modèle viable... » il passa à la diapositive suivante, une coupe de la boite crânienne et du cerveau d’un Trodon « qui prêterait au Trodon une capacité d’abstraction comparable à celle des humains. Ce n’est qu’une proposition parmi beaucoup d’autres possibilités, bien sûr. Et un grand nombre de modèles viables donneraient aux Trodons l’intelligence d’un chien. L’objectif de ce modèle est de prouver qu’il y a la place, si besoin est, dans le crâne du Trodon, pour une intelligence de type humain.

D’autres points communs sont assez troublants : les Trodons font partie de la seule famille de dinosaures ayant un pouce opposable. Les Trodons avaient des mains, et des doigts longs et agiles. De nombreuses études passées prêtent au Trodon la capacité de manipuler des objets et de lancer des pierres. D’autre part il est prouvé que le Trodon était omnivore. De nombreux ecosystémiologistes ont mis en relief le fait que lorsqu’une espèce est dépendante de son milieu, elle est en course contre l’extinction en permanence. Seuls des animaux omnivores peuvent vraiment se détacher de leur milieu, comme on s’y attendrait de la part d’animaux intelligents. »

Le voisin de Caroline avait oublié son café. Les coudes posés sur la table, les mains de chaque côté du visage, le menton appuyé sur le pouce, il écarquillait tellement les yeux qu’on l’eut cru dévolué à l’état de poisson. Caroline sourit à l’évocation et recentra son attention sur Serge Il avait complètement capturé l’assistance. Il jouait de ses spectateurs comme d’un instrument de musique. Caroline en prenait pour son grade. Elle qui se croyait physionomiste. Qui eut cru qu’un tel performeur se cachait dans la coquille du jeune scientifique stressé.

« Maintenant que vous connaissez notre candidat dans les grandes lignes, je vais tenter d’anticiper au moins deux des questions qui vous brulent certainement les lèvres. Tout d’abord  : « si les Trodons avaient eu une activité industrielle, où en sont les traces ? ». Pour répondre à cette question, j’aimerais attirer votre attention sur l’extrême ponctualité du phénomène de “civilisation” ». Serge afficha une frise chronologique. « Cette frise représente l’histoire du monde depuis la fin du crétacé et du règne des grands dinosaures. L’histoire de l’espèce humaine est en jaune et on voit qu’elle ne représente même pas un dixième du reste, l’histoire depuis l’invention de l’écriture est en bleu, si vous arrivez à la voir et l’histoire depuis l’invention de la machine à vapeur en rouge mais vous ne la voyez pas, car mon ordinateur n’a pas assez de pixels pour l’afficher. Il serait risqué de parier qu’une civilisation réalisée par une autre espèce intelligente ait une ponctualité moins importante que la civilisation humaine. Mais même si le taux d’évolution interne de la civilisation humaine avait été dix fois inférieur, nécessitant 60 000 ans entre l’invention de l’écriture et la machine à vapeur au lieu de 6000 ans, ça n’aurait pas changé de beaucoup l’aspect de notre frise ici présentée.

Depuis la grande extinction, il s’est écoulé 10 000 fois le temps qu’il a fallu à l’homme pour passer de la première révolution agricole, c’est-à-dire les premières dynasties de l’Égypte ancienne à l’exploration de la Lune. Pendant cette durée, il est certain que, quelle que soit l’empreinte qu’une éventuelle civilisation de Trodons ait eu sur la Terre, il n’en reste aucune trace. Les paléontologues d’aujourd’hui peinent à différencier une habitation vieille d’à peine 50 000 ans d’une configuration géologique exotique. Imaginez si on leur demandait de trouver des traces remontant à mille fois cette durée.

La deuxième question que je me propose d’anticiper est la suivante  : “Nous avons déjà une explication à l’extinction des dinosaures. Un impact sur Terre d’un astéroïde géant. Qu’en faites-vous  ?”. Et voici ma réponse : Il y a une très faible probabilité que la chute de l’astéroïde ait eut lieu presque au même moment que l’extinction des dinosaures par l’effet d’une coïncidence. Nous avons privilégié une autre possibilité  : celle que la chute de l’astéroïde soit une conséquence supplémentaire de l’activité industrielle des Trodons. »

L’un des participants se leva bruyamment de son siège en marmonnant distinctement  : « c’est vraiment n’importe quoi ». Serge ne lui accorda pas un bégaiement.

« Nous pensons que les Trodons avaient atteint un développement industriel un peu supérieur au nôtre et avaient une activité très développée dans l’espace. Non seulement dans le voisinage immédiat de la Terre... » L’un des participants laissa échapper une bruyante exclamation. « ... mais aussi dans des régions éloignées du système solaire. Comme l’a probablement deviné le docteur... Jubert n’est-ce pas, nous pensons que le complexe récemment découvert sur Eris il y a quelques mois a été construit, il y a 65 millions d’années, par des Trodons. »

Un brouhaha enfla dans la salle. Serge laissa faire quelques secondes et rappela au silence.

« Mesdames... Messieurs... s’il vous plait. Je me ferai un plaisir de répondre individuellement à vos questions à la fin de l’exposé ; aussi longtemps qu’il le faudra. Mais la suite contient déjà un bon nombre de réponses. Je vous remercie de me laisser une chance de vous les présenter. » Toujours avec son petit sourire charmeur. La salle retourna à un silence modéré. Caroline se rendit compte tout à coup que ses mâchoires et ses poings étaient serrés à bloc depuis un moment. Elle essaya de se détendre.

« Évidemment, si les Trodons avaient construit sur Eris, ils devaient avoir des structures sur d’autres corps du système solaire. Nous pensons que c’est là que nous devons aller chercher les traces de leur civilisation. La suite de l’exposé déborde un peu sur l’astronomie pour cette raison. Si nous faisons exception de la Lune, je vous expliquerai bientôt pourquoi, et des corps célestes sujets aux perturbations, comme par exemples ceux possédant une atmosphère, ou une activité volcanique, ou un important bombardement météoritique, nous devrions trouver des structures qui tiennent encore debout. Mademoiselle Farein et moi-même avons composé une liste de sites probables vers lesquels tourner notre attention. Les sites sont classés selon leur habitabilité et leur importance stratégique. Un seul de ces sites, le premier de la liste, est à portée de télescope. Cérès, dans la ceinture d’astéroïdes. L’emplacement le plus probable pour un complexe minier spatial. Les images de Cérès dont nous disposons sont un indice supplémentaire, sinon une preuve. On y distingue un “point blanc” inexpliqué sur une zone de cinquante kilomètres de large, qui pourrait bien être le complexe que nous cherchons. La résolution atteignable par les meilleurs télescopes ne permet pas de trancher. Dans ce cas comme dans les autres, seule une mission d’exploration spatiale pourrait parvenir à y trouver des preuves.

Les planètes proches n’y figurent pas, car Vénus et Mars possèdent une atmosphère et Mercure est probablement le corps céleste le plus inhabitable en raison de sa température. Les satellites de Jupiter auraient été de bons candidats s’ils n’étaient pas soumis à un rayonnement gamma permanent en provenance de leur planète mère qui les rend très dangereux pour des organismes vivants. Cela nous repousse aux satellites de Saturne, qui sont trop loin pour être scrutés.

* * *

Maintenant, pour en revenir à la Lune. Y expliquer l’évidente absence de bâtiments me force à dévier un peu de notre sujet. »

Caroline avait mal aux fesses d’être restée assise si longtemps dans la même position.

« Un phénomène remarquable de la géographie lunaire est la présence de mers à sa surface. Pour la plupart d’entre vous, ce sujet n’est pas au centre de votre spécialité, je me permettrai donc un rapide exposé sur le sujet. Les mers lunaires sont de grandes plaines dont l’altitude est inférieure à la moyenne du reste du satellite. La surface des mers est aussi en moyenne beaucoup plus plane, et elles contiennent beaucoup moins d’impacts de météorites, laissant supposer une formation relativement récente à l’échelle du système solaire. Cependant nous savons que la lune est sans activité tectonique depuis au moins deux milliards d’années et, en fait, il n’existe aucun modèle accepté pour expliquer l’existence des mers. Une particularité contestant une origine tectonique des mers est le fait qu’elles sont toutes situées sur la face visible de la Lune. L’autre moitié n’en contient pas, ou juste une toute petite, quasiment négligeable par sa superficie. Le modèle conçu par Mademoiselle Farein et moi-même a l’avantage d’expliquer, dans le cadre de notre hypothèse, l’absence de bâtiments d’origine Trodon sur la Lune et la formation des mers. Nous pensons que les Trodons avaient construit sur la Lune de façon extensive. Mais nous savons qu’avec la civilisation vient la guerre et qu’avec la technologie viennent les armes de destruction massive. Nous pensons que les constructions Trodons sur la Lune ont été en grande majorité oblitérées par une campagne de bombardement intensive au cours d’une guerre quelconque. Nous pensons que la Lune a été, il y a 65 millions d’années, le théâtre de l’utilisation de bombes extrêmement puissantes, possiblement thermonucléaires, qui auraient effacé toute trace de leur présence et accessoirement, créé le système de mers qui a perduré jusqu’à aujourd’hui. »

Brouhaha scandalisé.

Serge essaya de couvrir le bruit  : « Mesdames, Messieurs, l’exposé est bientôt terminé et vous aurez très bientôt l’opportunité d’exprimer vos réserves de vive voix... S’il vous plait... Merci.

L’hypothèse de la formation des mers par un bombardement est corroborée par de nombreux éléments. Tout d’abord leur emplacement sur la face visible. Si on construisait sur la Lune, ce serait exclusivement sur la face visible pour deux raisons  : tout d’abord la communication radio avec la Terre. Il est impossible de communiquer directement avec la Terre depuis la face cachée. D’autre part, l’influence gravitationnelle de la Terre rend les décollages et alunissages plus facile côté visible. Donc il est extrêmement probable qu’en cas de colonisation de la Lune, les installations soient toutes côté visible. Si ces installations étaient détruites, la destruction également serait exclusivement côté visible. Comme c’est le cas pour les mers. À une petite exception près : une toute petite mer en plein milieu de la face cachée. Cet emplacement étant absolument idéal pour un complexe de recherche astronomique, avec la masse de la Lune faisant écran à la pollution radio en provenance du couple Terre-Lune, cette anomalie semble confirmer un peu plus notre hypothèse.

Ensuite, la composition chimique du sol desdites mers est également révélatrice. On y trouve un taux de titane anormalement élevé, et complètement inexpliqué par la géologie lunaire. Or, si l’on se met à la place d’une éventuelle civilisation crétacéenne, le titane est le matériau le plus approprié pour la construction de premiers bâtiments sur la Lune. De nos jours ça serait plutôt un composite de fibre de carbone, mais les champs pétroliers qui nous permettent de produire la résine n’existaient pas à cette époque. En fait tous les grands champs pétroliers sont des vestiges de la destruction des écosystèmes lors de la fin du crétacé. Le titane est donc le matériau alliant légèreté et résistance le plus à même d’être chargé dans une fusée pour construire hors de la Terre. Lors des bombardements qui ont possiblement créé les mers, le titane des installations s’est mêlé au sol et est parvenu jusqu’à nous, préservé par l’absence de mouvements tectoniques sur la Lune. Notez bien, Mesdames et Messieurs, ceci est la première proposition d’explication du taux de titane du sol des mers.

En conclusion, je voudrais dire que ce modèle n’a pas encore de preuves, et c’est le but de cette conférence. Notre but est de faire connaitre à la communauté de chercheurs la possibilité que les choses se soient passées de telle façon, et exposer les nombreux indices qui semblent la pointer du doigt. J’aimerais attirer votre attention sur le fait qu’il n’y a également aucune preuve que l’extinction de la fin du crétacé soit une conséquence de la chute de l’astéroïde. Il s’agit simplement d’une supposition qui fait l’unanimité, car elle est extrêmement logique. Nous enjoignons les paléontologues ici présents à envisager leurs recherches futures et passées sous le jour de cette nouvelle approche et nous espérons que beaucoup d’entre vous tenteront d’apporter des preuves ou de mettre la modèle à l’épreuve des faits.

Et maintenant, le moment tant attendu des questions : Madame Rambeau, vous m’avez l’air de vouloir ouvrir le bal. »

Chapitre 6
Sublimation

Serge était mentalement épuisé. L’exposé avait duré une heure et demie et la séance de questions s’était éternisée sur trois heures. La salive lui manquait. Une fois ses papiers rangés et son portable déconnecté, il regarda les derniers participants quitter la salle. Caroline était restée assise à sa place. Il la rejoignit.

— Eh ben, quel sprint » lui dit-il dans un sourire.

Elle ne répondit pas. Elle avait les yeux grands ouverts et sa bouche semblait sur le point de l’insulter.

— Ça va  ? Qu’est ce qu’il y a ? C’était pas bien  ?

— Pauvre con  ! » répondit-elle « c’était magistral  ! »

Elle se leva, avança vers lui, le saisit par le col.

— Caroline tu...

Et l’embrassa de toute sa bouche.

La porte de l’amphi claqua derrière le dernier participant. Serge prit son visage entre ses mains : « Caroline, je...

— Chut.

Elle l’embrassa encore, et encore plus fort. Elle sentit ses mains se poser sur ses hanches. Ces mains qui tremblaient. Elle-même était saisie de contractions. Ces semaines pendant lesquelles ils avaient travaillé ensemble sur cette conférence. Ces semaines de désir réfréné. Et là, devant ses yeux, il avait concrétisé leur effort commun de la plus convaincante manière qui soit. Alors qu’elle déboutonnait sa chemise, elle se sentait un peu coupable. Coupable de l’avoir considéré comme un névrosé mono-maniaque. Elle arracha les derniers boutons, n’y tenant plus, et il lui enleva son haut.

Serge était fébrile, cette mascarade de professionnalisme froid qu’ils s’étaient joués l’un l’autre l’avait presque convaincu. Mais son ressentiment venait tout juste d’être balayé par ce baiser. Elle lui caressait le dos alors qu’il dégrafait son soutien-gorge. Maintenant il avait déjà oublié l’amphi, les lumières crues, la table en bois dur sur laquelle elle avait posé son genou. Il ne voyait plus que ses yeux brillants, il ne sentait plus que son corps sous ses mains, la pression de son bassin, le gout de sa peau, il n’y avait plus qu’elle.

Caroline jeta son soutien-gorge dans le rang de derrière. Son corps tout entier était électrisé de sentir la bouche de Serge sur la pointe de ses seins. Elle le serra fort entre ses bras et ses jambes, sentit la pression des bras de Serge lui répondre. Rouvrant les yeux, elle entreprit d’ouvrir son pantalon, ce qui s’avéra une tache ardue tant le tissu en était tendu. Elle lui sourit. « Tu m’as manqué » lui expliqua-t-il. Elle se perdit dans la contemplation de son visage. C’est lui qui finit de déboutonner. Elle sentit son sexe dressé contre sa jambe. Son cœur s’accéléra. Elle le prit en main et le caressa doucement en lui embrassant le torse, descendant doucement.

Serge avait le souffle court. Il sentit la chaleur de sa bouche l’envelopper et ne put réprimer un soupir de plaisir. Le plaisir étouffant. Le plaisir qui le prenait à la gorge, au ventre, le plaisir, un feu qui se répandait dans son corps comme s’il était fait de paille. Il se laissa emporter par la vague.

Caroline s’essuya le coin des lèvres et remonta le long de son torse et il l’embrassa tellement fort qu’elle en ressentit de la douleur. Merveilleuse douleur. Elle le guida en elle et, alors qu’il fermait les yeux de plaisir, elle écarquilla les siens.

Ils firent l’amour lentement, s’émerveillant l’un de l’autre. Ils firent l’amour pour donner le plaisir, pas pour le prendre. En s’embrassant, en se regardant. Et alors que Serge arrêtait un moment ses balancements, qu’il lui planta ce regard pénétrant au fond des yeux, elle s’entendit dire : « Je t’aime, Serge », comme si son cœur avait pris le contrôle de sa parole pour s’exprimer enfin sans les barrières du cerveau. Et Serge l’embrassa sur la bouche sans cesser de la regarder dans les yeux et lui répondit  : « Je t’aime ».

Et Serge la souleva dans ses bras et l’allongea sur une table sans que son regard ne quitte les yeux de Caroline et répéta la même phrase : « je t’aime ». Et il la pénétra au plus profond, lui arrachant un gémissement de plaisir. Il sentit les jambes de Caroline se refermer dans son dos et le comprimer en elle. Il reprit son balancement, de plus en plus vite.

Caroline perdait pied. La table sur laquelle elle était allongée s’était mise à tanguer. Et la réalité à se réduire de plus en plus. Bientôt elle ne sentit même plus la table contre son dos. Il n’y avait plus qu’elle et lui et le plaisir qui enflait en elle. Leurs sueurs se mêlaient, leur souffle était le même et ce plaisir qui l’écrasait, qui la portait, qui explosait en elle. Il pressa la main sur sa bouche et elle se sentit libre de jouir au plus haut de sa voix, de sa force, dans cet univers qui ne contenait qu’eux.