Entre gouffre et lumière

De dubois eric (auteur)
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La poésie d'Eric Dubois est un spécimen original d'une modernité qui a pratiquement largué ses amarres. Une modernité qui désormais est un look plutôt qu'un luxe, nantie de ses emblèmes : www, internet et extranet. Délestée de ses images, elle procède à une circumnavigation, au moyen d'une pensée du raccourci, d'une vision soumise au dépolissage. C'est que la poésie n'est plus la capitale des mots, mais sa banlieue. Elle s'exerce au dérèglement raisonné de tous les sens uniques. De toutes fonctions narratives...
Charles DOBZYNSKI
Publié le : jeudi 3 mars 2011
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EAN13 : 9782296705968
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Entre gouffre et lumière

Accent tonique – Poésie Collection dirigée par Nicole Barrière

Maquette de la couverture Nicole Barrière

Illustration de la couverture Dessin d’Eric Dubois

Éric Dubois

Entre gouffre et lumière

L’HARMATTAN

© L'HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12713-5 EAN : 9782296127135

Avant-propos Entre deux siècles, le XXème et le XXIème une génération s’est faufilée, ceux qui tournent aujourd’hui autour du pivot de la quarantaine. Ce sont encore des jeunes gens qui portent notre temps comme des jeans. Ils écoutent le rock, aiment le rap ou le slam, pour les étincelles qu’émettent ces morceaux cadencés. Ils sont dans le vent, un peu hébétés, un peu hagards, comme si leur langue indécise avait la gueule de bois. Ils cherchent une voie qui soit vraiment la leur. Ils se cherchent dans leur voix, qui n’est pas toujours posée, mais qui tient à se faire entendre. Ils se veulent poètes, mais ne prennent pas la poésie au pied de la lettre et passent comme des ombres entre les mots. Ils sont des êtres de l’entre-deux, entre gouffre et lumière comme le signifie Eric Dubois, l’un de ces nouveaux venus qui se fraient un sentier dans l’inconnu du nouveau. Eric Dubois est de ceux qui sortent frais émoulus de leur ordinateur, qui se font la main et l’esprit en créant un blog sur le web, et de ce blog, comme c’est le cas d’Eric Dubois, font émerger, trépidant un journal électronique baptisé de ce beau nom « Le capital des mots ». Sur ce transport périphérique se précipitent d’emblée les sans domicile fixe de la parole qui ont bien l’intention de faire entendre la leur coûte que coûte. Inconnus ou êtres en devenir à qui Internet offre ce fragile et universel radeau. Publier désormais, c’est crépiter sur les ondes. Envoyer des messages. La poésie n’a pas de ticket à payer, elle saute pardessus les portillons automatiques. La poésie d’Eric Dubois est un spécimen original d’une modernité qui a pratiquement largué ses amarres. Une modernité qui désormais est un look plutôt qu’un luxe, 5

nantie de ses emblèmes : www, internet et externet. Délestée de ses images, elle procède à une circumnavigation, au moyen d’une pensée du raccourci, d’une vision soumise au dépolissage. C’est que la poésie n’est plus la capitale des mots, mais sa banlieue. Elle s’exerce au dérèglement raisonné de tous les sens uniques. De toutes fonctions normatives. Elle se situe hors les murs, hors les mesures des métriques. Et justement, c’est là que ça chauffe et que s’entrechoquent les enjeux d’un discours où les notions prennent feu le soir où la société reste en marge. Eric Dubois conduit en pilote avisé son calme blog « ici bas chu d’un désastre obscur » pour paraphraser Mallarmé. Il se fait une ample moisson d’amis et de correspondants sur le réseau de Facebook où je l’ai croisé un jour, flânant avec ses mots qui gambadaient comme des chiens d’une page à l’autre. Or, bien évidemment, le journal alternatif qu’il a créé ne suffit pas à Eric Dubois. Il veut se manifester par l’écrit. Donner à résonner et à lire sa poésie, comme si c’était un loup sorti du bois… Et cette poésie est celle des transferts, des tensions, des identités à composer ou recomposer. On se sent jeune, la tête truffée de rêves et d’ambitions. Devenir un grand écrivain ? Un projet vertigineux, mais pourquoi pas ? On n’est pas grand quand on commence. La grandeur s’acquiert et se conquiert, et jamais elle ne dépend de qui la revendique. Soudain pourtant, dans les mots d’Eric Dubois, qui semblent jaillir d’un puits artésien, quelque chose se produit d’important : il prend mesure du temps qui passe, de tout ce qui dans sa propre vie s’avère transitoire, risqué, peut-être insaisissable : « Les mots descendent / quand la nuit respire ». 6

Le poète, déjà, a appris la qualité du laconisme, de la concentration, du vers-fulgurant, comme l’étincelle jaillie du frottement de deux silex. Parfois, le texte se résume à son noyau, à une approximation de haïku. Et de cette cristallisation, il détient son énergie. Le livre d’Eric Dubois, c’est une sorte de sentier escarpé qu’il se trace pour luimême, entre deux précipices, dans cette obscure forêt du gouffre où il faut tenter de capter la source cachée de la lumière. « J’ai toujours su que cela me ressemblait/ donner de la vie aux mots qu’on nous a donnés ». Il y a chez Eric Dubois un singulier mélange d’égotisme et d’humilité. Il s’accroche au Je comme on s’accroche à une bouée, tout en sachant que le je ne sauve jamais de la noyade. Dès lors, la lucidité s’impose et lui dicte : « Tu es moi je/ tuons le Moi ». Formule qui est à la fois dans le sillage de Rimbaud, et sa dénégation presque désespérée, puisqu’en fin de compte le poète projette « d’éliminer le je ». Eric Dubois est conscient du fait que le langage est le seul gué qui permet de franchir le fleuve du temps « entre la lumière et le gouffre / Comme les nœuds de l’impossible » Le monde autour de lui ressemble à ce tissu qui s’use, une tapisserie en train de s’effilocher inéluctablement, une jeunesse qui peu à peu s’en va avec le vent. Alors, dans cette longue confidence où il s’adresse à lui-même, à la deuxième personne du singulier, il avoue qu’il « n’aime pas son visage » et par conséquent rêve avec violence « d’être quelqu’un d’autre ». Mais pour être quelqu’un d’autre, quand on « essaime les apparences et que l’on casse le miroir » il est indispensable d’être d’abord, au plus haut degré soi-même, dût-on brûler jusqu’à tomber en cendres. 7

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