Entretiens de Gallus : libération du territoire

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Librairie démocratique (Paris). 1872. 7 fascicules en 1 vol. ; in-16.
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Publié le : lundi 1 janvier 1872
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ENTRETIENS DE GALLUS
LIBÉRATION DU TERRITOIRE
LE
CRÉDIT GÉNÉRALISÉ
I.
5 centimes.
PARIS
LIBRAIRIE DÉMOCRATIQUE
33, RUE MONTMARTRE, 33
1872
ENTRETIENS DE GALLUS
LIBÉRATION DU TERRITOIRE
LE CRÉDIT GÉNÉRALISÉ
I.
GALLUS. Eh bien, mon brave Agricole, com-
mences tu à y voir clair?
AGRICOLE. Ça commence.— J'aime la Répu-
blique comme vous me l'expliquez. — Votre
projet de loi sur les successions et l'impôt sur le
revenu qui vont chercher les ressources là où
elles sont, et ménagent les petits, nous autres,
qui vivons péniblement de notre travail; ces
projets me paraissent bien conçus et tous les
voisins à qui j'en ai parlé m'ont dit que c'était
ce qu'il fallait.
GALLUS. Comprends-tu que la République,
c'est-à-dire le gouvernement de la nation par la
nation peut seule faire de telles lois ?
AGRICOLE. Oui, jamais les monarchiens, de
quelque couleur qu'ils soient, légitimistes, orléa-
— 4 —
nistes, bonapartistes ne consentiraient à une
transformation si complète de l'impôt, c'est
pourquoi : Vive la République !
GALLUS. Crois-tu qu'une fois ces lois votées
il n'y aura plus rien à faire?
AGRICOLE. Dame, je ne sais pas trop; ce
sera déjà beau.
GALLUS. Ce ne sera qu'une besogne bien com-
mencée ; mais rien ne serait fait si elle n'était
menée jusqu'au bout. — C'est comme la terre j
pour produire, elle a besoin de toutes les façons
que vous lui donnez. On doit surtout arra-
cher le chiendent, qui, pour peu qu'on le laisse
tranquille, se multiplie et finit par étouffer les
récoltes.
AGRICOLE. C'est vrai. — Le chiendent est le
fléau de nos cultures qu'il appauvrit et finirait
par ruiner, si l'on ne lui faisait une guerre inces-
sante.
GALLUS. As-tu quelquefois réfléchi à un chien-
dent que, jusqu'à présent, vous n'avez pas su
extirper et qui a nom l'usure ?
AGRICOLE. Oh oui, j'y ai pensé bien souvent,
c'est le fléau de nos campagnes, quelle teigne!...
Quel chancre rongeur !... Tenez, il y a M. Vau-
tour, ce marchand enrichi, qui demeure au bout
du village, dans cette petite maison dont les vo-
lets sont toujours fermés. — A lui tout seul, il
cause plus de ravage dans le pays qu'une armée
de charençons, et, cependant, à un moment
donné, on est heureux de le trouver.
— 5 —
GALLUS. Il ressemble au mont-de-piété, qui
prête à 12 ojo au malheureux, tandis que
l'homme riche se procure de l'argent au taux
légal.
AGRICOLE. C'est l'inverse qui devrait avoir
lieu. S'il est quelqu'un qui devrait obtenir de
l'argent à bon marché, c'est nous autres, les tra-
vailleurs. — Eh bien, même chez le notaire, et
sur bonne hypothèque, quand nous empruntons
une petite somme à l'intérêt légal, elle nous
revient à cause des frais et faux frais bien plus
cher qu'au riche qui emprunte une grosse
somme. — Donc, usure légale chez le notaire,
exploitation implacable chez M. Vautour; au-
trement dit : « Au gueux la besace, » comme
toujours.
GALLUS. Eh bien, si la République s'arran-
geait de manière à vous fournir, sans hypothèque,
de l'argent à bon marché, qu'en dirais-tu ?
AGRICOLE. Je crierais : Vive la République à
m'en écorcher le gosier, et si des misérables
osaient porter la main sur elle, ils rencontre-
raient des millions de bras pour la défendre.
GALLUS. Allons, allons, Messieurs les agricul-
teurs, il suffit de vous expliquer les choses pour
faire de vous de chauds républicains. — Ar-
rivons au crédit à bon marché pour les cultiva-
teurs.
AGRICOLE. C'est une grande question, que
l'argent à bon marché pour nous autres. — Si
on pouvait y arriver, ce ne serait plus du blé
— 6 —
que nous récolterions, mais, de l'or, et la dette
à Bismarck ne pèserait pas lourde
GALLUS. Vous autres, les paysans, vous êtes
les plus solides des débiteurs, vous devriez donc
obtenir de l'argent au meilleur marché possible.
C'est ce que la République pourra faire; en
créant la Banque des paysans comme on a fait
la banquet de France pour le commerce et l'in-
dustrie. Ecoute-moi bien, et quand, tu ne com-
prendras pas, tu m'arrêteras. — La chose te
regarde ; fais donc bien attention.
AGRICOLE. Je suis curieux de savoir ce que sera
la banque des paysans, je n'en ai pas la moin-
dre idée.
GALLUS. Vous êtes les premiers dans la nation,
car il n'y a rien au-dessus de l'agriculture. Si
l'on avait eu du sens commun et un peu d'es-
prit de justice, on aurait dû, en fait de crédit,
commencer par vous. — Mais comme vous
étiez de bonnes âmes, tranquilles dans vos cam-
pagnes, payant sans murmurer l'impôt de l'ar-
gent et celui du sang, on vous laissa de côté, pour
organiser le crédit du commerce et de l'indus-
trie, aussi remuants, aussi disposés à la révolte
que vous étiez pacifiques, soumis et résignés. De
là, la création de la Banque de France, qui prend
le papier du commerce et de l'industrie et re-
fuse celui de l'agriculture.
La Banque de France est un établissement
privilégié. Elle a seule le droit de créer des
billets remboursables en espèces à vue, qui sont

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