Épître au Roi / [par J. Lingay]

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impr. de Crapelet (Paris). 1840. 30 p. ; in-4.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1840
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ÉPITRE
AU ROI.
A PARIS,
DE L'IMPRIMERIE DE CRAPELET,
RUE DE VAUGIRARD, N° 9.
1840.
EPITRE
AU ROI.
29 juillet 1830(1).
Dix ans ont donc passé sur nos nouveaux destins!
Dix ans, terme fatal des pouvoirs incertains,
Où pas un n'a touché, depuis qu'un jeu de paume
A vu la Nation confisquer le Royaume ! (a)
Avant dix ans, toujours des révolutions!
Ou, par amendement, des abdications!
Avant dix ans, Gapet, Comités, Directoire,
Consulat, coup sur coup, retombent dans l'histoire!
L'Empire, avant dix ans, meurt à Fontainebleau !
Avant dix ans, Louis prend sa place au tombeau ,
(1) Voir les Notes après l'Épître, page 29.
6 ÉPITRE
Charles part pour l'exil! Mais d'un sinistre augure
Nos saintes libertés ont défié4'injure!
Roi, le temps a sacré le sceptre que tu tiens!
Dix ans ont confirmeras serments «t Us tiens !
Rassurons-nous enfin ! L'Heure cabalistique
Qu'appelait de ses voeux un parti fanatique,
Et qui, lorsque dix ans sonneraient au beffroi,
Devait répandre encor le désordre et l'effroi,
L'heure d,es, factions, l'heure des faux prophètes,
Pour le Roi de Juillet sonne au milieu des fêtes !
Roi, le ciel te devait cet éclatant aveu,; ■'
A toi, l'élu du peupler, et le< peuple, c'est Dieu !
Ton étoile a vaincu l'insolént/hteroscope »
Dont un parti flattait les ;dôutës dé l'Europe.
Tu franchis un écùeil où iousisfétaiënt perdus !
Tu rends ià ton paya la foi: qu'il n'avait plus !
Mais que l'on sache bien ce qui fait ta victoire!
C'est que ton nom résume aujourd'hui notre histoire -,
Ta famille, nos moeurs-, ta raison ■■$nos esprits y.
AU ROI. 7
Tes goûts, nos sentiments} tes discours, nos écrits !
C'est que jamais un.peuple,-une patrie, une ère
N'eut une expression plus vraie et .plus sincère! :
C'est que, dans notre choix, nous sûmes.réunir
L'héritier du passé, le chef de l'avenir,
Le Roi de nos couleurs, le Roi de nos idées,
Qui, dans l'exil, les a pieusement gardées,
Et sur le trône ençor, fidèle à son passé,
Aime des souvenirs dont rien n'est effacé!
C'est que tu pouvais, seul5 après cinquante années,
De ce pays mouvant fixer les destinées !
C'est que ta vie, à toi 1 ne nous reproche rien!
C'est que tu fus d'abord soldat et citoyen,
Prince, qu'un demi^siècle a mûri pour la France,
Comme un gage d'oubli 5 xle paix et d'espérance!
Voilà tout le secret de ton autorité :
Elle est grande en effet-, car c'est la liberté!
Aussi, crains peu les Rois et leur Sainte-Alliance!
Encor moins les partis, et leur mésalliance!
Avec les trois couleurs brave les nations!
8 ÉPITRE
Avec les trois pouvoirs brave les factions!
Poursuis, sans hésiter, cette oeuvre salutaire
Que Dieu même confie à ton courage austère,
De faire aimer la paix, le travail et les lois j
D'élever les vertus au-dessus des exploits j
De rendre à ton pays, que le monde contemple,
L'empire le plus sûr, l'empire de l'exemple j
D'affranchir des liens de leurs vieux préjugés
Les peuples et les Rois, longtemps découragés,
Pour qui le despotisme était la monarchie,
Pour qui la liberté n'était que l'anarchie-,
Et d'établir, enfin, sur de vieux fondements,
Un pouvoir rajeuni par tes nouveaux serments!
Tuteur sage et hardi de notre indépendance -,
Parceque pour l'Europe, et quoique pour la France,
Fais voir aux Souverains un Bourbon libéral,
Fais voir à ta patrie un Roi national !
Un jour, pour nous sauver, il fallut Bonaparte-,
Il est venu. Plus tard, il fallait une Charte -,
Nous l'avons. Mais il faut à cette Charte un Roi,
Car la France toujours veut incarner la loi. (b)
AU ROI. 9
Elle aime le pouvoir figuré par un homme !
De quelque nom pompeux qu'un principe se nomme,
C'est une abstraction sans charme, sans amour.
Une doctrine, c'est le nuage d'un jour
Qui sur la Nation, par sa chute arrosée,
Ne verse trop souvent que du sang pour rosée !
Et sur qui nous venger du mal que font des lois?
Les Chartes ont beau dire, on ne s'en prend qu'aux Rois !
Aucun ministre encor n'a payé pour ses fautes !
Notre colère vise à des têtes plus hautes !
Voyez ce peuple ému qui tranche, dans leur cours,
Trois générations royales, en trois jours !
Eh! qui mérite mieux la foi de la Patrie,
Qu'un Roi, né de ses voeux, un chef de Dynastie!
Fils de l'élection, plus qu'aucun Député,
Plus qu'aucun Pair} aussi, fils de l'hérédité,
Quel autre peut offrir ce double caractère
Qu'ajoute un libre choix au droit héréditaire !
Oui le siècle, affranchi d'un passé sans retour,
Veut un Roi limité, qui, sans pompe et sans cour,
Obéisse en esclave aux lois qu'il a jurées,
Gomme la Providence aux lois qu'elle a créées !
2
io ÉP1TR&
Mais il ne peut vouloir un Roi dépossédé,
Dont l'unique vertu sera d'avoir cédé
Tantôt, au vent du Nord, soufflant, de la Russie,
La froide ambition de l'Aristocratie-,
Tantôt au vent brûlant des complots du Midi,
Soufflant la Propagande à son peuple hardi!
Gomme si notre France, au gré de quelques votes,
Changeait, du blanc au noir, ses instincts patriotes! (c)
Gomme si nous avions deux drapeaux, deux destins
Flottants, d'un jour à l'autre, au hasard des scrutins!
Gomme s'il s'agissait d'une race nouvelle,
Pour qui la vérité tout à coup se révèle-,
D'un Etat isolé de voisins, de passé,
Sur qui la théorie, en tout sens, a passé
Sans créer d'intérêts, de devoirs, ni d'idées}
D'un pays vain jouet d'épreuves hasardées,
Attendant son salut, à toute heure du jour,
De vingt boules changeant de couleur tour à tour!
Honte au peuple sans foi, sans aïeux, sans histoire,
Qui subirait le joug de maîtres sans mémoire !
Croyez qu'un Souverain, pur de vos passions,
AU ROI. ii
Dont la main doit unir deux révolutions,
Soldat de la première et Roi de la seconde,
Sait mieux comme un empire ou s'écroule ou se fonde !
Croyez, et l'univers en parle comme nous,
Que, dans notre pays, de gloire si jaloux,
Aucun règne n'est grand sans un chef qui le nomme.
Un grand siècle toujours fut l'oeuvre d'un grand homme !
Gharlemagne et Louis, vastes dans leurs desseins,
Et grands rois, même avant que l'on en fît des saints!
Henri, dont tes aînés chantaient les airs frivoles,
Sans nous dire jamais de ses bonnes paroles !
Richelieu qui, toujours loyal dans sa fierté,
Courbait le Roi, mais pour grandir la royauté!
L'autre Louis, qui sut du moins parler en maître,
Quatorzième du nom, dans l'histoire, et peut-être
Parce que treize noms, soutiens de son Etat,
Aussi grands que le sien, en rehaussaient l'éclat !
Voltaire, couronné d'un autre diadème!
Mirabeau, sur son banc, plus roi que le Roi même !
Napoléon enfin, le premier, le dernier,
Gréant et résumant l'Empire tout entier,
la ÉPITRE
Sans aïeux,sans enfants, seul comme son génie,
Et formant, à lui seul, toute sa dynastie!
Ces noms ont figuré l'unité de pouvoir!
Notre géographie en fait presque un devoir!
Vos plumes ne sauraient réformer notre carte
Que n'a pu retracer le doigt de Bonaparte*,
Ni corriger nos moeurs, idolâtres d'un Roi
Ou d'un homme, vivante image de la loi !
Respectez une erreur qui fut toujours féconde!
Elle a vaincu la Ligue, elle a dompté la Fronde!
Ah ! lorsque les esprits, par vous désenchantés,
Subissent à regret vos tristes vérités,
Le plomb et le poignard ont plus d'intelligence !
Les partis savent bien où vise leur vengeance !
Ils ne s'attaquent pas à des abstractions,
Et c'est au coeur du Roi que vont les factions!
Par combien de dangers as-tu payé ta gloire !
Mais il faut m'arrêter ici devant l'histoire!
Elle dira comment, d'un coup d'oeil, ta raison
AU ROI.
Mesura le destin de ta noble Maison,
Alors qu'autour de toi des passions impies
Cherchaient à t'imposer leurs vieilles utopies-,
Te faisant, à leur gré, le Monck de leur Stuart;
Ou lieutenant du fils de ce royal vieillard-,
Ou régent d'un mineur que te cédait sa mère-,
Ou le héros heureux de quelque autre Brumaire}
Ou, pour que rien ne manque à la liste d'erreurs
Que le siècle avec luxe offre à ses détracteurs,
Te nommant, sans respect, même pour la logique,
Président.... qu'ai-je dit!.... Roi d'une République!
Oh ! que tu compris mieux ton pays et nos temps,
Quand tu vis, au milieu de nos esprits flottants,
Qu'aux nouveaux sentiments d'un antique Royaume
Après un Jacques-Deux il fallait un Guillaume!
L'histoire redira comment, en trente mois, (d)
Tu rajeunis nos moeurs, nos pouvoirs et nos lois;
Et comment tu défends déjà ces jeunes formes
Contre des novateurs, réformant leurs réformes!
Comment l'élection, qui monta jusqu'à toi
Redescend à travers les canaux de la loi,
Et rapporte sans cesse à ton pouvoir suprême

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