Épître aux jeunes libéraux . Par M. Berger,...

De
Publié par

impr. de J.-G. Dentu (Paris). 1824. 16 p. ; in-8.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : jeudi 1 janvier 1824
Lecture(s) : 1
Source : BnF/Gallica
Nombre de pages : 15
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

EPITRE
AUX JEUNES LIBÉRAUX.
PAR M. BERGER, GRAMMAIRIEN.
Quo ferrea primum
Desinct, ac toto surget gens aurca mundo.
(VIRG., Eclog. IV.)
PARIS,
DE L'IMPRIMERIE DE J. G. DENTU
RUE DES PETITS-ADGUSTINS j K° 5.
MDGCCXXTV.
EPITRE
AUX JEUNES LIBÉRAUX.
DOUZE lustres complets, surcharges de trois ans,
Ne me font point marcher à pas tristes , pesans ;
Et le feu, dont brûla mon heureuse jeunesse,
Réchauffe encor mes sens dans la froide vieillesse,
Surtout, lorsque j'entends un jeune libéral
Qui parle, convaincu qu'il est des rois l'égal :
Il se met à fronder... Prudent, je l'examine ;
Je cherche en ses discours le fond de sa doctrine ;
Il s'écrie : « O Brutus ! impuissante vertu !
« Les tyrans virent donc ton courage abattu...
« Et moi, je puis survivre à l'honneur, à la gloire,
« A ce peu d'ans qui font un siècle pour l'histoire...
« La liberté' n'est plus, un luxe corrupteur
« En vain cherche à couvrir le public déshonneur...
« La liberté' n'est plus... et la triste patrie
« N'ose lever les yeux sur l'Europe asservie...
« En face du croissant l'Occident a vieilli :
« Tes mânes irrite's, brave Sobieski,
« Ne pourront s'apaiser si là Grèce succombe ;
« Le Russe foule aux pieds ta ge'ne'reuse tombe.
« Le trident de Neptune échappe au fier Breton...
« Nous te voyons rougir, trop pâle Wellington...
4
« Les champs de Waterlo ne sont plus que poussière...
« Du bronze des vaincus la colonne est entière ;
« La colonne est debout : on ne nous a rien pris.
« Ces chefs-d'oeuvre des arts, nous les avions conquis...
v Conque'rans, nous e'tioris un contre vingt ou trente...
« De nous avoir battus maintenant qu'on se vante :
« L'impartial burin de la postérité'
« Nous rendra notre gloire... O siècle tant vanté ,
« Qui fis fléchir l'Escaut sous ton joug, grand monarque !
« En révolution, un comité pentarque
« N'en fit-il pas autant ? plus heureux Fontenoi,
« Tu seras à jamais l'honneur d'un jeune roi :
« Mais, pesant tout combat dans la même balance ,
« Gloire, gloire éternelle à l'immortelle France !
« Elle est ancienne et jeune... elle ne peut périr...
« Dans ses nouveaux dangers qui peut la secourir ?
« La Charte, oui, la Charte... elle seule peut rendre
« Tout... au peuple éclairé qui saura la défendre.
« Debout, Français, debout; vole aux élections...
« Étouffe par ta voix le cri des factions...
« Un ministère faux , l'effroi de nos provinces ,
« Ennemi de la Charte, ennemi de nos Princes ,
« Expierait ses travers par l'exil, le mépris...
« L'Europe le sait trop... Nous avons tout appris
« Aux autres nations, qui ne;peuvent se taire...
» Non , non , tu n'as rien fait, tant qu'il te reste à faire,
« Incohérent congrès ; qu'un perfide conseil
« N'endorme point tes rois... qu'ils songent au réveil...
« Sarmates ni Français , Prussiens ni Bataves,
« Ibères ni Romains ne veulent être esclaves...
« Les peuples ne sont pas les ennemis des rois...
° —■••■•s, assure à tous leurs libertés, leurs droits...
5
« L'esprit républicain n'ébranle point un trône ,
« Quand un roi juste et bon sait porter la couronne.
« Par vos divisions, orgueilleux potentats,
« Vous menacez toujours d'agiter les Etats ;
« Les haines de famille entre vous sont mortelles :
« C'est la soif de régner qui les rend éternelles.
« Septembre a révélé qui paya ses forfaits...
« O mânes d'Antoinette !... êtes-vous satisfaits ?
« Et c'est le peuple encor qu'on accuse des crimes
« D'un prince ambitieux qui fit tant de victimes...
« Souverains, méditez ces tristes vérités...
« Sauvez les nations de ces calamités...
« Vous êtes les taureaux... nous sommes les grenouilles,
« Et vous avez toujours du peuple les dépouilles... »
Arrêtez , libéraux ; votre coeur a parlé ;
Votre libre courroux enfin s'est exhalé :
Le sage quelquefois médite sur vos plaintes.
Mais quel temps prenez-vous pour exprimer vos craintes ?
Un nouveau jour nous luit ; un Prince vertueux,
Qui sut prendre pour guide un instinct généreux,
Des Colonnes d'Hercule aux rives de la Seine
Reconduit nos guerriers... Quel intérêt les mène?
Quel intérêt les pousseV Ils savent obéir...
Officiers , généraux ont vaincu pour servir
La patrie et le Roi... Douce et chère espérance!
De bons soldats sont là... Dieu protège la France...
Et, quand le despotisme est ministériel,
Un mot du Roi nous sauve ; il peut tout, grâce au ciel :
La France sera libre, et l'Europe elle-même :
Vivent d'Artois , Louis, l'armée et d'Angoulême!!
Mais votre coeur tressaille à ces noms révérés J
6
Pour qui hait l'anarchie, ils jsont toujours sacres.
Au jeu des factions la jeunesse étrangère,
Doit sur ses devanciers porter un oeil sévère.
Un bateleur de place amuse les enfans,
Un jongleur politique attire les plus grands...
Pubères libéraux, tâchons de nous entendre ;
On vous accuse, et moi, j'écris pour vous défendre...
Vous avez signalé l'atroce ambition
Dont l'esprit enfanta la révolution...
Vous savez donc pourquoi la France monarchique
Fut tout à coup changée en une république...
Ces- jours affreux pourtant n'ont point d'historien...
Le Moniteur est seul... Fatal monument!.. Rien
N'est plus à méditer... Mémorable séance !...
Tiens, tiens, regarde donc; vois-tu le Roi de France?
Il se trouble : disaient les montagnards entr'eux,
Et se montrant du doigt le Prince factieux...
Dès ce jour le remords dut être son supplice :
Tu le frappas dès-lors, ô divine justice...
Quelle leçon s tribuns, qui voulez gouverner;;
Et vous, malheureux rois, trop faibles pour régner !
Trop jeunes libéraux que le siècle a vus naître ,
Parlez de liberté... Mais sachez la connaître...
Elle n'est plus, dit-on... Eh ! fut-elle jamais
Comme un parti la veut? En quel temps le Français
Eut-il plus de moyens de parler et d'écrire?
Hé quoi! trente journaux ne peuvent vous suffire !...
« Le danger est pressant... La septennalité
« Va déchirer la Charte avec impunité. »
De l'opposition voilà bien le langage ;
Mais la suivre en aveugle, est-ce un parti bien sage ?
Voyez des fiers Bretons l'heureux gouvernement :

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.