Epître en vers à M. l'abbé de La Mennais sur sa louable intention de réunir à la communion romaine toutes les sectes chrétiennes suivie de notes et observations. Juillet mil huit cent dix-neuf

Publié par

imp. de Mr Jeunehomme-Cremière ((Paris,)). 1819. In-8°. Pièce.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : vendredi 1 janvier 1819
Lecture(s) : 8
Source : BnF/Gallica
Nombre de pages : 38
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

EPITRE
EN VERS
A M. L'ABBÉ DE LA MENNAIS,
StTK
SA LOUABLE INTENTION DE REUNIR A LA COMMUNION
ROMAINE TOUTES LES SECTES CHRETIENNES.
SOTTES
DE NOTES^ET OBSERVATIONS.
JuîHçÇjnipmit cent dix neuf.
PARIS.
IMPRIMe DE Me JEUNEHOMME-CREMIÈRE,
rue Hautefeuille, n° ao.
AVERTISSEMENT.
L'INTENTION de l'auteur de YEpïtre suivante,
adressée à M. l'abbé de la Mennais,ne peut être
suspectée.
Il professe le plus grand respect pour l'Église
Romaine et pour son vénérable chef. Il n'a point
manqué à l'obéissance qu'il devait à l'Auguste fa-
mille , rentrée, en France, dans desd rits qu'elle
ne pouvait jamais perdre.
Le bienfait de la charte n'a fait que confirmer
dans-son coeur, les sentimens de reconnaissance
que lui avaient inspirés l'abolition de la torture,
l'affranchissement général des serfs, et les autres
faveurs dont les Français avaient été comblés
par le vertueux Louis xvi, ce roi martyr de sa
foi, de son amour excessif pour le peuple qui ré-
vère et bénira éternellement sa mémoire.
L'histoire, juge lenl et tardif, mais impartial,
en les faisant connaître, condamnera à l'infamie
(O
d'un supplice éternel les véritables auteurs de sa
mort, dont quelques-uns de ceux, appelés, à juste
titre , régicides , n'ont été que les instrumens
passifs.
S'il a la plus grande estime pour les talens et
pour le caractère de M. de laMennais, qu'il ne con-
naît pointpersonnellement; pour ses écrits,sur-tout
le dernier, mentionné dans la livraison du Con-
servateur du mois de juin 1819 , tendant d'une
manière trop visible, quoique très-habilement
présentée comme le résultat des idées de Bossuet
etdeLeibnitz , a établir une sorte de suprématie
des Papes sur les Rois , à ramener des principes
qui n'ont jamais pu s'introduire en France, il a
pensé qu'il était utile de rendre publiques, les
diverses réflexions que la simple lecture de l'ex-
trait de ce Conservateur lui a fait naître.
Un écrivain a tout récemment traité en prose,
cette question de la plus haute importance : sans
doute ; il n'aura pas eu de peine à renverser le
système religieux de M. de la Mennais, et à démon-
trer le but réel que ce dernier se proposait. Son
ouvrage n'étant point encore parvenu dans, le
fond de la campagne, où je vis retiré ^ seul et sans
(3)
aucuns livres polémiques , je n'ai pu en faire
usage dans mon Epitre.
Les principes d'après lesquels le Conservateur
est rédigé sont connus : il n'y a point à craindre
qu'avec la Charte, ces principes prévalent sur
l'esprit des Français éclairés, qui apprécient de
plus en plus, chaque jour, les avantages publics
et particuliers que ce monument d'un roi, mûri
par l'expérience des années et des malheurs,
leur procure.
J'ai insisté, peut-être un peu trop longuement,
sur les abus qui existaient dans l'ancien ordre de
choses , relativement aux privilèges du noble ou
haut Clergé , au grand nombre de Moines, de Bé-i-
néficiers,d' Abbés, qui possédaient un tiers des pro-
priétés territoriales et les dîmes.
J'ai peint, avec des couleurs qui auraient pu
être plus vives, la Simonie, le droit d'Annates,
la Vénalité, les échanges et résignations à titre
onéreux, la Vente ou plutôt le Trafic des béné-
fices ecclésiastiques, etc.
J'ai dit très-peu de choses sur l'orgueil, le luxe
et les folles dépenses de quelques Prélats , Béné-
i.
(4)
liciers d'autrefois: j'aurais pu ajouter à cette lé-
gère esquisse.
Mon but n'a pu être de calomnier les Ministres
de l'Église Romaine. Les ennemis les plus recon-
nus de cette Communion, tous les Philosophes,
ont rendu, malgré eux, justice à la vie exem-
plaire, au zèle éclairé et soutenu du Clergé fran-
çais, qu'ils ont proposé pour modèle à tous les
prêtres de l'Europe.
Je désire, non moins sincèrement que M. de la
Mennais, que toutes les sectes chrétiennes n'aient
qurun seul et même dogme, qu'une seule et même
discipline, et conséquemment qu'un seul et même
chef. Si donc je me suis plus particulièrement at-
taché à présenter les difficultés de cette réunion
qu'à développer les abus du régime féodal; si j'ai
paru indiquer quelques-unes des suites dange-
reuses qu'entraînerait cette réunion ; si j'ai pro-
noncé les noms d'Inquisition, de Saint-Barthé-
lémy , etc. ; si j'ai légèrement appelé l'attention
sur le rétablissement public des ordres religieux -,
je ne l'ai fait que pour prémunir les esprits contre
les principes qui paraissent diriger les personnes,
d'ailleurs estimables , que l'on appelle des ultra,
(5)
sans doute parce que leur trop grand zèle pour
le bonheur de tous, semble les porter au-delà du
but de la Charte. * >
Un écrivain faisait observer récemment, en
rendant compte d'un ouvrage qui parait, en ce
moment, sur les causes de l'établissement du ré-
gime féodal en France, que l'origine, les vices et
les abus de ce régime , une fois bien connus, les
affaires relatives à la religion n'occuperaient pas
long-temps les esprits.
Il semblerait qu'il ne devrait y avoir aucune
connexité entre le régime féodal et le régime re-»
ligieux. Ce qui se passe sous nos yeux prouve le
contraire. La Noblesse ancienne, et le Clergé, an-
cien sans doute, suivent la même route} quoi-
qu'ils paraissent marcher par de» sentiers bien
distincts et même opposés.
Laissons ces matières graves, qui ne sont guère
susceptibles des ornemens de la poésie. Rappor-
tons-nous en, sur les affaires du clergé, aux lu-
mières d'un roi, législateur sage et expérimenté :
il sait mieux que nous ce qu'il nous faut.
J'ai établi, dans quelques endroits , une espèce
( 6 )
de dialogue, pour tâcher d'éviter une monotonie,
qu'un pinceau plus savant et plus exercé que le
mienj aurait eu peine à ne pas présenter dans un
sujet qui ne peut ni égayer ni récréer les esprits.
Ces endroits sont indiqués par des guillemets.
Puissent ces premiers essais que j'offre au pu-
blic , être accueillis favorablement ! puissent-ils,
sur-tout, être lus dans des intentions aussi pures
'que celles qui ont guidé ma plume.
EPITRE.
CONCILIER à Rome et Luther et Calvin (i),
Réunir sous le joug du Pontife Latin,
Et le Russe et le Grec, le Danois , l'Anglais même -,
Réajiser enfin le bienfaisant système
Du bon abbé Saint-Pierre (2); eh ! oui, cher la Meunais,
C'est bien là le moyen de vivre tous en paix.
Deux grands hommes, (3) jadis en eurent la pensée :
Tu juges, d'après eux, la chose fort aisée •,
Tu veux que l'on t'écoule , et tu prédis aux rois
Que s'ils ne marchent pas sous l'étendard du Pape ,
Ils seront tous perdus; qu'abusant de ses droits ,
Chaque peuple, à son tour, détruira son Satrape.
A quoi tendent ces cris et d'alarme et d'effroi ?
Nous le connaissons bien, grand pilier de Sorbonne (/f),
Toi, les tiens, tes pareils : parlez de bonne foi î
Vous ne pensez qu'à vous et vous n'aimez personne.
Vos titres, vos cordons, vos grands biens, vos honneurs.
Voilà ce* qu'il vous faut, à vous Conservateurs (5),
Qui, pour tout conserver , songez à tout détruire;
Qui croyez renverser ce qu'un roi dut construire :
Vieux ligueurs déhontés que la raison aigrit,
Qui, pour tuer la charte, eu commentez l'esprit.
Vous voulez l'ancien ordre , avec vos privilèges ,
Vos parlemens sans frein , vos états, vos collèges ?
(8)
Le ban, l'arriére ban, les Suisses , les Grisons,
La corvée et vos chiens (6), vos castels, vos prisons.
De la religion empruntant le langage ,
Vous pensez la servir en lui faisant outrage :
Vous fuyez la lumière : à des ignorantins (7),
Restes du bon vieux temps, confiant notre enfance,
Par eux seuls , dites-vous , l'on pourra de la France,
Sur de bons fondemens, affermir les destins !
De Lancaster (8), d'un mot, réprouvant la méthode ,
Ce n'est, assurez-vous , qu'une funeste mode !
aillons, ferme , poussez, mes vrais amis de cour ;
Du bon temps d'autrefois hâtez-nous le retour; '
Replantez les carcans (9) , ramenez la torture :
N'oubliez pas sur-tout une épaisse roture ;
De remparts, de cauons, entourez nos cités :
Donnez-nous plus de pairs , et moins de députés.
Des pairs! des députés! que dis-je! eh ! pourquoi faire?
Des ministres futurs? mais vous n'en voulez plus,
Ou vous les choisirez : voilà tout le mystère.
Vous avez trop de pairs, ce trop est un abus.
A la charte rendant un hommage unanime,
De Louis-Désiré, notre roi légitime,
Tout Frauçais bénissant la bienfaisante main ,
Implore pour ses jours la sainte Providence :
Prêt à sacrifier, pour lui, son existence f
Il redouble ses voeux , ses hymnes ; mais en vain.
Vous autres ne voyez, dans cet accord sublime,
Que des souhaits impurs, que les hymnes du crime.
(9)
Tout peuple, sans le Pape, est un monstre en fureur
Qui doit, même 4 la Chine, inspirer la terreur.
Prêchez d'exemple au Peuple, et suivant l'Evangile,
Soyez unis à Rome, et laissez le tranquille.
Qu'il ne Soit plus le jeu de vos prétentions I
Malgré vos beaux discours, vos protestations,
Il s'aperçoit très-bien que vos grands bénéfices,
Vos dîmes (10) et vos cens , vos charges, vos offices,
Sont le vrai but secret où tendent tous vos voeux.
Soyez riches et grands, et qu'il soit malheureux !
Qu'il expire de faim ! pour vous, peu vous importe !
Quand vous vivez au large, il n'a besoin de rien :
Quand l'artisan est pauvre, il est bon citoyen !
Vous ne le dites pas; mais la noble cohorte ,
Ces preux, qui comme vous, veulent des temps passé*
Rétablir les bons us (n), parla charte effacés,
Pourquoi répandent-ils des alarmes si vives ?
Tentent-ils de ronger , de leurs dents corrosives^
Les fondemens sacrés du temple glorieux
Qu'un petit-fils d'Henri, rendant son peuple heureux
Eleva le premier , pour servir de modèle ?
Non, grand roi, tes bienfaits ne seront pas perdus :
Ils seront conservés, par le Français fidèle,
Ces titres et ce,s droits qu'il doit à tes vertus.
Eh ! qui peut regretter cet antique régime?
Des chrétiens orgueilleux, qu'un zèle faux anime?
Ces abbés, de la cour achetant la faveur
Au poids de l'or, souvent au prix de la pudeur,
(10)
Qui, sans lois et sans Dieu, par uncommercé'infàme (ia).
Vendaient au plus offrant et leur corps et leur âjme:
Nageant dans l'opulence , à l'honnête indigent
A peine ils accordaient un coup d'oeil indulgent.
De jolis Sigisbés (i3), prêchant dans les toilettés,
Des Cagofs , débitant de mystiques fleurettes ,
Des chanoines vermeils (i4)> des prieurs fainéans ,
Des moines gros et.gras dont les pieds défaillans
Succombaient sous le poids d'une bedaine énorme,
Quêlqu'abbesse titrée, et ceux que la réforme
Priva "de leurs trésors , désirant ces grand biens,
Tâchent de rétablir, par de honteux moyens,
Un'ordrequi nourrit l'orgueil et la paresse.
Mais ces pieux pasteurs que dirige sans cesse
a'L'amour seul du prochain, que l'on voit aujourd'hui
Du troue le soutien et de la foi l'appui ',
Qui, choisis par Louis, ne doivent qu'à leur zèle
L'honneur de nous tracer la loi d'un Dieu de paix;
Ce Curé, du hameau la gloire et le modèle,
Baissant' sou humble tête , aura t-il désormais
A gémir, en secret, de l'immense distance
Qu'entre un évêque et lui mit la seule naissance ,
Veut-on, .comme autrefois , qu'on aille à Rome encor,
Par un trafic honteux (i5), payer au poids de l'or
Le don d'édifier, de prêcher la morale ?
Veul-ou que l'intérêt, l'intrigue et la cabale ,
Sans aucuues vertus, sans science et sans moeurs,
Au trône épiscopal élèvent les pasteurs ?
(1I)
Laissez agir Louis : sa longue expérience
Sait mieux ce qu'il nous faut que votre intelligence.
De l'église et l'état il connut les abus.
Quoi ! la religion, l'état, seraient perdus,
'Parce que nos prélats, moins nombieux, plus utiles,
Sont obligés de vivre au centre dé leurs villes,
Et qu'ils ne viennent plus, d'une Lamotte (16) épris,
Epuiser leur santé, leur bourse, dans Paris; _
En demandant comment un honnête homme en France,
jivec deux millions , suffit à sa dépense.
(Le ciel s'occùpe-t-il s'il se trouve ici-bas
Cent seize ou seulement quatre-vingt-six prélats.
Les a-t-ou dépouillésde ce titre suprême
Qu'ils n'ont jamais tenu que de l'église même? ) (*)
' Notre roi vertueux, des droits français instruit,
Dans son code immortel n'a-t-il doue pas prescrit
L'honneur et le respect qu'on doit au chef visible
D'une société qui le rend infaillible ?
Non, dites-vous, sans Pape, un Roi seul ne peut pas
Innover, rétablir l'ordre dans ses états !
Avec vous , j'en conviens, pour le bien d'un empire,
D'ôter un diocèse ou de le circonscrire
Le pape a seul le droit : mais, soit dit entre nous,
De vos moyens secrets montrez-vous moins avare,
(*) Ces vers doivent être lus en place des quatre ci-dessus renferme's
dans la parenthèse.
Se conserverie droitd'adméttrc, en ses états,
Cent seize ou seulement quatre-vingt-six prélats ,
Au pape est-ce ravir la puissance suprême
Dont il doit rendre compte à l'église elle-même (**).
( iO
Les rois ont ordonné, pour l'intérêt de tous,
Que le pape reprît le sceptre et la tiare....
« C'est un grand pas de fait : cela "ne suffit point. »
« La Tiare.. » Ah ! j'entends, il faut encor ce point.
Pour l'obtenir, l'abbé, que reste-t-il à faire ?
« Mais pas grand'chose:—Encor,dites-nous;—Presque rien.
« Tout le monde le sait ; dans notre Europe entière,
« Le peuple,ou peu s'en faut, esta peu près chrétien.(17)
« Si, par mes soins, les Rois adoptent la tiare
« Sur la tête d'un seul , et, par un accord rare,
« Que le Russe et le Grec soit docile à ma voix,
« Moi seul je crée alors un souverain des Rois.
« Pour un si grand service, il est juste que Rome
« M'appelleson sauveur, me proclameun grand homme ;
« Et peut-être qu'un jour. »—Vous ne pensez pas mal,
Et dans peu vous serez pour le moins Cardinal. (18)
D'un plan, que j'entrevois, par quels moyens ensuite
Croyez-vous obtenir enfin la réussite ?
« —Ecoutez ! par la peur : eu effrayant les Rois,
« Grossissant les dangers de leurs nouvelles lois !
« Ces institutions qu'on nomme libérales.,
« Seront, je le prédis, à tous les rois fatales.
« Voyez! le mal déjà gagne de tous cotés,
« Et bientôtla.Turquie aura ses députés,
« Ses chambres, son budjet, la liberté d'écrire,
« Et d'oser imprimer ce qu'on n'ose pas dire.
« De leurs trônes les rois ne sont plus possesseurs ;
« Les peuples, par le fait, en sont les seuls seigneurs:
« Ils se mêlent de tout, ils règlent la dépense,
« Du moindre événement ils prennent connaissance.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.