Essai sur la législation du mariage ; suivi d'Observation sur les dernières discussions du Censeil des Cinq-cents, concernant le divorce ([Reprod.]) / par E.-G. Lenglet

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chez Moutardier (Paris). 1797. Mariage -- Droit -- France -- Ouvrages avant 1800. Divorce -- Droit -- France -- Ouvrages avant 1800. 2 microfiches ; 105*148 mm.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1797
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(ANSJ and 150 TEST CHART No. 2) •
f
RESEARCH COLLECTION
LES ARCHIVES DE LA
REVOLUTION FRANÇAISE
MAXWELL
Headington Hill Hall, Oxford 0X3 OBW, L K
•i
S S
SUR
LA LÉGISLATION,
.DU M À R I A G E,
Suivi d'Observations sur les dernières Discus-
sions du Conseil des Cinq-cents concernant
lé Divorce.
Par E.-G.
« Il y a deux 6enre» decotraprion; l'un lortque
le Peuple n'observe pîMèV lois l'autre lot»-
qu'il est corrompu par les «fil »•
Montesquiec, Liv. VI. Chap. XII.
SECONDE ÉDITION.
A PARIS, \^1
• Chez MOUTARDIER Libraire, Quai des AugustfflljSS
au coin de la rue Gît-le-Cœur N°. a8.
An Ve. M. DCC LXXXXV1I-
E R RATA
Page 9, ligne Il, au lieu de évident, liser, évi-
demment. P. ayan;. P. 16
besoins, P. 26, le
la Législation. Page ,.lignes et
la nature, et toutes ces vertus; lise'{ la nature?
Et toutes. Page 43, ligne le bonheur
que ? lise; le bonheur domestique, etc.
y)
L. A première Partie de cet ESSAI
reparaît ici, telle à peu près qu'elle fut
publiée au commencement de
c'est à dire environ six mois avant
les Lois concernant le triage et le
Divorce,
Dans la seconde absolument nou-
velle, on trouvera sur les questions
dernièrement agitées, beaucoup d'ob-
servations qui m'ont paru aussi évidentes
que nécessaires et que j'ai tâché au
moins de rendre courtes.
iv
T A B L E
Des Matières contenues dans cet Ouvrage.
De l'Amour moral. Page
Du Mariage légal. » • 6
Prérogatives et droits des deux Sexes che^ les
différent Peuples., 15
Difficultés particulières à la législation du
Mariage. • • • 19
Origine et 'motifs de l'indissolubilité du
Mariage 15
Effets de l'indissclubitité du mariage ;t
Observations contre le Divorce. Précautions.
SECONDE PARTIE
Résultats de la la Loi de 57 r
De Vincompatililué d'humeur. 61
Des autres motifs de Divorce et de leuts'
rapports avec le précédent.
Des Lois morales. Quels sont à cet égard la
puissance les devoirs et les droits du
législateur. 7%
Fin de la Table.
A
E S S A I
S U R
LA LÉGISLATION DU MARIAGE.
QUAND il se trouve, dit l'Auteur de l'Esprit
des Loix, une place où deux personnes peuvent
vivre commodément 1 il se fait un mariage.
Montesquieu parle ici des Peuples naissans ou
peu éloignés de.leur simplicité primitive: mais
pour des Nations plus avancées, le nombre et
l'ordre des besoins sont un peu différent.
Sans doute la crainte de l'indigence doit par-
tout éloigner du mariage et il est cLn'r qu'une
surabondance de population produit -ou propage
Mais quand d'un côté, le nombre des ma-
riages malheureux parait depuis long-tems exces-
sivement multiplié,' dans un -pays beaucoup
moins peuplé qu'il ne peut l'être de l'autre,
quand les classes les plus aisées sont' celles où
l'on remarque le plus d'éloignement pour botte
union il faut bien attribuer ces deux effets k
d'autres cause*.
A l'époque d'une révolution, opérée chez la
plus nombreuse et la plus Ancienne Nation de
l'Europe par la seule. force de» la raison et le
concours des lumières, déjà tout le monde peut
vofr\ dans système de Gouvernement et
d'Adm is tion plus digne de l'homme, dans
une juste et égale répartition des hérédités,
des impôts déshonneurs et des peines dans
la suppression du célibat Militaire et Religieux,
dans d'autres réformes plus ou moins impor-
tantes les moyens de. diminuer avec cette
monstrueuse,vinégalité qui dévore et corrompt
tout les vices du despotisme et de la servi-
tude, ceux du luxe et de la misère.
Content d'indiquer ou de rappeler ces grande
travaux et me resserrant dans un plan moins
vaste pour voir de plus près et plus directe*
ment, mon sujet, je fixerai les regards des Lé-
gislateurs sur une cause de dépravation non
moins évidente quoique plus tard apperçue;
et parmi les raisons qui semblaient concourir
chez nous à rendre le mariage si-effrayant, je
̃ me lior.ierai à celles qui peuvent se trouver
dans ie mariage thème mais je dois remonter
un peu plus haut.
(3)
A a
Î)*X Amour moral.
Deux des qui leur sièele"*a" la
moins contesté leur génie ont d<?ei<!é très-
^affirmativement qu'en amOitr le physique seul
est bon et que le moral n'en vaut' rien (»i).
Fut-il chez ai^cun Peuple un tems où cette
passion bornée au désir s 'éteignant et re-
naissant toujours avec. lui, ne s'embellissait d'au-
cune illusion ne s'exaltait par aucun obstacle
où nulle distinction nulle reconnaissance n'aug-
mentait ou ne prolongeai 1e bonheur ? et se-
rait-ce là l'état primitif et naturel de l'homme ?
2.. Assurément pour les esprits les moins sus-
ceptibles d'enthousiasme les conséquences de
cette première hypothèse étaient assez ef-
frayantes pour inspirer des doutes mais quel-
ques réflexions très simples nous dispenserout
peut-être, de recueillir t de discuter ici fous
les faits qui potirraiefït appuyer cette hypothèse
ou la combattre.
Qu'est ce que l'amour?
Le désir est commun à tous les Etres qui se
(i) Buffon, Discours sur la nature des animaux.
J.£. Rousseau, Discours,sur l'origino dé l'inégalité
parmi les hommes»
(4)
reproduisent. Préférence, efforts pour être ex.
clusivement, préféré; voilà*, je ne dis pas ce qui
dis'in&ue l'homme de tous les. Etres sensibles,
du moins ce que nul autre n'éprouve au méme
degré que lui et là .commence ce que l'on ap-
pelé le moral de cette passions. DiVa-t on que
l'attente et la crainte les sacrifices obtenus
désirés ou/*ojferts n'ajoutent rien au plaisir?
que dans les bras de deux femmes également
belles, l'homme adoré dont les obstacles ont
irrité l'amour l'indifférent qui ne doit sa con-
quête qu'à l'or ou il. l'occasion soient également
heureux ? Il faut aller jusques-là..
Sans doute à des jouissances plus vives, sont
mêlées nécessairenient plus de peines. Les pre.
mières sont-éltés trop payées par les autres ?
peut être il est bien peu damans qui fissent deux
jours de 'sjiite à cette question la même ré-
ponse. Présentée généralement elle est donc
encore plus difficile: niais ce pro blême tenant
à plus d'un intérêt doit être vu aussi sous un
autre rapport.
Ce qui distingue le premier des animaux
au moins autant que la supériorité de son in-
telligence', c'est la multiplicité de ses besoins,
la plus longue durée de son enfance et les soins
innomhrables qu'elle exige. Si donc l'homme est
dans un seul instant également nécessaire à
deux Etres également fuibles, il faut bien que sup-
pléant à une vague prévoyance, quelque chose
(6)
A 3
le retienne auprès de sa compagne jusqu'à ce
.qu'un sentiment plus calme et non moins im-
périeux l'enchaîne. C'est dans cette vue, dit-
on, qu'à la différence des autres animaux la
nature a prolongé les .désirs de L'homme dans
toutes les saisons et les a multipliés si loin
au-delà de ce qu'exigeait la propagation seule
mais si ces desirs ou ces besoins ne l'atta-
chent pas plus à une femme qu'à une autre,
la seconde qui les lui inspirera lui fera bientôt
oublier la première. Or vous en conviendrez
il est bon qu'il, s'en souvienne il faut donc
quelque chose de plus.
Ce que nous voyons s'unir presque toujours
au besoin physique, l'énergie que lui donnent
les préférences et les rivalités cette pudeur qui
attire en repoussant qui en les contraignant,
irrite les desirs ce pouvoir attribué à la beauté
de faire tourner également au profit commun
ses refus comme ses promesses et la crainte
et l'espoir, et les vœux d'un amant et sa re-
connaissance tout ce qui' peut lui garantir le
cœur de l'homme qu'elle- a choisi à celui- ci
la propriété de ses enfans ces souvenirs qui,
prolongeant pour tous deux le bonheur des
premières années, les rendent toujours plus
ehers plus nécessaires l'un à l'autre; tout ce
qui concourt enfin et à resserrer la chaîne con-
jugale et à payer les soins de l'amour paternel,
tout cela est donc aussi utile aux enfans qu'aux
époux aux individus qu'à î^spèce consé.:
quemment aussi conforme aux vues de la Na-
ture, que le desir même. Or voilà le moral de'
,1'amour..
Aussi voyons-nous que par-tout où des er-
reurs et des passions étrangères l'ont contra-
rié, il est devenu plus impétueux, à mesure qu'il
était plus nécessaire et que son essence est
de s'accroître toujours en raison des obstacles.
Si donc il était vrai que tout tela ne fôt en
effet que le produit des institutions sociales,
il faut cènvenir que ces supplémens-là seraient
venus'bien propos, pour contrebalancer tant
d'intérêts 'et de besoins nouveaux produits par
les mêmes causes.
Du Mariage légal.
Faut-il et peut on imposer des loixà l'amour?
J'allais vous retracer le bonheur d'une union
à chaque instant volontaire toujours plus
chère aux deux amans par la crainte de sa
perdre et la certitude d'être à chaque instant
préférés l'invincible pouvoir qu'exerce la
femme dont chaque complaisance est une
preuve de tendresse qui semble ,renouveler la
chaque moment le don de son coeur, dont la
vie est un dévouement prolongé et perpétuel
ce que va ajouter sur-tout à tous ses droits
le nom de mère. « Mais s'il n'est aucun pays
<7Ï
A4
©i ce tableau puisse parattre absolument idéal,-
un'grand peuple où touasses amans ressemble'
raient & ceux-4, n'en serait pas .moins une
L supposition cjpmeriqu«.
Un couple isolé n'aurait besoin, pour être
heureux., d'autees loix que ses désirs mais
admettez seulement un second couple,' et voilà
des rivalités des inquiétudes. Les soupçons,
dè la jalousie les tentations de l'inconstance
vont se multiplier, si le nombre -augmente et
déjà nous toudhons X l'origine, des loix- du
mariages mais il faut se garder de prendre le
change sur leurs motifs, ou dé leur tenir compte
ajoutes des raisons qui auront -dicté les plus
nécessaires.
Dans les ;peuplades' les moins nombreuses-,
la première querelle produite par la concur-
rente, a dû indiquer des conventions pour les
prévenir, pour assurer à chaque femme la
liberté du choix à chaque homme la posses-
«ion paisible et exclusive de celle qu'il avait
obtenue.
A mesure qu'une société croit s'enrichit et
s'éclaire avéc les richesses et l'inégalité les
intérêts et les passions se multiplient. Déjà l'on
voit des, -hommes soupçonneux' ou insensibles,
douter de leurs droits ou le feindre, pour se
débarrasser de leurs obligations des femmes
trompées par l'amour réclamer en vain les,
loix, en gémissant de les. a,y«ir oubliées. On en.
<«>
.Verra se faisant une arme de leurs faveurs et
distribuant au hasard le titre. et les devoirs
paternels. Pour enchaîner ou rassurer égale-
ment les uns et les autres, pour rassurer sur.
tout cet amour devenu si ombrageux, si exclu-
sif, il faut donc obliger chaque femme à désigner
d'avance le père de ses ènfans il faut étayer
la fois la fidélité et la confiance, en appelant
toute la Société comme témoin et la Puissance
publique pour garant des traités qui doivent
régler le sort .des générations future^. Voilà le
mariage.
Chez tel Peuple que ce soit, quelqu'éloigné
.ou quelque voisin -qu'il se trouve encore de
son origine, on verrai cette propriété, antérieure
toute propriété, le contrat conjugal précéder
ou consolider toute autre convention ( et
si l'exemple des premiers Bretons, chez fcpK dix
à douze femmes étaient, dit-on, communes à
autant d'hommes si ce seul fait semble sortir
(1) Les Athéniens sont parmi les anciens Peuples,
le seul chez qui on connut à-peu-près la date de
l'institution du mariage. Ils l'attribuent à Cécrops
le.ur premier Roi: mais on sait que les enlèvemens
furent encore depuis si communs dans tou.te la Grècce
qu'ils occasionnèrent lès guerres les plus célèbres
des tems héroïques.
(2) Cxs. Comment. L. V.
(9)
de la règle générale sans doute on ne croii»
pas ce peuple plus près de la Nature que tous
lès autres précisément parce qu'il «était plus
barbarie. On peut donc assurer que ce premier
pacte et cette première institution ont été in-
diqués à toutes les Nations par la Nature même;
et toutes en effet ont accumulé les cérémonies,
les préliminaires et les fêtes pour donner 4
ce contrat la plus imposante et la plus solem-
nelle publicité.
Jusqu'ici tout est évident utile et juste et
ni la raison ni les passions ni le moindre
intérêt ne peuvent réclamer contre une insti-
tution si sage. Quand donc on trouvera chez
quelque Peuple, ou quand on y désirera des
loix pour encourager au mariage il faudra
bien conclure que d'autres loix ont contrarié
sur ce point la pente naturelle et si chez ce
même Peuple on voyait d'un côté les e>ifans
distingués en deux classes dont l'une est pros-
crite, avilie dès sa naissance de, l'autre un tel
degré de corruption que l'amour n'osât presque
plus se fier aux mœurs publiques ,on pourrait
assurer que le mal est ancien, que la cause agit
depuis long-tems que les remèdes sont peut-
(i) Voyer presque tous les volumes de l'Histoire
abrégée des Voyages par M. dé la Harpe.
( io
être plus difficiles, mais qu'il est plus pressant
de les chercher.
Parmi une foule d'institutions qui semblent
accumulées pour effrayer l'amour, il ne parait
pas aisé de déterminer à laquelle on peut attri-
buer le plus d'influence mais la première pro-
hibition, ajoutée à la loi qui mettait l'union des
dpoux sous la garantie commune, cette pre-
mière convention est sans doute aussi la pre-
mière erreur ) et par-tout cette erreur est ani
cienne.
Du moment où un Etat s'organise pren/1
une forme et quelque consistance déjà, même
dans les Gouvernemens les plus libres, la po-
litique classe et divise les hommes. On distingue
dans la mêmes Nation plusieurs Peuples les
Sénateurs, les Patriciens, les Chevaliers, les
Citoyens les Affranchis les Esclaves les No-
bles de différentes dates les Roturiers de di-
verses fortunes, les Eligibles les Actifs tout
se sépare Malgré les soins de l'éducation tous
les individus n'arrivent pas toujours à l'âge des
desirs assez façonnés au joug pour discerner
ces diverses convenances et subordonner leurs
sentimens à tant de calculs alors intervient
l'autorité paternelle (i); et bientôt ceux à qui
(i) La loi qu'osèrent porter à Roms les
Decemvirs pour défendre les mariages entre les
.( il )
la choix importe le plus ont le moias d'in^
fluence sur le choix. Aux erreurs de l'amour
familles Patricïennes et Plébéiennes ne survécut
pas plus de cinq ou six ans â leur règne oppressif;
cette insolence même prouve cembien ils avaient
été secondés par les moeurs. Celles-ci ne furent pas
aussi aisées à changer. Dans toute la durée de la
République ou de l'Empire, les loix ne défendirent
plus ouvertement que les mariages des Citoyens
avec les Esclaves des Sénateurs avec les Affran-
chies, ou les filles de Théâtre mais on sait que
l'autorité paternelle était chez les Romains, une
loi vivante et extensible à volonté et des hommes
qui exerçaient en certains cas sûr leurs femmes et
leurs enfans le droit de vie et de mort pouvaient,
à plus forte raison régler souverainement leurs
'mariages. Le concubinage devint donc si commode
et si commun que les loix furent oblîgées de le
sanctionner en quelque sorte et d'en régler les
conditions. V
La seule prohibition de nos vieilles
loix Françaises rîlativemcnt au mariage était
celle qui séparait les Catholiques de ceux qui ne
Tétaient pas. La bêtise et l'orgeuil avaient bien
plus anciennement établi la même séparation entre
les deux Castes, qui supportaient à des conditions
si différentes la servitude commune et même
entre toutes les subdivisions de chacune d'elles.
L'or était à-peu-près la seule puissance à laquelle
cédât ce noble ptéjugé dont la sanction légale
Jsont substituées ou ajoutées celles de l'intérêt;
,de l'ambition do l'orgueil, de la haine. Dans
l'impuissance de commander tout à-fait à la
plus indépendante des passions ici l'on finit
.par distinguer des épouses de plusieurs ordres,
des concubines des femmes ou des enfans
plus ou moins légitimes. Ailleurs toutes celles
que la loi n'a point désignées sont proscrites
.leurs enfans sont flétris Ainsi l'amour
conjugal et l'amour paternel ces sentimens
profonds qui doivent remplir la vie et lier
les générations entr'elles so'ht subordonnés à
d'absurdes distinctions, aux convenances les
plus frivoles. L'amour persécuté se cache les
mariages sont à-la-fois moins heureux et plus
rares déjà les mœurs sont corrompues et
l'on. voit bien qu'elles le sont par les loix.
Tels sont les obstacles dont les Peuples les
plus avancés dans la civilisation ont presque
par-tout entouré le mariage. Les conditions en
ont-elles été, réglées avec plus de justice et de
était l'exhérédation que l'on pouvait, à certain
âge éluder par certaines formes. On sait que les
Anglais ont conservé aussi plus de liberté que
nous à cet égard; et', cette différence est peut-être
la plus sensible entre les mœurs privées et les
Romans des deux Peuples. Tous ceux qui lisent ou
qui ont lu des Romans Anglais connaissent en
effet les mariages en Ecossé.
sagesse P Ici se représente une question qui-
de toutes celles qui appartiennent au sujet 9
n'est ni la moins curieuse, ni la moins im-
portante.
Par-tout un sexe seul a fixé les condition»
d'un contrat si intéressant pour tous deux. De
tous les Etres que la Nature semble avoir plus
ou moins soumis à l'homme sa compagne
serait-k ̃ Ile lé seul envers qui il n'ait point abus6
de sa force ? Après une possession si longue
ne serait-il plus permis ou serait-il inutile
^'examiner si, dans cette Société plus que
dans toutes les autres tous les droits ont
été toujours respectés également si en
faisant la, loi le plus fort a toujours été juste
ou si en cessant de l'être, il a gagné quelque
chose pour son bonheur Sur tout cela
il suffit d'offrir le résultat d'une discussion qui
peut-être exigerait trop de développemens,
pour étre jugée, tout-à-fait nécessaire.
Prérogatives et droits des deux Sexes che% les
différens Peuples.
L'inégalité n'est pas toujours la mesure de
la dépendance. Tout individu qui avec la
vie a reçu les moyens de la conserver est
essentiellement libre. Il ne peut perdre ou
diminuer cette prérogative qu'en augmentant
ses besoins c'est ce qu'a fait par-tout l'homme
('4)
social mais le seul assujétissement réelle-
ment- imposé par la Nature est celui de l'en-
fance.
En général toute Société supposant un
intérêt commun et tous les associés étant,
par cette raison réciproquement et nécessai-
rement dépendans, s'il existe d'un côté quel-
que supériorité elle est évidemment pour
celui d'entre eux qui peut être le plus utile à
l'autre et c'est en ce sens qu'il faut considé-
rer celte de l'homme dans la société dp&
sexes.
Ce qui donne le plus valeur au bienfait
de la vie est sans contredit le pouvoir de
la transmettre 'mais ce double bienfait le
second sur-tout la Nature semble l'avoisgrendu
un peu plus cher aux femmes.
1 Si en proportion des I-is,ques elle avait aug-
menté pour le sexe quf se défend les plaisirs
de l'amour peut-être il y aurait compensation V
mais elle n'aurait pu lui assurer cet avantage,
sans âugmeuter en mAme-tems /.ses besoins et
conséquemment sa dépendance, Néanmoins
l'effet de cette inégalité tenant aussi un peu
à l'opinion que chacuu des ittléresses peufèn;
avoir la Nature, en donriaîit à la» femme la
force de cacher fes désirs > semblerait avoir
voulu sur ce point ramener l'équilibre. o
Ceci évidemment suppose deux individu?
it*5>
Si on les examine entoura de leurs *em-
blables, la concurrence peut modifier et chan-
ger les rapports. Sur ce point comme sur
tant td.'autres il est aisé de remarquer entre
les diverses parties du globe beaucoup de
variétés et l'on ne peut guères^es attribuer
qu'à ces trois causes': W La différence numé-
rique des sexes. Les degrés de civilisation.
30. La variété des formes politiques.
D'abord il est clair qu'en tout Pays et malgré
toutes les institutions les avantages d'un saxe
sur l'autre seront toujours en raison inverse
du nombre et c'est ici que la proportion
parait moins uniforme.
Si dans telle Contrée, le nombre des femmes
surpassait de beaucoup celui des hommes, et
si en même tems ,le climat ou telle autre
cause physique avait augmenté à-la-fois leurs
désirs et leur faiblesse relative et diminué
leur intelligence et la durée de leurs charmes
la Nature dans ce Payj^à aurait tout fait contre
elles et semblerait les avoir destinées à l'escla-
vague. Or,'c'est par tous ces faits plus ou moins
constatés que l'on explique la pluralité et
l'éternelle servitude des femmes au Midi de
l'Asie et chez presque tous les Peuples vivans
#ous là même latitude.
Quant au degré de civilisation si la Société,
tomme on l'a dit n'avait fait que substituer
le pouvoir de l'adressé à celui de la force le*
femmes devaient y gagner plus 'la. nous.
Ch-z les Sauvages de tous les climats aux
deux extrémités du Nouveau Monde, comme
sous le CÂ brûlant de l'Afrique ch'èz les
Hurons comme chez les Hottentots chez le3
Iroquois et les C:affres, le mariage n'est guères
qu'un traité entre un Maître et son Esclave.
Seulement dans les Pays cfiïuds l'homme con-
sommant beaucoup moins et les végétaux dont
il se nourrit, exigeant moins de culture, ¡le
sort des femmes qui en sont chargées y est
aussi beaucoup plus doux. Cet avantage joint
celui d'accoucher presque sans douleurs com-t
pense ou diminue pour elles le désagrément occa-
sionné par la supériorité du'nombre supério-
rité qui rend et.doit rendre dans ces Contrées
la poligamie plus commune..
Une portion d'hommes très-nombreuse dans
les Pays policés n'ayant, de commun avec les
^Peuples Sauvages, que leur tems et leur indus-
trie, sont presque entièrement et exclusivement
absorbés par lès premiers besoins. Pour les uns
comme pour les autres, l'avantage des lumières
est à-peu-près égal chez les Jeux sexes c'est-
à-dire, à-peu-près nul,'
Dans cette autre classe, qui seule a pu gagner
aux progrès de t'esprit comme des richesses,
si tant d'Arts et de Sciences accumulées sem-
blent avoir plus développé les facultés dé
l'homme,
l'homme tomme il a partagé son attention
surplus d'objets, et que la femme la concentre
sur un seul, l'art d'observer et de séduire elle
1» sait, comme de raison un peu mieux qu'il
na peut savoir chacun des siens. Il est aisé de
voir que cet art là, ses finesses ef ses succès
supposent à la fgis un certain degré de civili-
sation et un Pays où l'inégalité des sexes,
sur-tout celle du nombre soit- peu sensible.
Voijfc pourquoi chez les Peuples même les
plus policés de la beauté n'a été de
tout tems qu'un objet de commerce, tandis
que les femmes sont devenues dans l'Europe
à peine civilisée l'objet d'un culte qui a eu
aussi son enthousiasme et son fanatisme.-
Mais il est aisé d'appercevoir un terme où elles
ne peuvent que perdre et au-delà duquel la
facilité des moeurs commence à affaiblir et
pourrait leur ôter enfin pour toujours ce prix
et çe charme idéal`, qui subjuguent les Peuples
moins avancés.. 1
Ainsi esclaves chez .les Nations neuves et
sauvages, les femmes, dans les climats tempé-
ré» peuvent fixer à leur gré leur propre va-
leur aux yeux des hommes qui s'éloignent do
la barbarie, et n'achèveront de perdre, chez des
Peuples corrompes et vieillis, tçut leur empire,
qu'en devenant réellement méprisables.
-•Quant aux rapports que peuvent avoir les
loix `du mariage avec lès diverses formes de
(i8)
gouvernemens, et t'influence de celles-ci snî- la
bonheur domestique, si l'on compare entr'elles
les différentes contrées de l'Europe et les di-
verses époques de leur histoire, on pourra être
tenté de dire et en général il parait en effet
que les femmes ont étë plus flattées et moins
aimées, qu'elles ont obtenu plus de liberté et
moins d'estime dans les Monarchies plus 'ou
moins absolues que dans les gouvernemens
populaires. Mais avec un peu plus d'atten-.
tion l'on voit que chez les Espagnols, beau-
coup plus esclaves que nôùs ne l'étions les
femmes sont beaucoup moins libres que les
nôtres. Les Anglaises avant et même après le
mariage moins asservies par les loix, le sont
beaucoup plus par l'opinion. Ces rapproche-
mens avertissent de ne pas pousser trop loin
les spéculations, et de s'épargner les frais d'un
système.
Reste donc à expliquer le problême le plus
difficile. Pourquoi chez, le Peuple le plus con-
fiant nu le plus juste envers les femmes, où
sont inconnus tous les genres d'esclavage qui
ailleurs les !iumi!;ent ou les oppriment, où les
devoirs réciproques flan* là société conjugal©
semlîerït 'tancés ci scrupuleusement, où tout
enlin rere itit >hynmes à la beauté, pourquoi
le inariasjb ressemble-t-îl si peu à l'amour et
tient-il si rai émeut ses promesses ̃ L'explica-
tion la plus naturelle c'est que nos institutions

tur ce point sont également désavantageuse*
à l'un et à l'autre sexe mais pour bien juger
à cet égard ce qui s'est fait, il faut achever
d'examiner ce qui devait se faire. Ici les diffi-
cultés se présentent en foule.
Difficultés particulières à la législation du
TANT que l'amour unit les coeurs et embellit
la chatne de deux époux, occupés également et
exclusivement du bonheur commun, peuvent-
ils voir assez différemment les mêmes objets,
pour étre jamais opposés dans leurs voeux r
Ainsi raisonne l'amoui mais'il s'agit du ma-
riage ce,sont les époux qu'il faut interroger.
Ils se rappellent peut-être les craintes qui les
ont agités lorsqu'ils n'avaient encore ni devoirs
ni droits lorsqu'ils n'étaient liés que par les
desirs. l'nohalnés maintenant paf. des promes.
ses avec de nouvelles pensées de nouveaux
soins, sont-ils au moins plus sûrs l'un de l'autre;
ou n'éprouvent-ils plus d'autre inquiétude que
celle de se perdre ? Mais un ou deux ans
sont écoulés déjà les premiers souvenirs
s'éloignent chaque jour\ une illusion leur
échappe les humeurs ou lles desirs commen-
cent à se heurter les prétentions se croisent,
les contradictions se succèdent sur leurs occu-
pations leurs opinions ou leurs goûts sur
(dà
leurs devoirs ou' leurs plaisîrs sur lé choix
des sociétés, sur les objets de dépense et les
moindres détails d'économie. Attachés par u'n
sentiment commun leurs enfans les voilà
cependant .divisés sur la manière même de le»
aimer, ou de leur commander les mêmes
choses sur l'opinion qu'ils peuvent avoir dé
chacun d'eux, sur la /office à leur rendre et
sur les soins différens qu'ils exigent. Dans ce
choc dé volontés qye Vartioiit n'adoucit plus
quel sera le Juge ou là Loi ? Que l'autorité
soit partagée ou exclusive, comment s'accor-
deront-ils sut les limites ? Après avoir réglé
les premiers articles du traité faut-il que la
prévoyance du Législateur embrasse encore les
objets les plus minutieux, les plus indifférons
en apparence et quand il serait possiblo
de tout prévoir le serait-it également de pré-
venir l'effet de tant dé disputé» ?
Je ne sais si l'on croira ;que lès progrès de
la civilisation rendent cette tâche plus facile.
Chez les Sauvages, il est vrai, comme chez
nos Artisans, ou même nos Cultivateurs, les
(i) Quelques Législateurs de l'Asie ont poussé
Attention jusqu'à fixer des termes pour la dette
cqnjugale. J'ignore sur quelles bases ils ont assis
leurs calculs mais il faut avouer qu'aucuae loi
générale n'était aussi difficile à faite.
1
83
querelles do ménage sent très-bruyantes; et
up vice presque également commun chez les
uns et les autres l'ivresse, rend leur explosion
plus terrible mais le travail qui les occupa
tout entiers et souvent les sépare l'attention
qu'exige un besoin unique et toujours renais-
sant, le besoin de vivre peut rendre moins
fréquentes parmi eux les occasions et les
objets de discorde. occupés constamment d'un»
idée leur caractère est à-peu près cons-
tamment le même. Dans cette portion d'hommes,
au contraire, qui distingue principalement les
Peuples policérrl.ea Peuples barbares combien
peu dans ses desirs dans ses opinions ou ses
goûts, chaque individu d'un instant à l'autre
se ressemble a lui-même! et combien plus
rarement deux individus doivent se trouver
d'accord
On a souvent répété que chei les Peuples
parvenus à un certain degré de civilisation
l'éducation et la manière de vivre à-peu-près
semblables 'pour tous les hommes d'une cer-
taine classe finissaient par effacer toutes les
inégalités, les aspérités des caractères; c'est-
à-dire, que parce qu'on voyait à tous le même
masque on leur croyait en effet les mêmes
traits. Il serait assez difficile assurément d'expli-
quer pourquoi par l'éducation, les caractères
deviendraient plus ressemblans que les esprits.
Si l'effet ou le but de l'éducation est de dire--
( a* )
Jbpper la-la. fois les uns,et les autres ne doit-
elle pas multiplier également de chaque côté
les dissonances' et le cœur ne doit il pas offrir
le plus de variétés de bisarreries et de con-
trastes, lui qui est presque toujours de moitié
dans les erreurs de la raison, et tour-à-tour la
cause ou le défenseur de ses méprises?
Loin de rendre dans le mariage les assortisse-
mens plus faciles les lumières et les moeurs
d'un Peuple civilisé ne peuvent donc que
multiplier les rapprochemens incompatibles et
les combinaisons dangereuses d'autant plus
qu'en société, une partie des hommes se dégrade
et s'abaisse peut-être autant au dessous que
l'autre s'élève au-dessus de- l'homme naturel
ct d'autant plus encore que la politesse sera
parvenue à déguiser davantage l'ame et les
caractères.
De tout cela les hommes qui vantent leur
expérience, concluent seulement qu'il faut plus
d'attention pour juger d'avance les rapports
des humeurs mais que ce soit l'amour, ou
l'intérêt, ou l'orgueil qui en soient chargés,
laquelle de ces passions sera sujette 'à moins
de méprises ? Comment saisiront-elles tant de
nuances d'abord imperceptibles et qui échap-
pent meme a la plus froide la;son? Combien de
caractères 'd'ailleurs que le desir de plaire avait
rapproches et qui peuvent néanmoins être ou
( «S )
B4
Les premiers Peuples qui ont eu un système
régulier de police ceux d'entre eux au moins
dont nous connaissons mieux l'histoire et les
institutions les Grecs les Romains les
Hébreux même avaient cru résoudre toutes
ces difficultés par quelques loix très-différentes.
Pour prévenir à-la-fois tout conflit d'autorité
et satisfaire aux bisarrerits ou aux inquiétudes
de l'amour ils n'avaient imaginé d'autro
secret que d'asservir leurs femmes et de les
séparer du commerce des hommes. Les Peuples
de l'Asie,; en multipliant volontairement les
objets de leurs crainte» se sont aussi obligés à
quelques précautions de plus mais pour obvier
à-lf-fojs aux maux qu'ils avaient voulu prévenir
et à ceux que leurs précautions devaient y
ajouter, tous ces Peuples ont permis le Di-
TORCE.
Dans cette variété infinie d'usages ou de
mœurs qui distingue sur tant d'objets tant de
Nations' naissantes ou a?gran<3ies esclaves ou
libres, barbares ou éclairées', corrompues ou
sauvages, l'usage du divorce est celui sur le-
quel. le plus grand nombre ait paru s'ac-
corder.
Dans les tems même où presque tous les
habitans du globe touchaient encore à cet eut
de simplicité d'où ils sont successivement
sortis chez des Peuples à qui it était impos-
sible de prévoir les effets des lumières et du
(M)
luxe sur les Nations nombreuses et riches
aucun Législateur n'avait cru pouvoir fixer
assez scrupuleusement les droits au les préten-
tions des deux sexes prévenir assez sûrement
les orages de l'hymen et les erreurs do
l'amour ou de l'intérêt ou de l'amour-
propre pour vouloir enchainer éternellement
des volontés que les moindres chocs peuvent
désunir pour assurer contre ces épreuves
et la fidélité conjugale et la tendresse pa-
ternelle.
Et c'est à une époque et chez les Nations
où les rafinemens de l'esprit et de la sensibi-
lité, où les distinctions politiques la distance
et les préjugés des conditions et des fortunes
devaient mettre tant de différences entre les
hommes c'ebt quand ia mobilité de l'imagi-
nation du coeur et de l'esprit^niuliiplie les
fantaisies et les besoins des deux sexes, quand
tout se tourmente à-la fois pour s'éloiguer de
la Nature et varier les inventions et les jouis-
sances du tuxe c'est quand l'amour et les
sentimens les plus profonds, subordonnés a
tant (te goûts iartices, participesvt à cette éter-
nel'e et incroyable mobilité} c'est par consé.
quent lorsque les assortimens parfaits doivent
être plus rares et les méprises plus importantes
pour le bonheur c'est dans la plus grande
partie de l'Europe c'est en France que le
mariage est indissoluble
(t5)
Ici je crois entendre autour de rpoi des voix
confuses. Les opinions, l'exemple et l'habitude
des sièges écoulés, mille. fantômes semblent
m'environner mais avançons.
Origine et motifs de l'indissolubilité du
Mariage.
Nous avons vu que les loix du mariage
nécessairement tes premières dans tous les codes,
ne consistaient d'abord qu'en cérémonies.
Lorsqu'une Révolution presque universelle
ébranlait et renversait par degré l'Empire et le
système religieux des Romains, aux préceptes
trop méconnus de l'éternelle raison se substi-
tuèrent des idées de perfection plus sublimes.
Les privations les combats du stoïcisme, dirigés
vers un autre but encouragés par d'autres
motifs semblèrent devenir la morale dominante.
Cette exaltation qui convient à si peu d'hom-
mes, gagna jusqu'aux Législateurs et parut
changer tout-à-coup les idées qu'on avait eues
jusques-là de la nature humaine. Alors on
commença à honorer à sanctifier le célibat;
et éeux qui tenaient le sceptre de l'opinion,
égarés eux-mêmes par des vues surnaturelles,
ou dirigés par une politique adaptée à l'esprit
général semblèrent compter parmi les moyens
d'encourager cet état tout ce qui pouvait
aggraver le joug du mariage.
f 26 )
Le moment où ce contrat devint un acte
religieux ou tous les époux s'unirent sous les
yeux et sous la garantie du Ciel même, s«m-
blait devoir être l'époque de la plus haute
confiance et tel fut sans doute l'effet de cette
intervention. Mais lorsque deux Puissances d'un
ordre si différent concourent au' même objet,
il est bien difficile qu'elles aient toujours en
effet le même but que la plus faible sur-tout
constamment occupée du bonheur des hommes,
ne le soit quelquefois aussi du projet et des
moyens d'étendre son influence et qwentin le
Législateur ne se sente de ce mélange d'in-
térêts, de vues et de<miotifs. C'est ce qui est
arrivé.
Je me crois dispensé de détailler ici cette foule
de formalités, de prohibitions, d'empéchemens
accumulés bientôt pour augmenter le produit
des dispenses et toutes ces tentatives variées et
répétées sans cesse pour faire sentir à chaque
instant et par-tout l'action d'une main invi-
sible*. Moins que jamais les vrais amis de la,
religion doivent être tentés de la confondre
avec ses abus j'et moi je ne veux ajouter
ni à l'étendue, ni aux difficultés de mon sujet.
L'intervalle qui sépare les dernières loix Ro-
maines sur le divorce, des premières loix ec-
clésiastiques sur l'indissolubilité, est sans con-
tredit le plus obscur des tems historiques mais
indépendamment de la distance des unes aux
<*7)
autres, et des moyens employés pour préparer
ou assurer celles-ci, un seul fait, dans l'examen
de leurs motifs, doit suffire ce semble, pour
écarter toute espèce de prévention c'est que
ces loix qui paraissaient défendues par une an-
tiqnité si imposante, ne remontent pas en effet
chez nous au-delà de huit siècles et que nous
les devons précisément au .période le plus bar-
bare, celui où la France et l'Europe étaient
enveloppés des plus épaisses ténèbres.
Pendant la corruption d'un Empire vieilli, et
tombant en ruines sans doute les Romains
esclaves n'avaient pu conserver cette austérité
de mœurs qui avait rendu, dans les premiers
tems, le divorce si rare. Lorsqu'ensuite la bar-
barie, éntée sur la corruption, offrit, dans les
moeurs, tous les bisarres ou monstrueux effets
du mélange des races, après ces convulsions,
ces déchiremens épouvantables de toutes les
parties du monde politique, les loix exigeaient
à coup sûr quelques réformes.
J'ignore dans quel conseil fut agitée une
innovation de cette importance! mais il me
semble que pour faire adopter, comme remède
à la dégradation universelle, l'indissolubilité
du mariage, tous les raisonnemens possibles,
si on raisonna, ne pouvaient guères signifier
que ceci
Le divorce est trop commun donc il
faut le supprimer. Le concubinage trop ré-
(a8)
pandu donc il faut rendre le mariage plus
effrayant. Les moteurs sont dépravées; donc il
faut des loix plus sévère* car dans des tems
de corruption, les hommes sont plus dociles:
on obtient plus d'eux en exigeant davantage
et il suffit de faire des loix pour qu'elles soient
respectées. Enfin il serait utile aux enfans que
leurs parens fûàsent toujours unis; donc il est
bon qu'ils le paraissent.
Quelle foule de réponses la raison offrait
contre ces dangereux et imprudens novateurs
Vous" pensez que la licence des moeurs exige
encore plus de sévérité dans vos institutions.
Vous croyez que l'homme vaudra mienx moins
il sera libre (i). Vous voulez enfin ajouter des
loix à des loix méprisées; quel en. sera l'objet?
(i) Si l'ori jugeait des moeurs d'un Peuple par le
rigorisme de ses \o'<x on aurait du avoir dans
les derniers teros la meilleure opinios des Na-
tions modernes. Car depuis les règles monacales
jusqu'aux loix du mariage jamais chez a,ucun Peuple
la législation ne suppcta dans les hommes plus de
docilité des vues plus pures et des passions plus
calmes.
Mais 0n n'ignore plus combien est critique
sur-tout pour un grand Peuple le moment où
le système de ses loix se trouve tout-à,-fait en
opposition avec ses opinions et ses moeurs. Or telle
( n )
Pour attacher tous, le» individus la perpé-
traité de l'espèce, consacrer chaque génération
au bonheur de la suivante rendre entre les
époux tous les devoirs faciles, la Nature nous
a donné l'amour mais elle n'a pas voulu que
l'amour fut éternel. Avez-vous trouvé un moyen
de le fixer ou d'y suppléer? Voilà ce qu'il fau-
drait faire. Il faudrait change cet être faible
qui a reçu une existence fugitive et des sen-
timens moins durables. En lui imposant de
nouveaux devoirs, il faudrait augmenter ses
forces, doubler à la fois et réprimer ses de-
sirs ou changer en même-tems son imagina-
tion et son coeur. Suffit-il de parler pour
opérer tous ces prodiges ? Avez-vous pris des
précautions pour que dans le rapprochement
était notre situation long-tems avant que nos
Législateurs d'alors parussent le soupçonner.
Enfin on le sait, la loi ne doit défendre que et
qui nuit ne doit ordonner que ce qui est néces-
saire. Si vous avez été au-del'à si' vous avez im-
posé à l'homme d'inutiles entraves, s'il veus voit
poursuivre avec rigueur et flétrir par la honte des
actions en elles-mêmes indifférentes les notions du
juste et de l'injuste se confondent dans son esprit.
Combattues à-la-fois par la raison et les passions
iéunies les loix enfin sont méprisées le Peuple
est sans morale et c'est alors qu'un mouvement
mal dirigé peut bouleverser un Empire.
(3o)
et l'intimité de la vie domestique, une épouse
soit toujours aux yeux de son mari ce qu'était
sa maîtresse ^c'est-à-dire un peu plus qu'une
femme, la plus belle ou au moins la plus ai-
mabte à ses yeux, comme la plus aimante ?
Quand le charme sera détruit, que mettrez-
vous à sa place ?
L'estime et l'amitié? Ainsi vous croyez-bien
fermement qu'elles suffisent au bonheur, qu'elles
remplaceront toujours cet autre sentiment qui
les a trompés, qu'elles pourront sur-tout les
défendre d'une passion nouvelle. En ouvrant
les yeux sur leurs défauts réciproques, vous
emPêcherez qu'ils ne les ouvrent aussi sur ce
qui les entoure. Vous supposez qu'en perdant
le cœur de son époux, une jeune* femme per-
dra aussi-tôt aux yeux de tous les autres hommes
et sa beauté et ses moyens de séduire, qu'elle
renoncera pour toujours air bonheur d'aimer
et d'être aimée. Et cet homme, que vous
appe!lez maître en le chargeant de chaînes 4
qui vous donnez une autorité idéale et des en-
t.aves réelles, le droit d'opprimer et non celui
dette heureux, vous espérez qu'il partagera
votre confiance! Connaissez-vous ces passions
que vous voulez ainsi garrotter? Connaissez-
vous la jalousie, craignant tout, souffrant tout
ce qu'elle craint, réalisant des chimères, épou-
vantée des fantômes de la nuit? Si l'ayant
jaloux, lors rcume qu'ti est heureux, n'ost
(31)
compter encore sur ce qu'il possède s'il doute
des plus douces et des plus libres assurances,
s'il montre à chaque instant des inquiétudes
nouvelles exige tous les jours de nouveaux
sacrifices si quand il n'est pas séparé du
reste des hommes il voit en eux autant de
rivaux si dans tous les mouvemens dans
tous les regards de celle qu'il aime et tyrannise,
il voit le desir de plaire et le projet de changer;
que sera-ce donc d°un homme qui n'a d'autre
titre que le nom d'époux d'autre garant de
son bonheur, qu'une promesse ancienne, peut-
être involontaire Croyez-vous que la chaîne
qu'il tiendra le rassure ?
Il est difficile de deviner ce qu'on pouvait
opposer à ces raisons; mais sans doute unb
expérience de huit siècles doit y ajouter au-
jourd'hui quelque poids. Il faut donc regarder
plus près de nous et consulter l'expérience.
Effets de l'indissolubilité du Mariage.
Sensible et faite pour aimer, je vois une
jeune femme condamnée par une première
méprisé à gémir éternellement et sans espoir.
C'ebt son cœur seul qu'elle accuse. Que
«era-ce donc, si, en dépit d'un premier pen-
chant, ou même avant de se connaître ello
a été sacrifiée à de honteux calculs si, éprou-
vant pour la première fois le besoin d'aimer,
elle apperçoit ses fers, et reconnaît que .«on
f 3s)
premier sentiment est un crime?. ;,Que1.
réveil!
Portant dans la Société sa profonde mélan-
colie, cherchant en vain les distractions et
l'oubli de son sort, elle va retrouver par-tout
cet amant qu'elle veut fuir; et quelle que soit
la suite de cette opposition affreuse ,de ses
préjugés et de sa raison de ses désirs et de
ses principes elle voit des tourmens égaux
pour prix de sa victoire ot de sa défaite.
Eprouvera-t-elle au moins dans ses combats
cette douce satisfaction qui paie ordinaire-
ment les sacrifices commandés par la vertu ?
Quoi la Nature aura mis la même sanction à
vos ridicules fantaisies et à ses décrets éternels
Vous n'aurez eu qu'à la contrarier et elle
aura aussi-tôt bouleversé ses premières loix! eUe
aura à mesure que vous aurez changé vos
opiniuns changé aussi le cœur de l'homme
Né pour aimer vous lui direz n'aime rien
et le voilà seul et il sera consolé parce
que vous aurez appelle cela la vertu
C'est au nom de la morale que l'on sou-
tient encore l'indissolubilité du mariage. Vou-
léz-vous savoir ce que les mœuft vont y gagner?,
Le voici. Cette même femme dont une autre
union garantirait à-la- fois le bonheur et l'inno-,
cence cette femme a succombé. La voilà pour
la vie luttant contre les remords, cherchant à
étouffer des souvenirs qui l'importunent Forcée
twl"
G'
vivre avec l'homme qu'elle trompe )d
voyez-vous s'exerçant d soutenir ses regards,1
s'habituant par,degrés à la^tusseté dissimu-
tant sa haine et finissant peut-être pour aug-
menter sa séeurné par lui prodiguer tes
caresses. Dégradée à ce point quels
devoirs respectera- 1 elle ? Ah si elle conserve
quelque honnêteté quelque énergie ce sera
pour briser ses lians, ,secouer, un joug
et braver publiquement vos convention
Mais d'autres noeuds la retiennent. Sas en.:
fans.trt Vont-ils rappeller à la vertu une
épouse imprudente ? Un époux malheureux
trouvera t il l'oubli de ses chagrines dans les
soins touchans de l'éducation, paternelle ?.
Quel mot vous ave* prononcé Voyez cet époux
trahi, ou égaré seulement par le soupçon, re-
poussant avec horreur ses' enfans effrayés. Re-
venez le lendemain, tous les jours vous le
trouverez tour-à-tour morne ou agité par fes
furies secouant inutilement sa chaîne. oû
bien, consolé détrompé à-la-fois de l'amour et
de la vertu, demandant le plaisir et prodiguant
le mépris à toutes les femmes.
Ici*, sans doute on reconnaîtra nos moeurs.
Car déjà peut -.être on m'avait reproché de
parler d'un autre Pays ou d'un autre siècle.
Est ce en effet au -centre du goût, dè la poli-
tfisse «t des plaisirs au milieu des dédomma-
<̃)-̃
mens et des ressources,.est-ce là qtie i'amoif
peut être exigeant ou malheureux Depuis
longtems nos passions sont plus calmes.
Mais le bonheur Vous nié montrez deux
époux vivant en Bonne intelligence se payant
mutuellement de politesse et d'égards s'aiment-
ils ? Qu'ont ils besoin de s'aimer ? Chacun
d'eux a ses goûts ses amis, ses affaires. Quand
ils se rencontrent' ils se savent gré de leur
mutuelle complaisance. L'un est le modèle des;
maris raisonnables l'autre l'exemple des fem-
mes sensées. Leurs en fans ? vous ignorez
leurs conventions ils n'en auront pas. Ainsi
unis en apparence, ils ont brisé en effet une
chaîne importuue et le mariage le plus heu-
reux est un divorce réel.
Ce n'est pas tout. Inaccessible à tous les
sentimens honnêtes le cœur de cette femme
«'ouvre à la vanité. La voilà qui excède son
mari d'abord, puis un amant, de ses fan-
taisies toujours renaissantes. Si le premier ne
suffit pas, où s'arrêtera-t-elle ? P son mari air
moins va-t-il l'effrayer sur l'avenir, et la ra-
mener par ses conseils? Son mari, voici'
ce qui l'occupe. Après avoir essuyé successi-
vement de l'indifférence, de l'humeur, de la
baine il se résigne et cherche ailleurs ce qu'.it
ne trouve plus chez lui, l'amour où son fan-
tôme la liberté, les complaisances. Trompé
aussi par ses maîtresses, bientôt il renonce 4"

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