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EAN : 9782335028973
©Ligaran 2015
Introduction
« Il a été l’homme le plus funeste de son siècle. Bonaparte lui-même n’a pas été un plus grand ennemi de l’espèce humaine. C’était un homme qui défendait la petite vérole, l’esclavage et l’infanticide ; qui dénonçait les soupes économiques, les mariages précoces et les secours de la paroisse ; qui avait l’impudence de se marier après avoir prêché contre la famille ; qui pensait que le monde est organisé d’une manière tellement défectueuse que les meilleures actions y produisent les pires maux ; qui a enlevé toute poésie à l’existence et débité un dur sermon sur le vieux thème : Vanité des vanités, tout n’est que vanité ! » Tel est, au dire d’un récent biographe et commentateur de Malthus, le portrait de l’auteur de l’Essai sur le principe de populationtracé par les adversaires le sa doctrine. Encore ce portrait n’est-il pas complet ; il y manque des traits essentiels, que les socialistes du continent se sont chargés d’y ajouter.
« La théorie de Malthus, disait Proudhon en 1848, dans un article demeuré célèbre, c’est la théorie de l’assassinat politique, de l’assassinat par philanthropie, par amour de Dieu. – Il y a trop de monde au monde ; voilà le premier article de foi de tous ceux qui, en ce moment, au nom du peuple, règnent et gouvernent. C’est pour cela qu’ils travaillent de leur mieux à diminuer le monde. Ceux qui s’acquittent le mieux de ce devoir, qui pratiquent avec piété, courage et fraternité les maximes de Malthus sont les bons citoyens, les hommes religieux ; ceux qui protestent sont des anarchistes, des socialistes, des athées… Qui viendra me dire que le droit de travailler et de vivre n’est pas toute la révolution ? Qui viendra me dire que le principe de Malthus n’est pas toute la contre-révolution ? » À un autre bout de l’horizon, la théorie de Malthus était condamnée comme immorale et abominable ; en 1856 la sacrée congrégation de l’index mettait en interdit leDictionnaire de l’économie politique, infecté de malthusianisme, et un prédicateur du temps jetait l’anathème sur les époux malthusiens qui, « privant à la fois l’État de citoyens, l’Église d’enfants et le ciel d’élus, pèchent contre la société, contre la terre et contre le ciel, attaquant Dieu directement et lui disputant les créatures que sa puissance se préparait à produire et les âmes que sa miséricorde voulait sauver ».
C’est là ce qu’on pourrait appeler la légende du malthusianisme, et cette légende est précisément le contre-pied de l’histoire. Le plus grand ennemi de l’espèce humaine était un homme de mœurs douces, un excellent père de famille, un philanthrope non moins qu’un économiste, et sir James Mackintosh disait de lui, en associant sa mémoire vénérée à celle d’Adam Smith et de Ricardo : « J’ai connu un peu Adam Smith, beaucoup Ricardo, intimement Malthus et je puis dire, à l’éloge de la science économique, que ces trois grands maîtres ont été les hommes les meilleurs que j’aie connus ». La vie de Malthus et son œuvre, étudiées sans parti pris, témoignent en faveur de l’appréciation flatteuse de Mackintosh. C’est pourquoi, si général que soit encore le préjugé populaire à l’égard de l’auteur de l’Essai, on ne doit pas désespérer de le dissiper et de remplacer la légende par l’histoire. I .Biographie. – Né dans le domaine de Rookery, sur la route de Dorking à Guildford, le 14 février 1766, Thomas-Robert Malthus était le second fils de Daniel Malthus, honnête propriétaire campagnard, d’une fortune modeste, qui avait étudié à Oxford sans y prendre ses grades et passait dans son voisinage pour un esprit excentrique ; il avait fait la connaissance de Rousseau et s’était enthousiasmé pour le système d’éducation de l’Émile. Il l’appliqua à ses enfants, et jusqu’à l’âge de neuf ou dix ans, Thomas Robert jouit du bénéfice d’une sorte de laissez faireson premier biographe, l’évêque Olter, considère comme irrégulier, mais qui que ne paraît avoir nui ni à la croissance vigoureuse de son corps ni au développement de son esprit. En 1776, on le confia à M. Richard Graves, recteur de Claverton près de Bath, qui lui apprit un peu de latin ; il passa ensuite aux mains d’un ministre dissident d’un haut mérite, George Wakefield, qui le fit entrer comme pensionnaire au collège de Jésus à Cambridge en 1784. Son éducation achevée, il entra dans les ordres et alla desservir une cure près d’Albury.
Ses biographes ne nous disent pas comment il fut amené à s’occuper particulièrement d’économie politique. Nous savons seulement qu’il écrivit en 1196 un pamphlet intituléla Crise que son père le dissuada de publier. Deux ans plus tard, en 1798, paraissait, sans nom d’auteur, son œuvre capitale, l’Essai sur le principe de population. Eu 1803, il en publiait la seconde édition, considérablement augmentée et, sur quelques points essentiels, sensiblement modifiée. Le retentissement de cet ouvrage et la protection de Pitt, avec qui il s’était rencontré au dîner de commémoration de Trinity college, lui valurent d’être nommé en 1805 professeur d’histoire et d’économie politique au collège d’Hayleibury près d’Hertford. Ce collège venait d’être fondé par les directeurs de la compagnie des Indes, à l’usage des cadets qui se destinaient au service civil de la compagnie. Ils y passaient deux ou trois ans. Le programme comprenait l’histoire générale, l’économie politique, les lois et la constitution britanniques, les relations politiques et commerciales de l’Angleterre avec l’Inde, les langues orientales, les mathématiques et la philosophie naturelle. Les cours étaient : de deux années. Les élèves, au nombre de quarante environ, étaient âgés de quatorze à vingt-deux ans. La classe de Malthus, appartenant à la seconde année du cours, n’en comprit jamais, plus de 12 à 14. Les professeurs étaient pour la plupart dans les ordres et ils remplissaient, à tour de rôle, leur office à la chapelle du collège. Leurs fonctions leur laissaient des loisirs qu’ils pouvaient consacrer à d’autres travaux, tout en les affranchissant des soucis matériels de la vie. Malthus n’eut guère d’autres revenus que ceux qu’elles lui procurèrent pendant trente ans, de 1805 à 1834. Malgré le succès de sonEssai, il disait en 1820 à un publiciste français, Léonard Gallois, que ses ouvrages ne lui avaient pas rapporté 1 000 livres sterling ; conséquent avec ses principes, il s’était marié tard. Peu de temps avant sa nomination au collège d’Hayleibury, le 13 mars 1804, il épousait Harriet Eckerstall, à laquelle il était fiancé depuis plusieurs années. Il avait alors trente-huit ans. Il eut trois enfants, et non pas onze, comme le croyait M. Cherbuliez, en racontant dans leJournal des Économistes (1850) que Malthus avait été faire une visite à M. de Sismoudi à Genève, suivi de ses onze filles ! Deux de ses enfants, un fils entré dans les ordres, et une fille lui survécurent. Miss Harriet Martineau, qui alla passer quelques jours chez Malthus, en 1833, fait une aimable description de l’intérieur de l’illustre auteur de la théorie de la population et de sa vie paisible et studieuse. La réimpression de sonEssaila publication et de ses autres ouvrages furent les seuls évènements de son existence, tout entière vouée à la science et aux devoirs de ses fonctions de professeur et de ministre du culte. En 1819, il devenait membre de la Société royale, et en 1821 il prenait part à la fondation du Club d’économie politique de Londres ; plus tard, en 1833, il était élu membre associé de l’Académie des sciences morales et politiques de Paris et membre de l’Académie royale de Berlin. Il comptait au nombre de ses amis James Mackintosh, Borner, Ricardo et J.-B. Say.
Une physionomie sereine, avec un caractère de fermeté, tempérée par la douceur, telle est l’impression que laisse un beau portrait de Malthus, à un âge déjà avancé, par Linnel (gravé par Fournier pour laCollection des principaux économistes). Il était grand et de tournure élégante. Sa parole était claire, quoique sa prononciation fût légèrement défectueuse. Sydney Smith disait à ce propos :Je consentirais volontiers articuler aussi mal si je pouvais penser et agir aussi bien.
Il était, dit Charles Comte, d’un caractère si calme et si doux, il avait sur ses passions un si grand empire, il était si indulgent pour les autres, que des personnes qui ont vécu près de lui pendant près de cinquante années, assurent qu’elles l’ont à peine vu troublé, jamais en colère, jamais exalté, jamais abattu ; aucun mot dur, aucune expression peu charitable ne s’échappèrent jamais de ses lèvres contre personne ; et quoiqu’il fût plus en butte aux injures et aux calomnies qu’aucun écrivain de son temps et peut-être d’aucun autre, on l’entendit rarement se plaindre de ce genre d’attaques, et jamais il n’usa de représailles. Il était très sensible à l’approbation des hommes éclairés et sages ; il mettait un grand prix à la considération publique ; mais les outrages non mérités le touchaient peu, tant il était convaincu de la vérité de ses principes et de la pureté de ses vues ; tant il était préparé aux
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