Essais de discours religieux pour la fête anniversaire du couronnement et du sacre de Sa Majesté Napoléon,... pour celle de la naissance de ce prince, et pour l'anniversaire du rétablissement de la religion dans l'Empire français ... par M***

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Dubroca (Paris). 1807. 340-[1] p. ; in-12.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1807
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ESSAIS
DE
DISCOURS RELIGIEUX.
ESSAIS
DE
DISCOURS RELIGIEUX
POUR la Fête Anniversaire du Couronnement et
du Sacre de Sa Majesté NAPOLÉON , Empereur
des Français ; pour celle de la Naissance de ce
Prince, et pour l'Anniversaire du Rétablissement
de la Religion dans l'Empire Français :
suivis
De deux autres Discours, dont le premier : sur l'Amour de
la Patrie , les Devoirs des Citoyens , et la Fidélité
qui est due au Prince ; et le second : à la gloire de
Napoléon-le-Grand, Pacificateur du continent de
l'Europe , et à celle des Armées françaises ; pour la
Célébration de la mémorable Paix de Tilsit,
PAR M***.
A PARIS,
DUBROCA, Libraire, rue Christine, nO. io,
CHEZ faubourg Saint-Germain j
CHEZ LENORMANT , Libraire, rue des Prêtres-Saint-
> Germain-l'Auxerrois.
1807. -
1
DISCOURS
Four Vanniversaire du couronnement
de S. M.. Napoléon , empereur des
Français, et de la mémorable,
victoire d'jlusterlitz.
Et ait Samuel ad omnem. populum: certe vi--
dttis quem eiegit Do mi nus, quoniam non ait'
similis illi iTl ornni populo. Et clamavit omnis-
fopulus, et ait: v:val rex!
Certes, vous le voyez, dit Samuel à tout le-
peuple, quel est le prince que le Seigneur a
choisi ; nul dans toute la nation ne peut lui être
comparé. A ces mots, tout' le peuple se répandit
-en acclamations et s'éeria de concert : vive le roi !'.
Premier liv. des Rois, chap. X, llers. 24..
Si jamais nos cœurs durent écla-
ter devant le Seigneur en transports-
d'allégresse; si jamais les- temples
sacrés durenL retentir des cris de
jiotre reconnaissance envers rEter-
jael et de nos voeux pour l'auguste sou-
yetaiu de cet empire a c'est sur-tout
( g ,
dans ae jour solennel, éternelle..:
ment institue pour retracer avec les !
deux plus grandes époques de notre
histoire, les bien faits les plus signalés
de la miséricorde divine.
Certes, vous le voyez mainte-
nant IpouvoDs-nous vous dire avec
le prophète Samuel, quel est le
prince que le Seigneur nous a donné.
Tout porte en lui l'empreinte d'une
élection particulière et divine. Certe
videtis quem elegit doininug, Les "pi us
grands obstacles ont cédé à l'as-
cendant de sa sagesse et de son gé-
nie; un nouvel empire, fondé par
ses mains, s'est élevé sur les rui-
nes d'un Etat prêt à être effacé
du rang des puissances, la terreur
précède ses armées; une valeur in- -
vincible anime les guerriers qui mar-
chent sous ses drapeaux; l'antique
domination des Français est recoa-/
( 5 )
vrée; de nouvelles institutions, dignes
du beau siècle de Salomon, affermis-
sent de toutes parts les bases de la
prospérité publique ; la religion, cette
première sauve-garde de la sûreté des
Etats, et sans laquelle on avait si im-
prudemment essayé d'élever Fordre
social, a repris son empire.En vain on
chercherait dans l'histoire l'exemple
de tant de révolutions aussi éton-
nantes et aussi glorieuses , et parmi
les hommes qui ont figuré sur la
scène du monde le modèle du prince
qui les a exécutées. Quoniam non sii -
similis illi in omnipopulo.
Essayons M. de rassembler nos
ittees dans un sujet qui en fait naître
a a fois de si grandes et de si nom-
breuses , et bornons-les à l'applica-
tion des paroles du prophète Samuel
que j'ai empruntées ; voici mon des-
sein :
- (4 )
Dans les moyens qui ont ame*
- Napoléon à l'empire et qui qf
précédé son couronnement, v l
verrez les signes les plus évidensl
l'élection particulière du seigneui
Certe videtisquem elegit Dominus..
Dans la sagesse de son administra
tion et dans la victoire à jamais mt
morable qui a couronné la premier
année de son règne, vous vern
cette élection justifiée par les tém.
gnages les plus éclatans de la protêt
tion divine ; Quoniam non sit simii
illiin omni populo.
Pardonnez , ô grand prince ! u
pour célébrer les bienfaits de la mi
séricorde divine dans le salut de
France et dans l'établissement W
ce glorieux empire, nous soramu
souvent forcés de parler de vous
de vos titres à la gloire immortelle
que vous avez acquise. Nous n'oirc
( 5 )
blierons pas que c'est au Seigneur
sur-tout que doivent se rapporter
tous nos hommages ; trop heureux
de pouvoir les confondre avec les
sentimens de reconnaissance, de
respect et d'amour qui nous lient à
votre personne sacrée !
Ne cherchons point, M., à péné-
trer les desseins de la Providence
dans la chute des empires ou dans
l'abaissement quelque-fois si éton-
nant et si rapide despuissans de la
terre. Si notre foiblesse s'étonne enco-
re de ce spectacle dont nos yeux ont
été les témoins , souvenons-nous
que tout dans l'univers s'enchaîne et
se lie aux décrets éternels de la Pro-
vidence; que rien n'est ici bas
l'ouvrage d'une aveugle fatalité ;
que les révolutions des empires
sont réglées par le souverain arbitre
(6)
des mondes; ce que c'est le Seigneur
qui ôte et qui donne la vie., qui con-
, duit au tombeau et qui en retire,
qui abaisse et qui élève; que c'est lui
qui tire le faible de la poussière pour
le faire asseoir entre les princes et le
placer sur un trône de gloire ; qu'à
lui seul appartiennent les fondemens
de la terre , qu'il y affermit les
pieds de ses élus, et y réduit les impies
au silence, afin que tous apprennent
que l'homme ne sera jamais affermi
par sa propre force (1). »
(1) Deus mortificat et vivificat; dedu-
cit ad inferos et leducit ; dominus paupe-
rem facit et ditat; humiliât et sablevat;
suscitât depulvereegenum, utsedeatcupa
principibus, et solium gloriae teneaL Do-
mini enim sunt cardines terrae, et posuil
super eos orbem ; pedei sanetprum ser-
vabit, et impii in tenebris conticescent
quia non in fortiludine sua roborabitu]
vir. i. reg. a.
( 7 )
Dieu , dit le grand Bossuet, ne
déclare pas tous les jours ses volon-
tés par ses prophètes touchant les
rois et les monarchies qu'il élève ou
qu'il détruit : mais l'ayant fait tant
de fois à l'égard des grands empires
de l'antiquité ; il nous montre par
ces exemples fameux ce qu'il fait
dans tous les autres ; et il apprend
aux rois ces deux vérités fondamen-
tales : premièrement que c'est lui
qui forme les royaumes pour les
donner à qui il lui plait ; et en se-
cond lieu , qu'il sait les faire servir
dans le tems et dans l'ordre qu'il a
résolu, aux desseins qu'il a sur son
peuple (1).
Loin de nous encore de changer ,
par le souvenir de nos maux, en un
(1) Discours sur l'Hist. Univ. des em-
pires.
( 8 )
jour de tristesse celui qui ooix eue
consacré à célébrer les plus grands
: bienfaits de la miséricorde divine
« Peuples bénissons notre Dieu e1
» faisons retentir par-tout seslouan-
» ges. C'est lui qui a mis notre vi-
» en sûreté, et qui n'a pas permi
» que nos pieds fussent ébranlés. Oui
» vous nous avez éprouvés, ô moi
» Dieu ! vous nous avez laissé tombe
» dans les filets de nos ennemis; vou
» nous avez accablés de tribulations
» vous nous avez soumis à des hom
» mes indignes de leur puissance
» noUS avons passé par le feu et 1 eai
» mais vous nous avez enfin cor
» duits dans un lieu de repos et d
» sûreté ; tous nos maux sont etts
) cés; il ne nous reste plus qu'a a<
» complir l'es vœux que nos levr
» ont prononcé pendant les jours (
» notre affliction; qu'à brûler si
( 9 )
» vos autels l'encens de notre re-
» connaissance et de notre amour,
» et qu'à raconter à ceux qui crai-
» gnent le Seigneur, tout ce que sa
» miséricorde a opéré en notre fa- ,
» veur (i ).»
La France , M. , cette gran de et
antique monarchie, qui reposait sur
(1) Benedicite gentes deum noslrum;
et auditam facite vocem laudis ejus. Qui
posuit animam meam ad vitam et non de-
dit in commo lionem pedes meos.Qu oniam
probasti non deus; induxisli nos in
laqueum ; posuisti tribulationes in dorso
nostro imposuisli liomines super capita
nofatra; transivimus per ignem et aquam :
et eduxisti nos in refrigerium. reddam tibi
vota mea quae distinxerunt labiamea
in tribulatione. venite, audite et nar-
rabo omnes qui timetis deum quanta fe-
citanimse meae. Psalm. 65.
( » )
douze siècles de gloire, devait être
battue par la plus terrible des tem-
pêtes ; mais elle ne devait pas périr :
tel était le dessein secret de la Pro-
vidence. L'ambition, l'impiété et la
tyrannie devaient porter le fer
et le feu dans le sein de ses ha-
bitans ; ses villes devaient être dé-
truites, ses coutumes changées , ses
temples profanés , sa religion ren-
versée; les discordes civiles devaient
la déchirer au dedans, tandis que
des étrangers devaient l'attaquer
avec acharnement au dehors : mais
elle devait se relever de sa chute,
réparer avec avantage le malheur
de ses-pertes, repousser à son tour
les attaques de ses ennemis, rétablir
*' hautement le culte du vrai Dieu,
purifier ses temples, relever le trône
de Charlemagne, forcer les peuples
à rechercher son amitié; en un mot
m
( rrl )
porter plus loin qu'elle n'avait en-
core fait la gloire de son nom, la
liberté de ses enfans, la terreur de
ses armes et la pureté de sa religion.
Mais à qui devait-elle être rede-
vable de tant de bienfaits? élevons
encore ici nos âmes vers les grandes
idées de la religion. Dieu tient, du
-plus haut des cieux , les rènes de
tous les royaumes; il a tous les cœurs
dans sa main. C'est lui qui tire à son
gré, des trésors de sa providence, ces
grandes ames qu'il a choisies comme
des. instrumens visibles de sa puis-
sance, pour faire naître du sein des
tempêtes le calme et la tranquillité
publique, pour relever les Etats de
leur ruine, et faire rentrer les peu-
ples dans le chemin de l'ordre et de
la justice.
Et tel est, M., le prodige que la
Providence avait opéré en notre fa-
( 12 )
veur ; tandis que nous gémissions
encore incertains du sort qui nous
était réservé , Dieu avait prononcé
r sur nous et sur les destinées de ce
grand empire : il avait déjà marqué
du sceau de son élection le prince
qui devait servir à ses desseins. C'est
de lui qu'il avait dit comme autre-
fois de David : « Jei établi un hom-
me puissant, pour être l'instrument
de ma protection ; j'ai élevé d'entre
mon .peuple celui que j'ai choisi, et
je l'ai sacré de mon huile sainte; ma
main ne l'abandonnera point et mon
bras le fortifiera. L'ennemi n'aura
aucun avantage sur lui, et l'enfant
d'iniquité ne pourra lui faire du mal.
J'exterminerai ses ennemis à ses ye ux
et je mettrai en fuite ceux qui le
haïront. Ma vérité et ma miséricorde
l'accompagneront, et c'est en mon
nom qu'il établira sa puissance. J'é-
( 15 )
tendrai son empire sur les mèrs, et
sa-domination sur les fleuves. Je le
ferai mon fils aîné, et je l'élevrai au-
dessus de tous les rois de la terre.
J'affermirai sa race pour toujours ,
et j'égalerai la durée de son trône à
celle des cieux (1). »
(t) Posui adjutorium in potente et
exaltavi electum de plebe mea. Inveni
David servura meum; oleo sancto meo-
unxi eum. Manus enim mea auxiliabitur
ei, et brachium meum confortabit eum.
Nihil proficiet inimicus in eo, et filius
iniquitatis non apponet nocere ei. Et
concidam a fadie ipsius inimicos ejus,
et odientes eum in fugam convertam. Et
veritas mea et misericordia mea cum ipso,
et in nomine meo exaltabitur cornu ejus.
Et ponam, in mari manum ejus, et in
fluminibus dexteram ej us et ego primo-
genitum ponam illum, excelsum pras re-
gibus terrae.. et ponam in aeculu.u seculi
( i4 )
Grandes et sublimes destinées !
avec quel éclat elles se. réalisent
dès que l'instant de l'exécution des
desseins de la Providence est arrivé!
Si la voix des prophètes n'annonce
pas au peuple l'élection du prince
qui doit être leur libérateur, les
signes les plus évidens la proclament.
C'est au moment où tout était déses-
péré pour le salut de l'empire que
Dieu le place à la tète des armées, et
aussitôt « l'arc des forts est brisé?
et les foibles sont remplis de cou-
rage (1). »
semen ejus, et thronum ejus sicut dies
coeli. Ps. 88.
(l' Nommé au commandement de
l'armée d'Italie, Napoléon se montre aux
soldais qu'il doit conduire à la victoire :
que voif-il ? des guerriers bravant encore
à la vérité le fer ennemi, mais succombant
sous la multitude des maux qui les acca-
( i5)
Que ceux qui ne savent ou reposer
leurs idées dans les événemens de la
vie, et qui ne remontent jamais au
suprême moteur de toutes choses ex-
pliquent s'ils le peuvent, par les idées
de fortune, de bonheur, cette suite
blaient de toutes parts, privés de tout,
manquant de pain, de vêtemens, d'armes.
Ces honorables soldats ne comptaient plus
que sur les ressources d'un courage iné-
puisable ; et, sans renoncer à l'espoir de
sauver leur patrie, ils cherchaient vaine-
ment.quel génie puissant pou rrait les ar.
racher. aux maux "qui rendaient leur
valeur et leur constance presque inutiles.
A l'aspect du jeune héros sur le front du-
quel brillaient déjà les présages de la
gloire immortelle qu'il allait recueillir,
leur confiance se J'anime, leur courage
s'exalte, et cette armée de soldats abattus
consternés, épuisés, se change tout-
à-coup en une armée de héros.
( 16 )
étonnante d'actions héroïques, de
victoires mémora bles qui signalèrent
ses premiers pas dans la carrière des
combats; pour moi je n'y vois, ô mon
Dieu ! que l'expression des desseins
de votre Providence qui voulait en-
tourer déjà des prestiges d'une im-
posante célébrité l'objet de votre
choix, fixer par degrés sur lui l'ad-
miration et la confiance des peuples,
et remplir l'intervalle qui le séparait
du trône par des actions dignes des
hautes destinées auxquelles vous
l'appeliez. C'est David, se frayant
un chemin à la couronne d'Israël,
par les victoires les plus glorieuses
sur les ennemis du peuple de Dieu et
remplissant ainsi les intentions de la
Providence, qui disposait tout pour
son élévation. Eh quoi ! si la fortune,
cette chimère des hommes qui fer-
ment les yeux aux bienfaits de la
(-17 )
2
Providence, eût pu quelque chose
pour soutenir le héros de la France
dans la carrière qu'il parcourait avec
tant de gloire, lui aurait-e lle donné
cette valeur sage et réglée avec la-
quelle il maîtrisa tant de fois à son
gré les événemens ; cette valeur qui
s'animait à la vue des ennemis, qui
dans le péril même pourvoyait à tout,
prenait tous ses avantages, et ne se
mesurait qu'avec ses forces; cette
valeur qui entreprenait les choses
les plus difficiles, mais qui ne tenta
jamais les impossibles, qui n'alban-
donnait rien au hasard de ce qui
pouvait élre conduit par la vertu,
qui osait tout quand le conseil étaut
inutile, et qui faisait braver la mort
quand le danger était inévitable?
Apprenez-nous, grand prince, car
c'est vous seul qui pouvez nous dé-
voiler ce secret : quel était le principe
( 18 )
de cette confiance qui vous animait
dans les combats, qui vous soutenait
dans les plus grands dangers , et qui --
Vous rendait toujours si supérieur
aux événemens? n'était-ce pas le
pressentiment de votre grandeur fu-
ture ? et ce pressentiment qui au-
rait pu vous l'inspirer, si non celui
qui dispose des pensées comme il
dispose des empires; qui dissipe à
son gré les projets des nations, qui
fait échouer les desseins des peuples,
tandis que les vues de sa Providence
s'exécutent pour l'éternité, et que
les pensées de son cœur durent dans
la suite des siècles (îj. N'était-ce pas
(1) Dominus dissipat consilia gentium
reprobat autem cogitationes populorum,
-pprobat consilia principum. Consi-
ntem domini in seternum manet; co-
cordis ej us in generatione et
"1).. Ps. 3 a.
( 19 )
cette confiance venue d en haut,
qui , avant d'aller vous mesurer
contre les nombreux ennemis ras-
-semblés sur les frontières de cet em-
pire et prêts à l'envahir, vous fit
dire, comme autrefois au saint roi
prêt à aller combattre le superbe
Goliath : « Oui, j'irai, et j'effacerai
» la honte du peuple qu'on ose mé-
» diter d'asservir; je ferai cesser
» l'opprobre dont on le couvre, et je
» le ferai retomber sur ses enne-
» mis (1). »
Tout était accompli d'après ces
promesses ; la coalition des peuples
ennemis de la France , semblable au
géant dont parle l'écriture, était ter-
rassée ; et une paix glorieuse avait
couronné deux ans de travaux inouïs
(1) Nunc vadam et aufieram oppro-
brium populi. R g. 1 lib. XVII. 56.
C 20 V
et de victoires à jamais mémora-
bles , lorsque de nouveaux témoigna-
ges d'une élection divine éclatèrent
- en faveur du prince qui devait pré-
sider à nos destineés.
Dieu, qui par des moyens secrets
conduit toujours sûrement à leur fin
les desseins de sa Providence, permet
qu'il s'éloigne des climats qu'il ve-
nait de remplir de sa gloire (i)?et
aussitôt le ciel retire sa protection
puissante; les traités de paix sont
foulés et brisés ; les ennemis de la
France, fiers de n'avoir plus à com-
battre -celui qui les avait tant de fois
vaincus, se rallient, renouent leurs
projets, et fondent à la fois sur nos
frontières; la confusion et l'aveu-
glément règnent dans le conseil des
(1) On n'a pas besoin de dire qu'il s'a-
git ici de l'expédition d'Egypte. -
( 21 )
dépositaires de l'autorité publique ;
les discordes se réveillent dans tous
les cœurs; les armées éprouvent des
défaites honteuses ; les braves de la
natidn périssent, et la France se re-
trouve encore une fois sur le bord
d'un abîme où sa perte paraît inévi-
table. Que manquait-il, grand Dieu !
à notre malheureuse patrie, dans ces
circonstances funestes ? celui que
vous aviez choisi pour en être le sau-
veur et l'arbitre. Vous vouliez nous
apprendre qu'en vain d'autres pré-
tendraient à la glorieuse mission que
vous lui aviez confiée, et qu'à lui seul
tenaient désormais les destinées de
la nation que vous aviez résolu de
sauver.
Eclairés par cette grande leçon,
tous les yeux se tournent vers celui
qui semblait tenir dans ses mains
le sort de l'empire; mais quellepuis-
( 22 )
sance le rendra à la France avant que
sa ruine soit consommée? quelle
main le cond uira à travers les flots
d'une mer toute couverte de vais-
seaux ennemis ? comment espérer
son retour quand la voix gémissante
de la patrie ne peut arriver jusqu'à
lui pour exposer à son cœur les maux
qui la déchirent? Français! c'est à la
religion surtout à recueillir ce grand
trait de notre histoire, parce qu'il
appartient tout entier à l'oeuvre
de la Providence. Ici la sagesse hu-
maine ne fait rien, c'est Dieu seul qui
se montre et qui fait tout. C'est lui
qui règle l'instant de la sortie d'E-
gypte du libérateur de son peuple,
tl'une manière si précise qu'il arrive
au moment unique où les dangers de
1 la France pouvaient être réparés:
plutôt, il n'eût trouvé peut-être
que des cœurs orgueilleux que le
( 23 )
ïnalheur n aurait pas encore instruits
et qui se seraient révoltés sans doute
contre les tentatives de sa mission,
et plus tard, les catastrophes de la
France auraient été consommées sans
retour. Dieu n'ouvre pas à la vérité les
eaux devant ce nouveau Moïse pour
lui frayer une route à travers les mers,
mais il les calme ; il n'envoie pas son
ange exterminateur pour anéantir
les ennemis qui s'étaient postés sur
son passage, mais il les disperse et
les aveugle : rien ne s'oppose à la !
marche de celui dont il conduit les
destins, et la France étonnée d'un re-
tour qu'elle n'osait ni prévoir ni es-
pérer, n'a plus qu'à ren d re grâces au i
ciel des nouveaux bienfaits dont - la !
présence de son libérateur va la
conabler. j
Je ne puis m'empêcher ici, M., de
vous faire remarquer les traits frap- j
"i
«
i
( 24 )
pans de ressemblance qui se trouvent
dans l'écriture entre la circonstance
mémorable dont il s'agit et celle
dont il y est fait mention, lorsqu'a-
près la défaite et la mort de Saiil,
David , que les persécutions de
l'envie avaient forcé de s'éloigner de
, sa patrie, et dont l'absence avait été
si funeste à -Israël, y revint tout-à-
coup , et releva par sa présence les
espérances de sa nation abattue et
découragée. A la nouvelle de son
retour inattendu, toutes les villes de
Juda* se livrèrent à une allégresse'
spontanée. Jamais tant de consola-
tions n'étaient venues adoucir à la
fois les maux du peuple de Dieu; ja-
mais un seul homme n'avait fait re-
naître tant d'espérances. Chacun se
félicitait de son retour comme d'uu
événement heureux auquel se rat-
tachaient le salut et le bonheur d'Is-
( 35 )
5
Yâël. En même temps les sages de la
nation se rassemblent et tiennent
conseil sur le fâcheux état des affai-
res publiques. La réprobation (fe la
famille de SaiiL; le choix de Dieu in-
dubitable sur David, la valeur et la
bonté de ce prince, leur intérêt-,
leur honneur-, leur danger, tout les
frappe et les détermine ; ils se ren-
dent en foule auprès de David;
ils lui présentent les vœux de tout
le peuple ; ils l'assurent de la soumise
sion, du zèle, de la fidélité de tous
les habitans de sa tribu, et le conju-
rent de régner au moins sur la mai-
- son de Juda, en attendant queDieu le
mît en possession du royaume d'!s-
raël (1).
(1) Venerunt que viri Juda, et unxe-
runt ibi Davi'd ut regnaret super domuœ
Juda, i, r-èg. XI. t.
( 26 )
A ces traits de l'histoire d'un roi
que le Seigneur avait choisi pour
sauver son peuple et relever sa gloire,
qui de vous, M., n'a pas cru entendre
celle de notre augustetiouverain, au
moment où le ciel le ramena parmi
nous des bords africains, et où les
desseins de la Providence éclatèrent
avec tant de force par le renverse-
ment subit des dépositaires de l'au-
torité publique , et par son élévation
à la première magistrature de l'em-
pire ? Qui de vous n'y a pas reconnu
les sentimens dont nous fûmes af-
fectés alors, les espérances qui en-
trèrent à la fois dans nos cœurs , et
les vœux ardens que nous formions
de voir àlatête des affaires publiques
celui que le ciel semblait protéger
d'une manière si évidente?
Mais la conformité qui se trouvé
entre les princes illustres dont il s'a-
( 27 )
git, va plus loin encore : tous les
deux, avant d'arriver au trône de
leur nation, devaient, dans les des-
seins de Dieu, donner, pendant quel-
ques années , aux peuples soumis à
leur autorité, les gages les plus cer-
tains de leur sagesse dans l'art de
gouverner : tous les deux devaient
élever par degrés sur la confiance
publique et sur l'amour de leurs
sujets, le grand édifice de leur puis-
sance. Si, par la dignité où le Sei-
gneur les avait appelés, il se fait un
grand changement dans leur fortune,
il ne s'opère dans leur cœur aucune
de ces altérations qui d'un sujet ver-
tueux font si souvent un mauvais
prince. La douceur, la générosité,
la modération étaient dans tous les
deux des vertus qu'ils n'avaient pas eu
besoin d'affecter ou de feindre. A l'âge
de trente ans où ils étaient l'un et l'an-
C « )
tre, ils avaient eu le temps d essayer
leur courage, d'éprouver leur cons-
tance , de mettre leur cœur à l'abri
des séductions du pouvoir; et ils mon-
trent bientôt que leurs grandes qua-
lités n'avaient rien de ce mérite em-
prunté qui, après avoir conduit un
liomme jusqu'au trône, l'abandonne
souvent au moment où il y monte, et
ïie laisse plus voir que les défauts
qui l'en rendaient indigne. Si David,
en prenant les rênes du gouverne-
ment , essaye d'abord de vaincre ses
ennemis par sa modération et par la
droiture de ses sentimens ; Napoléon
veut les confondre en manifestant
hautement ses intentions pacifiques
et en proposant aux ennemis de la
France les voies les plus honorables
de conciliation (1) : si le premier
1
(i) La première démarche publique que
( 29 )
forcé de combattre ceux qui lui dis-
putaient son autorité leur fait éprou-
ver la puissance de son bras; Napo-
léon , contraint de venger la gloire
du nom français, le fait avec cette
force et cette rapidité qui dans un
seul jour renversent toutes les espé-
rances de ses ennemis et les réduisent
au silence (1). Pour tous les deux
———————————————————— v—
fit Napoléon en sa qualité de premier con-
luI, fut d'écrire au roi d'Angleterre. Sa
lettre tendait à renouer des négociations
de paix. Si elle n'eut pas le succès qu'il
avait droit d'en attendre, du moins prou-
va-t-clle à l'Europe les dispositions avec
lesquelles le premier consul allait te-
nir les rênes qui lui avaient été confiées.
(1) La mémorable bataille de Marengo,
amena le célèbre traité d'Amiens qui
aurait dû rendre la paix à l'Europe, si
la foi des traités entrait pour quelque
( 5° )
les événemens obéissent et se plient
invinciblement aux décrets éternels
de la Providence; un égide impéné-
trable semble les couvrir contre les
traits de tous leurs ennemis , et ils
marchent vers le but que le Seigneur
leur a fixé, sans recevoir aucune at-
teinte de la malveillance qui les en-
toure ou les poursuit.
Grand Dieu! qui pourrait mécon-
naître votre intervention divine dans
les événemens de ce jour où tontes
les com binaisons de la plus exécrable
perversité furent dérangées etanéan-
ties pour la conservation du prince
auguste que vous aviez choisi pour
être l'instrument de vos desseins ?
Non, ce n'est point le hasard, ce
chose dans la politique d'un gouverne-
ment qui soumet toutes les idées religieu-
ses et morales aux calculs de son intérêt.
( 51 )
n'est -point la fortune qui. retarda
de quelques mstans l'explosion dé
cette maohine si digne du nom épou-
vantable qu'elle porte. C'est vous ,
Dieu puissant ! qui' paralisâtes en
quelque sorte la main étendue déjà
pour l'exécution du plus horrible
des forfaits:; c'est vous qui retintes
l'étincelle fatale qui devait le causer-,
jusqu'à ce qu'il n'y eût plus de dan-
ger pour celui que vous couvriez de
Votre protection. Ah! c'est en ce jour
sur-tout,que vous nous prouvâtes , ô
mon Dieu J que votre j ustice sur nous
était satisfaite, que vous ne vouliez
pas le renouvellement de nos maux,
et que les glorieuses destinées de cet
empire étaient irrévocablement
fixées.
Mais ce n'est pas ainsi que devaient
en juger encore les ennemis de la
France; en vain les signes de la pro-
( 3* )
tection du ciel se multipliaient sur
la tête de son libérateur, ils mécon-
naissent le doigt de la Providence,
et redoublent d'efforts pour anéantir
son ouvrage. 0 honte ! ô comble de
la dépravation humaine ! ô misères
d'une politique qui n'a pour fonde-
ment que les passions, et qui sacrifie
tout aux calculs de la cupidité ! Pen-
dant les jours d'une paix insidieuse
qu'ils n'avaient consentie que pour
mieux ourdir leurs trames crimi-
nelIes, ils méditent des assassinats,
et croient atteindre par le fer de
quelques obscurs scélérats, celui
qu'ils n'ont pu ébranler par la force.
Mais, vaine tentative ! la honte de
ce projet retombe toute entière sur
ses auteurs ; Dieu permet que le
crime soit dévoilé; le glaive de la jus-
tice s'appesantit sur ses coupables
instrumens ; ils disparaissent, et co-
( 53 )-
iui qu'ils devaient frapper reste en-
touré de la protection du ciel, dont
l'éclat si visiblement manifesté, ne
laisse plus de doute sur ce que la
Providence a résolu de lui. Posui ad-
jutorium in potente, et exaltavi elec-
turn deplebe mea. • -
Ici, M., renaît la ressemblance en*
tre le libérateur du peuple de Dieu
et le sauveur de la France ; et vous
raconter ce que nous lisons dans l'é.
ci iture de l'avénement définitif du
premier au trône d'Israël, c'est vous
tracer l'histoire mémorable de l'é-
lévation du second au trône dei
Français.
Enfin, le peuple de Dieu avait ou'
vert les yeux sur l'élection divine de
David. Une assemblée générale de
la nation est indiquée, et l'on y con-
vient sans opposition d'aller faire
hommage à ce prince de la couronné
'( 34 )
d'Israël, et de le proclamer légitime
monarque de toutes les tri-bus. Ar-
rivés en sa présence à Hébron, les dé-
putés du peuple qui étaient chargés de
lui porter le vœu de la nation s'expri-
anèrent ainsi : « Ce n'est point dau-
jourd'hui que nous nous attendons
A vous voir régner sur nous. : dans le
temps même que nous obéissions à
Saiïl, nous vous voyions avec admi-
ration à la tête des armées, les con-
duire au combat, et les ramenervic-
torieuses. Nous n'igriorons pas que
le Seigneur vous avait dit: «C'est vous
que j'ai choisi pour être le libérateur
et le chef de mon peuple ; il a fallu
du loisir pour préparer ce grand
événement, et nous bénissons le ciel
de l'avoir enfin consommé (1). »
(1) Et venerunt universae tribns Israël
ad David in Hebron, dicenles. Sed heri
( 55 )
Aux acclamations qui suivirent
ce discours, le saint roi répondit par
toutes les démonstrations d'une bien-
veillance royale et d'une admirable
modestie; il fit entendre aux députas
-des tribus que s'il se trouvait flatté
de sa glorieuse destinée, ce n'était
et nudiustertius, cum esset fcau t super
'IlOS , tu eras educens et reduc ,ns Israël ;
dixil antem Domitius ad te : pasces po-
pulum meum , et tu eris d'ax super Israël.
11 Lib reg. v. 3.
Lorsque le sena tus-' consul te organique
portant l'organisation définitive de l'em-
pire français , ffat déc'rété par le sénat, ce
corps entier l',e transporta à Saint-Cloud ,
oÙ le second con ,ul parla ainsi à l'empe-
reur :
<c »c>IRE, 1 e décret que le sénat "ien t d.
y> Rendre e't qu'il s'empresse de présenter
X> à votre J Majesté impériale, n'est que l'ex-
3> preSf ion authentique d'une volonté déjà
» exprimée par la nation. Ce décret qui
( 36 )
que par 1 esperance de com battre à
IeuJ,":t.ête.les ennemis du peuple de
Dieu, et de procurer à sa nation une
solide paix. A ces mots, les acclama-
tions recommencèrent, et l'on n'as-
- piru1 pl ug qu'après le moment où il rer
-- » vou,« défère un nouveau titre, et qui,
» après Vous, en assure l'hérédité à votre
» race, n\ajoute rien. à,5fotre gloire ni à
» vos droits, ^'amour et la reconnaissance
» du peuple fj-^oçaia ont depuis quatre
» années confié à votre Majesté les rênes
xfKu gouvernement.,*.01 les constitutions
» de l'Etat se reposaient Je;à sur VOUMCIU
» choix d'un successeur. La dénomination
» plus imposante qui; vops et,* décernée
» n'est donc qu'un tribu iv^uela nation paye
» à sa propre dignité et au" besoin qu'elle
» sent de vous donner chaque jour des
» témoignages d'un respect et d'un atUi-
» chôment que chaque jour voit. »ugmen-
». ter. etc. »
(57 )
eevrait l'onction royale sur toutes les
tribus réunies d'Israël.
Français ! ils sont encore présens
à notre esprit ces jours à jamais mé-
morables dans nos annales, où, com-
me dans Israël, le peuple tout entier
offrit la couronne impériale à son
libérateur et la plaça irrévocable-
ment dans sa famille. Avec quel
enthousiasme, avec quelle unanimité
s'opéra cette régénération politique
de la France ! jamais événement ne
fut marqué à d'aussi grands carac-
tères ; jamais l'œuvre de la Provi-
dence ne reçut parmi les hommes
un plus grand éclat. Tout ce que la
volonté nationale pouvait avoir de
plus imposant; tout ce que la religion
présente de plus auguste ; tout ce
qu'une nation peut déployer de ma-
gnificence et de pompe, concourut à
ta solennité du couronnement de
( 58)
l'empereur. Les rois de l'Europe- s'y
trouvèrent par leurs ambassadeurs ;
le peuple français toutentiery assista
par des députations nombreuses,
et l'église la consacra par la présence
du souverain pontife et de ses princi-
paux ministres. Ce fut au milieu
de ce cortège que Napoléon monta
sur le trône, qu'il reçut l'onction sa-
crée des mains du successeur de
saint Pierre, et qu'il fut salué empe-
reur des Français, par des cris una-
nimes et mille fois répétés.
Arrêtons-nous un moment, M.,
sur cette cérémonie la plus grande et
la plus imposante qui puisse s'offrir
aux regards des hommes. Non, ce
n'est point une vaine et stérile for-
malité que l'onction sacrée des rois à
l'époque de leur avènement au trône;
cette institution religieuse, qui re-
monte jusqu'aux âges les plus recu-
( 39 )
Jés, qui consacrait l'élévation dès rois
d'Israël , que tous les peuples éclai-
rés des lumières de l'Evangile ont
adoptée et maintenue (1) , est à la
fois la plus auguste et la plus adap-
tée à la majesté du trône. Le carac-
tère des souverains déjà si grand
par lui-même, en reçoit un nouveau
degré de dignité : c'est alors qu'ils
prennent le nom si respectable
d'oints du Seigneur; c'est alors que
leur personne devient vraiment sa-
crée; c'est alors qu'ils deviennent
plus particulièrement sur la terre les
représentans de la Divinité, les mi-
nistres de sa providence, les images
(1) Pépin, fils de Charles Martel, est le
premier prince français qui se soit fait
couronner avec les cérémonies de l'Eglise.
Charlemagne et ses successeurs, et par suite
les autres princes chrétiens, suivirent cet
«empie. ■ „ a-
( 40 )
Vivantes de sa gloire, et que la ma-
jesté divine siège avec eux sur leur
trône. Telle a été l'opinion de tous
les tems et de tous les peuples reli-
gieux. « Vous vous étonnez , disait
David à ses amis, en revenant de la
caverne où le Seigneur venait de
mettre entre ses mains la vie de Saül,
son plus cruel ennemi; vous vous
étonnez que je ne revienne pas teint
du sang de mon persécuteur : et moi,
je ne puis me pardonner d'avoir osé
seulement couper le bord de son mau-
teau. Me préserve le ciel d'attenter
jamais sur la personne sacrée de mon
seigneur et de mon roi. Avez-vous
oublié qu'il est l'oint du Seigneur?
Oui, j'en jure par le Dieu d'Israël,
jamais je ne porterai la main sur le
roi mon mai Ire et l'oint de mon
Pieu », (1) Et dans une autre circons-
(1) Dixit que ad viros suos; prôpitius
C 41 )
4
tance où Abisaï son neveu, àprès
l'avoir inutilement pressé dé ne point
laisser échapper la nouvelle occasion
qui se présentait de se défaite de son
implacable ennemi, s*offrait de' e
charger de ce meurtre : cc Que dites-
vous , lui dit ce prince avec indigne,
tion ? Dieu vous préserve d'un pareil
attentat ! quel est l'homme qui osera
porter la main sur l'oint du Seigneur
et qui ne deviendra pas un sacrilége?
Non, il ne sera pas dit qu'au mépris
de l'onction sacrée, j'aie souffért
qu'on attente à la vie de mon souve-
rain (i). »
sit mihi Dominus ne faciam hanc rem Do-
mino meo, Chrlsto Domini, ut mittam
manum meam in eum, quia Christus Do-
mini est. 1. Reg. XXIV. 7.
(1) Et dixit David ad Abisaï : ne inter-
ficias eum. Quis enim extendet ruanum
suam in Chr-istura Domini; et innocens
( 42 )
La religion chrétienne, qui a per-
fectionné tous les principes qui ten-
dent à la conservation des sociétés,
a développé davantage encore les
devoirs des sujets envers les princes.
Tout ce qui n'était considéré ailleurs
que comme une loi politique et d'or-
dre public, s'est changé dans l'Evan-
gile en un précepte religieux et sacré,
erit ? propitius sit mihi Dominus, ne ex-
tendam manum meam in Chistum Domi-
ni. i. Reg. XXVI. 11.
Citons encore ce trait de l'histoire de ce
grand prince, le modèle des justes de tous
les siècles. Après la mort de Saiil, tué au
combat de Gelboë contre les Philistins,
un Amalécite, croyant s'attirer les bon-
nes graces de David , en venant se vanter
à lui d'avoir aidé Saùl à terminer ses jours,
et en lui présentant le bandeau royal et le
brasselet de ce prince : « Malheureux!
s'écria David , qu'avez - vous fait ? Quoi!
( « )
.- à Inobservation duquel sont atta-
chées les récompenses du ciel, et -
d-ont les infractions sont des attentats
dignes des vengeances éternelles.
"î/obéissance aux souverains y est si
expresse et si exclusive qu'elle doit
rester pure et inébranlable, même
sous le joug des princes les plus in-
justes. Tout s'y trouve réglé sur cet
vous n'avez pas tremblé de porter vos
- mains sur l'oint du Seigneur? vous avez
prononce vous-même votre arrêt. Vous
osez vous vanter d'avoir donné la mort à
celui que Dieu avait sacré sur son peuple!
Que le sang respectable que vous avez
versé retombe sur vous et soit vengé de
tout le vôtre ! ». En même tems il fi t saisir
ce régicide et ordonna sa mort. L'ordre fut
exécuté ; et le sang du meurtrier, répandu
dans le moment même, apprit à tout Is-
raël quel était le crime.de ceux qui osé-
raient violer le respect dû à la majesté des
rois, et le supplice qu'ils mériteraient.
( 44 )
objet si important de nos devoirs so-
ciaux : devoir de respect ; devoir de
soumission ; devoir de reconnais-
sance et d'amour ; devoir de fidélité
dans l'acquittement des impôts ; de-
voirs de supplications, de vœux et
de prières (il); et tout cela fondé sur
ces grands principes : que toute puis-
sance vient de Dieu ; que les princes
sont ses lnÙzistres ; qu'il faut leur être
soumis non seulement par crainte ,
mais par motif de conscience^ y et que
leur résister c'est résister à l'ordre de
Dieu même.
(1) Je vous conjure avant toutes choses,
dit saint Paul, que l'on fasse des suppli-
cations , des voeux , des prières et des ac-
tions de graces pour les rois et pour tous
les hommes qui sont élevés en dignité, afin
que nous menions une vie paisibleet tran-
quille, dans toute sorte de piété et d'hon-
nêteté, i Thimoth. 2, 1 ; a.
(45)
Ne craignez rien pour votre puis-
sance , disait autrefois Tertullim
dans son éloquente apologie des
-ckçéiiens, adressée aux empereurs
romains ; nous obéissons à une loi qui
nous fait un devoir de vous considé-
rer comme les images et les repré-
sentans du Dieu que nous adorons,
qui veut que nous vous respections
iet que nous vous bénissions lorsque
vous nous persécutez ; que nous
TOUS défendions quand vous nous
proscrivez; que nous vous restions
soumis lors même que vous nous en-
voyez à la mort.
0 religion ! vous fûtes et vous se-
rez toujours le lien le plus sacré, le
plus sûr qui puisse exister entre les
princes et les sujets : c'est toujours en
proportion de l'influence que vous
obtenez sur - les cœurs", des principes
que vous y gravez, que les trônes
( 46 )
sont affermis, que les Etats sont iné-
branlables. Malheur aux empires où
les devoirs des sujets envers les sou-
verains ne sont plus liés avec ceux
de la religion, où l'obéissance et la
fidélité qui leur sont dues ont cessé
d'être des sentimens fondés sur la
conscience, et où le fanatisme ou
l'irréligion ont brisé les barrières
sacrées qui entourent les trônes !
Hélas ! une expérience cruelle nous
apprend que là, ni les trônes, ni
les empires, ni les princes n'y sont en
sûreté, ou que s'ils s'y maintiennent,
ce n'est que par des moyens qui
sappent les fondemens de leur exis-
tence, et finissent quelquefois par
la renverser (j).
(i) La mort violente de Henri III, de
Henri IV, et de Louis XVI, sont la triste
preuve de ce que peuvent attenter contre
i
( 47 )
Non, grand prince ! les leçons de
l'expérience ne seront pas perdues
pour le siècle qui voit commencer
le règne de votre auguste race. C'est
aux pieds des autels, en présence
du Dieu qui punit les parjures, que
nous vous reconnaissons comme
l'oint du Seigneur, et que nous vous
renouvelions le serment d'obéis-
sance et de fidélité qu'au jour de
votre couronnement nous prononçâ-
mes avec la France entière. Ah ! si
alors nos cœurs éprouvèrent une si
douce satisfaction dans l'engage-
ment solennel que nous contractâ-
mes envers votre personne sacrée ,
combien en ce jour cette satisfaction
la majesté et l'inviolabilité des souverains,
le fanatisme et l'irréligion qui forment les
deux extrêmes les plus dangereux aux-
quels puisse se livrer le coeur humain.
( 48 )
est plus vive, puisquaux motifs qui
nous animaient alors, s'en sont joints
de si puissans qu'il est impossible de
ne pas découvrir, dans la sagesse de
votre administration et dans la
victoire qui a couronné la pre-
mière année de votre règne, les
preuves frappantes de la protection
divine qui vous entoure. Quoniam
non est similis illi in omni populo.
Quel présent inestimable Dieu ac-
corde à un empire, quand il lui don-
ne un grand homme pour souverain !
Faites naître, Seigneur, disait le roi
prophète, un législateur parmi les
peuples barbares, et les nations ap-
prendront bientôt qu'ils sont devenus
des hommes. Constitue domine le-
gislatorem super eos , ut sciant gentes
quoniam homines sunt (i). Faut-il
,
(1) Ps. 9.

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