Essais et souvenirs / [par Albert Babeau]

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imp. de S. Claye (Paris). 1865. 70 p. ; in-12.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1865
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ESSAIS
E T
SOUVENIRS
PARIS— 1865
ESSAIS
ET
SOUVENIRS
ESSAIS
ET
SOUVENIRS
PARIS — 1865
A MON PÈRE.
Si par le désir de bien faire
Mon jeune coeur fut agité,
Si ma main novice et sincère
Chercha toujours la vérité;
Si je crois en Dieu, si j'espère
La justice et la liberté,
A toi je le dois, ô mon père,
A tes leçons, à ta bonté.
i
A MON PERE.
Aussi ces essais, douce étude,
Qu'inspira la sollicitude,
Je viens ému te les offrir.
Et si ce recueil lasse vite,
11 aura du moins le mérite
D'être fait selon ton désir.
Février 1865.
L'ARCHANGE.
Dans les cieux ruisselants d'étoiles,
Où plane ,a jamais l'Éternel,
Dans ta gloire apparais sans voiles,
O superbe archange Michel !
Ta chevelure qui flamboie
Sur ton front de neige déploie
Sa blonde auréole de feu ;
Et, comme une longue comète,
Ton glaive se dresse, et reflète
Tous les rayons de l'éther bleu.
L'ARCHANGE.
Tu voles à travers les mondes
Comme un faucon blanc dans les airs,
Fendant les régions profondes
Où dort la foudre et ses éclairs.
Tes grandes ailes diaphanes
Étincellent lorsque tu planes
Sur les univers radieux;
Et leur ombre obscurcit les astres,
Ces joyaux fixés aux pilastres
Qui portent le dôme des cieux.
Si Dieu te l'ordonne, par gerbes
Tu cueilles-et prends les soleils,
Tu les mets à ses pieds superbes
Comme un faisceau de fruits vermeils;
Ou tu les répands par poignées
Dans les profondeurs éloignées,
Comme un semeur dans les sillons ;
Lancés par toi dans leur orbite,
Sous ton impulsion subite
Ils vont rouler en tourbillons.
L'ARCHANGE.
La troupe éclatante des anges
Te suit à travers l'infini,
Au-dessus des globes étranges
D'où le feu du jour est banni.
Sur ces astres dont la surface
Est éteinte et sombre, elle passe
Et met son reflet flamboyant :.
Telles sont les blanches colombes
Qu'on voit tournoyer sur les tombes
Des cimetières d'Orient.
Tu baisses et lèves les voiles
De l'univers surnaturel,
Réglant la marche des étoiles
Et les cataclysmes du ciel.
Brandir la foudre et les tonnerres,
Régir les soleils et les terres,
Pour toi, bel ange ! ce n'est rien :
Mais, où ta gloire est sans seconde,
C'est lorsque tu fais sur le monde
A jamais triompher le bien. ■
v6 L'ARCHANGE.
Il est là, l'Esprit des ténèbres,
D'audace et d'orgueil couronné.
Brandissant ses torches funèbres
Sur notre univers nouveau-né.
Il t'attaque, mais tu l'enlaces,
Tu le frappes, et tu le chasses
Du seuil des célestes séjours;
Tes pieds étincelants l'écrasent,
Et dans les enfers qui s'embrasent
Le précipitent pour toujours.
Si jamais victoire fut grande,
C'est la tienne, archange Michel !
11 est donc juste qu'on.te rende
Sans cesse un hommage immortel.
Lorsque l'Esprit aux ailes sombres
A voulu voiler sous leurs ombres
L'éclat de la divinité,
Sur le monde obscurci ton glaive,
Comme le soleil qui se lève,
A fait remonter la clarté.
L'ARCHANGE.
Montre-le toujours à nos âmes
Comme un resplendissant flambeau, .
Unissant dans ses triples flammes
La vérité, le bien, le beau.
Si notre pas tremblant s'égare,
Qu'il soit à nos yeux comme un phare
Indiquant le chemin du port,
Et qu'à l'humanité ravie
Il soit un guide pour la vie,
Une espérance pour la mort !
1865.
A MES RIMES.
Partez, rimes indépendantes,
Où vous emporte votre essor;
Allez vers les âmes ardentes
Que l'idéal enflamme encor.
Éloignant vos ailes fendantes
Des climats desséchés par l'or,
Volez aux cimes éclatantes
Où monte seul le son du cor.
î.
10 A MES RIMES.
Dédaigneuses des tyrannies,
Recherchez le feu des génies
Et les rayons de la vertu.
Qu'importe que l'on vous méprise,
Si pour la justice incomprise
Vous avez du moins combattu?
ELEGIE.
Pourquoi donc, ô mélancolie,
Aimons-nous la flamme pâlie
Qui vacille en ton doux regard,
Alors qu'il semble dans l'espace
Chercher une image qui passe,
Un reflet qui flotte au hasard ?
Que cherche-t-il? Est-ce l'étoile,
L'arbre, la fleur ou bien la voile
Qui court sur l'azur de la mer ?
12 ELEGIE.
Suit-il dans leurs courses profondes
L'éternel mouvement des mondes,
Ou le vol de l'oiseau dans l'air?
Cherche-t-il la trace effacée
D'une joie éteinte et passée,
D'un souvenir évanoui,
Ou quelque lumière inconnue
Dont la flamme n'est point venue
Briller à notre oeil ébloui?
Un étrange et léger sourire
Met à ta lèvre qui soupire
Un je ne sais quoi de charmant.
Quelle sombre ou flère pensée
Tient donc ton âme balancée
Entre l'espoir et le tourment?
Ainsi, lorsque paraît l'aurore,
Sur sa joue elle porte encore
Lés larmes d'argent de la nuit: ,
ELEGIE.
Mais, sous la lumière éveillée,
Sa figure de pleurs mouillée
A travers leurs perles sourit.
Qui ne t'a parfois rencontrée
Dans quelque tranquille contrée
Où s'élève un ancien manoir ;
Sur les bords d'un étang limpide,
Dont la nappe claire se ride
Au souffle des brises du soir;
Au fond des ombreuses allées
Où les branches échevelées
Pendent sur le fond gris des bois ;
Lorsque le cor sur les collines
Répand dans les forêts voisines
Les refrains des airs d'autrefois ;
A cette heure du crépuscule
Où l'air plus allégé circule
Au fond des vallons obscurcis;
ELEGIE.
Où du jour la clarté mourante
Dispute à l'ombre transparente
Le ciel entre elles indécis ?
Tu chéris les grèves désertes
Où l'écume des vagues vertes
Blanchit autour des noirs rochers ;
Tu chéris au loin sur les landes
Les vieilles villes allemandes
Dentelant l'air de leurs clochers.
Albert Durer au moyen âge
Traça ta saisissante image
D'un pensif et ferme burin ;
Il mit dans ton regard étrange
Un inexprimable mélange
Et de douceur et, de chagrin.
Il t'avait vue un soir d'automne,
Pâle sous ta blanche couronne,
Tenant dans ta main une fleur,
ÉLÉGIE. 15
Et dans les sentiers solitaires,
Songeant aux éternels mystères
De la joie et de la douleur.
Si ton front alangui se penche
Comme la tremblante pervenche
Se courbe sous le vent d'été ;
Si ton oeil limpide s'égare
Et dans le lointain comme un phare
Veut voir paraître une clarté,
C'est que, belle âme inassouvie,
Dans les ténèbres de la vie
Tu pleures ton Éden perdu,
Et que, dans ce monde exilée,
Tu cherches la beauté voilée
Du ciel qui te sera rendu.
Janvier 1865.
LE FAUCON.
J'aime le faucon, féroce et fidèle,
Tout chaperonné, dressé sur la main,
Sonnant à son pied sa clochette grôle,
Souple, et toujours prêt à rompre son frein.
Je l'aime surtout déployant son aile,
Lancé comme un trait dans l'air du matin,
Brillant au soleil comme une étincelle,
Tournant et montant dans l'azur lointain.
LE FAUCON.
J'aime son mépris d'un rival vulgaire;
Sans crainte il combat l'aigle dans son aire ;
Mais au moindre appel soumis il revient.
Telle doit planer au loin la pensée,
Ou bien s'arrêter, docile, empressée,
Selon que l'esprit la lance ou la tient.
LE CERF.
Voyez sur la neige blanche
Trois féroces chiens courants
Mordre et déchirer la hanche
D'un cerf aux regards mourants.
Comme sa tète se penche,
Aspirant l'eau des torrents,
Tandis que son sang s'épanche
Sous les longs crocs dévorants.
LE CERF.
Son grand oeil rempli de larmes
En vain désire des armes,
En vain cherche un défenseur.
Là comme ailleurs l'innocence,
Victime de la puissance,
Meurt sous les traits du chasseur.
LA VICENT1NE.-
Avez-vous ,vu la Vicentine
Qui montre sur son balcon noir
Les plis rayés de sa basquine,
Et son front charmant qui s'incline
Sous les rayons pâles du soir?
Sur une main posant sa joue,
Elle froisse d'un doigt nerveux
Son ruban vert qui se dénoue,
Tandis que la brise se joue
Dans les boucles de ses cheveux.
LA VICENTINB.
Pensive, et de douleur brisée,
Elle laisse couler ses pleurs,
Qui semblent sur sa peau rosée
Les perles que met la rosée
Au bord des pétales des fleurs.
Quelle est donc ta grande infortune,
Italienne au regard bleu ,
Qui te trouble et qui t'importune, '
Et sous ta chevelure brune
Fait pâlir ton front tout en feu ?
C'est qu'elle épousa par la force
Un rude et pesant étranger,
Et que sans cesse elle s'efforce
D'obtenir de lui le divorce
' Par qui son sort pourrait changer.
C O M E.
C'était au bord du lac de Corne.
A mon balcon je vins m'asseoir;
Sur les toits je voyais le dôme
Se dresser comme un encensoir.
J'aspirais pleinement l'arôme
Qu'exhalent les parfums du soir;
Et la cité, vague fantôme,
Aux monts servait de repoussoir.
24 COME.
Les guitares des sérénades
Dans les ombres des promenades
Jusqu'à moi lançaient leurs accents.
La charmante nuit ! L'Italie
M'enivrait jusqu'à la folie.
J'arrivais, et j'avais vingt ans.
UN CONSOLATEUR.
Plaignez la mère désolée
Qui vient de perdre son enfant,
Et qui, de douleur étouffant,
Regrette sa fille envolée.
Tous s'efforcent de soulager
L'excès d'une telle infortune ;
Mais leur parole est importune
Et ne peut en rien la changer.
UN CONSOLATEUR.
Un ami vint; c'était un homme
Comme la terre en produit peu,
Ame ardente et pleine de feu,
Talent sublime qu'on renomme.
« Ma voix ne peut vous consoler,
Dit-il à cette pauvre mère,
Mais si ma voix ne le peut faire,
Mes mains sauront mieux vous parler. »
Le clavecin soudain résonne,
Touché par ses doigts inspirés,
Lançant ses accents éplorés
Jusqu'au fond du coeur qui frissonne.
Ce qu'il dit, peut-on l'exprimer?
Quand l'éloquence est impuissante ,
Une musique saisissante
A des secrets pour nous calmer.
Jamais d'un accord aussi tendre
L'instrument n'avait retenti ;

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