Essais poétiques

De
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C. Forestié fils (Montauban). 1859. In-12, 154 p., fig..
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Publié le : samedi 1 janvier 1859
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J8of)
.îiuunlu fuMlUuûij
PAR
A. DUCOM
AIONTAUBAM
1.111'KIMEIIIE CEKTRALE DES GIIEMKS DE FEU
CHARLES FORESTIÉ FILS
l'LACE I.MVKIUAI.1-:
MÉDAILLES D'HONNEUR
décernées i la «alson F0RËST1É
POUR IMPRESSIONS TYPOGRAPHIQUES
^g>) SEULE MEDAILLE DECERNEE M».
/a&WV"" EN IMPRIMERIE ^"fc!#iV5M
*^^\5v pour tout lo Midi de la Franco IKwtJy
(ancienne Maison FORESTIÉ PÈRE & FILS)
I1B1ER1 CENTRALE DES CHEMINS DE FER : CHARLES FORESTIÉ FILS
Depuis plus de deux ans, la Maison FORESTIÉ PÈSE ET FILS, qui réunissait sous une même raison sociale l'Im-
primerie et la Librairie, se trouve divisée de la manière suivante :
La Librairie, cédée par mon Père et par moi à M. Eng. Deloncle ;
L'Imprimerie, restée mon entière propriété, située au fond de la Cour, à droite.
Les deux Etablissements sànt[entlèrement distincts. En conséquence, pour ce qui concerne les
Impressions, on est prié de s'adresser directement à l'Imprimerie Forestié fils.
Les deux Etablissements occupent toujours les mêmes locaux : 9, Place Impériale. _
A. DUCOM
ESSAIS POÉTIQUES
CE VOLUME SE TROUVE
A mOHTAUBAN
chez MM. DELONCLE, — DARDAYROL, — LAFORGUE,—
BOUSQUET, — GAUTIÉ, et GEORGES, Libraires
A VALEHCE-D'AGEN
chez M. BERDINEL, Libraire
et ' .-;
dans toutes les Librairies du Département
A. DUCOM
IHPIWIS
Allez, ma poésie! — Adieu!...
(Léger NOEI.)
Souriez à ma Muse*, étoiles du gazon !
(L'Auteur.)
MONTAUBAN
CHARLES FORESTIÉ FILS, IMPRIMEUR-ÉDITEUR
PLACE IMPERIALE
lo^lf
PRÉFACE
PRÈS avoir relu bien des fois
mon petit Ouvrage, après l'avoir
examiné et fait examiner avec
soin, j'ai cru pouvoir me permettre de le
livrer au Public, mais seulement à ce Pu-
blic honnête et indulgent qui sait pardonner
quelque chose au jeune Poète, en considéra-
tion du but moral qu'il s'est proposé.
Je ne cours point après une fortune litté-
raire : MALFÎLATRE, GILBERT, ROUCHER, et tant
d'autres beaucoup plus habiles que moi, ont été
éclipsés par de plus grands qu'eux. Mais quand
le rossignol fait entendre sa voix, faut-il donc
que les autres oiseaux du bocage restent
muets? La Nature est grande, pure et belle;
je l'aime : et c'est parce que je l'aime que je
A MA MUSE
Va dans les bois ! va sur les plages :
Compose tes chants inspirés
Avec la chanson des feuillages
Et l'hymne des (lots aznrés.
(Victor HUGO.)
Dieu ne nous défend pas les douceurs de la joie ;
Son ciel bleu nous sourit au milieu des malheurs:
Pourquoi donc, ô ma Muse! es-tu toujours en proie
A de vieux souvenirs tout imprégnés de pleurs?...
Vois courir sur les eaux cette voile légère
Que gonflent en passant les foîàtres zéphirs ;
Gomme une aile de cygne, elle fend l'onde amère .*
Ainsi fuit notre vie avec tous ses désirs.
Bannissons les regrets de notre âme éplorée :
Les flèches du destin font bien assez souffrir
— 10 —
Sans appuyer le coeur sur leur pointe acérée
Et raviver des maux que l'oubli peut guérir.
Jeune Muse t sois donc un peu moins soucieuse :
Le soir ne pleure plus quand le monde s'endort *,
Salue à ton lever l'aurore radieuse,
Et laisse tes chagrins dans son écharpe d'or.
Autrefois tu cherchais dans les vertes garennes
Les parfums du matin, les soupirs de la nuit;
Sur les ailes du vent tu courais dans les plaines,
Dans les sombres'vallons, souvent après minuit.
Les grands chênes debout au sommet des collines,
Vieux géants dont le front semble toucher lescieux-,
Les orages grondant autour de leurs racines :
Tout émouvait ton coeur, intéressait tes yeux.
Mais plus rien aujourd'hui, même la voix du pâtre
— 11 —
Et les échos lointains répétant sa chanson,
Qu'interrompt quelquefois l'alouette folâtre,
Ou le merle sifflant à travers le buisson.
Plus rien ne Je distrait... tu n'aimes plus l'ombrage
Des cabanes de fleurs, des séduisants bosquets,
Où des milliers d'oiseaux, dans leur joyeux langage,
S'entretiennent d'amour au milieudes bouquets,
Muse, réveille-toi!... la terre te convie
A rajeunir comme elle au souffle du printemps,
A réchauffer ta verve, indolente et sans vie,
Au soleil enrichi de feux plus éclatants,
Sous ce divin flambeau bien des fleurs vont éclore ,
Pendant que, sur le bord des tranquilles ruisseaux,
Le zéphir séchera les larmes de l'aurore,
Qui depuis le matin baignent les arbrisseaux,
LES DEUX CHEVALIERS
(BALLADE)
Je cherche en vain dans quelle histoire
J'ai rencontré ce vieux récit;
Je ne vous force pas d'y croire,
Mais faites-en votre profit.
Pendant qu'au milieu des bruyères
Le chantre des fleurs printanières
S'inspirait des feux de l'amour,
Une charmante jeune fille,
Non moins coquette que gentille,
Vint aussi chanter à son tour.
— 14 —
Comme la Yoix de Philomèle,
La sienne était suave et belle;
Mais il manquait à cette enfant
Ce que l'oiseau fidèle et sage
Reçut du Ciel en apanage :
Un coeur sensible et bien-aimant.
Le jour allait bientôt s'éteindre :
D'être si tard dans la forêt
Notre jeune fille en secret
Déjà commençait à se plaindre,
Lorsqu'en ce lieu peu fréquenté
Deux chevaliers se présentèrent,
Et devant elle s'arrêtèrent,
Épris de sa rare beauté.
Or, la coquette osa sourire,
Et les seigneurs audacieux,
Voyant des perles dans son rire
Et sur son front l'éclat des deux,
A ses doux regards répondirent
— 15 —
Par des regards tout embrasés,
Et comme deux lions blessés
Dans la forêt ils la suivirent.
Pourquoi courir, beaux chevaliers,
Après une fille coquette ?
Pour une stérile conquête,
Pourquoi courir, beaux chevaliers?...
Quand ils furent en des lieux sombres,
Dans ces détours mystérieux
Où se glisse parmi les ombres
Une pâle lueur des cieux,
Dans ces refuges solitaires
Où l'on n'entend, soir et malin,
Que la voix des brises légères
Fuyant du milieu des fougères
Vers le serpolet et le thym,
La jeune fille toute belle
16
Aux chevaliers montrant ses yeux
Plus doux que ceux de la gazelle,
Leur dit : « Seigneurs, vous êtes deux ! »
Et les chevaliers s'observèrent,
Et, chacun d'eux s'élant compris,
A leur épée ils demandèrent
Lequel des deux aurait le prix.
Mais désastreuse fut la lutte
Qui s'engagea sous les ormeaux .*
Elle ne finit qu'à la chute,
Qu'au cri de mort des deux rivaux;
Et quand la clarté de l'aurore
Vint annoncer un nouveau jour,
Le sang répandu par l'amour
Dans la forêt fumait encore.
Pourquoi courir, beaux chevaliers,
Après une fille coquette?
Pour une stérile conquête,
Pourquoi mourir, beaux chevaliers?......
LE BAL
Légers parfums du soir, suave mélodie,
Pourquoi réveillez-vous dans mon âme assoupie
Des funestes désirs qui s'étaient apaisés?
Pourquoi m'invitez-vous à ces jeux délaissés,
Moi qui vivais heureux de l'innocent langage
Des brises sur les fleurs, des vents dans le feuillage ?
Hélas ! je suis de ceux qui cherchent le bonheur
Dans la retraite obscure et dans la paix du coeur.
Le bal !..... il est pour vous, jeunesse bondissante
Qui fêtez aujourd'hui l'âge de puberté -,
Pour vous, fleur duprintemps, pour vous, rose naissante
Qui venez prendre place au champ de la beauté...
Il est pour l'âge d'or, pour l'âge où l'on soupire
Sans avoir distingué ce que le coeur désire ;
11 est pour les amants ignorant leur amour,
— 18 —
Pour ceux qui n'ont pas vu l'ombre d'un mauvais jour-
A vous donc de .danser, à vous, fille ingénue;
Mais de la modestie aimez la retenue .*
Notre regard préfère à la vaine splendeur
L'éclat de la vertu, la timide candeur.,
Vous êtes le soleil qui doit réchauffer l'âme ;
Et pour l'a dominer de voire sainte flamme
Vos charmes n'ont besoin, que de simples apprêts r- •
Soyez ange d'abord, vous serez femme après !
Mais déjà votre pied frémit comme la soie
Aux premiers sons joyeux de l'orchestre émouvant l
La valse vous rappeiïe, et l'élan de la joie
Vous entraîne et vous mêle au tourbillonnement !
0 vous qui n'avez plus l'âge de l'imprudence ,
Vous sous la main de qui le bon Dieu mit l'enfance,.
Bonne mère, veillez et craignez que le bal
Dans ses joyeux ébats ne devienne fatal. •
Quelquefois on a vu la danse échevelée
Laisser sa robe blanche au bord du mausolée •-
— 19" —'
Je pourrais vous montrer sous le cyprès voisins
Une croix qui rappelle un semblable destin.
Elle élait belle aussi l'enfant qui là repose :
Sa joue avait l'éclat dtf lys et de la rose !
Que de parfum dans l'âme et que de joie au front !.
Dans cet oeil azuré quel candide rayon !
Alors comme aujourd'hui, c'était un jour de fête *.
Blanche avait mis, le soir, sa plus belle toilette ;
Heureuse elle partit avec son fiancé,
Et, son bras sur le sien doucement reposé,
On les vit arriver dans la salle brillante
Où déjà préludait la musique enivrante.
Si votre coeur sourit à la mélancolie,
Oh ! n'allez pas au bal ! au bal est la folie!
Sans la danse effrénée, ici serait encor
Celle qui folâtrait sous les beaux lustres d'or.
Tout entière au plaisir, l'heureuse jeune fille
Passait comme un éclair au milieu du quadrille
Où tournoyaient gaiment, au son trop séducteur,
Des valses qui semblaient partager son bonheur.
Vierge enfantine,
— 20 —
Rose divine,
Demain chagrine,
Ris en ce jour ;
Ris, c'est ton heure :
Plus tard on pleure
Dans la demeure
Où naît l'amour.
Sur le rivage
Du premier âge
Que le passage
Te soit doux !
A l'autre rive,
Ame naïve,
Heureuse arrive
Avec l'époux !
Dans le quadrille,
Joyeuse fille,
Que ton oeil brille
Comme un miroir,
— 21 —
Miroir fidèle,
Où se révèle .
Une étincelle
De ton espoir !
J'admire et j'aime
Le diadème
Qui sert d'emblème
A ta pudeur,
La rose blanche
Qui sur sa branche
Meurt et se penche
Tout près du coeur.
Au son magique
De la musique,
Coeur poétique,
Remonte aux cieux !
Fille céleste,
Que ton pied leste,
— 22 —•
Toujours modeste,
Danse joyeux !
Lorsque les nuits d'été, du haut de leurs grands voiles,
Laissent tomber dans l'air quelques riches étoiles,
Ces feux étincelanls attirent nos regards :
Ainsi Blanche passait dans cette foule, heureuse
De suivre sur le front de la jeune amoureuse
Ses rubis ressemblant à des astres épars.
Dans les yeux animés de l'enfant haletante
Se peignait une joie, une flamme croissante ;
La sueur sur sa joue abondante naissait;
Et malgré la fatigue, elle, toujours dansait.
Mais, hélas ! lout-à-coup la force l'abandonne :
Son front devient plus blanc que sa blanche couronne,
Elle tombe sans bruit, pousse un léger soupir,
Et les yeux de l'enfant ont cessé de s'ouvrir !
— 25 —
Et puis, le lendemain de ce grand jour de fête,
La foule muette,
Sur les pas d'une mère et d'un époux en deuil,
Suivait un cercueil !
BERTHE NE SE PLAINT PAS
Un oiseau chante a sa fenêtre,
La galté chante dans son coeur.
(Victor HUGO.)
Pourquoi, ma bonne mère, irais-je à celte fête?
Laissez-moi libre, s'il vous plaît;
Ici je resterai, dans ma pauvre chambrelle,
Sous l'oeil de Dieu, tout seulette,
En récitant mon chapelet.
Une noce, mon Dieu ! moi, parmi tant de belles
Que tous les yeux vont admirer !
Mais il faudrait avoir, comme ces demoiselles,
Des gants blancs, des robes nouvelles,
Et le désir de se montrer.
Voire Berthe, en allant au milieu de ces filles,
Ne saurait plaire à leur regard :
Les chapeaux de velours et les riches mantilles
Auraient honle de mes guenilles ;
On me laisserait à l'écart.
Mais je ne me plains pas : mon pauvre coeur préfère
Mon loit, ma chambrelle, mon lit,
Mon petit crucifix, témoin de ma misère,
Qui chaque soir, à ma prière,
Me regarde, et puis me bénit.
Dès que le jour paraît, je reçois la visite
D'un joli rayon de soleil ;
11 me sourit de loin, s'approche, et ne me quilte
Que quand la nuit l'a mis en fuite,
Pour revenir à mon réveil.
endant que je travaille, il dore ma couture
™- 26 —
El se brise sur mes ciseaux;
11 aime à balancer sur ma pauvre masure
Ou ses nappes d'argent, ou ses flots de dorure,
Ou ses longs rubans aux rideaux.
J'écoute quelquefois, des bords de ma croisée,
Le bruit que m'apportent les airs ;
Mille petits oiseaux, de leur voix cadencée,
Viennent égayer ma pensée,
Sensible à leurs jolis concerts.
Quand la brise du soir lentement se promène
Sur mes rosiers, de fleur en fleur,
Je sors pour un moment, si la nuit est sereine ;
El du zéphir buvant l'haleine
Je m'enivre de son odeur..
La musique du bal avec ses symphonies
Courant à pas précipité,
Avec ses voix roulpnl de fades mélodies
— 27 —
Ou de bruyantes harmonies,
A bien moins de suavité
Qtie le vent du bon Dieu, qui sur mes plates-formes
S'agite, court à petit bruit,
Chaule dans mes rosiers, et jette dans les ormes
Ses soupirs longs, uniformes,
Dans le silence de la nuit.
Je ne demande rien, que ton soleil qui brille,
Seigneur ! et ton ciel azuré,
La gloire de ton nom, l'innocence de fille,
Le bonheur de l'enfant au sein de sa famille,
L'amour... quand tu l'as inspiré.
LA MÈRE ET L'ENFANT
C'est elle qui, vouée a cet cire nouveau,
Lui' prodigue les soins qu'attend l'homme au berceau.
(LEGOUVÉ.)
Viens, mon fils ! le jour passe,
L'horizon nous menace
D'un orage, ce soir,
Nul enfant, à cette heure,
N'est hors de sa demeure :
11 fait déjà bien noir.
Le papillon volage,
En voyant le nuage
Qui le vient avertir,
Court abriter son aile-,
— 29 —
Que la pluie ou la grêle
Pourraient anéantir.
Telle soit (a conduite. :
Ne pas prendre la fuite ■
Serait témérité.
Sache, dès ton enfance, .
Que c'est à la prudence
Qu'on doit la sûreté.
Sur la plume douillette
Du berceau qui s'apprête
On est mieux qu'au grand air.
Déjà le vent se lève,
Et là-bas, sur la grève,
J'ai vu luire un éclair.
Viens, mon fils! le jour passe,
L'horizon nous menace
D'un orage, ce soir.
Nul enfant, à celte heure,
— 30 —
N'est hors de sa demeure :
Il fait toujours plus noir !
Enfin, il repose ;
A peine si j'ose
Vers lui me pencher.
Craintive je veille,
Pendant que sommeille
Son esprit léger.
Ange lutelaire,
De ton petit frère
Garde le berceau;
Fais naître et prolonge
— 31 —
Plus d'un joli songe
Sous ce blanc rideau.
Si la sombre image
D'une nuit d'orage
Vient devant ses yeux,;
Que ce rêve passe,
Laissant à sa place
L'image des cieux !
Et que mille étoiles
Rayonnent sans voiles
Pendant le sommeil,
Comme autant de gages,
Célestes présages
D'un, heureux réveil !
Fais fuir celle abeille
Effleurant l'oreille
De l'enfant qui dort.
Qu'aucun bruit ne trouble
— 32' _-■■
Son tranquille souffley
Ni ses rêves d'or !
Qui sait le théâtre
• Où l'esprit folâtre
S'amuse en dormant?
Va-t-il dans la rue
Lancer vers la ntie
Son beau cerf-volant?
Fait-il sur le sable
Un pont admirable,
Un petit château,
De hautes tourelles,
Au sommet desquelles
II plante un drapeau?
Peut-être il apprête
Une escarpolette
Là-bas sur le jonc :
Je 1« vois sourire..-.
— 33 —
Biais non... il soupire!
Mon Dieu ! qu'a-t-il donc ?
Si la sombre image
D'une nuit d'orage
Est devant ses yeux,
Que ce rêve passe,
Laissant à sa place
L'image des cieux !
Et que mille étoiles
Rayonnent sans voiles
Pendant le sommeil,
Comme autant de gages,
Célestes présages
D'un heureux réveil !
UNE FLEUR
TROP T0T MOISSONNÉE
Elle est là!... dans trois pas on arrive au tombeau ;
L'enfant qui fut la joie et l'espoir de sa mère
Habite maintenant le sombre cimetière,
Tout près du mur et de l'ormeau.
Quand la bise, en sifflant, descend de la colline',
Voyez sa croix de bois qui fléchit et s'incline
Là, sur la froide pierre insensible aux' hivers,
Enlr.e les deux cyprès aux rameaux toujours verts*
0 vent! tu peux souffler dans l'éternel feuillage!
Ne crains pas d'éveiller dans son nouveau berceau
L'enfant qui dort en paix au fond de ce tombeau 1
Mère, lu peux gémir loul le long du village!
«r- 35 —
De celte fleur ravie à tes regards jaloux,
Pauvre femme, c'est loi qui soignais la parure!
Tu peignais, tu tressais sa blonde chevelure,
Chaque soir tu berçais l'enfant sur tes genoux;
Et quand elle avait fait sa petite prière,
Quand sa tête penehée annonçait le sommeil,
De tes soins assidus tu cueillais pour salaire
Sur sa bouche un baiser, puis un autre au réveil..
Dès qu'elle souriait, on te voyait sourire ;
Ton esprit, désolé de ses moindres douleurs,
Cherchait, trouvait toujours pour arrêter ses pleurs
Une histoire amusante, un joli conte à dire.
Trop prompte à t'alarmer, lu la croyais perdue
Lorsqu'un peu loin de toi quelque jeu l'entraînai!,;
Mais toujours à ton coeur la joie était rendue,
Car l'enfant revenait.
Muette maintenant au sein de ta famille,
A l'heure où près du feu l'on s'assemble le soir,
Si lu viens à chercher les regards de ta fille,
Une yoix te répond : « Pleure! sois sans espoir!
56
Pauvre mère, tes yeux ne trouvent plus de larmes
Au fond du coeur endolori !
La source des pleurs a tari
Près du berceau muet, naguère plein de charmes.
Et l'enfant a passé comme passe un soupir,
Sans faire plus de bruit que n'en fait à l'aurore
Gouttelette d'argent qui tombe et s'évapore
Aux premiers feux du jour qui la viennent cueillir.
Son alcôve est fermée, et toutes ses parures,
Ses petits bracelets, ses bandeaux de velours,
Émouvants souvenirs, sont cachés pour toujours
Avec le chapelet qu'ont touché ses mains pures.
On ne la verra plus à la procession
Tenir de ses gants blancs les soyeuses bannières,
Ni promener ses yeux sur les vives lumières
Éclairant, au retour, la bénédiction!...
A MARIE T..
i
Si le Ciel sur mon front eût mis une couronne,
Je t'en aurais donné les plus beaux diamants;
Je l'aurais volontiers cédé mes droits au trône,
Pour jouir à tes pieds du bonheur des amants.
Reçois, t'aurais-je dit, le nom de souveraine:
A tes moindres souhaits mon coeur obéira ;
Je serai ton vassal, charmante suzeraine,
Et, fidèle toujours, le vassal aimera.
Mais je ne 6uis pas roi : l'amant n'est que poète ;
J'ai pour sceptre la lyre, et pour tente les bois ;
A quelque hymne d'amour se borne ma conquête ;
Je ne puis te donner que mon coeur et ma voix.
— 58. —
II
Chassant les courtisans, du haut de nos tourelles,
Là, nous eussions tous deux, dans l'oubli du pouvoir,
Confié nos secrets aux seules hirondelles
Passant tout près de nous sous le ciel bleu du soir,
Sans nous préoccuper des faveurs que l'histoire
Accorde rarement aux modestes projets,
Aspirant au bonheur et non pas à la gloire,
Nous eussions enseigné l'amour à nos sujets.
Mais je ne suis pas roi : l'amant n'est que poêle ;
J'ai pour sceptre la lyre, et pour tente les bois ;
A quelque hymne d'amour se borne ma conquête ;
Je ne puis te donner que mon coeur et ma yoix.
III
Pourtant, s'il eût fallu défendre la patrie,
En valeureux soldat lutter au champ d'honneur,
J'aurais su comme un autre, au péril de ma vie,
Combattre l'élranger, et revenir yainqueur,
39
Que j'aurais été fier, en quittant mon armure,
De parler des dangers, des fatigues du jour,
Et de voir dans tes yeux combien une blessure
Eût pu faire couler de pleurs à (on amour!
Mais je ne suis pas roi : l'amant n'est que poêle;
J'ai pour sceptre la lyre, et pour lente les bois;
A quelque hymne d'amour se borne ma conquêle;
Je ne puis le donner que mon coeur et ma voix.
L'ORPHELINE
Le Ciel a condamné, dans sa loi de colère,
Sou aine à soupirer et son corps à souffrir.
(LEVAVASSEUR.)
Riche ou pauvre, donnez, donnez à l'orpheline l
A cette jeune enfant qui, seulette et chagrine,
Pleure sur le chemin !
Naguère elle chantait pour gagner quelque obole;
Mais l'hiver a privé l'enfant de la parole :
Passant, un peu de pain !
L'oiseau trouve toujours un nid, une retraite;
Dans la rude saison il va cacher sa tête
Sous quelque vieux débris :
Elle n'a pas de toit lorsqu'il pleut, lorsqu'il tonne;
41
Lor sque dans ses cheveux le vent d'hiver frissonne,
L'enfant n'a pas d'abri.
L e jour touéhe à sa fin, c'est une mauvaise heure ;
Sous le ciel nuageux l'orpheline demeure,
11 commence à pleuvoir ;
L'aquilon, en passant, fouette sa chevelure;
Sur ses petits genoux la pauvrette murmure:
« Qu'if est triste le soir! »
Des neiges de la nuit l'enfant toute mouillée
Peut être ce matin, par le froid réveillée,
Demandait au soleil,
Pour sa petite main racornie et tremblante,
Avid e de sentir sa chaleur bienfaisante,
Un doux rayon vermeil.
A tes yeux, pauvre enfant! bienheureux il doit être
Le riche que tu vois tout-à-coup apparaître
_ 42' —
Sur un char éclatant.
Il se repose, lui, sur des coussins de soie,
Sans que le dur caillou qui se trouve à la voie
Le dérange un instant.
Vois-tu sa jeune fille, à la peau douce et fine,.
Insulter à l'hiver sous le manteau d'hermine
Où se cachent ses mains?
Mais ne regarde pas, pauvre enfant presque nue',.
L'heureuse enfant du riche élégamment vêtue :
Il est divers deslins.
Si tu n'as pas, comme elle, et joyaux et dentelle-,
Aux yeux du Créateur tu n'en es pas moins belle:
Peu de chose est le corps.
Dieu préfère à l'éclat d'une vaine parure
Le mérite caché d'une âme simple et pure>
Ses vertueux efforts.
_ 43 —
Dis-lui de soulager l'enfant dans l'infortune' .-
Un cri doux et plaintif jamais ne l'importune;
Implore-le toujours.
Celui qui donne au lys la blancheur éclatante,.
A l'humble moucheron la pâture abondante,
Prendra soin de tes jours*
SOUVENIRS HISTORIQUES
EN L HONNEUR
DE LA FEMME
Femme ! chaste idéal de toute âme qui rêve,
Ta beauté d'où vient-elle, et pourquoi t'aimons-nous?
Pourquoi, quand ton regard sur le nôtre se lève,
L'exil où nous vivons nous semble-t-il plus doux?
Pourquoi?.. C'est qu'à ton front est la marque divine;
C'est que la même main qui suspendit les cieux
Attacha la candeur à ta lèvre enfantine,
Et que deux beaux soleils brillèrent dans tes yeux»
— 45 —
Oui, la femme esl iei de Dieu le doux sourire,
L'ange consolateur de nos jours pleins de fiel ;
C'est l'écho qui répond quand notre coeur soupire;
Après les jours d'orage, elle est notre arc-en-cieh
C'est la Foi, l'Espérance abritant de son aile
Et l'homme qui travaille et l'enfant qui s'endort.*
Il est doux de souffrir, de mourir auprès d'elle :
C'est le seul cri d'amour qui survive à la mort.
C'est ce luth amoureux qui frissonne dans l'âme,
Ce soupir premier-né qui se confie aux vents,
Qui meurt et qui renaît comme une ardente flamme,
Mais jamais aussi pur qu'il le fut au printemps.
Dieu fit un beau présent aux filles delà terre
En leur donnant un coeur si bien fait pour aimer.
Riche de son amour, la femme n'a que faire
De ces dons orgueilleux qu'on voit trop estimer.
46
Qu'importe qu'en passant le monde soit propice
Au luxe dont les grands sont toujours revêtus ?
On n'adore qu'un jour le vain faste du vice ;
La seule grandeur vraie est fille des vertus.
On est beau par le coeur *. c'est par là qu'élincellent
Le noble enfant du riche et la fille des champs ;
Filles du même Dieu, toutes les deux recèlent
Mêmes germes de gloire au fond de leurs penchants.
Leur génie esl amour, foi, dévouement, courage :
C'est tout ce que le coeur enfante de plus beau.
Tous les siècles ont vu la femme rendre hommage
A qui la réchauffa de son divin flambeau.
Alors qu'Agnès Sorel pleurait sur notre France
Aux mains de l'étranger sans honneur et sans foi,
Jeanne, prenant le casque et s'armant de la lance,
A la tête des preux criait: Vive le Roil
- 47 -
Sauvais, n'as-lu pas vu Charles-le-Téméraire,
Dès qu'Hachette parut au sommet des remparts,
Fuir devant les élans de la femme guerrière?
Du duc n'as-tu pas vu les bataillons épars ?
A l'aspect d'Attila, quand Lulèce abattue
Laissa tomber le fer de sa main faible encor,
Une femme du peuple, à ses cris accourue,
Chassa le conquérant en priant le Dieu fort.
Et dans ces mêmes lieux, lorsque tant de victimes
Par l'ordre de Marat tombaient sur l'échafaud,
Une femme, insultant aux coeurs pusillanimes,
Y portait son poignard, teint du sang du bourreau,
Gloire, amour, liberté, trinilé de la France,
Voilà ta grande histoire, ô mon noble pays !
Autrefois, en champ-clos tu brisais une lance :
Une écharpe de femme en était tout le prix.
Où courais-tu, Dunois, sur ton cheval de guerre,
Fièrement escorté de brillants chevaliers,
Admirant comme toi cette écharpe légère
Que ton coeur préférait aux meilleurs boucliers ?
Ah ! lu la rapportais à la jeune Marie,
Qui du haut du manoir attendait ton retour ;
Le glorieux Roland de la chevalerie
Allait joindre l'hymen à ce gage d'amour.
Alors c'était le temps où les rois sur la lyre
Se reposaient du sceptre en joyeux ménestrels,
Payaient par des couplets un amoureux sourire,
Avec les troubadours luttaient dans les castels.
Héloïse chantait sur les bords delà Seine,
Et la France du nord tressaillait à sa voix ;
Tandis que Éléonore, au fond de l'Aquitaine,
S'inspirait des hauts-faits de Tristan Léonois,
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François Premier, sa soeur, Marguerite de France,
Aux pieds du trône ont su trouver de jolis vers;
Ils ne dédaignent.pas d'écrire une romance
Que rediront demain mille chantres divers.
Christine de Pisan, contemplant l'héroïne
Jeanne, morte au bûcher par la main des Anglais,
Fait jaillir de son coeur une flamme divine,
Qui venge dignement l'honneur du sang français.
Et quand la cité toulousaine
Voit s'éloigner les troubadours,
Clémence, auCapitol'e reine,
Sait rétablir les gais concours,
En couronnant de l'églantine
Les jeunes amants qui restaient
A la muse, encore enfantine,
Que le Daule et Pétrarque aimaient.
LE CHEVAL DES RATAILLES
A M, BELMONTET
Calme-loi, fier coursier! l'heure n'est pas venue:
Encore cetle nuit laisse souffler les vents,
Et le ciel s'embraser, et s'épaissir la nue ;
Attends le cavalier qui doit ceindre les flancs.
Pourquoi hennir sitôt? as-tu senti la poudre?
De la guerre entends-tu les sinistres hourras?
Et le chant des clairons, et le bruit de la foudre ?
Attends le mors d'airain : demain lu partiras.
Demain, le cavalier sur ta croupe légère
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Mettra la housse d'or aux rubis scintillants,
Et, de sa main de fer saisissant la crinière,
Il respirera l'air de tes naseaux fumanls.
Quand le lion s'éveille au bruit que fait la balle,
Il bondit frémissant sur son jarret d'acier,
Et, cherchant le chasseur dont le front se fait pâle,
Il sort en rugissant des touffes du hallier;
De vengeance il a soif: au combat il s'apprête;
Dans le souffle de l'air il flaire l'imprudent;
A peine l'a-t-il vu, qu'immobile il s'arrête,
Et franchit la distance en un bond de géant :
Ainsi tu voleras au-devant des batailles
Quand l'honneur outragé, quand l'aigle impérial,
Quand le bronze tonnant, chargé de ses mitrailles,
Dans les airs ébranlés donneront le signal ;
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Ainsi l'on le verra, si l'honneur le commande,
Au premier coup de feu franchir les Apennins,
Traverser au galop l'Italie Allemande,
El briser en passant le joug des Autrichiens !...
Jadis, t'en souviens-tu? les blanches écuries
Du Caire et de Memphis s'ouvraient te recevoir,
El les pachas l'offraient leurs luzernes fleuries,
Tandis que les sérails accouraient pour le voir.
De tous les coins du monde une foule empressée
D'empereurs et de rois alliés ou soumis,
Descendant des hauteurs de leur cour éclipsée,
Etaient fiers de pouvoir s'appeler tes amis.
Ah ! c'est que sur Ion dos la Gloire était assise,
Gloire qui se fit homme aux longs éperons d'or,
Et qui, le sabre au poing, avec capote grise,
Fut toujours belle à voir, même à son lit de mort..
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Lit de mort!... qu'ai-jedit? la Gloire ensevelie!
Ah ! nous l'avons revue aux rives de l'Aima,
Et, si depuis ce jour elle s'est assoupie,
A les hennissements elle s'éveillera.
Elle s'éveillera, cette Gloire immortelle
Qu'en vain on exila sur un triste rocher ;
Dans les plis du drapeau de la France nouvelle,
Comme jadis elle est toujours prête à marcher.
Plus prudente qu'alors et moins aventureuse,
Ne convoitant pas plus les conquêtes que l'or,
Mais toujours dévouée et toujours courageuse
A défendre le faible en lutte avec le fort.
Elle s'éveillera pour vous, ô citadelles
Qui soupirez le soir aux brises de vos mers !
Pour vous, brune Italie aux mille sentinelles,
Qui nous tendez les bras toujours chargés de fers \

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