Est-il vrai que la France préfère l'empire à la république ?

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1852. France (1848-1852, 2e République). In-16. Pièce.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1852
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EST-IL VRAI
QUE
LA FRANGE PRÉFÈRE L'EMPIRE
A LA REPUBLIQUE
Il faut oser ne taire aucune vérité!
(CICERON.)
Prix : 50 centimes.
PARIS
DEPOT CENTRAL
Rue Richelieu, 86, au 1er.
EN VENTE
Chez tous les Libraires.
1852
EST-IL VRAI
QUE
LA FRANCE PRÉFÈRE L'EMPIRE
La France, ce noble et beau pays qui a rempli
le monde de son nom, dont l'histoire se compose
de succès éclatants, pays qui a connu toutes les
gloires, traversé toutes les prospérités, et dont le
peuple semble avoir été choisi pour donner exem-
ple aux nations , est aujourd'hui à la veille d'un
grand événement. Ce pays, tantôt boulevart invin-
cible aux Barbares, ou missionnaire armé de la
chrétienté, sauve la civilisation et venge le Christ;
tantôt, auxiliaire de la royauté contre la féodalité,
il fonde avec elle un puissant empire; et puis, tout
à coup, comme s'il lui plaisait de renier son pro-
pre caractère et sa propre histoire, au lendemain
d'une époque de foi et d'autorité, il se prend à
douter et à secouer le joug; le fils des croisades
devient corrompu et sceptique. Alors commence la
- 2 -
longue série de ses épreuves et de ses malheurs,
décadence politique, décadence morale, affaiblis-
sement de tous les pouvoirs, et enfin révolution ,
pacifique et libérale d'abord, ensuite despotique
et sanglante, jusqu'au jour où, abattu, épuisé, le
pays entier se donne à un grand homme et lui con-
fie sa régénération sociale.
Après une longue période de gloire et de pro-
spérité incomparable, Napoléon est abandonné ; le
bras qui avait rétabli les principes étant brisé, tout
est de nouveau discuté, ébranlé, battu en brèche ;
deux révolutions éclatent à vingt ans de distance.
Et voilà plus de trente-six ans que ce pays, inquiet
et troublé, se retourne sans cesse sur lui-même,
sans trouver son repos ; vainement il change ses
gouvernements et entasse les ruines ; vainement il
interroge toutes les doctrines et essaie toutes les
formes : le malaise qui le tourmente grandit, gran-
dit toujours. On dirait qu'il ne sait plus où il va
et qu'il n'a plus foi en lui-même. C'est chez lui une
confusion d'actes et de paroles sans exemple.
L'Europe, qu'il a toujours conduite, lui demande
sa route ; il la déroute et la désespère, et n'est plus
pour elle qu'une énigme. Ce pays qui a si glorieu-
sement vécu, si cruellement souffert, qui languit
et qui voudrait vivre, on le nomme aujourd'hui
encore : la République française.
-3-
Monarchique dans son passé, la France l'est en-
core dans son présent par ses idées et par ses
moeurs ; c'est là un fait indiscutable et qui est avoué
par les plus fervents amis de la forme républi-
caine. A qui la faute? Au temps et à l'histoire.
Deux fois en soixante ans, par la violence d'un
parti et par l'incurie de ses gouvernements, à son
iusu et comme malgré elle, elle s'est trouvée ré-
publique; deux fois également, après avoir passé
par la terreur ou l'anarchie, et trébuché dans le
sang, elle s'est vue obligée de demander son salut
à une épée ou à un grand nom. Si, en 89, la
France eût été libre, si l'esprit révolutionnaire
qui l'opprimait ne l'eût poussée au delà, elle s'en
serait ténue aux premières réformes de la Consti-
tuante , car elle voulait réformer et non boulever-
ser, modifier et non détruire; mais la modération
n'eût pas fait les affaires de la révolution. Après
avoir renversé la royauté, elle tenta de décapiter
l'autorité elle-même dans un roi. Plus tard, même
tactique et presque même succès pour arriver au
même but. Sans l'invasion, qui, en exaltant l'opi-
nion, lui avait fait fermer les yeux sur les crimes
les plus énormes, le règne des hommes de 93 eût
été court; la nation se serait reconnue, et aussitôt
elle les eût rejetés et maudits. Mais en 1848, n'ayant
pas été excitée, comme jadis, par la présence de
l'étranger, elle put voir plus clairement le radica-
lisme à l'oeuvre ; calme et se réservant son heure,
elle l'observa à l'Hôtel-de-Ville , au Luxembourg,
dans les clubs, dans là presse, à l'Assemblée ; elle
enregistra scrupuleusement et ses folies et ses fu-
reurs. Et si elle eût oublié les enseignements d'au-
trefois -, si les actes d'une autre époque avaient été
effacés de son souvenir, les dates sinistres de Mai
et de Juin lui eussent rappelé ce dont était capa-
ble ce parti. Pour ceux qui le dirigeaient, il fallait
là destruction de l'autorité, afin d'amener la de-
struction sociale (1) : la France les vit, les com-
prit, s'arma contre eux, les brisa dans sa colère et
à toujours!
Cette situation amena l'élection du 10 dé-
cembre.
II.
La France allait périr ; le génie de la destrùc^
tion planait sur elle; l'abîme ouvert sous ses pas
menaçait de tout engloutir, patrie, société, civili-
sation ; l'épouvante avait glacé tous les coeurs.
Mais le Prince-Président veillait sur nous. Ar-
(1) Abel Rendu, Les deux Républiques, 1850.
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mé d'une force invincible, d'un dévouement hé-
roïque, soutenu par le prestige d'un nom immor-
tel, le prince, en un jour et par un acte dont l'his-
toire n'offre aucun exemple, a préservé la France
et l'Europe des horreurs de l'anarchie (1), raffer-
mi les bases de la société profondément ébranlées,
réhabilité tous les principes traditionnels du pays,
(1) Le Président de la République, Investi par deux con-
spirations, et obligé par sa responsabilité comme chef dp
l'État, n'avait plus la liberté de sa conduite; il ne lui restait
que le choix du genre de dévoûment pour préserver la France
et l'Europe. C'était d'abord une vaste organisation de bri-
gands, dirigée par les sociétés secrètes et abritée derrière
le drapeau de ce qu'on nommait les Montagnards, dont la plu-
part assurément ne savaient pas la nature et l'étendue des
abominations qu'ils patronaient. Le gouvernement connais-
sait toutes les mailles de ce réseau et tenait dans ses mains
tous les fils de cette trame communiste. Les rapports précis
et détaillés des préfectures et des parquets ne laissaient au-
cun doute possible sur les plans d'incendie, de pillage et de
massacre, dont l'affaiblissement des pouvoirs publics aurait
amené l'explosion certaine au mois de mai prochain et qui
pouvaient d'ailleurs éclatera la faveur de la première cris
C'était ensuite une conspiration ourdie par les anciens
coalisés contre le Président de la République avec le ssein
de le renverser et de lui substituer la dictature de As -
blée. Les projets, les plans, le personnel de cette
tion, étaient parfaitement connus de Louis-Napoléon —
Granier de Cassagnac, Événements de Décembre 18

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