Esther (Poésie) par une Bretonne...

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imp. de G. de Lamarzelle (Vannes). 1866. Gr. in-8°. Pièce.
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Publié le : lundi 1 janvier 1866
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E S T H E R.
(Les jeunes filles au palais d'Assuérus. )
[ ' ZARES.
MAvez-vous mes désirs ; je voudrais être reine?
M AME.
Plus que toi, j'aimerais régner en souveraine,
MICHOL.
Je le désire aussi, mais je voudrais pourtant
Partager avec vous ce royaume éclatant !
Si je deviens la reine, ah ! bien loin l'esclavage,
Vous deviendrez mes soeurs, et sur ce beau rivage
Je veux être pour vous, ce que serait pour moi
Vos coeujs si bons, si grands ! et toi, mon ange, et toi?
BUTHAL.
Si le sort me désigne entre toutes les belles,
Semblable au roi des airs, j'ouvrirai fort mes ailes ;
Pour vous mettre à couvert des injures du temps
Reine aux regards de tous ; mais à l'ombre des champs,
Pour mes soeurs une amie, aimante et confiante
Vous parlant comme ici de fleurs, de fruits ; constante .
En tous mes goûts, toujours pour faire le bonheur
Du roi de mon palais, des reines de mon coeur.
LIA.
Merci, bonne Ruthal, de ton dire sublime !
Si le sort est pour moi tu ne peux voir l'abime
Menacer ton beau front, anéantir tes jours
A toi nos eoeurs aimants, maintenant et toujours.
ÉGÉE, dame du palais, rentrant avec Esther.
Je vous offre une soeur ; qui peut à la couronne
Prétendre comme vous, sur ce front qui rayonne
L'on pourrait bien poser ce diamant brillant !
Ce cercle de grandeur, toujours éblouissantI
Parfumez-vous, enfants, devenez belles, blanches
Comme les lis fixés sur de flexibles branches,
Disputez-vous le sort en prenant ces senteurs,
Voici ta place, Esther, au milieu de ces fleurs.
MADIE.
Soeur, tu viens avec nous disputer Ist couronné?
_ 4 —
ESTHER.
Je ne désire rien.
ZARÈS.
Vraiment, tu parais bonne?
RTJTHAL.
Tu regrettes ton père ?
ESTHER.
Ah ! bien loin de mes bras
Cette guerre cruelle a creusé sous mes pas
Un vide et deux tombeaux.
MADIE.
Quoi, tu n'as plus ta mère ?
ESTHER.
Non, rien que Mardochée, un frère de mon père
Si noble! et si bon Juif!
ZARÈS.
Juif, dis-tu, ton pays ?
ESTHER.
La belle Galilée.
MICHOL.
Au roi restez amis?
ESTHER.
Mon pays tributaire a dû plier, sans doute,
Sous le désir d'un roi que mon esprit redoute.
Je voudrais être encore dans les champs d'Israël,
Fouler ses beaux rochers ! en détacher le miel.
ZARÈS.
Un beau sort vous attend si vous devenez reine ?
Tous fronts se courberont, en ce brillant domaine,
Sous votre volonté, sous vos pas pour toujours,
Des esprits mécontents vous serez le secours,
Tout penche sur les rois, c'est la source féconde,
De tous les malheureux qui sèchent dans ce monde
Nous toujours à vos pieds, souvent à vos genoux,
Nous chercherons un ciel, hélas! si loin de nous.
ESTHER.
La volonté de Dieu sera, sur cette terre,
Mes désirs et ma loi.
MADIE.
Même la peine amère?
ESTHER.
Tout se jette en son coeur si noble, si divin !
Même pour son amour, j'accepte le destin.
ZARÈS.
Mais, adieu tes rochers et tes palmiers superbes,
Cet amour'du pays, ces monts de hautes herbes !
Ici, du bruit semblable aux torrents débordés,
Aux arbres emportés, aux lacs souvent ridés...
— 5 —
ESTHER.
Le sort peut m'épargner.
LIA.
Mais à la cour tu restes?
MICHOL.
Oubliant ton pays, tes doctrines célestes ?
ESTHER, chantant tristement
Quand j'abandonnai mon rivage
Le coeur serré par un soupir,
Je me promis sur cette plage
D'en garder le doux souvenir.
Si le sort m'offre la couronne,
Ce ne sera pas sans émoi
Que mon coeur, pays, t'abandonne,
Toujours il volera vers toi. (èis).
EGÉE, entrant.
Ton chant est une plainte amère et déchirante.
MA, avec un profond soupir.
Le pays tant aimé pour l'étoile éclatante
Passée en cercle d'or sur nos brillants cheveux !
Peut dérider un front, mais j'aimerais bien mieux....
ZARÈS l'interrompant.
Cependant, ma Lia, quel royal prestige.
Etre reine, encor dis : cela tient du prodige.
MICHOL.
Chanter dans la douleur du beau soir au matin,
Se parer de bonheur sous le brûlant chagrin.
LIA.
Sous nos pas, je le sais, la joyeuse allégresse ;
Le beau ciel sans nuage.
MA DIE.
A flot couler l'ivresse,
Mes soeurs, bientôt sera ce jour peu désiré.
EGÉE.
Voici, ma belle Juive, un parfum préparé.
ESTHER, refusant.
Mes cheveux ont toujours la senteur de la brise
Des palmiers élevés de ma bien belle rive,
Je ne veux rien d'ici pour embellir mon front,
laissez-moi regretter les roses de ce mont.
EGÉE.
C'est l'ordre, mon enfant, il faut vous y soumettre,
Cette eau du haut Liban, que vous devez connaitre,
Vous donnera l'odeur de vos palmiers si beaux !
Vous serez par l'esprit en vos brillants coteaux !
— 6 —
ESTHER.
Donnez, donnez, Egée, ali ! tombe sur ma tête,
Doux parfum d'Israël, rappelle-moi la fête
Des tribus de Juda, mon peuple et mon amour,
Vous reverraisrje encore au déclin d'un beau jour.
Mèlerais-je ma voix à votre voix sonore,
Salurais-je tes feux beau lever de l'aurore !
Seul tu le sais, mon Dieu, tu gardes dans tes mains
L'univers tout entier et seul, tu le soutiens !...
(L'on appelle Egée.)
EGÉE.
Mais qui m'appelle encore ?
MICHOL.
Obéissez bien vite,
Et revenez vers nous et par un vol rapide.
EGEE.
Je reviens au plus tôt.
LIA.
Que peut-on lui vouloir ?
MADIE.
Très-chère, attendez-là.
LIA.
Je brûle de savoir ?
ESTHER.
Chantez en attendant.
MADIE.
Mais pas. ton chant de larmes.
ESTHER.
Entonne un plus heureux.
LIA, chantant.
[Choeur). La cour va sourire à nos charmes,
Ce jour heureux qui nous sourit,
Son hasard séchera nos larmes,
Voici l'esclave qui prédit, (bis).
EGÉE.
Le Roi me fait porter ces sachets pour vous-mêmes
Et qui possédera les signes beaux, suprêmes,
De ces sachets fermés, deviendra dans ce jour
En place de Wasthi, reine de notre cour.
Egée distribue les sachets.
ZARÈS.
Ouvrons, mes chères soeurs, adieu belle couronne !
TOUTES.
Adieu, trésor, adieu, pour nous rien ne rayonne.
EGÉE.
Si vous ne l'avez pas, une autre doit l'avoir ?
EGÉE se tournant vers Esther
Belle Juive, c'est vous ?
ESTHER, ouvrant le sachet
Voici ce haut pouvoir !
EGÉE, tombe à genoux.
Je vous salue, ô reine î
KUTHAL, LIA, ZARÈS, MADIE, MICHOL à genOUX.
A vos pieds sur .la terre,
Nous resterons toujours, ah 1 servez-nous de mère!
ESTHER les relevant.
Ah! sur mon coeur, mes soeurs, entre nous à jamais,
La plus parfaite union, la plus aimable paix,
Aux grands jours seulement je serai votre reine,
Mais voyez votre amie en votre souveraine.
Daus votre coeur, mon coeur se cachera toujours
Vous serez mon appui, mes plus chères amours. t
Je rêve un grand bonheur ; Ciel, mon peuple protège !
Qu'il soit sauvé par moi, mon doux Seigneur, dussé-je
Implorer jour et nuit votre nom à genoux,
Faites taire pour lui votre juste courroux.
Mes soeurs, unissons-nous, marchons vers notre trône
Venez, nous tresserons pareils à ma couronne
Des turbans pour vos fronts si blancs, si beaux ! si doux !
Bénissez-moi, mes soeurs, je tombe à vos genoux.
Le Choeur la relevant.
CHANT.
Mes soeurs, chantons sa gloire,
Publions son amour, en ce jour
Saluons la victoire
Qu'elle emporte à la cour.
Reine, reçois nos larmes,
Nous servirons tes pas triomphants
Nous saluons tes charmes !
Vois en nous tes enfants.
Fin du premier Tableau.
— 8 -
( La chambre d'Esther au palais d'Assuérus. )
ESTHER seule.
A toute heure du jour, mon Dieu, je vous rends grâce.
Vous suivez de vos cieux, l'humble qui suit la trace
De vos pas; vous voyez les pleurs et l'abandon
De vos fils d'Israël qui demandent pardon.
Moi, simple fleur des champs, égarée en l'espace,
Je deviens un palmier où notre pauvre race
Ombragera son front chargé de noirs chagrins
Où leurs coeurs pleins d'amour chanteront tes refrains.
Sur mon front si tu mis la splendide couronne !
Fais-moi toute puissante, et le bonheur je donne
A mon peuple abattu, pauvre, nu, méprisé,
Captif, errant, banni, misérable, abaissé
Tes desseins sont parfaits, pleins de mansuétude
Je les adore en moi, toutes sollicitudes
Viennent de ton amour même en ce châtiment
Ton bras ne sait frapper qu'en nous émerveillant.
(RUTHAL, entrant.)
ESTHER.
C'est vous bonne Ruthal, venez ma bien-aimée,
Et que peut contenir votre msin parfumée ?
RUTHAL.
Reine, c'est une lettre.
ESTHER.
Une lettre, voyons,
De mon oncle chéri, dépêchons-nous, ouvrons.
RUTHAL, l'arrêtant.
Pardon, Madame, encor, je vais être indiscrète,
Pourquoi cet homme Juif? prédit-il la tempête ?
Pourquoi vous-même un jour avez-vous défendu
Mais, je n'ose achever.
ESTHER.
Ton coeur se croit perdu ?
Mais, parle, chère soeur, achève ta pensée.
RUTHAL.
Que défendîtes-vous Juive noble et sensée
De vous donner ce nom ?
ESTHER.
Tu désires savoir ?
RUTHAL.
Je désire savoir, en votre coeur tout voir.
— 9 —
ESTHER.
Voici ma vie, écoute, et retiens-en l'histoire,
Je la prends du plus haut que fournît ma mémoire.
Je me vois à cinq ans dans la plaine Saron !
Au milieu de ces fleurs arrachant le mouron,
Ma voix chantait déjà d'Israël la victoire!
Et mes doigts effleuraient ma superbe cithare !
Au milieu de ce calme et de ce pur bonheur
S'écoula ma jeunesse, un jour vint la douleur,
Un nuage lointain s'étend sur la montagne,
Et bientôt l'ennemi remplit notre campagne,
Comme la lave en feu, roulant sur un troupeau
Déchire sans merci marquant tout de son sceau.
J'entends des cris connus, cher père, pauvre mère !
Tous deux percés soudain, roulant dans la poussière.
J'accours, moi, pauvre enfant, oubliant ma frayeur
Pour secourir des corps, sans vie et sans couleur !
Quand une main de fer, en m'arrachant mon voile,
Recule, puis revient murmurant blanche étoile !
Il faut te protéger loin de ces furieux,
Ma femme l'aimera, nous l'aimerons tous deux.
Et quelques jours plus tard, je trouvai sous la tente
Mon pauvre oncle enchaîné qui souffrait dans l'attente.
En me revoyant libre, il pleura de bonheur,
Son Edisse, sa vie était là sur son coeur.
Sa chaîne disparut au milieu de ses larmes,
Son front chassa ses plis, son état devint charmes.
Nous fûmes séparés de ce trop court instant
Par le retous du chef dont je deviens l'enfant :
Déjà le char s'avance, adieu sainte patrie
Dis-je en portant la main vers ma rive chérie,
Adieu terre des forts ! qui vit mes premiers ans,
Que vais-je devenir? et ces pauvres enfants
Au milieu des païens au coeur inaccessible
L'esclavage je vois, où la mort bien horrible !
Je souffrais à mourir, devant ce noir tableau
Dont le pinceau brûlant trempait dans mon cerveau.
J'étais là de mon rêve oubliant Dieu lui-même,
Quand mon seul bienfaiteur par un regard suprême !
Enleva ma douleur semblable au doux rayon
Rafraîchissant la terre aride d'abandon,
Ainsi fit ce grand chef. Juive, dit-il encore,
Crois-moi, sèche tes pleurs souris comme l'aurore !
Nous avançons, vois-tu notre belle cité ?
Tu vas revoir ta mère en ma femme Cété,
Et tu verras Egée, aimable, belle et bonne !
Sa place est au palais, le soir elle bourdonne
Vers la demeure aimée où s'épanche son coeur,
Ta présence chez nous doublera son bonheur.
— 10 —
A partir de ce jour, je fus de leur bocage
La fleur, leur doux printemps, loin de moi l'esclavage.
Ils cachaient mes regrets sous un torrent de fleurs,
J'étais l'enfant des trois, je gouvernais trois coeurs !
Egée était ma mère à présent mon esclave,
Mais je l'aime à jamais ainsi que mon vieux brave !
Je ne dois oublier cet accueil solennel !
J'entends encor les cris de l'amour paternel.
L'un tressait mes cheveux, l'autre plaçait mon voile,
Mon ami me servait comme à sa blanche étoile,
Des mets et des parfums étalant à mes yeux,
Les richesses du globe, en fruits délicieux !
Ainsi passa trois ans d'une existence heureuse.
J'obtiens à leurs genoux, mon départ pour la Creuse .
Mon oncle l'habitait, libre, mais pas heureux,
Je voulus partager son sort si malheureux.
Plus tard gronda l'orage en notre toit paisible,
Egée alors bien loin, pensa tout est possible,
Estuer, peut devenir Reine de ces pays.
Qui sait, par moi peut-être uii Roi voit ses amis.
Tu sais tout ma Ruthal, ainsi je deviens reine !
Pour rendre heure par heure, en ce brillant domaine,
Tout le bien qu'on peut faire, oui, pour rendre à mon tour
Le bien-être aux souffrants, et amour pour amour.
KUTHAi, se levant et lui tendant la main.
Bonne Esther, chère Reine, aimons7nous mieux encore,
Découvrons le bonheur à ton peuple, on se dore
Tant de vertus, de foi ! N'est-ce pas ton désir ?
Ta lettre la voici, prends-la, je vais ouvrir.
MICHOL, saluant.
Reine, se tient un homme à la porte sentine
Qui désire vous voir.
ESTHER.
C'est lui, je le devine. [Esther sort.)
MICHOL, reste seule chez la reine.
Voyons, que fait Esther? une lettre, un ruban,
Des bracelets, colliers, et ce beau diamant !
Sa couronne royale, une parure en perles,
Que de bijoux brillants, et ces pendants d'oreilles!
Tout cela dit : Grandeur.
EGÉE, subitement et cherchant.
Mais, point de reine Esther
Une fuite soudaine, et que dit ce désert?
MICHOL, avec mystère.
Aux portes du palais, un pauvre Juif réside,
Comme une sentinelle à toute heure il préside.
Ce matin, je l'ai vu regarder au palais,
Cherchant, voyant partout comme il ne fit jamais,

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