Et puis encore... que sais-je ?

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Jean Amadou moque - gentiment parfois, avec efficacité toujours - les absurdités, les cocasseries et les travers de la vie des Français.





Quand certains associent le scepticisme à l'âge et à la triste raison, Jean Amadou, lui, le tire vers une incorrigible ? et irrésistible ? ironie, se plaisant à donner son avis quand on ne le lui demande pas, et à nous empêcher de penser en rond sans jamais nous donner de leçons. "Alors que l'historien élabore une vaste fresque, le chroniqueur, lui, esquisse un croquis furtif, instantané d'un fait qui a attiré son attention. Le moraliste, le pamphlétaire ou l'expert ont une tâche facile. Autrement difficile est l'ambition de celui qui veut faire sourire, tâcheron acharné à dérider ses contemporains en commentant des événements qui, au mieux, leur sont indifférents, et au pire les ennuient. On hésite pour la définir entre la fatuité et l'inconscience, l'une et l'autre n'étant d'ailleurs pas incompatibles."Après "De quoi j'me mêle!" (prix Rabelais en 1998), "Vous n'êtes pas obligés de me croire!" (prix Antoine-Blondin en 1999), "Je m'en souviendrai de ce siècle!", "Journal d'un bouffon", "Et puis encore... que sais-je?" vient clore une série de recueils de chroniques dont le succès n'a cessé de se confirmer...





Dans un article paru dans "Le Figaro", le philosophe Alain Finkielkraut déplore que le sentiment national n'ait plus aujourd'hui d'autre exutoire que le chauvinisme sportif. Il est vrai que l'esprit du sport, tel que l'avait défini naguère Pierre de Coubertin, s'est dégradé. Il fut un temps où l'on applaudissait l'adversaire quand son action était brillante. Il est logique que l'on encourage les siens, mais j'ai toujours un peu honte lorsque tout un stade siffle un Anglais ou un Écossais qui, au rugby, tente une pénalité. Il serait plus logique de siffler le joueur français qui a commis la faute. Je m'amuse toujours de ces "Marseillaise" lancées à plein gosier au milieu des pelouses avant le match, car après tout l'équipe que nous accueillons n'a nullement l'intention d'égorger nos fils et nos compagnes, ils viennent seulement pour nous marquer des buts ou des essais et le seul sang qui risque de couler est celui de l'arcade ouverte de Desailly ou de Pelous et, comme la règle veut que tout joueur qui saigne soit immédiatement prié d'aller se faire soigner sur la touche, le sang versé n'a guère le loisir d'abreuver les sillons. Le nationalisme est un sentiment qui m'est, sans jeu de mots, quelque peu étranger. J'adore la France, je la connais dans ses moindres recoins, quelques lustres de galas et de tournées et vingt-deux Tours de France ont fait qu'il n'y a pas de ville où je n'ai posé mes valises et de village que je n'ai traversé, mais je me sens aussi bien chez moi à Florence ou à Bruxelles qu'à Limoges, parce que la notion de frontière me dépasse. Qu'on puisse s'étriper pour une ligne imaginaire que les diplomates déplacent au gré de la fortune des militaires m'a toujours semblé étrange et, dussé-je choquer certains d'entre vous, il me serait parfaitement indifférent d'être un citoyen des États-Unis d'Europe gouverné par un président belge avec un ministre des Finances polonais. Comme cette éventualité est encore illusoire, il faut bien faire avec ce sentiment national qui s'exacerbe sur les stades. Puisqu'il doit se déchaîner, autant, cher Alain Finkielkraut, que cela soit dans les stades que sur les plaines de Champagne ou les forêts de l'Argonne. Je préfère voir les cohortes des supporters peinturlurés de bleu blanc rouge converger vers le Stade de France que vers la statue de Strasbourg, place de la Concorde. Un match de football ou de rugby, même si les passions s'y déchaînent, a un avantage indiscutable sur les affrontements militaires: le combat ne dure que quatre-vingts ou quatre-vingt-dix minutes selon la forme du ballon, on interrompt le combat pour évacuer les blessés et, à la fin de la partie, vainqueurs et vaincus se serrent la main, passent sous la douche et rentrent chez eux. Le pire risque pour les supporters est d'attraper une extinction de voix, c'est fort gênant, mais moins handicapant qu'un obus de mortier. Au lieu de le déplorer, il faut donc encourager les affrontements entre nations, dont le simple pékin n'est que spectateur. On l'a, au cours des siècles, tellement obligé à y participer, sans lui demander son avis, qu'il peut savourer la différence.






Publié le : jeudi 3 mars 2011
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EAN13 : 9782221117675
Nombre de pages : 233
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