État militaire de la monarchie espagnole sous le règne de Philippe IV : les mercenaires au XVIIe siècle / par J.-P.-A. Bazy,...

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Létang et Girardin (Poitiers). 1864. 1 vol. (102 p.) ; in-12.
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ÉTAT MILITAIRE
r
DE LA
MONARCHIE ESPAGNOLE
SOUS LE RÈGNE DE PHILIPPE IV
LES MERCENAIRES AU XVIIe SIÈCLE
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J.-P.-A. BAZY,
Chargé du cuurs d'histoire à la FacullCi des lettres de Poitiers.
POITIERS,
CHEZ LÉTANG ET G1RARDIN,
LIBRAIRES.
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ÉTAT MILITAIRE
DE LA
MONARCHIE ESPAGNOLE
SOUS LE RÈGNE DE PHILIPPE IV.
Poitiers. -Imprimerie de A. DUPRS.
ÉTAT MILITAIRE
DE LA
MONARCHIE ESPAGNOLE
SOUS LE RÈGNE DE PHILIPPE IV
'e
m ;MEft(^NAÏKES AU XVIIe SIÈCLE
PAR
J.-P.-A. BAZY,
Chargé do cours d'histoire à la Faculté des lettres de Poitiers.
POITIERS,
CHEZ LÉTANG ET G1RARDIN,
LIBRAIRES.
4864
1
ÉTAT MILITAIRE
DE LA
MONARCHIE ESPAGNOLE
SOUS LE RÈGNE DE PHILIPPE IV.
1
LES MERCENAIRES AU XVIIe SIÈCLE.
SECTION PREMIÈRE.
CHAPITRE PREMIER.
OBJET DE CET ESSAI.
Pendant que l'administration habile du cardinal Ri-
chelieu prépare la France à remplir en Europe le rôle
de puissance prépondérante, on voit dépérir rapide-
ment la vaste monarchie autrichienne qui, restée dé-
finitivement partagée après la tentative inutile de
Charles-Quint pour concentrer dans les mains de son
fils Philippe II toute la puissance des branches espa-
gnole et allemande, s'épuise par les efforts que font
ces deux branches pour ressaisir la domination qui
- 2 -
leur échappe à l'époque de Philippe IV, de Ferdinand II
et de Ferdinand III.
Depuis 1635, l'année où les hostilités recommencent
entre la France et l'Espagne, le sort des armes n'a pas
toujours secondé les vues de Richelieu, et cependant,
à partir de 1635, la France s'élève et se fortifie en dé-
fendant l'unité nationale contre les ennemis intérieurs
et extérieurs. Si l'on examine attentivement l'organi-
sation des deux grands Etats rivaux à cette époque,
on reconnaît, dans la monarchie espagnole, les effets
des deux causes actives du dépérissement de cette mo-
narchie, sa mauvaise administration et le défaut d'as-
similation des populations qui la composaient. C'est
alors que le premier ministre de Louis XIII, favorisé
parla disposition admirable du territoire de la France,
imprime la plus énergique impulsion à la politique
intérieure et extérieure de la monarchie compacte
qu'il gouverne.
En méditant sur ce grand sujet, l'historien est con-
duit à chercher dans le peu de cohésion qui existe entre
les provinces et les royaumes que Charles-Quint et ses
successeurs ont acquis, et où ils recrutaient leurs ar-
mées , la raison de l'affaiblissement de leur état mili-
taire et de leur impuissance à faire concourir les élé-
ments divergents de la monarchie espagnole au
triomphe de leur système d'uniformité du culte et des
lois, et à résister aux attaques du dehors. Ce change-
ment dans la situation relative de la France et de
l'Espagne s'explique autant par la constitution des
deux monarchies , que par l'incapacité ou l'habileté
des hommes qui président à leurs destinées.
— 3 —
Au milieu du XVIIe siècle, le gouvernement espagnol,
avec ses régiments d'Espagnols, de Wallons et d'Ita-
liens, et les troupes mercenaires qui sont à son service,
ne peut rien entreprendre sans l'appui des armées de
l'Empire. Bien qu'à l'époque de la reprise des hostilités
elle n'ait pas encore constitué ses frontières au nord,
au midi et à l'est, par la conquête de l'Artois, de la
Flandre, du Roussillon et de la Franche-Comté (1);
bien qu'elle soit encore dans la nécessité d'employer
des troupes mercenaires, la France est déjà, comme
disait Charles-Quint, par la contiguïté de ses provinces,
une puissance redoutable pour sa rivale. Dans sa mis-
sion de puissance protectrice des faibles, elle s'est
développée dans sa forte unité, depuis la fin du règne
de Henri IV, dont Richelieu poursuit le projet d'a-
baisser l'Autriche en opposant à son ennemi une armée
plus homogène , et en s'affranchissant peu à peu du
tribut qu'elle paye au condottierisme, pour faire domi-
ner l'élément français dans son organisation militaire.
CHAPITRE II.
COMPOSITION DES ARMÉES EUROPÉENNES DANS LA
PREMIÈRE MOITIÉ DU XVIIe SIÈCLE.
Les troupes mercenaires jouent un grand rôle dans
(1) L'Artois et la Flandre, anciennes provinces du royaume
de France. Une partie de cette dernière province, l'Artois,
une partie du Hainaut et le Roussillon, sont cédés par l'Es-
pagne en 1659 (traité des Pyrénées). Le traité de Nimègue
(1678) assure à la France 'ces acquisitions et la Franche-
Comté.
-4-
l'histoire de la première moitié du xvir siècle, temps
d'une fermentation générale, où les Etats européens
jettent en Allemagne , théâtre des luttes politiques et
religieuses, des capitaines d'aventure et une multitude
de soldats , les uns à la solde de l'Espagne , encore
dans l'ivresse des rêves de monarchie universelle, et
qui n'a rien perdu de l'orgueil de son ancienne puis-
sance ; les autres au service de la France et de ses al-
liés, qui combattent pour l'indépendance de l'Europe.
C'est l'époque où Gustave-Adolphe est l'arbitre de
l'empire germanique. Des aventuriers de tous les pays
se précipitent dans la carrière ouverte à leur ambition,
et vendent leur épée aux petits souverains qui veulent
étendre leurs domaines, aux princes dépouillés, ré-
duits à fuir, et qui, soutenus par les subsides des
puissances étrangères, cherchent à réparer les torts
de la fortune. Un général dans l'exercice d'un com-
mandement sans contrôle, qui lui donnait une puis-
sance égale à celle de l'empereur, maître d'une armée
qu'il a rassemblée et qui ne dépend que de lui, entouré
d'une cour militaire, roule dans sa pensée des projets
immenses. L'Allemagne est abandonnée à la licence
du soldat, qui ne connaît que Waldstein, que Ferdi-
nand II, dans le malheur, a revêtu d'un pouvoir
illimité. La Bavière, la Saxe, ont été dévastées par les
armées d'Ernest de Mansfeld, de Tilly, et des généraux
suédois Horn, Banner, Torstenson, Wrangel, et par
les troupes d'Octave Piccolomini, de Galas et de Jean
de Werth, qui assuraient l'impunité à ces aventuriers,
accoutumés, sous leurs ordres, à piller et à vivre à dis-
crétion sur le territoire ennemi ou ami, véritables
— 5 —
barbares, étrangers aux lois de l'humanité, et suscités
en Allemagne par le génie de la destruction. Assez fa-
ciles, parfois, à changer de maître, les nombreux aven-
turiers de tous les pays viennent grossir les armées
suédoises d'Oxensliern et des héros qui obéissent à la
direction du chancelier. D'autres soldats de fortune
partagent les destinées de l'Autriche et de l'Espagne.
L'ambition attire autour des grands généraux, qui ont
perfectionné la stratégie, des capitaines d'aventure, al-
lemands, français, anglais, irlandais, italiens, jaloux
d'apprendre leur métier à la grande école de Gustave,
de Waldstein et de Bernard, duc de Saxe-Weimar, qui
marchande ses services à la France au prix d'une sou-
veraineté. Richelieu, à la mort de leur général, s'ap-
proprie les douze mille fantassins et les six mille ca-
valiers mercenaires de Bernard.
Les armées avec lesquelles la Suède, et bientôt la
France, portent en Allemagne des coups mortels à la
puissance des empereurs Ferdinand II, Ferdinand III
et du roi d'Espagne Philippe IV, sont en partie compo-
sées des aventuriers de l'Europe entière. Des éléments
étrangers concourent aussi à la formation des armées
des autres Etats engagés dans la guerre de trente ans.
D'après le témoignage d'Aersens (1), confident de Fré-
déric-Henri, les troupes des Provinces-Unies, sous les
stathouders Maurice et Frédéric-Henri, qui contribuè-
rent aux progrès de la tactique au XVIIe siècle, étaient
presque entièrement composées d'étrangers, qui con-
quirent la liberté de la jeune république (2). Henri IV
(1) Lettres d'Aersens de Sommerlsdyk.
(2) Schiller, Soulèvement des Pays-Bas, t, I, p. 18, 19.
— 6 —
avait autorisé les Hollandais à recruter dans ses pro-
vinces les régiments français à leur solde. Le stathou-
der Maurice avait des régiments d'Allemands, de Lor-
rains, d'Anglais et de Français. Les soldats de la
France et de l'Angleterre, d'après le témoignage de
Grotius (1), étaient souvent aux mains dans les armées
de ce prince. Le général d'Amélie, landgravine de
Hesse-Cassel, entretenait avec les subsides de la France
une armée de dix mille étrangers dans ce pays, que
cette femme courageuse sauva de la ruine (2).
Il a fallu l'ébranlement général causé par la révo-
lution religieuse pendant les xvie et XVIIe siècles, pour
exposer les Etats de l'Europe à l'anarchie et à la déso-
lation de près d'un demi-siècle, que portèrent avec
eux ces dangereux auxiliaires des puissances belligé-
rantes, ces mercenaires de tous les pays, qui ne con-
naissaient d'autre patrie que le camp où ils passaient
leur vie, d'autre maître que le général qui les réunis-
sait sous sa bannière d'enrôlement, en contentant leur
soif de pillage.
CHAPITRE III.
LES MERCENAIRES. LES PREMIÈRES TROUPES PERMANENTES.
A toutes les époques, la puissance des mercenaires
est le symptôme de l'organisation vicieuse et de l'affai-
blissement des sociétés qui les ont employés ; elle atteste
(1) Hist. 1. xii.
(2) Les troupes de la landgravine de Hesse-Cassel, sous les
ordres du colonel Ochin, se réunirent à l'armée du duc
d'Enghien à Nordlingue (1615).
— 7 —
l'existence d'un régime de violence ou un état de so-
ciété au maintien duquel les mercenaires ont dû
concourir. Dans l'antiquité, une domination fondée
sur la conquête, sur le commerce et l'usurpation ,
rendit nécessaire le service des troupes mercenaires
qu'on levait en Asie, en Afrique, dans la Gaule, en
Italie et dans la Grèce, où l'on recrutait les plus bra-
ves. L'empire des Perses, la domination des Car-
thaginois et les petis Etats de la Grèce, de l'Italie
et de la Sicile ont eu des étrangers à leur solde, dans
les temps les plus critiques de leur existence (1). Un Etat
est dans la nécessité de se servir de mercenaires lorsque
la nation s'est soustraite au service militaire, et lorsque,
dans le développement de la constitution civile , les
institutions militaires ont été négligées. C'est ce qui
est arrivé à la monarchie des Perses. Un Etat est obligé
de prendre à sa solde des étrangers, lorsque sa popu-
lation n'est plus proportionnée à ses entreprises et aux
besoins de sa défense. C'est ce qu'on a vu dans l'Espa-
gne moderne, où près d'un dixième de la population,
réduite de vingt millions à dix à la mort de Philippe II,
appartenait à l'Eglise, et où les artisans ne comptaient
plus pour le service militaire. Carthage, la grande ré-
publique marchande, la plus opulente de l'ancien
monde, qui alliait l'esprit de conquête au génie du
commerce, eut recours aux mercenaires , parce que
l'activité mercantile de cette république excluait l'or-
ganisation d'une armée nationale (2). Après la chute
(L) Boettigeri Opuscula.
(2) Carthage est tombée dans les inconvénients que si-
— 8 —
de la liberté dans les républiques de la Grèce, des
troupes de mercenaires servirent les intérêts de petits
tyrans qui étaient toujours en lutte avec leurs conci-
toyens et leurs voisins, ou furent soudoyées par des
Etats primitivement resserrés, et qui étaient en voie
d'extension. Dirigée par le jeune Cyrus, Agathocle, Pyr-
rhus, Philippe et Alexandre de Macédoine, par Annibal
et les héros de la maison de Barca, et s'animant de leur
esprit, cette force mobile, mais unie et maîtrisée par un
homme supérieur, était propre aux plus grandes cho-
ses (1). Dans le moyen âge, dans les siècles qui précé-
dèrent l'établissement des troupes réglées, on peut
comparer aux mercenaires de l'antiquité les condot-
tieri (2) et les Compagnies (3) qui, dans le cours du
xive siècle (4) et dans la première moitié du xve, fu-
rent la terreur de l'Italie et de la France. Ces armées de
partisans, capables des entreprises les plus hardies, se
jouant de tous les engagements, combattaient tour à
tour pour Florence , pour Venise, pour Milan, pour
gnale Montesquieu : « Ou l'armée menace de détruire le
gouvernement, ou le gouvernement détruit l'armée. »
(1) Voir les Vies des hommes illustres de Plutarque et
Xénophon, Helléniques, 1. nie. Anahase ou retraite des dix
mille.
(2) On donnait ce nom à des chefs ambitieux ou endettés
qui disposaient des forces militaires de l'Italie, et prenaient
à leur solde des gens sans aveu et des bandits. — La Hût.
d'liai. di Fr. Guicciardini, 1. 8, Condottieri de Vinit.
(3) Les grandes Compagnies, bandes composées des débris
de l'armée française vaincue à Poitiers, d'auxiliaires alle-
mands licenciés, et de déserteurs de toutes les nations.
(4) Chroniques de Froissart, t. II.
- 9 -
2*
Rome ou pour Naples, et se tournaient contre les Etats
qui les salariaient ; moissonnées par les maladies et
les excès, et minées par la désertion , toujours prêtes
à se désorganiser pour se reformer sous d'autres dra-
peaux, ces armées, qui ne restaient pas longtemps sous
les ordres des mêmes capitaines et à la solde des Etats
qui les -entretenaient, disparurent à mesure que le
système militaire s'organisa avec les nationalités eu-
ropéennes, vers la fin du xve siècle et dans le cours
du xvie. C'est alors que l'application de la poudre à canon
r à l'art de la guerre discrédita les anciennes armes et
le système militaire féodal, et que les progrès de l'art
militaire firent peu à peu prévaloir l'opinion de la
force et de la supériorite de l'infanterie dans toutes
les opérations de la guerre.
La France, sous le règne de Charles VIl, donna
l'exemple, qui fut bientôt imité par ses voisins, de
l'établissement de troupes régulières et permanentes.
La nouvelle milice toujours sur pied de Charles VII
et de Louis XI, qui était indépendante des seigneurs,
les landsknechte ( nom qu'on donnait à l'infanterie al-
lemande) de Maximilien, l'infanterie gasconne armée
et disciplinée par Louis XI à la manière des Suisses,
les fantassins les plus solides de l'Europe, les troupes
nationales d'Espagne aguerries dans les guerres contre
les Maures, et qui avaient achevé la conquête de leur
pays par la prise de Grenade, furent le noyau de ces
armées nombreuses et vaillantes qui agirent d'une
manière si brillante dans le XVie siècle et dans le xvne.
Les Espagnols perfectionnèrent et augmentèrent leur
infanterie dans les guerres d'Italie, et organisèrent ces
— 40-
fameux corps de fantassins qui, depuis les batailles
de Séminare et de Cérignole, au commencement du-
xvie siècle , jusqu'aux batailles de Rocroy, de Lens et
des Dunes, furent réputés invincibles. Dans sa période
de gloire et de prospérité, l'Espagne déploya son
énergie conquérante avec ses forces naturelles, et du
jour où elle se reposa sur des ressources étrangères
du soin de défendre les parties si éloignées de sa vaste
domination, la désorganisation et la mort pénétrèrent
dans cette monarchie.
L'Espagne, pendant le règne de Ferdinand le Catho-
lique et dans le commencement de celui de Charles-
Quint, a été redevable de sa supériorité à l'emploi de
ses troupes nationales fortement organisées. L'éta-
blissement des armées permanentes avait mis les sou-
verains en état de donner plus d'étendue et de vigueur
à leurs opérations intérieures et extérieures; mais
l'importance de leurs guerres les obligeant de mul-
tiplier leurs moyens d'attaque et de défense, les prin-
ces, à cause de l'imperfection des nouvelles institu-
tions militaires, se servirent pendant longtemps des
mercenaires étrangers. Dans la révolution que subis-
saient alors les institutions politiques des Etats où la
force publique se concentrait de plus en plus dans la.
royauté et dans la situation difficile de l'Europe pen-
dant la rivalité des puissances, les armées n'étaient point
peuple, elles ne pouvaient avoir que l'esprit des gou-
vernements dont la tendance générale était de daaipjMu.
militaires. Afin de rendre les armées uniquement d8
pendantes de leur nouvelle puissance, qui n'était aa
incontestée, et par un sentiment de jalousie et du
— —
crainte naturel aux pouvoirs qui s'établissent, les
princes continuèrent de solder des étrangers, qui
étaient des instruments plus sûrs; ils recherchèrent
l'alliance des Suisses et nourrirent l'avidité et flattè-
rent l'orgueil de ces pâtres belliqueux. Louis XI,
Charles VIII, Louis XII eurent à leur solde les contin-
gents de la redoutable infanterie que fournissaient
les cantons helvétiques ; l'Espagne brigua même leur
secours. Louis XII augmenta son infanterie d'un corps
d'Allemands mercenaires, célèbres dans les guerres
d'Italie sous le nom de bandes noires.
CHAPITRE IV.
TROUPES ÉTRANGÈRES AU SERVICE DES DIFFÉRENTS ÉTATS.
Les soldats mercenaires reparaissent avec éclat pen-
dant la fièvre du xvie siècle, époque signalée par des
guerres presque sans trêve, qui, en achevant de con-
stituer les nationalités, devaient avoir pour effet de
délivrer les Etats européens du fléau de cette force
militaire, n'obéissant souvent qu'à son chef qui la
recrutait et la payait, et parfois indépendante du
souverain. Dans le xvie siècle et dans le XVIIe, les vic-
times des persécutions, les hommes que la misère et
l'inquiétude poussaient dans une vie dehasards, étaient
à la solde des intérêts et des passions qui agitaient les
deux grandes puissances dont l'antagonisme divisait
l'Europe.
Dans ces temps où l'activité des individus et des
gouvernements était vivement excitée par la lutte
— 42 -
des intérêts politiques et religieux, et où la force, plus
que la prudence des conseils, tranchait les difficultés,
des chefs hardis, blessés dans leurs sentiments ou leurs
intérêts, rassemblent autour d'eux tout ce qu'ils trou-
vent d'hommes pauvres et turbulents, et forment des
bandes guerrières, non moins terribles aux Etats qui
les stipendiaient qu'aux ennemis. Avec les vices insé-
parables de leur condition, ces aventuriers, que la dis-
cipline réprime à grand'peine, apportant de toutes
les parties de l'Europe des habitudes, des mœurs et
des caractères différents, mais contenus par le général
auquel ils se dévouent corps et âme, sont capables de
qualités incidentes et, si je puis dire, épidémiques,
que l'homme contracte par l'esprit de confraternité et
par l'agrégation à un corps. Il n'est rien qu'ils ne
puissent tenter et exécuter, s'ils sont pénétrés du génie
d'un Gustave-Adolphe, d'un Waldstein, d'un Bernard
de Saxe-Weimar, d'un Piccolomini et d'un Guébriant.
Mais que l'âme, qui conserve, régit et met en
mouvement cette agrégation d'éléments hétérogènes,
s'en sépare, l'histoire nous montre cette force toujours
prête à secouer le frein, emportée par les mauvais
instincts qui ont repris le dessus, et se décomposant
au milieu des excès auxquels elle se livre. Ces armées,
rassemblées par le hasard et dont l'existence est atta-
chée à une puissante individualité, ne s'élèvent jamais
à ce degré d'énergie que peuvent atteindre des soldats
ralliés par l'esprit de nationalité et inspirés par le
même sentiment; elles ne s'animent jamais de cet in-
domptable héroïsme que l'honneur et le patriotisme
communiquent à une nation qui s'arme pour se dé-
— 43-
fendre. Ce mobile, suppléant même souvent au génie
du général, est tout-puissant dans nos armées natio-
nales à l'époque où le cardinal Richelieu fait prévaloir
la règle dans le militaire comme dans la société civile,
et, par la forte organisation qu'il lui donne, travaille
au ralliement des forces de la France contre la mo-
narchie espagnole qui s'énerve et se décompose.
Dans mon Essai sur l'état militaire de la France à la
même époque et dans mon enseignement, j'ai montré
que dans les Etats où les nationalités se forment et pré-
sentent une puissance compacte, l'organisation militaire
est en progrès, et que cette organisation est contrariée
dans son développement dans les Etats qui, comme
l'Espagne, se sont agrandis par la réunion de terri-
toires sans pouvoir assimiler les populations. J'ai re-
connu que dans les pays où les institutions ne sont
pas favorables à l'unité politique, et que parmi les
populations qui résistent à l'assimilation avec le peuple
qui domine, les éléments dissidents des nationalités
artificielles concourent, pendant le xvue siècle, au re-
crutement des armées de mercenaires. L'état de l'Ir-
lande, de l'Italie, de la Bohême, de la Hongrie, des
contrées slaves et roumanes soumises à l'Autriche, et
des provinces néerlandaises septentrionales , au xvie
et au xviie siècle, confirme la vérité de cette obser-
vation.
Les troubles religieux et politiques de la première
partie du XVIIe siècle sont encore un obstacle aux pro-
grès de la puissance publique et à la concentration des
moyens d'action des Etats qu'ils agitent, et, dans la
lutte des croyances, l'esprit de nationalité n'est pas
— u —
assez développé pour tenir unies dans un même in-
térêt les forces d'un pays et les mettre en mouvement
pour remplir un but commun. La question religieuse
domine encore la question politique, comme à l'époque
où Philippe II, qui fut le centre de la politique euro-
péenne, voulait ramener l'Europe à l'unité aussi bien
que ses Etats, où Gustave-Adolphe se proposait d'é-
tablir un empire évangelique en opposition à l'empire
catholique. Les passions religieuses, aux deux épo-
ques , ont secondé ces prétentions rivales à la supré-
matie ; elles divisent les citoyens d'un même Etat qui
épousent un parti religieux et se mettent au service de
l'homme qui défend leur culte. Au xvic siècle, les ca-
tholiques embrassent la cause que représente Phi-
lippe II, et les protestants s'attachent à la ligue que
dirige Élisabeth d'Angleterre. Mais tous ne suivent pas
un drapeau par dévoûment à un principe ; beaucoup
d'autres cèdent à des inspirations moins pures, et les
mercenaires, soudoyés par des Etats rivaux, sont d'ordi-
naire attirés par les grosses soldes promises et l'espoir
d'opprimer et de piller. L'esprit d'aventure, l'ambition,
la misère ou la cupidité rassemblaient le plus souvent
les soldats de l'Europe entière sous les bannières de la
liberté et du despotisme. On voyait sous les mêmes
drapeaux des soldats liés par des serments contraires ;
dans les armées à la solde de la France se rencon-
traient des Allemands catholiques, des dissidents de
toutes les sectes qui divisaient l'Allemagne, des Hon-
grois, des Croates, des Polonais ; des Ecossais combat-
taient contre leurs compatriotes qui étaient au service
de l'empereur et du roi catholique; des Irlandais, qui
— 45-
fuyaient les violences du gouvernement anglais, pré-
féraient, en général, servir l'Espagne, et se trouvaient
opposés à leurs frères d'Erin, que la France employait
aussi dans ses armées. Pendant la guerre de trente
ans, l'homme de guerre s'est dénationalisé, s'il est
permis de parler ainsi. Les Suisses, liés par les an-
ciennes capitulations, fournissaient à Louis XIII des
régiments qui passaient dans les rangs de l'armée im-
périale de Piccolomini (1). Les troupes allemandes et
suédoises de Gustave-Adolphe furent stipendiées par
la France, et les vieilles bandes weimariennes, après
la mort de Bernard, leur général, servirent sous les
ordres de Guébriant. Le gouvernement anglais, sub-
ordonnant ses sympathies religieuses à son intérêt
politique, sans les déchirements intérieurs de la
Grande-Bretagne, n'eût pas manqué, selon la déclara-
tion faite au comte d'Estrade, ambassadeur français à
Londres, de défendre les villes maritimes des Espa-
gnols. Les officiers et les soldats anglais secondaient
l'inquiétude jalouse que les progrès de la France in-
spiraient aux hommes d'Etat de l'Angleterre, et pre-
naient du service dans les armées de Philippe IV. La
Hollande entretenait en même temps des régiments de
lansquenets et des régiments anglais (1626), et la
France tenait sur pied la compagnie des gardes écos-
saises et le régiment de Douglas de la même nation.
(1) Journal manuscrit d'Affrengues, conseiller de la com-
mune de St-Omer.
— 46-
SECTION II.
CHAPITRE PREMIER.
FORCES MILITAIRES DE L'ESPAGNE. — INFANTERIE. — TERCES
OU RÉGIMENTS ESPAGNOLS.
A l'avènement (1621) de Philippe IV, roi d'Espagne
et de Portugal, les forces militaires de la monarchie
espagnole étaient composées de régiments d'Espagnols
naturels, de corps levés dans les provinces réunies à la
monarchie, de Wallons, d'Italiens et de mercenaires
étrangers, Allemands, Slaves, Anglais, Irlandais.
Les Terces (1) d'infanterie castillane, supérieurs par
la composition et la discipline à la plupart des régi-
ments formés dans les Pays-Bas et en Italie, n'étaient
que le noyau des armées de Philippe IV. Le recrute-
ment n'était pas facile dans la Castille, où il provoqua
plus d'une fois des soulèvements, lorsque le roi mé-
(1) Ou régiments. Cette infanterie, disposée, comme celle
des Suisses, en colonnes profondes et serrées, présentait à
l'ennemi un front redoutable contre lequel se brisaient tous
les efforts de la cavalerie. Les soldats de ce corps étaient
armés de longues lances, de hallebardes et de pesantes
épées. Charle&-Quint avait introduit dans ces colonnes un
certain nombre de soldats armés de lourds mousquets.
Philippe m et Philippe IV allégèrent l'armure défensive des
fantassins espagnols, qui portaient de petites cuirasses ou
corselets (corseletes).
— M —
connaissait le droit des Castillans, lorsqu'il exigeait
des régiments levés dans ce royaume le service hors
de leur pays. Mais les rois d'Espagne finissaient par
triompher de cette résistance. Justement fière de son
excellente infanterie castillane, considérablement ré-
duite depuis la mort de Philippe II, l'Espagne se plai-
sait encore à considérer « comme la fleur de toutes les
autres nations (i) » ses bandes inébranlables d'Espa-
gnols naturels qui soutenaient leur vieille réputation.
L'intrépide phalange castillane était célèbre par les
exploits de ses Ter ces, Noronha, Argote, Nino, Velada,
Saldanha, Saavedra, Almeida, Aragon, Silveyra, Za-
pata, vieux régiments espagnols, Prince-d'Espagne,
Cornie-Duc et quelques autres corps créés sous le règne
de Philippe IV. Ces régiments à quinze enseignes
étaient le nerf de la puissance militaire de l'Espagne.
Les trois premiers rendent de grands services dans les
guerres du XVIIe siècle, avec leurs émules Velada, Sal-
danha, Saavedra et Almeida, qui concourent devant
Saint-Omer à forcer la circonvallation française (2).
Saavedra et Almeida, au combat de St-Nicolas (1639) (3)
et dans les lignes de Turin; Velada, Saldanha, au siège
d'Arras (1640), au combat de Honcourt (1642), à Tor-
tone (1642) et dans les campagnes de Catalogne, à
côté de Zapata et d'Aragon, du Prince-d'Espagne et du
Comte-Duc, maintinrent l'honneur du drapeau espa-
(1) Que se puede decir la flor de todas otras naciones.
(2) Narré manuscrit du siège, rédigé par un contemporain.
(3) Archives de Bourbourg.
— 18 -
gnol (1). Ces vaillantes bandes, après une résistance
héroïque, ne sont rompues et presque détruites à Ro-
croy (1643) qu'à la quatrième attaque de toute l'armée
victorieuse (2). La journée de Lens (1648) ne fut pas
moins fatale aux débris de cette vieille infanterie et
aux jeunes régiments d'Espagnols naturels opposés à
l'armée du grand Condé (3) Ces corps d'élite, répartis
dans les armées de Philippe IV, comme les gardes
françaises l'étaient dans les armées de Louis XIII,
jouissant du privilége de choisir le poste le plus péril-
leux, avaient le pas sur les autres régiments et étaient
les premiers exposés aux coups de l'ennemi, partout
où un échec devait être réparé, une victoire décidée
par une charge furieuse, partout où il fallait honorer
la défaite. L'Espagne perdit ces bandes, la force de ses
armées et l'admiration de toute l'Europe, à Rocroy et
à Lens, désastres auxquels elles ne pouvaient pas sur-
vivre.
CHAPITRE II.
RÉGIMENTS WALLONS.
Dès le règne de Philippe II, vers l'époque de la paix
avec les provinces méridionales des Pays-Bas (1579),
les troupes wallones commencent à s'unir (4) avec
(1) Les couleurs du drapeau espagnol étaient le rouge et
le jaune.
(2) Mémoires relatifs à l'histoire de France.
(3) Id.
(4) Le pays wallon comprenait le Brabant, le Hainaut, la
Flandre, l'Artois.
— 49 -
les troupes espagnoles, et, après les bandes d'ordon-
nance de la garde royale et les terces composés de
sujets naturels, elles étaient considérées comme les
plus braves parmi les régiments que l'Espagne entrete-
nait (1). Les fantassins wallons rivalisaient d'intré-
pidité avec les bandes castillanes. Ils appartenaient
à cette race de Brabançons, nommés aussi dans nos
chroniques Coterelli, Cotereaux, Ruptarii, Routiers,
Rutarii, Brabantiones, Brabantini, qui ont porté l'é-
pouvante dans nos provinces au XIIIe et au xive siècles,
et que les Plantagenets avaient pris à leur service en
Angleterre. On les désignait probablement par le nom
de Brabançons, parce que le plus grand nombre et les
plus redoutables de ces bandits, organisés pour le
pillage et la dévastation, sortaient du Brabant. Les
Wallons du xvne siècle ont conservé les vices et les
qualités militaires de leurs ancêtres. Ces hommes de
fer et d'un courage indomptable, dont les descendants
fournissent de vigoureux soldats à nos armées , se
pliaient difficilement à la discipline. Durs à la fatigue et
excellents pour soutenir un siège, les soldats wallons,
non moins courageux à -la mousquetade qu'habiles à
remuer la terre et à mettre un poste en défense, dé-
ployaient dans les combats les plus opiniâtres la même
énergie que les bandes espagnoles (2) .Pour augmenter
l'émulation de ses troupes pendant les guerres de
Hollande, Ambrosio Spinola les distribuait, dans l'atta-
que, par nations, en Wallons, Italiens, Espagnols, Alle-
(l)Hug. Grotii Ann. et Histor. de rébus Belgicis. Lib. ir, III.
(2) Mémoires de Monglat.
— 20 -
mands (1). Ces régiments, à dix ou à douze compagnies,
sous le règne de Philippe IV, ont de belles pages dans
les fastes militaires de l'Espagne. Wesemael ou Grobben-
donck, détruit dans les guerres contre Maurice d'O-
range, et bientôt réorganisé, montre le plus grand.
courage dans la défense de Louvain (1635), de Bois-le--
Duc, de Mastricht et de Saint-Omer ; Huston, fkàfbm
et Rocroy tiennent tête aux armées qui assiègent -
trois premières villes, ne le cèdent pas en intrépidité
à Wesemael, au combat de Saint-Nicolas (1639), et pre»
nent part, avec le régiment wallon d'Hachicourt, im
l'attaque des lignes françaises devant Arras (1640), au
siège d'Aire (1641) et à la bataille de Lens (1648) (3^
(1) Grotius, 1. 14.
(2) Documents relatifs à l'histoire de la Flandre et de
l'Artois. Archives du département du Nord et de la AÏIIA
d'Arras.
Souvent citées dans cet essai, les archives des départe
ments du Nord et du Pas-de-Calais contiennent deLiocu.
ments qui ont une grande valeur pour l'histoire denoém
pays.
Ces précieuses annales inédites du nord de la France
riches en éclaircissements sur des faits qui appartiennent
à l'histoire générale et à l'histoire des relations de la Flann
dre, du Hainaut et de l'Artois avec l'Angleterre, l'Allemagne
et la France, fournissent des données très-nombreuses s
l'administration de ces anciennes provinces, à l'époque da
comtes de Flandre et d'Artois, dans le temps où elles étaieal
réunies aux Etats de la seconde maison de Bourgogne al
sous la domination des rois d'Espagne. Par leurs indication
précises, ces archives éclairent et étendent le domaine âa
l'histoire générale dont elles remplissent les lacunes, at
concernant l'histoire particulière des villes, elles metten
en lumière un grand nombre de faits qui se ratta
- 24 —
Après cette grande journée où l'infanterie wal-
lone formait huit régiments dont la création remonte
l'octroi des chartes, à la formation et à l'organisation des
communes, à leurs confédérations, à leurs rivalités, à leur
commerce et leur industrie. L'administration de la justice
dans les tribunaux des magistrats, les formes de procédure
dans les appels des jugements des bailliages portés par les
kabitants des villes devant les juridictions supérieures, les
attributions du conseil d'Artois et du parlement de Flandre
sous la domination française, les différends qui s'élevaient
entre les communautés religieuses et les magistrats, sont
exposés en détail dans ces archives. Un grand nombre de
lettreS-des rois de France, des comtes de Flandre et d'Artois,
des rois d'Angleterre, des ducs de Bourgogne, de différents
personnages, des rois d'Espagne et des capitaines généraux,
peuvent servir àrectifierdes erreurs accréditées par de grands
travaux historiques. Cette correspondance, les registres des
villes et les ordonnances des princes touchent à toutes les
questions historiques, créances et dettes des villes, prêts
faits par elles aux souverains, levée des impôts sous les di-
vers régimes ; elles retracent la vie et le mouvement de la
commune wallone, les soulèvements des bourgeois, les
mœurs, les usages et les institutions.
Les plus intéressants de ces documents relatifs à la con-
stitution municipale font connaître les règlements de l'é-
chevinage, les privilèges et les immunités des villes, la
constitution des ghildes, les coutumes, les formes et les ré-
solutions des plaids généraux, des assemblées des corps des
villes, les changements introduits dans l'organisation mu-
nicipale depuis Louis XIV et l'intervention du conseil
d'Etat dans l'élection des magistrats des cités.
Les archives des villes de l'ancien pays wallon, et par-
ticulièrement celles d'Arras et les archives du départe-
ment du Nord, mises en ordre avec l'attention la plus in-
telligente par les conservateurs, font connaître les progrès
— 22-
aux règnes de Philippe II et de Philippe III, ces régC
ments, écrasés comme les bandes castillanes l'avaient
été à Rocroy, se trouvèrent presque désorganisés.
CHAPITRE III.
TERCES OU RÉGIMENTS ITALIENS.
Les régiments italiens, à dix-huit enseignes pendant
le règne de Philippe IV, recrutés dans les provinces
du Nord et du Midi de l'Italie, dans la patrie de ces
brise-fer du xve siècle qui soutenaient des combats (fe.
quatre à cinq heures, mêlées peu meurtrières, saDII
perdre un seul homme et sans tuer un seul ennemi,
des manufactures et leur état florissant depuis le XIIIe siècle
jusqu'au xvnc, époque de leur décadence, les règlements qUi
les protégeaient, les traités de commerce de ces villes entre
elles et avec des villes étrangères, les franchises accû~j~~
aux marchands étrangers, écossais, anglais et allemands
qui y faisaient le négoce, les conventions entre les SOUYIÏIII
rains de ces provinces et les autres Etats pour favoriser le
commerce. Nous aurons une histoire complète du com.
merce et de l'industrie des provinces wallones sous les
divers régimes, le jour où une main habile aura rassembla
et mis en œuvre ces matériaux, aussi abondants que imààs.
qui fixent, depuis quelque temps, l'attention des hommes
compétents.
Nous devons espérer qu'on ne tardera pas, sous les auta
pices du gouvernement, à exhumer de ces vastes dépôts
les richesses que contiennent les précieuses liasses entanu
sées dans les hôtels de ville, et les archives déjà cooxiûck,
nées dans les chefs-lieux des départements du Nord et duj
Pas-de-Calais.
— 23-
t ne diiinent plus le spectacle de ces passes d'armes
i:i*»#êentes, dans les campagnes d'Allemagne et des
[.Pays -Bas de la première moitié du xvne siècle. Pen-
tdaat les opérations de ces campagnes auxquelles ils
) ont pris une grande part, ces corps ont relevé la répu-
îtatiwn militaire des populations italiennes, si bien éta-
ïblie au temps de la lutte des républiques lombardes
te..tre les empereurs d'Allemagne, et dans les guer-
ires d'Alexandre Farnèse , général des Terces italiens
Mpptsés aux Flamands insurgés. Le gouvernement
icspajntl employait hors de leurs pays les régiments
ijitaliens, et en dégarnissait le royaume de Naples et le
fiMilanais pour les envoyer dans les Pays-Bas et en Alle-
maçne (1); il se trouvait mieux du service de ses régi-
iMients d'Espagnols naturels dans la Lombardie et dans
[les provinces napolitaines. Philippe II et Philippe III
pentretenaient deux régiments toscans, qui n'étaient
Méjà plus sur pied dans les premières années du règne
Me Philippe IV.
: Les régiments italiens entretenus de 1621 à 1648
asent Hes Terces napolitains : le vieux terce Toralto,
tcréé par Ferdinand le Catholique, Naples, Carraccioli,
a Carafe, Sicile, Alexandre del Monte, Braquioni; Justi-
nnimni, Spinelli, Lombardie, Guasco, Baglioni, Aldo-
ihruniini et Sfondrate , levés dans le Milanais (2). Ces
TTerces (3) ont combattu à Nordlingue (1634), sous le
(1) Mémoires de Fontenay-Mareuil.
(2) Aitzema, t. I.
Hist. génér. des Provinces-Unies.
(3) Terzo, Tercio, nom qui désigne un régiment d'infan-
.iJterie; espagnol ou italien.
— 24-
cardinal-infant. Toralto, Baglioni, Aldobrandini, Jus-
tiniani, Braquioni et Carraccioli servent dans les Pays-
Bas, sous Ambroise Spinola, de 1606 à 1630. To-
ralto, Guasco font partie de l'armée du prince Thomas
de Savoie, qui dégage St-Omer assiégé par le maréchal
de Châtillon (1). Les Terces italiens servent, partie en
Allemagne contre les Suédois et leurs alliés, partie
dans les Pays-Bas. Spine/li, Lombardie et Naples sont
dans l'armée que le cardinal-infant conduit à J'attaque
des lignes françaises d'Arras (1640), et au siège d'Aire
(1641). Sfondrate fait les campagnes des Pays-Bas
jusqu'en 1648. Ces régiments sont enveloppés dans les
désastres qui détruisent l'infanterie de Philippe IV,
amènent la paix des Pyrénées (1659) et établissent dé-
finitivement la prépondérance de la France et la chute
de l'Espagne.
CHAPITRE IV.
TROUPES MERCENAIRES A LA SOLDE DE L'ESPAGNE.
RÉGIMENTS IRLANDAIS.
Avec sa grandeur apparente, la monarchie espagnole, ,
qui s'est étendue sans se fortifier, ne suffit pas, sous a
Philippe IV, au recrutement de son armée avec les a
levées que le gouvernement fait parmi ses sujets na- -
turels et dans les provinces réunies à l'Espagne par des ai
conquêtes et par des alliances de famille. En 1627,
(1) Archives de Bourbourg. Narré du [siège de St-Omer,
manuscrit que possède la famille Lefebvre-Herman.
— 25 -
Philippe IV était réduit à proposer aux différentes
contrées de la monarchie espagnole de passer une es-
pèce de contrat d'union, par lequel elles s'engageaient
d'entretenir quarante-quatre mille hommes ; dans la
répartition des contingents, la Flandre et le Brabant
étaient compris pour douze mille hommes ; mais les
conditions que ces provinces mettaient à l'acceptation
de ce contrat ne furent pas agréées par le gouverne-
ment espagnol (1). Quoique disposant des populations
belliqueuses de l'Espagne, des Pays-Bas méridionaux,
de la Franche-Comté et des soldats que lui fournit
l'Italie, cette vaste monarchie, sous la mauvaise admi-
nistration d'Olivarès, ministre de Philippe IV, recrute
hors de ses possessions une partie des forces qui la dé-
fendent, et qui se composent de mercenaires levés dans
tous les Etats de l'Europe. Les troupes qu'on peut con-
sidérer dans leur composition comme l'armée vraiment
nationale, en y comprenant, avec les bandes castil-
lanes, les régiments levés dans les provinces annexées
à l'Espagne, ne présentent pas un nombre égal d'Es-
pagnols naturels et de soldats des provinces assujetties
à la monarchie ; ces derniers concourent dans une pro-
portion plus forte au recrutement de l'armée. L'état
comparatif des forces de terre de cette monarchie en
1640 donne treize régiments d'Espagnols naturels,
vingt-deux de Wallons et d'Italiens, dix d'étrangers à
la solde de l'Espagne.
A la même époque, comme je le ferai voir dans
l'état militaire de la France, les armées que cette puis-
(1) Aitzema, t. i, p. 672.
— 26-
sance tient sur pied, présentent un effectif qui est bien
au-dessus de l'effectif des régiments nationaux, mer-
cenaires et des corps levés dans les provinces annexées
que l'Espagne entretient.
Déjà, sous Philippe II, les Terces d'Espagnols ne
comprennent guère que le tiers de la force militaire
de ce prince ; les contingents des Pays-Bas et de l'Italie
sont déjà considérables dans les troupes de Philippe II;
mais l'élément étranger ne dominait pas encore dans
la composition des armées espagnoles. A la prise
d'Ardres, en 1596, l'armée de l'archiduc Albert comp-
tait six mille Espagnols, six mille Wallons, quatre mille
Allemands et deux mille Italiens (1). En 1638, dans
l'armée de secours du prince Thomas de Savoie, cam-
pée à Bourbourg et à Rumenghem, on trouve trois
régiments espagnols, deux italiens, un régiment an-
glais, deux régiments irlandais, deux allemands et dix
escadrons de Croates. Il n'y a dans cette petite armée
qu'un quart de sujets naturels de l'Espagne (2). Les
armements de cette monarchie, vers le milieu du.
xvue siècle, n'égalent pas ceux de cette puissance dans
les guerres contre François Ier, Henri II et Henri IV, et
dont l'histoire de la rivalité des deux États nous offre
le détail au xvie siècle. Les armées de Philippe IV ne
peuvent pas être comparées aux armements de la
France à la fin du ministère de Richelieu, et moins
(1) Histoire de la ville d'Ardres.
Ferreras, Histoire générale d'Espagne, t. x.
(2) Archives de St-Omer. — Archives de la ville de Bour-
bourg.
— 27-
encore à ce déploiement de forces qu'exigeaient les
guerres du dernier quart du xvne siècle et de tout
le xvme.
Pendant la période qui fait l'objet de cet essai, Phi-
lippe IV entretenait quatre régiments d'Irlandais. L'ef-
fectif de ces corps, de douze à quinze compagnies,
était de douze ou quinze cents hommes. Les Irlandais,
les plus anciens auxiliaires de l'Espagne, lui restent
fidèles dans sa mauvaise fortune jusqu'à ce que l'épui-
sement de cette monarchie l'oblige à reconnaître la
suprématie de la France par le traité des Pyrénées
(1-659). Ces soldats étrangers, que le régime tyrannique
auquel leur pays était soumis rejetait sur le conti-
nent, étaient mieux disposés pour l'Espagne que pour
la France (1). Leur agilité était surprenante. En pre-
nant leur course, ils grimpaient à une muraille pres-
que droite, comme s'ils avaient eu des échelles (2).
Le régiment O'Neill, de l'armée du prince de Carignan,
contribue activement à la délivrance de Saint-Omer
(1638) (3). Ce régiment, dont le colonel Eugène' O'Neill
était gouverneur d'Arras, prend part à la défense de
cette capitale de l'Artois , assiégée (1640) par les ma-
réchaux de Chaulnes et de Châtillon (4) Preston, autre
(1) Mémoires de l'abbé Arnauld.
(H). Mémoires de Fontenet-Mareuil.
(3) Annales de la ville de St-Omer sous les rois d'Espagne,
par Deneuville, gros in-folio manuscrit, provenant de la
riche bibliothèque de M. Louis de Givenchy, qui a été vendu
deux mille six cents francs en 1860. — Jul. Chifflet. Audom.
obsess.
(4) Archives de la ville d'Arras.
— 28-
régiment irlandais, fait dans les Pays-Bas les campa-
gnes de 1636,1639 et 1641. Dans cette dernière année,
Preston tient à Jemmapes contre Frédéric-Henri, qui
se rend maître de cette ville. Le régiment de Murphy
sert aussi dans les Pays-Bas, depuis 1635 jusqu'à 1650.
CHAPITRE V.
RÉGIMENTS ANGLAIS ET ALLEMANDS.
Les deux régiments anglais au service de l'Espagne,
décimés dans les campagnes de 1635 à 1641, ne figu-
rent pas de 1642 à 1648 dans les événements décisifs
de la lutte entre les deux monarchies. Tresham et
Gage, régiments à dix compagnies, formant un effectif
de mille hommes par régiment, se font remarquer
par cette admirable discipline et cette vigueur dans
l'attaque et la défense qui font la réputation des ar-
mées de leur pays. Ces deux corps, qui sont employés
pendant la campagne de 1638, et dans les armées que
don Francisco de Melo et le Cardinal-infant comman-
daient en 1639 et 1640 dans les Pays Bas, servirent
sous le drapeau espagnol jusqu'au siège d'Aire (1).
Depuis que la communauté des intérêts des deux
branches de la maison d'Autriche en a rapproché les
soldats, une violente rivalité a toujours éclaté entre les
régiments allemands et ceux qui étaient composés
d'Espagnols naturels. Ils ne pouvaient vivre ensemble,
et leurs rixes sanglantes dans les camps et dans les
(1) Archives d'Arras. — Mémoires de Montglat.
— 29 -
garnisons créaient des embarras sérieux aux géné*-
raux espagnols (1). Parmi les corps allemands sou-
doyés par Philippe IV , l'élite, avec les bandes castil-
lanes et wallones, de l'infanterie de ce prince, étaient
cités Spinola ( Augustin ) ou les Capotes rouges et Rou-
vray, qui avaient hérité de la valeur des Bandes noires
et des lansquenets. L'habillement uniforme des troupes
introduit par les Suédois pendant la guerre de trente
ans fut généralement adopté.
L'Espagne, de 1635 à 1646, eut sur pied trois régi-
ments allemands à douze compagnies de cent hommes
par régiment. Ces corps étrangers se signalent dans
l'armée du prince de Carignan et sous les ordres du
Cardinal-infant et de don Francisco de Melo. Rouvray
combat à Polineove (1638) , et sauve une partie de la
cavalerie du prince Thomas, culbutée par le maréchal
de la Force (2). Spinola, ou les Capotes rouges, ravi-
taille St-Omer (3) et sert dans l'armée de Francisco
de Melo, que la Meilleraye repousse à St-Nicolas (1639).
Les régiments allemands, à la solde de l'Espagne, font
partie de l'armée du Cardinal-infant, lorsque ce prince
entraîne ses troupes dans les lignes françaises, sous les
murs d'Arras (1640). Ils combattent à Rocroy et à Lens
(1648), avec trois autres régiments de la même nation,
récemment levés, qui sont détruits dans cette journée,
(1) Archives du département du Nord. — Correspondance
du prince Thomas de Savoie, dans les archives de St-Omer.
(2) Manuscrit d'Haffrengues, conseiller de la commune de
St-Omer.
(3) Jul. Chifflet. Audom. obsess.
- 30 -
en soutenant le choc d'une partie de l'armée fran-
çaise (1).
CHAPITRE VI.
ORGANISATION DES TERCES ET DES RÉGIMENTS ÉTRANGERS.
COMPAGNIES libres. MILICE. Boctezels.
Dans les annales des Pays-Bas, dans les histoires
d'Espagne et les archives des villes wallones, le Tercio
ou Terzo, qui répondait, au xvie siècle, à la légion de
François Ier, et réorganisé, avant la fin du règne de
Philippe II, sur le modèle des régiments français, est
un régiment d'Espagnols naturels ou d'Italiens. Le
Tercio est divisé en compagnies ou enseignes, déno-
mination qui est empruntée à l'enseigne, guidon ou
petit drapeau de la compagnie d'infanterie (2).
L'effectif des régiments au service de l'Espagne
varie selon les nationalités. Les Terces espagnols, na-
politains et lombards sont de cinq à dix compagnies
sur le pied de paix, de quinze à vingt sur le pied de
guerre ; d'ordinaire, de quinze dans les Terces espa-
gnols. A l'ouverture de la campagne de 1638, Velada,
Tercio espagnol, avait dix-neuf compagnies de cent
trente-deux hommes (3). On compte par dix ou douze
enseignes dans le Tercio lombard, et le nombre des
enseignes est quelquefois porté à vingt dans le Tercio
napolitain. Selon l'ancienneté des corps, l'effectif des
(1) Mémoires de Montglat.
(2) Signifer, vexillifer. Porte-enseigne. — Enseigne se prend
aussi pour toute une compagnie.
(3) Manuscrit d'Haffrengues.
- 34 —
Terces espagnols et italiens s'élève, sur le pied de
guerre, à quatre-vingts ou à cent trente hommes par
compagnie. Les généraux espagnols, dans l'organisa-
tion de leur infanterie, cherchaient, avec les perfec-
tionnements introduits dans l'art militaire, à combiner
la légion romaine avec la phalange macédonienne re-
nouvelée par les Suisses dès la fin du xve siècle.
Le régiment wallon est formé de dix à douze com-
pagnies de quarante soldats sur le pied de paix, de
soixante-dix à quatre-vingt-cinq hommes sur le pied
de guerre. La force des régiments stipendiés par l'Es-
pagne est fixée comme il suit dans mes documents :
les régiments allemands sont de dix à douze compa-
gnies de cent hommes ; les régiments anglais, de dix
compagnies de cent hommes; les régiments irlandais,
de douze à quinze compagnies de quatre-vingts à cent
soldats.
Indépendamment des troupes réglées que le gou-
vernement espagnol tenait sur pied dans ses provinces
des Pays-Bas, les villes avaient leur milice et leurs
compagnies ; la noblesse et les magistrats entretenaient
des cornettes (1) et des compagnies libres de fan-
tassins (2). En temps de paix, comme pendantlaguerre,
la compagnie dite des magistrats et celle du Grand Bailli,
Capitaine ou gouverneur de la ville, étaient établies
pour la police de la place et la garde des principaux
postes. Le corps échevinal formait, payait et licenciait
la compagnie bourgeoise, forte de cent à deux cents
(t) Cornette, compagnie de cavalerie.
(i) Annales de Deneuville.
- 32-
hommes. La compagnie du gouverneur, de cent cin-
quante à trois cents soldats, était une espèce de garde
sédentaire chargée, avec la compagnie bourgeoise,
de la défense du chef-lieu du Grand Bailliage (1).
En cas d'attaque imprévue et lorsque les troupes
réglées n'étaient pas suffisantes pour défendre le pays
contre une invasion subite des Hollandais ou des Fran-
çais, le gouverneur de la province ordonnait des levées
de paysans, auxquels était confiée la garde des posi-
tions menacées par l'ennemi. Les régiments de milice,
souvent employés avec la force militaire permanente
jusqu'à la fin du règne de Philippe II (2), paraissent
rarement sous le règne de Philippe IV (3).
Dans la nouvelle organisation des forces nationales
sous Philippe V de la branche de Bourbon et succes-
seur de Charles II, dernier roi de la branche espagnole
d'Autriche, la milice se compose de 168 régiments
de milice rurale et urbaine , et l'on compte dans l'ar-
mée cent quarante régiments, qui ne présentent pas
un total de cent mille hommes.
Nos documents inédits parlent aussi, à l'époque de
Philippe IV, des Boctezels ou Botzqueselles, en langue
flamande Bootsgesel (de l'allemand Boot et Gesell),
que les histoires particulières des provinces et des
villes wallones ne font pas connaître. Il n'en est fait
mention que dans les archives de Saint-Omer, d'après
(1) Archives d'Hazebrouck et de Bourbourg.
(2) Ferreras, Histoire générale d'Espagne, t. x.
(3) Les régiments de milice des villes et des campagnes
furent réorganisés sous Philippe V.
— 33-
2'
lesquelles les compagnies de Boctezels étaient com-
posées de déserteurs qui prenaient du service dans
les Pays-Bas espagnols. On ne voit pas pourquoi ce
nom est employé pour désigner, pendant la campa-
gne de 1638, ces transfuges presque tous Fran-
çais, qui n'avaient dans leur pays aucun espoir de
pardon et de salut. Enrôlés par le gouverneur gé-
néral dans les villes de la Flandre et de l'Artois, les
Boctezels formaient des compagnies détachées dans
les villes, qui étaient surtout occupées aux travaux des
places et au service de l'artillerie et des mines (1).
SECTION III.
CHAPITRE PREMIER.
CAVALERIE. CUIRASSIERS ESPAGNOLS ET WALLONS. DRAGONS.
r A l'époque où Louis XIII organisait en régiments la
cavalerie française, la cavalerie espagnole, comme la
cavalerie wallone et étrangère à la solde de Phi-
lippe IV, comptait par cornettes et par escadrons.
I La grosse cavalerie, ou, comme on ladésignait'dans
ce siècle, a les escadrons de cuirasses, » surtout for-
m (1) Archives de St-Omer. — Registre des délibérations. —
4ul. Chifflet, Audomarop. obsess. et libérât. — L'auteur
1 de l'histoire de ce siège était le frère du 'médecin de Phi-
[ lippe IV.
— 34 —
ttiée d'Espagnols et de Wallons, célèbre dans les guerres
du dix-septième siècle, a souvent ramené, sous le.
drapeau rouge et jaune, la victoire incertaine. Dana
les régiments français , celui de Gassion, par exem-
ple , il y avait plusieurs compagnies de cuirassiers
Dans la cavalerie espagnole et wallone, les cuiras-
siers formaient une arme distincte et séparée des
autres corps.
Dans les guerres des Pays-Bas, d'Allemagne etd'Es^
pagne, de 1635 à -1658 , les cuirassiers de Cordova, a
six escadrons de trois compagnies, n'ont pas décb
de la vieille réputation de ce corps. Les escadrons d
Sultas etdeFuensaldana ou Bivero ont servi avec gloir
dans la campagne de 1637 et sous les murs de St-Ome
au combat de Polincove (1638); au combat de Saint-Ni-
colas (1639), dans le Roussillon et à la bataille de Ra
croy (1). Les redoutables escadrons de cuirassiers wal
Ions de Bucquoy ont illustré le nom de leur c
Au siège d'Arras ( 1640), pendant l'attaque de la ciïS
convallation française, le comte de Guiche, à la têt
de forces supérieures, perce les quatre escadron
de Bucquoy, sans pouvoir les défaire (2). La destruc-
tion de huit autres escadrons de cuirassiers wallons
à Lens (1648), a illustré le général Beck, qui leur av
donné son nom (3).
Les Dragons, arquebusiers à cheval, propres aq
service de la cavalerie et de l'infanterie, et qu'on.a
(1) Journal manuscrit d'Haffrengues.
(2) Mémoires de Montglat et de Gramont.
(3) Mémoires relatifs à l'histoire de France.
- 35 -
pelait en France « une infanterie à cheval, » sont éta-
blis eh Espagne avant la fin du xvie siècle. Les dragons
espagnols, à dix escadrons , se mesurèrent plus d'une
fois, sous Louis XIII et sous Louis XIV, avec les dra-
gons des Adjous et de la Ferté-Senneterre, de Stopa,
de Firmarconet de la Five. Les dragons, institués en
Espagne dès le règne de Charles-Quint et augmentés
par Philippe II, font les campagnes d'Italie sous Lega-
nès, de Belgique sous le prince Thomas , et prennent
part aux opérations contre Maubeuge, Aire et Arras,
sous la conduite du Cardinal-infant ( 1637 -1641).
Ils survivent aux désastres de Rocroy et de Lens ,
►'et sont taillés en pièces par le maréchal de camp d'As-
[iprémont, dans le Roussillon, en 1678, époque où
lil'Espagne, qui a perdu ses derniers navires de guerre,
m'a plus d'armée, pendant le règne de Charles II, sous
llequel la mort a gagné toutes les parties de la monar-
Ichie (1). Dans la seconde partie de ce règne, l'Espagne
uavait à peine une armée de 20,000 hommes.
CHAPITRE II.
CAVALERIE LÉGÈRE, ESPAGNOLE ET ÉTRANGÈRE.
Depuis Philippe II, les rois d'Espagne avaient aug-
menté leur cavalerie légère , armée d'abord de longs
itusils, puis de la carabine et de l'épée ; cette cavalerie
fêtait en grande partie composée de Lorrains, de
Croates , de Comtois, de Hongrois, d'Allemands et de
(■2) Histoire militaire de Quinci.
— 36-
Polonais. Sous le règne de Philippe IV, l'Espagne en-
tretient aussi huit escadrons de chevau-légers de Ceuta
et cinq de Tanger, dont la formation paraît appartenir
à la fin de l'administration de Ximénès de Cisneros. Le
régiment de Laverne , Comtois, fait plusieurs sorties
heureuses dans la belle défense de Dôle (1636), assiégé
par le prince de Condé, et, depuis 1638, sert avec
honneur dans les Pays-Bas.
D'après les traités, la Franche-Comté était neutre;
mais cette province, ayant rompu sa neutralité par son
intelligence avec le duc de Lorraine et Philippe IV,
fournit aussi depuis 1636 des soldats à l'armée espa-
gnole. Cette province ne rapportait rien au trésor, et
l'entretien de ses soldats était à la charge du gouver-
nement.
Les escadrons lorrains, organisés par le duc Charles
de Lorraine , qui a été chassé de ses États , sont au
service de l'Espagne dans les guerres eallemagne et
des Pays-Bas (1640 — 1648). - Les douze escadrons
lorrains enfoncent, à Lens, la première ligne fran-,
çaise , et sont rompus et détruits par la gendarmerie
du duc de Châtillon, fils du maréchal de ce nom.
Avec tous les moyens d'organiser une puissante ca-
valerie nationale, le gouvernement espagnol tirait près ;
des deux tiers de ses escadrons de l'étranger et de ses ;
provinces hors de la péninsule ibérienne, qui lui four- -
nissait des chevaux très-estimés. Les plus légers étaientj
dans l'Andalousie , les plus forts dans le Portugal eU
dans les Asturies (1).
(1) Alvarès de Colmenar. — Ann. d'Espag., t. ni.
- 37-
Les corps de cavalerie légère, « au pied étranger, v
comme on disait alors en France, que le gouverne-
ment espagnol levait pour une grande expédition,
étaient ordinairement licenciés après la campagne. A
l'époque de l'invasion de la Picardie (1636;, Philippe IV
entretenait cinq mille cavaliers polonais , répartis en
vingt escadrons (1), qui pénétrèrent dans le Luxem-
bourg et (2) ravagèrent la Champagne. En 1636,
année néfaste connue dans notre histoire sous le nom
d'année de Corbie, l'armée du Cardinal-infant, dont les
deux tiers au moins étaient composés d'escadrons
hongrois, polonais, allemands, wallons et croates,
porte la désolation et l'effroi jusqu'à sept lieues de
Paris.
CHAPITRE III.
CROATES.
Dans cette campagne de 1636 et dans les suivantes,
les Cravates ou Croates acquirent une réputation de
férocité (3). La France employait, en même temps que
l'Espagne, ces hardis éclaireurs des armées du xvne
siècle. Des escadrons croates sont aux ordres de
(1) Des régiments polonais, au service de la France,
étaient commandés, en 1646, par le baron Sirot, maréchal
de camp, un des héros de Rocroy. (Mémoires de Sirot.)
(2) Mémoires de Fontenet-Mareuil. — Mémoires du car-
dinal Richelieu.
(3) Au sac de Magdebourg, les Croates, s'enivrant sur les
cadavres, disaient qu'ils solennisaient les noces de cette ville.

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