Éternel féminin

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Vincent, viticulteur, oscille entre son monde hyperréaliste et l’univers onirique. Soudain, il va se retrouver malgré lui acteur, mais aussi auteur, d’un monde imaginaire manipulé par deux entités incorporelles prêtes à tout pour servir leurs propres desseins. Aux mains d’une créature autant divine qu’irréelle, toute investie dans sa mission pour sauver « l’humain » de lui-même, Vincent va croiser son alter ego virtuel, dans des univers temporels qui vont susciter chez lui des réflexions sur le sens des actes, de l’existence, des croyances, de l’éternité et de l’amour. Du sentiment le plus doux au comportement le plus cruel, rien n'épargnera l'Être Humain jusqu'à son éternelle finalité...


Publié le : vendredi 15 avril 2016
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EAN13 : 9782334114844
Nombre de pages : 278
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ISBN numérique : 978-2-334-11482-0

 

© Edilivre, 2016

Dédicace Louis

Dédicace Louis

 

 

 

Mes remerciements spéciaux à Louis SIMONCI

J’aurais pu adresser mes remerciements à Jules VERNE, René BARJAVEL, A.E VAN VOGT, Robert SILVERBERG, Frank HERBERT et beaucoup d’autres auteurs talentueux qui ont bercé ma jeunesse, qui ont nourri mon imaginaire et m’ont donné cette envie de voyager dans mon conscient et mon subconscient au travers des mots couchés sur un page blanche. J’aurais pu car ils sont mérités… Mais, ces remerciements spéciaux je les réserve plutôt à une personne qui s’est investie personnellement pour donner une réalité concrète à mon ouvrage, alors que celui-ci trainait dans un tiroir faute de confiance ou de volonté de ma part. Ce MONSIEUR, je l’ai connu indirectement, par la rencontre de nos épouses respectives Catherine et Monette, alors que nous étions tous les deux alités dans le même hôpital pour de graves raisons. Il m’a donné l’élan qui me faisait défaut par son engagement personnel, et au final, des épreuves que nous avons traversées, est né ce projet abouti que je TE dédie Louis, avec toute mon amitié. J’espère sincèrement qu’il existe une éternité suffisamment concrète pour que tu puisses caresser des yeux et des doigts ce livre bien réel que, par ma lenteur et cette trop courte réalité Terrestre, je n’ai pas su t’offrir de ton vivant.

Pour toi Louis, avec mon éternelle reconnaissance.

 

Lilian

1
Prologue

Tchac, un bruit sec au moment de la section du sarment par la lame du sécateur rythme la journée, égrenant les secondes puis les minutes, heure après heure. Le travail n’est pas vraiment pénible. Quoi que ce n’est pas toujours vrai, car, pour celui qui craint le mal au dos, lorsque les ceps un peu trop près du sol obligent le tailleur à se courber plus, les journées sont longues. Il arrive aussi que le poids du sécateur crée au fil du temps une gêne dans le bras ou dans l’épaule. Mais, comme pour tous les métiers d’extérieur, le facteur qui influe le plus intensément sur la dureté de la tâche est très souvent le facteur météo.

Aujourd’hui il fait froid. On est début décembre, l’automne doux et pluvieux semble déjà vouloir céder sa place à l’hiver. Nos deux travailleurs de la vigne se seraient bien passés du mistral virulent, qui, balayant le plateau de son souffle glacial avec ses pointes à cent kilomètres par heure, embrume le regard, rougit le nez et leur engourdit les doigts. Mais ils n’en sont pas à leur première saison de taille, et l’habitude rendant un peu philosophe, ils savent qu’il y aura des jours meilleurs.

Tchac, le rythme est bon, l’épamprage du printemps a été bien effectué, rendant la taille plus fluide, et lorsque l’on regarde derrière soi on a du plaisir à voir la masse noire des ceps nettoyés s’agrandir rapidement. Quand les conditions sont dures, le silence règne, laissant place à la concentration. Chacun, penché sur sa souche, imagine la future croissancede la vigne, s’évertuant à équilibrer la répartition des coursons afin que les grappes futures soient bien aérées tout en maintenant leur nombre suffisant pour obtenir le rendement désiré. Mais avec l’expérience, cela devient un véritable réflexe, laissant ainsi la possibilité à l’esprit de vagabonder un peu.

Parfois, et c’est le cas aujourd’hui, la relative facilité du travail laisse tout loisir à nos deux hommes pour entamer des discussions, très superficielles souvent, mais très enrichissantes d’autres fois. Ils se connaissent bien et c’est heureux, car si l’un est musulman pratiquant, l’autre est un parfait incroyant, de ce fait les discussions peuvent prendre un caractère passionné et il est inutile d’expliquer où cela pourrait mener si chacun n’avait pas une certaine estime pour la personnalité de l’autre. Mohamed est en plein ramadan, et l’Islam, au travers du Coran, prend une place prépondérante dans leurs échanges verbaux. Et en voici un qui, intégrant la vérité d’Allah, essaye d’expliquer à l’autre des idées qui sont aussitôt démolies par une banale analyse des choses…

Alors pour détendre un peu l’atmosphère, ils parlent de la météorologie…

– Ce soir il ne va pas faire chaud, dit Mohamed !

– Sur la Trois, ils ont annoncé que le mistral devrait se maintenir, et en plus il y a une perturbation qui traverse la France, ce qui veut dire que demain on n’aura pas trop de soleil et il pourrait y avoir des averses.

– S’il fait plus froid il vaudrait mieux allait tailler à l’abri, à la Prade par exemple !

– Bien sûr, on verra ça demain…

Il est seize heures, Mohamed qui a fait huit heures non-stop regagne son domicile, car il va pouvoir manger à dix sept heures quinze, heure à laquelle le soleil se couche. Ensuite il ira certainement à la mosquée faire une prière et écouter un sermon.

Vincent reste donc seul avec ses pensées, ses réflexions qui vont immanquablement vers la journée qui vient de s’écouler, mais aussi son impatience de rentrer prendre une bonne douche chaude, et s’installer devant la cheminée avec un livre de SF en écoutant un album de Mike Oldfield. Il pense que la vie est bien faite, car après avoir partagé sept heures de boulot, chacun peut retourner se plonger dans son irréalité. En effet, et il l’a bien expliqué aujourd’hui à Mohamed, la bible et le coran ne sont à ses yeux que des romans fantastiques, s’appuyant certes sur des faits réels mais ô ! Combien invérifiables. Evidemment, cela n’engage que lui, et il accepte volontiers le fait que ses propres dires ne soient pas plus vérifiables que l’empreinte d’Abraham.

La réalité est parfois pénible à accepter. Les événements sont très souvent à cent lieues de ce que l’on apprécierait, que ce soit pour soi ou pour autrui. Pas plus tard que ce matin, un fou a percuté de plein fouet un dériveur solaire de plaisanciers, tuant net une famille entière d’honnêtes citoyens qui profitait d’une période de repos qu’elle n’avait certainement pas imaginé éternel. Le problème, c’est que ce monsieur s’en est sorti car il conduisait un appareil très perfectionné, fait pour les grosses accélérations, et prévu pour protéger son pilote en cas d’accident. D’après le rescapé, un de ses propulseurs mentaux serait tombé en panne alors qu’il effectuait un virage. Traduction : cet homme est un adepte de l’accélération absolue à l’aveugle, c’est-à-dire qu’il n’utilise pas son lecteur d’avenir immédiatqui seul permet d’anticiper suffisamment tôt aux vitesses où évoluent ces engins de morts. De plus, normalement, pour conduire ce type d’appareil il faut se faire poser une prise neurale qui permet de se relier directement au vaisseau et donc « d’être » le vaisseau.

Ce système a l’avantage de diminuer le temps de réaction, puisqu’on a directement les informations de la caméra temporelle dans le cerveau. Ainsi, le pilote fait les corrections de trajectoire nécessaires sans même y penser, alors que s’il faut consulter un écran, analyser l’information, donner les instructions au vaisseau par l’intermédiaire d’un clavier ou d’une manette, de précieuses fractions de secondes sont irrémédiablement perdues avec les conséquences que cela peut entraîner.

Malheureusement, depuis la nuit des temps, la situation est toujours la même, c’est-à-dire que chaque fois que germe une idée qui a pour but d’améliorer les conditions de vie de l’Etre Humain, qu’elle soit purement théologique ou bassement matérielle, elle aboutit indubitablement, dans les mains de certaines personnes, à des catastrophes, obligeant à faire de nouveaux progrès, de nouvelles lois, que des hommes s’empresseront de détourner à leur avantage, et etc… Tout se passe comme si le moteur de l’humanité était le génie et l’imperfection de l’Homme. Vincent se rendit compte qu’il était encore parti dans un délire métaphysique qu’il était tout à fait incapable de raisonner dans son intégralité, aboutissant forcément à des conclusions erronées, mais qu’il aurait tôt fait d’oublier, jusqu’à une prochaine fois. Un frisson de froid le parcourut, il se redressa pour chasser l’engourdissement qui le gagnait et faire produire un peu de chaleur à ses muscles.

Il y eut une lueur, aveuglante, fulgurante…

Un son le percuta de plein fouet mais il ne l’entendit pas, ses tympans éclatèrent sous l’effort mais il ne ressentit aucune douleur, son corps vibra tel une corde de harpe, s’emplit d’un mouvement ondulatoire qui pénétra sous la peau, et rejaillit sous la forme d’un éclair qui irradia le crépuscule. Il ne resta de son corps qu’un léger effluve à peine grillé qui se dispersa emporté par la bise mordante de cette fin de journée quelque part sur la Terre.

2
Yasmina

Vincent tenta d’ouvrir les yeux, cligna violemment des paupières pour lutter contre l’éblouissement, mais la lumière traversait la fine protection de peau, faisant ressortir par transparence la trame des vaisseaux sanguins, zébrant d’un rouge écarlate un néant étincelant.

Quelque chose poussa dans sa poitrine, enfla, il n’y avait plus assez de place pour contenir sa douleur, son cri jaillit de ses entrailles, libérant sa souffrance et son effroi.

Il se prit la tête avec les mains, essayant de chasser cet éblouissement qui lui enflammait le nerf optique, irradiant son cerveau, brouillant son esprit et l’amenant au bord de la folie. Pourtant, la lueur aveuglante s’était dispersée dans l’espace ne laissant qu’une impression. Un souvenir, persistance rétinienne dans un premier temps, puis induction synaptique. Il ne pouvait pas l’interpréter car il se trouvait bien au-delà de la réalité matérielle de l’embrasement de ses sens. Il se laissa tomber, croyant prendre contact avec le sol, mais rien ne se produisit car il était déjà assis. Fort logiquement cela lui permit de retrouver un semblant d’équilibre, il se détendit. Il ne ressentait plus rien, ses paupières restaient closes dans une crispation tétanisante, il fit l’effort mental nécessaire pour recouvrer la vue, car sans ce sens il était bien démuni et il aurait fait un piètre aveugle. Ses pulsations cardiaques reprirent une cadence un peu plus supportable, ralentissant du même coup l’amplitude de ses mouvements thoraciques, le calme revenait, et il reprenait le contrôle de ses muscles.

Avant d’ouvrir complètement ses yeux, il prit le temps d’analyser les sensations tactiles et olfactives qui le titillaient. Il reposait dans un siège dont il ne ressentait pas la pression aux différents endroits de contact avec son corps, curieusement il avait l’impression d’être assis dans le vide, mais un vide qui le soutenait. C’était une impression très étrange que de repousser ses épaules contre le dossier, et de sentir une résistance sans le léger écrasement de la peau consécutif à celle-ci. Plus étrange encore, alors qu’il venait de se rendre compte qu’il était entièrement nu, il se trouvait dans l’incapacité de dire si le siège était doux ou rêche, froid ou chaud. Serait-il devenu insensible, et est ce que cela était irréversible ? Par contre son odorat semblait fonctionner car une fragrance subtile éveillait son intérêt, ce parfum ne pouvait qu’être celui d’une femme !

L’iris contracté au maximum, pour parer à une éventuelle agression photonique, il souleva mollement ses paupières.

– Ha ! Enfin ! J’ai eu peur que tu ne reprennes pas connaissance ! Courage cela va aller mieux maintenant. Les effets du premier voyage sont toujours très désagréables, mais ils se dissipent rapidement. Bientôt tu seras aussi fringant que pour aller au bal.

– J’n’aime pas danser.

– Ronchon ? C’est que tes facultés reviennent !

Il préféra refermer ses yeux, retrouver l’obscurité, pour mieux s’imprégner de son rêve. Il n’était pas prêt, pas encore ! Elle se trompait ! Mais son corps tout entier refusait à sa logique le droit de vivre un rêve, ou plutôt un cauchemar, quoique la voix douce et flûtée qui s’était adressée à lui, en le tutoyant nota-t-il, était un ravissement pour son oreille mélomane. Il inspira profondément jusqu’à avoir le goût du parfum dans sa bouche. Si ce n’était pas un cauchemar, il décida qu’il allait en profiter au maximum, il se sentait envoûté par cette présence. Maintenant son esprit bouillonnait, était-il dans un laboratoire, dans un vaisseau spatial peut-être, dont son hôtesse serait le pilote. Mais un autre problème sérieux lui jaillit à l’esprit !

Il était nu devant cette femme qui le jaugeait, il prit conscience qu’il était très vulnérable et rouvrit largement ses yeux. Elle n’était plus là, ou du moins elle n’était pas visible. Il fit une inspection à cent quatre vingt degrés sans quitter son siège. Apparemment il se trouvait bel et bien dans une espèce de vaisseau spatial, à en juger par le panneau vitré où scintillaient des milliers d’étoiles, et le poste de pilotage, comme il avait vu dans des vieux films ou dans des documentaires vidéos. Il prit appui sur les accoudoirs, toujours avec cette drôle de sensation qu’ils n’existaient pas, bien qu’il les vit. Il se redressa et entreprit de faire le tour de la pièce. Bizarrement et, malgré le reste de malaise dû à son « voyage », il ne ressentait pas de peur et il avait la sensation d’une sérénité qu’il ne soupçonnait même pas. Par rapport à son aventure, il se serait volontiers pris pour Gilbert Gosseyn* le héros de A.E Van Vogt, avec son cerveau second, et cela n’aurait pas été pour lui déplaire. La science fiction et le fantastique étant ses lectures de prédilection, il avait un esprit très ouvert, formaté pour recevoir beaucoup de choses même les plus fantasmagoriques sans en être particulièrement décontenancé, mais sans y croire systématiquement non plus, toujours son tempérament pragmatique cherchant à retrouver la réalité.

Pour l’heure, la surprise passée faisait maintenant place à une attitude d’analyse des faits connus, son intellect cherchant à repérer des détails pouvant faire pencher sa perception des événements d’un côté ou l’autre du raisonnable. Il éprouvait à présent un bien-être stimulant, comme si son cerveau et son corps avaient subi des transformations. La tête claire, il lui paraissait que rien ne pouvait échapper à sa nouvelle perspicacité et qu’il était prêt à réagir à n’importe quelle menace physique, quoique pour l’instant son intuition exclue totalement cette éventualité. De la prescience ? Il se focalisa sur cette pensée qui l’imprégnait, l’absence totale de danger ! (Quoique s’il était mort on peut dire que le danger était passé) ! Comment pouvait-il être autant convaincu de ne courir aucun risque dans ce milieu inconnu ? Pas de quoi pavoiser sur un éventuel accès au don de voyance, il s’agissait certainement d’une simple et utile intuition, petit service rendu par la fraction féminine de sa personnalité. Un léger mouvement de l’air derrière lui le fit se retourner vivement, il porta instinctivement ses mains vers son bas ventre afin de couvrir son intimité. Manifestement la gêne de sa situation prenait le pas sur sa crainte, il n’appréciait pas, mais alors pas du tout de se trouver ainsi sans vêtements devant une femme qu’il ne connaissait pas. Mais cette pudeur puérile était empreinte de respect pour la personne qui lui faisait face, laquelle dans sa propre nudité était absolument superbe, pas seulement une belle, une très belle femme, non, sûrement la plus belle créature humaine du genre féminin qu’il ait vue jusqu’à ce jour. Et cela le mettait d’autant plus mal à l’aise que lui n’était pas un modèle haut de gamme. A ce moment il avait perdu une grosse partie de la superbe confiance qui l’animait juste avant cette apparition et il aurait donné beaucoup pour pouvoir se dissimuler derrière un grain de poussière. Elle lui souriait, apparemment pas du tout perturbée et fit un pas dans sa direction. Une onde suante s’empara de lui, voilà à présent qu’il allait empester l’aurochs, il recula maladroitement.

– Tu n’as rien à craindre, ne fais pas cette tête-là, on jurerait que tu as vu un fantôme !

– P… pas vraiment, réussit-il à balbutier, plutôt une sirène de l’espace ou une déesse, s’il vous plaît, je serais plus fréquentable si je pouvais… si nous pouvions être vêtus !

– Je ne vois pas bien ce que cela change, mais si tu le désires vraiment, tu n’as qu’une chose à faire, penser très fort et claquer des doigts.

Vincent, vexé, baissa légèrement la tête sans la quitter du regard.

– Vous vous moquez de moi, ce n’est pas très gentil !

– Sérieusement ! Imagine les vêtements que tu aimerais porter à l’instant en te concentrant sur mon visage.

Pas commode d’obtempérer avec une telle beauté devant les yeux ; mais soudainement, sans qu’il ait même pu en avoir conscience, un changement s’opéra et il eut devant lui une très jolie femme vêtue d’une robe ample, ce qui lui permit de retrouver de la décence dans un pantalon de toile légère et une chemisette d’un ton uni.

– Comment avez-vous réussi ce truc ? s’exclama-t-il. Vous feriez un sacré tabac sur Terre !!

– Bof ! Tu t’emballes pour pas grand chose.

– Pas grand-chose !! Non seulement nous sommes habillés, mais en plus vous avez changé d’aspect !

– Ce n’est peut-être que ta perception qui a changé, qu’en penses-tu ?

– J’en pense que vous êtes diaboliquement belle et j’en suis à me demander si je ne suis pas tout simplement mort et en train de discuter avec un ange ou une autre entité intemporelle quelconque. Ce ne serait pas si extraordinaire compte tenu de ce qui s’est passé avant que j’arrive ici. Après tout j’étais en train de râler au sujet de certains comportements humains et voilà que le hasard ou la destinée m’expédie un de ces tarés sur la tronche. J’aurais préféré que ce hasard me fasse gagner au loto.

– Encore aurait-il fallu que tu y joues !

La pique ne porta pas.

– Après réflexion, je n’ai pas le souvenir d’un bruit précédent l’explosion. Si l’appareil s’était écrasé au sol, je l’aurais entendu arriver ne serait ce qu’une fraction de seconde avant ! Vincent pensait tout haut, les yeux dans le vide essayant de revivre ses derniers instants. Quelque chose ne collait pas et il n’arrivait pas à y mettre le doigt dessus.

– Si on arrêtait les devinettes et que vous vous mettiez à m’expliquer un peu, je pense qu’on gagnerait pas mal de temps car moi, pour l’instant, je pédale sérieusement dans la semoule. En plus j’ai faim, j’ai soif et j’ai envie d’aller aux toilettes.

– Suis-moi, lança-t-elle en se dirigeant vers une zone d’ombre dans la paroi opposée de la porte, où elle disparut telle un passe-muraille. Vincent lui emboîta le pas et, arrivé devant la zone d’ombre marqua un temps d’arrêt, mais une main l’agrippa fermement et il fut précipité contre le mur. Il n’y eut aucun choc, il suivit le bras qui l’attirait au travers d’un espace ressemblant à une masse d’eau, en terme de consistance, mais qui n’était pas humide et n’opposait aucune résistance au passage, l’enveloppant d’un voile de douceur tiède, puis il émergea dans une pièce, lui rappelant son studio lorsqu’il était étudiant.

Une musique en sourdine l’accueillit, il connaissait bien ce morceau, « Once Upon a Time in the West » de DIRE STRAIT, il se dit que le choix était vraiment très judicieux et qu’elle marquait là un point positif de bon goût, elle lui sourit et le remercia. Elle avait lu dans ses pensées ! Elle lui tenait encore le poignet et sans doute que ce contact le lui permettait. Il libéra son bras d’un mouvement sec et se dirigea vers une ouverture sur sa droite, menant il l’espérait, vers le petit coin où il pourrait soulager sa vessie. Quand il revint dans la salle principale, son hôtesse l’attendait, assise à une table.

– Qu’est ce qu’il te plairait de manger ?

– Un bon plat de spaghettis fera très bien l’affaire, j’ai besoin de me caler l’estomac et de faire des réserves.

– Adjugé ! Monsieur est servi ! Un verre de vin te ferait plaisir ?

– Oui, mais alors un Côtes du Rhône mieux un cru VINSOBRES, si vous en avez dans votre cave, répondit-il avec ironie, suivant le jeu qu’elle lui proposait.

– Pas de problèmes, je te souhaite un bon appétit.

Vincent fut encore un peu étonné de voir apparaître devant lui une assiette au fumet alléchant. Il s’installa confortablement et entrepris de dévorer ses pâtes, il chercherait les réponses plus tard. Elle avait fait ça bien, une sauce bolognaise tout à fait satisfaisante recouvrait les spaghettis, délivrant là un plat complet, et régénérant. Quant au vin, il était excellent, tout à fait du niveau de ce qu’il espérait, pour ce nectar qu’il connaissait si bien ! Il jeta un coup d’œil pour voir si elle l’accompagnait dans son repas, elle tenait une pomme dans sa main, la considérant avec attention.

– Hé ! Vous n’allez pas me faire le coup de la pomme dans le jardin d’Eden ironisa-t-il.

– Non, une fois ça suffit, il faut savoir se renouveler, répondit-elle en croquant vigoureusement son fruit, mais c’est rigolo que tu aies envisagé, même en plaisantant, que je sois une sorte d’Eve. Je crois que je ne me suis pas trompée sur ton compte, et que tu vas m’apporter beaucoup de satisfaction. Comme Vincent ne répondait pas, occupé qu’il était à se goinfrer, ce qui était la seule façon qu’il connaissait de consommer un de ses plats favoris, elle poursuivit :

« Il y a quand même un détail qui me chagrine », elle attendit que ses mots se frayent un chemin jusqu’aux neurones du glouton, mais apparemment ceux-ci n’étant pas accessibles pour l’instant, elle prit le temps de finir sa pomme en silence.

Quand l’assiette de Vincent fut vide et propre, il termina son verre de vin avec un claquement de langue satisfait et prit soudain conscience que la douce mélopée de la voix de sa voisine s’était tue brutalement, laissant le champ libre aux envolées lyriques de la guitare de Jimmy VAN HALLEN.

– Il ne faut surtout pas que ça refroidisse marmonna-t-il, gêné, vous disiez il me semble que j’étais quelqu’un de bien…

– Mal élevé, on peut voir les choses comme cela oui, j’espère que maintenant que te voilà rassasié tu vas pouvoir prendre ta situation plus au sérieux !!

Vincent cligna des yeux en inclinant la tête, docile, ce repas improvisé lui avait fait un peu oublier les événements récents qui bouleversaient son existence, mais il se sentait réconforté et de nouveau cette impression de puissance le traversa. Il ne voulut pas le laisser entrevoir.

– Je te disais donc, que j’étais intriguée par le fait que tu ne donnes pas l’impression de beaucoup te soucier de ta famille ?

Bien sûr elle avait raison, et lui-même ne s’en rendait compte qu’à l’instant, une chaleur honteuse colora légèrement son visage devant cette évidente preuve d’égocentrisme naturel et inné. Si tout cela était un montage pour mettre à nu sa personnalité, les premiers résultats ne semblaient pas le mettre bien en valeur. Alors forcément son orgueil prit les choses en main, car il n’appréciait pas d’être pris en défaut, pour fabriquer une explication très rationnelle et dénuée d’émotion, purement intellectuelle, délibérément justificative.

– Honnêtement, ce qui m’arrive est extraordinaire et l’excitation qui en résulte a tendance à piquer ma curiosité de connaître la suite, comme dans un rêve ou à la lecture d’un livre, me déconnectant de ma réalité et par-là même de ceux qui me sont chers. Maintenant je me sens comme le héros d’une autre vie et j’ai envie d’aller de l’avant sans me préoccuper de questions bassement terrestres. J’ai un gros défaut qui a tendance à irriter ma femme : quand je suis concentré sur quelque chose qui me plaît, je me mets totalement en phase et du coup je deviens inaccessible, ce qui signifie que pour l’instant mon seul centre d’intérêt c’est moi dans cette histoire fantasmatique.

– C’est cohérent, même si ça me paraît un peu égoïste, mais ta réponse me convient dans la mesure où il va falloir que tu sois capable de faire quelques infractions aux bons principes pour me rendre service. Si tu le veux bien, nous allons nous rendre à un endroit où il me sera plus aisé de te faire intégrer ta nouvelle vie, car même si je t’ai sélectionné pour tes capacités à t’échapper du monde factuel, il faudra bien plus que des mots pour te convaincre. Elle se leva, défroissa sa robe d’un mouvement de ses deux mains, puis se dirigea vers le passage qu’ils avaient emprunté précédemment. Vincent repoussa sa chaise, et suivit son sillage parfumé.

– Comment vous appelez vous ?

– Je n’ai pas de nom précis, je n’en ai pas besoin en temps normal, mais je serai très enthousiasmée que tu m’en trouves un.

Elle s’arrêta et lui fit face, obligeant presque Vincent à la percuter. Il se trouvait à présent à cinquante centimètres d’elle et il eut un flash qui l’éclaira aussitôt sur le prénom qu’il allait lui donner. Il vit une plante avec de longues tiges délicates, des feuilles graciles et de petites fleurs blanches dont l’odeur lui envahissait les narines. Yasmina, fut une évidence, pas Jasmine trop « franchouillard », Yasmina plus exotique correspondait parfaitement à son profil, il découvrit ses dents dans un sourire triomphant.

– Yasmina !

– Pas mal du tout, cela me plaît beaucoup, je suis flattée… Maintenant que tu as percé à jour mon identité, je t’encourage à faire comme moi et employer le tutoiement, car nous avons quelque temps à passer ensemble et je te garantis qu’en faisant plus ample connaissance tu admettras qu’il ne peut pas en être autrement. Je vais t’emmener dans un lieu que nul autre humain n’a jamais vu et ne verra jamais, laisse toi guider, je suis ton passé et ton avenir quoi qu’il advienne.

Sur ces dernières paroles, Yasmina la mystérieuse créature de l’inconnu fit admirer à notre petit homme de la Terre la voluptueuse courbure de ses reins dans une volte-face langoureuse, qui ne laissait aucun doute sur ses talents de séductrice.

Pour Vincent, ça n’était pas le moment de se laisser prendre au piège de ces charmes, même si ses flux hormonaux lui prétendaient le contraire, il était tout à fait conscient de la vulnérabilité de l’homme dans ce cas de figure. Combien de grands personnages, hauts en couleur et de fort tempérament, ont « marché sur la tête » pour une simple œillade ou un déhanchement subjectif, combien de mâles de toutes castes ont laissé leur destin leur échapper à cause des images subliminales contenues dans la silhouette de ces nymphes vampirisantes. Garder la tête froide et sa libido en léthargie lui paraissait un de ses atouts majeurs pour maîtriser encore un peu son avenir proche, et cela malgré ce que Yasmina laissait entendre précédemment, car en dépit de ses façons assez serviles, il n’était pas homme à vivre soumis et parvenait presque toujours à échapper aux sollicitations qui lui paraissaient excessives. De plus un détail pouvait l’aider. Il y avait dans la façon de s’exprimer de Yasmina une froideur mécanique qui transparaissait lorsqu’il réussissait à occulter le timbre o combien mélodieux de sa voix. « Et si elle était tout bêtement un robot, un androïde ? ».Il ne lui était pas d’une très grande utilité pour l’instant de se triturer l’esprit afin de trouver la clé de l’énigme dans laquelle il était acteur contre son gré, mais l’idée d’avoir pour compagnie une machine pouvait l’aider à exorciser le désir qui finirait par le tenailler. « Qu’est-ce qu’elle avait dit déjà ? Elle est ce que ma perception fait d’elle, oui mais est-ce qu’elle parle de ma façon de regarder ou plutôt de ma façon d’interpréter ce que je vois. Cela pourrait vouloir dire que j’ai vraiment une maîtrise des événements, et que lorsqu’elle prétend être mon passé et mon avenir, elle n’est en fait que ce que je veux bien inconsciemment. Il me suffit donc de trouver de quelle manière je peux aiguiller, gouverner mon subconscient, ce qui serait une première en psychanalyse, pour ce que j’en connais.

Ils pénétrèrent dans le passage sans porte, no man’s land cotonneux menant vers le futur, et à la grande stupéfaction de Vincent, ils ne débouchèrent pas dans la pièce où il avait ouvert les yeux sur son nouveau monde. Ils se tenaient debout, côte à côte, à l’amorce d’un corridor sans fin, ou plutôt d’un tube, d’un boyau, d’un conduit sans mur ni plafond ni plancher. A quelques mètres d’eux trônait un fauteuil, semblant flotter librement dans cet espace circulaire. Vincent se retourna pour prendre une mesure de là où ils avaient émergé… Il ne vit que du vide, ou plutôt l’espace, le cosmos, nuit étoilée brillant du feu de milliards d’astres naissants ou déjà morts, univers magnifiquement mis en scène par l’énergie et le temps, où chacun pouvait à sa convenance y voir un animal ou autre merveille imaginaire. Yasmina, d’une légère mais persuasive pression sur son avant bras, l’incita à avancer pour s’installer dans le siège. Une boule d’angoisse lui bloqua la respiration, le laissant pétrifié telle une statue de marbre blanc, le sang ayant reflué de son visage vers ses entrailles nauséeuses. Le vertige ou une sensation voisine s’emparait de lui, car lorsqu’il ramena son regard en face de lui, il vit la même chose que derrière, il n’y avait plus ni couloir, ni boyau, ni astronef ; juste un fauteuil suspendu dans l’immensité scintillante, et lui, refusant de concrétiser le vide sous ses pieds, afin de ne pas tomber. Il sentit l’encouragement de Yasmina plus qu’il ne l’entendit, ses mots s’étant transformés en subtil vibrato que son système nerveux exploita pour synthétiser un neuromédiateur susceptible de lui faire surmonter ses peurs. Il se dirigea vers le fauteuil, funambule de l’espace sur son fil invisible, et s’y affala soulagé. Alors Vincent et le fauteuil magique disparurent.

3
Solène et Tania

Secoué par une décharge électrique, le réveil émergea de sa torpeur, il émit une succession de cris stridents qui cessèrent aussitôt après qu’une main exaspérée lui ait assené un mauvais coup, le renvoyant illico dans le royaume de Morphée. Solène dévoila lentement ses grands yeux pâles à la nouvelle journée qui s’annonçait. A son côté, une douce chaleur encore endormie lui murmurait une invitation à ne pas se lever de suite, ce murmure devint bientôt une caresse lascive et fureteuse prenant possession de son courage, gant de velours déambulant de son tibia jusqu’à sa hanche, n’oubliant pas de s’attarder un instant sur le fin et sensible revêtement de l’intérieur de sa cuisse, puis rejoignant le doux arrondi de son ventre où il entreprit de remonter vers sa poitrine cueillant à pleine main un sein ferme et palpitant. Solène ne put réprimer un soupir de satisfaction, il y avait bien des façons plus déplaisantes de commencer la journée ! Puis elle prit délicatement la main qui englobait sa rondeur nourricière, y déposa un baiser amoureux, puis glissant sur le côté elle sortit du lit laissant la main s’abreuver de la chaleur encore contenue dans l’empreinte laissée par son corps. Elle s’empressa de s’habiller car la nuit avait laissé son aura de fraîcheur dans la chambre, cela volontairement maintenu par la programmation de la climatisation afin de marquer la différence de la nuit, lui provoquant un frisson qui, dans un premier temps, hérissa son épiderme de petites protubérances disgracieuses, puis provoqua un bref mais violent tremblement des épaules achevant de la réveiller.

Elle sortit de la chambre à pas contenus, habitude instinctive de respect, même si pour l’heure elle sentait bien que des oreilles aux aguets suivaient tous ses faits et gestes, les faisant images dans le cerveau encore corrompu par l’ambiance nocturne. Elle laissa un regard s’appesantir sur l’embrasure de la porte avant de la refermer, comme un message de tendresse disant « dors, repose toi tranquille, tu es à l’abri, je veille sur toi, je t’aime… » Puis une lumière, pâle reflet du jour diffusa autour d’elle, petite merveille du progrès mais pas révolution technique, juste une lente et irréversible chute en avant de l’évolution vers le « bien être » où le corps n’accepte plus l’asservissement des sens, automatisme photogène prévu pour répondre aux besoins visuels nécessaires à la situation dans l’espace. Solène n’aimait pas spécialement ce type d’éclairage qui ne vous laissait pas le temps. Elle regrettait l’époque, qu’elle ne connaissait que par ouï-dire, où on avait la possibilité de marcher dans le noir selon son envie, scrutant la pénombre à la recherche d’un repère quelconque qui permettrait de ne pas s’écraser le nez ou un orteil contre un mur. Sur l’instant, elle aurait préféré tâtonner un peu, son esprit, occupé à trouver son chemin dans l’obscurité, étant ainsi détourné de la chambre à coucher. Si les concepteurs du système avaient eu la brillante idée de réaliser le même type d’éclairage que dans la chambre partout dans l’appartement, cela eut été bien plus distrayant. Il est vrai qu’une commande vocale bien étudiée est d’une utilisation largement aussi simple et confortable que ce système automatique. Solène se promit que, lorsqu’elle aurait la possibilité de le faire, elle remédierait à ce qu’elle avait coutume d’appeler « le gommage de la consistance de l’être ». Elle trouvait que tous ces aménagements pour, prétendument améliorer la qualité de vie, n’aboutissaient en fait qu’à engourdir sa conscience d’exister en supprimant les petits gestes quotidiens. Car si c’était vrai pour la lumière, ça l’était également pour beaucoup d’autres menus détails. Bien sûr, elle savait que le but réel de tout cela était purement économique, plus de gaspillage d’eau, ni d’énergie, avec, comme conséquence directe, le fait que les opportunités de pouvoir personnaliser son rythme de vie étaient devenues extrêmement rares, voire totalement illusoires. Donc la seule possibilité pour elle étant de se soumettre à la volonté pavlovienne des capteurs photogènes implantés dans les décorations murales, elle se résigna à gagner le cabinet de toilette, la tête pleine des réminiscences de la nuit écoulée.

Solène et Tania habitaient un logement de classe C, d’un confort standard, composé d’un ensemble de trois pièces. La plus grande est un espace de seize mètres carrés qui sert de coin cuisine, de salon et de séjour. Comme elles ne reçoivent jamais personne, leur mobilier est très succinct, se limitant à une table et deux chaises, et au fond dans le coin à gauche en entrant, juste en face de l’écran encastré d’un modèle basique, une banquette deux places où elles aiment se blottir pour regarder une vidéo enregistrée. Inutile de posséder de ces antiques appareils ménagers et autres ustensiles de cuisine, car la nourriture était toute fabriquée dans des usines laboratoires, et distribuée de façon égalitaire à l’ensemble de la population. C’était aussi le prix à payer pour bannir la pauvreté insultante, mais aussi, et surtout pour éviter le gaspillage intempestif qui décimait les ressources terrestres. Le système qui fut mis au point en 2523, provoqua un bouleversement considérable dans les habitudes, et il fallut près d’un demi-siècle pour qu’il réussisse à atteindre le niveau qualitatif actuel. Dans un premier temps, les gens s’insurgèrent contre la privation de ce qu’ils croyaient être une liberté, surtout ceux qui de façon intolérable dilapidaient dans des fêtes orgiaques des aliments qui manquaient de plus en plus à d’autres. Puis tout le monde s’adapta car il n’existait aucun autre choix. Les difficultés pour la survie de l’espèce humaine grandissaient de façon alarmante, et la conscience collective finit par admettre qu’il n’y avait pas beaucoup d’autres solutions que de se modérer fortement. Le gouvernement en place s’était appliqué à montrer l’exemple, réduisant extraordinairement son train de vie, ayant compris comment toutes les civilisations humaines subirent le même sort, leur autodestruction par excès des fameux péchés capitaux : le problème étant toujours le déplacement des valeurs, les populations ont chaque fois tendance à considérer comme normales des actions qui quelque temps auparavant étaient inhabituelles, surprenantes ou scandaleuses. Cela étant un effet pervers de la formidable capacité d’adaptation de l’homme associée à son besoin vital de progresser...

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