Études thérapeutiques sur les eaux minérales... d'Andabre (Aveyron), par le Dr Ate Girbal,...

De
Publié par

Savy (Montpellier). 1853. In-8° , 94 p..
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : samedi 1 janvier 1853
Lecture(s) : 210
Source : BnF/Gallica
Licence : En savoir +
Paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique
Nombre de pages : 93
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

ÉTÙDEf THÉRAPEUTIQUES
SUR LES
JÈÂtiX" MINÉRALES
gazeuses-salmes-fetrugineuses
ID Aîaf BD JkaBïv0n& (ÂVEYRON ),
- \ XE DOCTEUR Ate GIEBAL,
Ancien •Chirnrgieu chef interne de l'Hôlel-Bieu de Nîmes ; Ancien chef de clinique
> •médicale de'la;-Faculté;de Médecine de Montpellier ; Secrétaire particulier de la
; ;SMé"té de -médecine et--de chirurgie pratiques de la même ville, .ei*;-. :
. « tés eaux minérales conseillées à propos
deviennent un médicament aussi e0icace ,
qu'il est doux , agréable et d'une adminisr,
.tration facile.»
BORDEU,
PflIX : 1 Fit. 50 C...;>'■■;
MONTPELLIER,
'..','sAVt, LISSÀÏSS, aSAnb'RlîB-5.'
Sejrouve aussi dans les principales Librairies du Tfiicïi.
ÉTUDES THÉRAPEUTIQUES
SUR LES
3AÏTZ MINERALES
GAZEUSES-SALISES-ÏERRMMUSES
D MÛÂBSE (ATEÏR«S).
MONTPELLIER , IMPRIMERIE L.-CMSTIN ETC., RUE CASTEL-MOTOIf, 4.
ÉTUDES THÉRAPEUTIQUES
SUR LES
EAUX MINERALES
gazeuses- salines-ferrugineuses
339AiXT!DiLBS*!B (AYEYRON},
PAR
LE DOCTEUR Ate GIHBÂL ,
Ancien Chirurgien chef interne de l'Hôtel-Dieu de Nîmes ; Ancien chef de clinique
médicale de la Faculté de Médecine de Montpellier ; Secrétaire particulier de la
Sojàé&dêjnédecine et de chirurgie pratiques de la même ville, etc.
« tes eaux minérales conseillées à propos
deviennent un médicament aussi efficace ,
qu'il est doux, agréable et d'une adminis-
tration facile.»
BORDEU.
PRIX : 1 FR. 50 C.
MONTPELLIER,
SAV7, ZIB3AIEE, SRAUD'EUS 5.
Se trouve aussi dans les principales Librairies du Midi.
AVANT-PROPOS.
Le département de l'Aveyron est un des plus
privilégiés sous le rapport du nombre, de la variété
et de la richesse des sources minérales qu'il ren-
ferme (1).
Vers l'extrémité Sud, au sein des montagnes de
Camarès, dans l'arrondissement de St-AfFrique, il
offre plusieurs sources d'une importance majeure ,
jouissant d'une ancienne célébrité et applicables à
un grand nombre d'étals morbides. Ce sont les eaux
froides, gazeuses, salines, ferrugineuses d'Andabre ,
et les eaux thermales de Silvanès, qui ne sont
séparées que par une distance de 3 kilomètres et
demi.
A côté de l'établissement d'Andabre, il y a même
d'autres sources minérales qui jaillissent de la
même chaîne de montagnes. Telles sont les eaux de
Prugnes et du Cayla, Moins connues et moins
(1) MM. Pâtissier et Boutron-Charlard n'en comptent pas
moins de seize, encore même leur liste est-elle incomplète.
Au Nord du département, se trouvent les eaux de Cransac,
Cassuéjouls et Salles-la-Source; dans sa partie centrale,
celles de St-Geniez, Roquetaillade, etc. Toutes ces eaux,
sauf celles de Cransac, n'ont , il est vrai, qu'une réputa-
tion purement locale.
VJ
il»,
actives que les premières, elles méritent à leur
tour de fixer l'attention des médecins.
L'objet de ce travail est, comme l'indique le
titre, une étude médicale des eaux d'Andabre,
considérées surtout au point de vue des indications
et des contre-indications de leur emploi. Nous
signalerons néanmoins les principales particularités
qui concernent les sources voisines. Leur grande
proximité, l'analogie de leur action dans certains
cas particuliers et les services que leur association
bien entendue ou leur usage alterné peut rendre à
la thérapeutique, nous en font un devoir. Nous
comparerons aussi, sous le double point de vue
chimique et médical, les eaux d'Andabre avec les
eaux les plus vantées qui rentrent dans la même
classe.
C'est le seul moyen , à notre avis , de composer
un opuscule réellement scientifique, qui.soit de
quelque utilité tant pour les médecins qui prescri-
vent les eaux , que pour les malades qui en usent.
Nous nous sommes constamment tenu en garde
contre les assertions perfides et les éloges exagérés
qui déparent beaucoup trop de publications de ce
genre ! Aussi avons-nous fait tous nos efforts pour
établir la notion des effets curateurs des eaux
d'Andabre , sur.les bases d'une observation sévère.
Si, pour atteindre ce but, nous ne possédions que
les données de notre propre expérience, nous
n'aurions pas accepté la responsabilité d'une tâche
aussi épineuse. Mais les matériaux dont nous avons
pu disposer la rendent moins pénible et donnent
plus de garantie et plus de poids à l'impartialité de
de nos appréciations.
Indépendamment des mémoires spéciaux des
docteurs Malrieu , Caucanas et Coulet, dont nous
avons profité, nous devons à l'obligeance et à
l'amour scientifique de deux médecins éminents de
Toulouse, MM. Viguerie et Ducasse, de précieuses
communications sur les eaux d'Andabre , qu'ils ont
tant contribué à faire connaître (1)! A ces noms, il
faut joindre ceux de MM. Anglade de Rodez,
Seguin d'Albi, et d'autres praticiens distingués du
pays, entr'autres M. Pregheffi, médecin à Montlaur.
Leur témoignage a d'autant plus de valeur, qu'il
est le fruit d'une longue et consciencieuse pratique.
Les cahiers de feu mon père et de mon grand'père,
médecins à St-Affrique, contiennent en outre quel-
ques notes inédites qui ont été utilisées pour ce
travail. Il n'est autre chose, nous aimons à le dire,
que la résultante de tous les éléments ci-dessus
combinés avec nos observations et nos investigations
personnelles. C'est à ce litre que nous l'offrons au
(1) M. Ducasse a lu à l'Académie des sciences de
Toulouse , dans la séance du 27 mai 1841, un mémoire
intitulé ; Effets médicamenteux des eaux d'Andabre.
viij
public. Il comblera, du moins en partie, une lacune
signalée par la Commission des eaux minérales
de l'Académie de médecine, à l'article Silvanès et
Camarès(l).
Puisse-t-il vulgariser quelques vérités peu connues
ou trop oubliées, et jeter un peu de lumière sur
certains points obscurs d'hydrologie médicale !
Montpellier, le 1er mai 1853.
(1) Mémoires de l'Académie royale de médecine, t. vu,
1838f Rapport de M. Mérat.
ÉTUDES THÉRAPEUTIQUES
SUR
LES EAUX MINÉRALES
GAZEtJSES-âALINES-FEBRUGIHEtJSES
DANDABRE (AVEYRON).
Chapitre Premier.
Esquisse topographique d'Andabre.
La topographie d'Andabre et en général celle du
canton de Camarès excite vivement la curiosité du
minéralogiste et du géologue (1). Malgré l'intérêt
qui,se rattache à cette description , nous ne la ferons
pas ici ; elle serait déplacée dans un travail de celte
nature.
(1) M. Marcel de Serres a présenté à l'Académie royale
de Bruxelles (séance du 3 février 1844) un mémoire intitulé :
Notice géologique sur le département de l'Aveyron, Il est
à regretter que ce savant professeur n'ait pas insisté davan-
tage sur la description du terrain de Camarès.
10
11 suffira^de dire que les montagnes de Camarès
offrent un sol rougeàtre, sablonneux, en petits
grains distincts, ayant sur certains points la finesse
excessive qui caractérise les argiles et les marnes,
présentant sur d'autres, de grandes roches feuille-
tées et des schistes argileux.
On n'y trouve aucun vestige de roches tra-
péennes et basaltiques, ce qui détruit l'hypothèse
de l'existence d'anciens volcans.
La plupart de ces montagnes, de nature en
général peu propre à la culture, sont recouvertes
de plantes aromatiques, parmi lesquelles le gené-
vrier, le thym et le serpolet prédominent. Personne
n'ignore que c'est la terre classique du gibier le
plus exquis. Le mouton élevé à Camarès jouit en
outre d'une grande réputation.
Le terrain d'Andabre est principalement constitué,
comme celui de Camarès, par le nouveau grès rouge,
formation géologique très répandue dans l'Aveyron,
surtout vers le Sud, c'est-à-dire dans la partie qui
nous occupe (1). L'air y est extrêmement pur et la
température douce sen été (2).
(1) Beudant, Géologie, pag. 205.
(2) Non loin d'Andabre qui fait partie de la commune de
Gissac, on trouve plusieurs minerais de cuivre, dont
quelques-uns sont d'une grande richesse et doivent être
prochainement exploités. Cette concession est demandée
avec instances dans six ou sept autres communes limitro-
11
L'établissement d'Andabre est situé -dans une
vallée fertile, assez étendue et au milieu de la
grande prairie qui porte ce nom. Elle offre des
plantations variées, plusieurs séries d'allées hori-
zontales et une foule d'améliorations récentes, telles
que terrasses, jardins, jets d'eau, etc., qui ont con-
sidérablement accru, depuis peu d'années, les
avantages du site.
La principale construction exécutée sur un plan
assez grandiose, s'élève à côté de la grande roule
de Camarès à Silvanès, au pied de la colline que
surmonte l'ancien et beau château de Gissac. Elle
est située au Nord-Ouest de Silvanès, à l'Est de
Camarès, au Sud-Ouest de Gissac (1).
phes. A Brusque, qui n'est plus, il est vrai, que sur les
limites du nouveau grès rouge, existe une mine assez
considérable de plomb argentifère associé au cuivre et au
zinc. Nous en avons vu, il y a peu de jours, de magnifiques
échantillons. Il est permis d'espérer que cette exploitation
métallurgique sera pour le Rouergue, une nouvelle source
de prospérité.
(1) Andabre peut aujourd'hui loger largement une centaine de per-
sonnes. La vie animale y est très facile. La première table est de S.fr.
par jour, chambre comprise ; il y eu a d'autres à tout prix , pour s'ac-
commoder à toutes les positions; l'abonnement aux eaux est de 25 cent,
par jour, pour la buvette ; elles sont donnéesgratuitement aux indigents.
— Indépendamment des diligences qui arrivent tous les jours à Andabre 1,
par Lodève et par St-Affrique , des omnibus gratuits font journellement
le service d'Andabre à Silvanès. Le trajet s'effectue en moins de demi-
heure. -^Des fonds ont été votés pour la construction d'un nouveau pont
à Camarès sur la rivière de Dourdon et d'une nouvelle route de Camarès
à Andabre. Elle améliorera le parcours de Camarès à Andabre et à
Silvanès. Les travaux sont déjà commencés et se poursuivent avec
activité.
12
Voici .lô.' tableau des principales distances d'Andabre,
tel qu'il a été donné sur les lieux par l'ingénieur des ponts
et chaussées :
D'Andabre à Silvanès 3 kil. 1/2
Id. à Prugnes 1 1/2
Id. à Camarès ;. 4
Id. par Ceilhes h Lodève 58
Id. par Vabre à St-Affrique 28
Id. àMilhau 56
Id. à Albi 92
H. par St-Gervais à Bédarieux 58
Relativement à la topographie d'Andabre , rele-
vons quelques erreurs que l'on trouve consignés
dans la plupart des traités généraux d'eaux miné-
rales.
Presque tous les anciens auteurs ont désigné
sous le nom collectif de Eaux froides de Camarès,
les eaux d'Andabre et de Prugnes. MM. Pâtissier et
Bôutron-Charlard ont même conservé cette dénomi-
nation dans la dernière édition de leur ouvrage.
« Il y a deux sources, disent-ils, situées sur la
rive gauche du ruisseau d'Andabre , à 300 pas l'une
de l'autre. L'une se nomme fontaine d'Andabre ;
elle est la plus considérable et offre un joli établis-
sement; l'autre est connue sous le nom de Pru-
gnes (1). » Cette assertion est inexacte; la distance
(1) Pâtissier et Boutron-Charlard , Manuel des eaux
minérales , 1837 , pag. 302.
13
dé Prugnes à Andabre est de 1 kil'.»/s; et ilnexiste à
Andabre deux sources principales au lieu d'une, celle
de la buvelte^ou de la fontaine et celle des bains (1).
L'article CAMARÈS de M. Bourdon est encore plus
imparfait. «Les baigneurs de Silvanès, dit-il, vien-
nent souvent boire aux sources de Camarès. Ce
dernier et très petit village, porte aussi le nom
d'Andabre (2).» Cette synonymie est une pure illusion
de M. Bourdon. Camarès est une petite ville fort
ancienne et fort connue, située, nous l'avons dit,
à h kilomètres de l'établissement hydro-minéral
d'Andabre. Si nous insistons sur ce point, c'est que
l'ouvrage de M. Bourdon est très répandu.
Kotions physico-chimiques sur les eaux minérales d'Andabre.
L'étude physico-chimique des eaux d'Andabre,
bien que de beaucoup postérieure à celle de leurs
(1) En 1852, on en a même découvert une troisième ,
au-dessous et à gauche de la chaussée, à 100 mètres environ
au-dessus du pont d'Andabre. Elle exige quelques travaux
de captage et d'aménagement qui vont être entrepris.
(2) Bourdon, Guide aux eaux minérales, 1834, pag.214
et 215.
' .1*
effets médicamenteux (1) ,'. remonte fort loin.
Exposons rapidement les principaux travaux aux-
quels elle a donné lieu.
En 1670 et 1671 , l'Académie royale des sciences
s'occupa de l'analyse des eaux minérales les plus
considérables du royaume. Andabre tient parmi
elles une place importante. Malgré l'enfance de la
chimie à cette époque, l'illustre compagnie a
reconnu , ce que l'on constate encore aujourd'hui,
qu'Andabre est supérieur à Prugnes par la quantité
des sels et un peu inférieur pour la proportion du
gaz. Cette constatation mérite d'être signalée. Elle
prouve que deux siècles n'ont pas apporté de
différences notables dans la constitution de ces eaux.
L'analyse de l'Académie est néanmoins imparfaite
sous beaucoup de rapports; c'est ainsi'qu'elle ne
mentionne nullement les principes ferrugineux (2).
Vers la fin du xvme siècle , le docteur Malrieu de
Vabre, intendant des eaux de Camarès et de Silvanès,
(1) En 1662, un religieux de l'Abbaye de Silvanès,
publia un volume intitulé : Poème à la louange des eaux
minérales du Pont-de-Camarès.
(2) Mémoires de l'Académie royale des sciences,
t. iv. Observations sur les eaux minérales de plusieurs
provinces de France , faites en l'Académie royale des
sciences, en l'année 1670 et 1671, par Du Clos, de
ladite Académie, conseiller et médecin ordinaire du roi,
p. 43 à 120. — Nous avons été surpris de ne pas voir
Silvanès cité dans ce recueil.
15
médecin d'une grande sagacité, en^fit une nou-
velle analyse. Le 18 février 1775 , l'Académie
royale des sciences en vota l'impression dans le
recueil des savants étrangers (1). D'après Caucanas,
Malrieu aurait été aidé dans son analyse, par deux
chimistes de Montpellier, du premier ordre, Chaptal
etVenel(2).
L'analyse que donne Caucanas est plus précise.
Elle a été faite par Vir'enque, professeur de chimie
à la faculté" de médecine de Montpellier (3). Elle
est au niveau de la science d'alors. « Acidulés,
salines et ferrugineuses, elles sont, dit-il, d'une
ressource infinie (4). » Dans cette proposition aussi
concise que vraie, Virenque désigne cette trinité de
principes sur lesquels reposent les propriétés réelles
et incontestables des eaux d'Andabre.
En 1826, M. le docteur Coulet, médecin ins-
pecteur des eaux , a donné, de concert avec M. le
professeur Bérard de Montpellier , une analyse
encore plus complète et plus rationnelle (5). Il en
(1) Lettre de Malrieu à Vicq-d'Azyr, secrétaire perpétuel
de la société royale de Médecine de Paris.
(2) Paul Caucanas , Traité analytique et pratique sur les
eaux minérales chaudes de Silvanès, et sur les eaux miné-
rales froides de Camarès, an x , page 13.
(3) Caucanas, Ouv. cité, pag. 14 du discours prélim.
(4) Caucanas, Ouv. cité, pag. 26.
(5) Coulet, Mémoire sur les eaux minérales gazeuses ,
ferrugineuses d'Andabre, 1826, pag. 29 et 30.
16
résulte que l'eau d'Andabre contient un peu moins
d'un volume de gaz acide carbonique libre , égal au
sien, et que les autres substances sur 1,000 grain.
s'y trouvent dans les proportions suivantes :
lit."
Acide carbonique 0,961
Carbonate de chaux 0,2051
— de magnésie..... 0,1526
— de fer........... 0,0565
— de soude 1,8X35
Sulfate de soude 0,6954
Chlorure de sodium 0,0820
3,0651
A l'époque où cette analyse fut pratiquée, le
bassin et le mode de puisement de l'eau laissaient
beaucoup à désirer. Elle était contenue dans un
puisard assez profond, d'où on était obligé de la
retirera l'aide d'un sceau, opération qui donnait
lieu au dégagement d'une grande partie de gaz libre
et à la précipitation d'une certaine quantité de
principes actifs.
Depuis 1846, cet inconvénient n'existe plus.
L'eau minérale de la source de la buvette est
recueillie dans un réservoir d'une capacité suffisante,
complètement à l'abri des influences extérieures, et
sort par trois robinets, sans avoir subi la moindre
altération. C'est dans cet état qu'elle est offerte aux
buveurs et mise en bouteille. -
17
Vu les avantages de celte réparation elles perfec-
tionnements successifs qu'ont subis, pendant ces
vingt dernières années, les analyses des eaux
minérales, il nous a été facile de faire comprendre
à MM. les propriétaires d'Andabre (1) l'utilité qu'il
y aurait à en posséder une nouvelle. Sur notre
invitation , ils ont bien voulu charger de ce soin
M. Limousin-Lamothe, pharmacien distingué de
St-Affrique.
Voici le résumé des principaux détails de son
analyse faite sur les lieux , en décembre 1852 :
i EXAMEN PHYSIQUE.
La source de la fontaine d'Andabre est assez abondante
pour fournir 40 litres par heure.
La température de l'eau sortant da la source a été de
10°, 5 ; celle de l'air extérieur étant de 6°, 5.
L'eau marque un degré au pèse-sels.
Versée dans un verre, elle donne lieu à un dégagement
considérable de bulles gazeuses.
Le goût en est acidulé et légèrement styptique.
Elle est inodore et jouit d'une limpidité qu'elle con-
serve, après un long séjour dans les bouteilles.
ANALYSE CHIMIQUE QUALITATIVE.
L'acide sulfurique en dégage de nombreuses bulles de
gaz.
(1) MM, le comte de Laulrec et vicomte de Gualy.
2
18
L'eau de chaux y fait naître un précipité très abondant.
L'acétate de plomb y produit un précipité blanc plus
abondant encore.
Le nitrate d'argent fournit un léger précipité blanc.
L'ammoniaque produit le même effet.
Le chlorhydrate de baryte y détermine un précipité
plus prononcé.
Le phosphate de soude ammoniacal forme un léger
précipité.
Le cyano-ferrure de potassium ne donne aucun résultat.
Le chlorure de platine se comporte de même.
Le tannin y développe une couleur légèrement bleuâtre.
La teinture gallique en fonce d'abord la couleur sans
occasionner de précipité, qui ne se produit que quelques
heures après.
Si avant d'agir avec ces deux derniers réactifs indica.
teurs du fer, on convertit celui-ci en sulfate, par l'addition
de quelques gouttes d'acide sulfurique qui ont aussi pour
résultat de chasser le gaz, qu'on ajoute le tannin ou la
teinture gallique, et que l'on sature l'acide par l'ammo-
niaque, on obtient alors un précipité très prononcé et évi-
demment ferrugineux.
On voit par cette seule indication que l'eau d'Andabre
contient du gaz acide carbonique, des carbonates, des
sulfates, des chlorures, de la chaux , de la magnésie et du
fer.
ANALYSE QUANTITATIVE.
11 serait trop long et peut être aussi fastidieux d'entrer
ici dans les minutieux détails de cette opération. Nous
nous bornerons à dire que M. Lamothe a dosé le gaz
19
d'après un procédé qu'il a décrit ailleurs (t), et qu'il a
obtenu les résultats suivants, après avoir agi sur dix litres
d'eau minérale.
Un litre ou 1,000 grammes de'ceite eau contient :
Gaz acide carbonique libre 1 lit. 138852 (un volume un
huitième)
Bi-carbonate de chaux. 0,2850
■— de magnésie 0,2345
— de protoxidede fer.. 0,0652
Silice, alumine, 0,0005
Bi-carbonate de soude 1,8288
Chlorure de sodium 0,0790
— de magnésium. 0,0150
— de calcium . 0,0150
Sulfate de soude ... 0,6998
Matière organique et perte.. 0,0200
Eau pure ' 996,7572
1000,0000
En sels 3 grammes, 2428
La quantité de sels trouvée par M. Lamothe est
supérieure de 18 centigrammes environ à celle
qu'indiquent MM. Bérard et Coulet; il y a, en outre,
plus d'un huitième de gaz en sus.
On voit donc, d'après ce qui précède, que l'eau
d'Andabre occupe un rang élevé parmi celles qui
sont dites acidulés, gazeuses, salines et ferrugineuses.
Le dépôt qui se produit à la source a été reconnu
formé des terres insolubles contenues dans l'eau,
(1) Journal de chimie médicale , N° de sept. 1849.
20
réduites-à, l'état de carbonates simples de chaux , de
magnésie et de fer , mêlés à une certaine quantité
de matière organique. Il n'y a pas eu de traces
d'arsenic.
Non loin de cette source, en existe une autre
derrière l'établissement, qui a aussi une importance
réelle et est surtout utilisée pour les bains. Plus
abondante que la première, elle a donné les mêmes
résultats à l'analyse qualitative ; mais les principes
minéralisateurs y sont en moindre proportion.
§ III.
Parallèle entre la composition chimique des eaux d'Andabre
et celle des sources voisines et de quelques autres de la
même classe, de Vichy en particulier.
SILVANÈS. — La composition des eaux thermales
de Silvanès a varié avec les expérimentateurs.
Virenque les représente comme très riches en
hydrogène sulfuré et supérieures sous ce rapport
aux eaux de Cauterels (1). D'après MM. Bérard et
Coulet, elles ne contiendraient au contraire que 0,05
par litre de ce gaz. Enfin, M. Cauvy, professeur à
l'École de pharmacie de Montpellier, qui a analysé
ces eaux, à Silvanès même, en 1848, après avoir
fait nettoyer le bassin, avec le plus grand soin,
(1) Caucanas, Ouv. cité, p. 29.
21
n'y a trouvé aucune trace de principes sulfureux (1).
Son travail encore inédit, dont il a bien voulu nous
communiquer le manuscrit, est surtout remarquable
par la proportion assez élevée d'arsenite de fer et de
magnésie que l'analyse a permis de constater, et qui
est de 16 milligrammes par litre, dans la source des
petites eaux, dont la température est de 34°, 5 (2).
Les divers autres sels qu'elle contient, carbonate
de chaux, de magnésie , de fer, chlorure de sodium,
sulfate de soude, etc., sont en petite quantité, et
donnent un produit de 75 centigrammes par litre.
Il y a , en outre, une assez forte proportion d'acide
carbonique. Les principes des trois autres sources
principales sont à.peu près les mêmes ; leur chaleur
est un peu moindre.-
(1) L'hydrogène sulfuré ne se trouve qu'accidentelle-
ment dans les eaux de Silvanès ,*par le fait de la réduction
des sulfates en sulfures , en présence des matières orga-
niques déposées dans le fond du bassin.
(2) MM. Chevallier et Gobley ont lu à l'Académie natio-
nale de Médecine de Paris (séance du 28 mars et du 4 avril
1848) un remarquable mémoire sur la présence de très
petites doses d'arsenic dans une foule d'eaux minérales.—
A Silvanès, l'acide arsénieux est associé à l'oxide de fer et
à la magnésie qui diminuent, on le sait, l'énergique action
de cet acide. Ajoutons que ces eaux employées de temps
immémorial, n'ont jamais produit le plus léger accident
toxique qu'on puisse lui imputer.
■ 22
PRUGNES- ET LE CAYLA. — L'eau de Prugnes
analysée par M. Lamothe donne, par litre, 1 gr.
560, savoir : acide carbonique, 1 vol. 1/2 ; sous-car-
bonale de soude, 0 gr. 340 ; chlorhydrate de soude,
0 gr. 085 ; chlorhydrate de chaux, 0 gr. 085 ; sulfate
de soude, Ogr. 130; carbonate de chaux, Ogr. 545;
carbonate de magnésie, 0 gr. 265 ; carbonate de
fer, Ogr. 075; matière azotée, silice, sulfate de
chaux, perte, Ogr. 035 (1).
L'eau des trois sources du Cayla, dit M. 0. Henri,
se rapporte à la classe des eaux acidulés, ferrugi~
neuses, carbonatées et crénatées (2). Elles con-
tiennent les mêmes éléments, à des proportions un
peu différentes. La plus riche, appelée Madelaine,
renferme sur 1000 grammes, Ogr. 851 de principes
minéralisateurs fixes. Les deux autres en con-
tiennent 0,754 et 0,614. La première est la plus
chargée de fer; elle renferme 0 gr. 106 decarbonate
de protoxide de fer et 0 litre 912 d'acide carbo-
nique libre.
Il Tésulle de la comparaison de ces analyses que
l'eau d'Andabre est de beaucoup supérieure à toutes
(1) Mém. de la société des lettres, sciences et arts de
l'Aveyron, t. iv, 1842-43.
(2) Bulletin de l'Acad, nat-,-de Méd., 1848, pag. 611 et
612.
23
celles du canton de Camarès, par la prédominance
des principes salins et en particulier du bi-carbonate
de soude. Elle contient en effet plus de 3 gram. de
sels par litre , tandis que celle de Prugnes ne donne
que 1 gr. 56 , et que celles de Silvanès et du Cayla
ne donnent pas même 1 gr.
En gaz , elle est également fort riche , puisqu'elle
en contient un. volume un huitième, un peu moins
cependant que celle de Prugnes qui en contient un
un volume et demi (1) , plus que celle du Cayla,
dont la plus chargée n'en contient pas un volume.
Celle-ci (Madelaine) l'emporte par une proportion
plus élevée du principe ferrugineux.
Il ne faut pas attacher du reste une grande impor-
tance à une légère différence de gaz dans l'eau
d'Andabre et dé Prugnes. Il s'en perd toujours une
certaine quantité avant l'ingestion du liquide ; et
cette quantité est d'autant plus grande que la satura-
tion de l'eau est plus complète.
On a souvent répété que la composition des eaux
minérales de Camarès était identique à celle des
eaux de Vichy ; l'opinion opposée a eu aussi ses
(1) MM. Pâtissier et Boutron-Charlard disent au contraire
(pag. 302) que l'eau d'Andabre est plus gazeuse que celle
de Prugnes, prenant pour termes de comparaison l'analyse
de l'eau d'Andabre faite par MM. Bérard et Coulet, et celle
de Prugnes faite par M. Laurens, pharmacien de Marseille,
et publiée en 1828 dans la Bibliothèque médicale.
24
partisans. De part et d'aulre, il y a de l'exagération.
Il nous sera facile de le prouver et de montrer, en
nous appuyant sur les faits, leurs analogies et leurs
différences réelles.
Les sept sources de Vichy analysées par Longchamp
(Grande-Grille, Hôpital, Grand-Bassin , Célestins,
Chomel , des Acacias, Lucas) renferment, par litre,
environ un demi-litre d'acide carbonique et 5 gr,
de bi-carbonate de soude, sur 6 à 7 grammes de
substances minéralisanles (1). Les sources Grande-
Grille et Hôpital sont les plus chaudes. Quelques-
unes sont très légèrement sulfureuses.
En voilà bien assez pour démontrer, qu'il
existe une ressemblance réelle mais non absolue
entre les eaux de Vichy et de Camarès. Parmi celles-
ci , l'eau d'Andabre est sans contredit celle qui s'en
rapproche.le plus. Elle est plus chargée de gaz , de
fer et moins riche en sels, ou plutôt en bi-carbonate
de soude, bien qu'elle en contienne une quantité
assez considérable.
L'eau d'Andabre offre beaucoup d'analogie avec
l'eau naturelle de Seltz, Celle remarque a été faite
(1) Ces substances sont : le carbonate de chaux et de
magnésie, le chlorure de sodium, le sulfate de soude et
l'oxide de fer. 11 existe auprès de Vichy deux autres
sources (Hauterive et Lardy ). — Voir les ouvrages de
MM. Petit etDurand-Fardel.
25
principalement par MM. Mérat et de Lens (1),
MM. Pâtissier et Boutron - Çharlard (2), M. La-
mothe, etc.
Mais, dira-t-on , le principe ferrugineux n'existe
qu'à faible dose dans les eaux d'Andabre ! Nous en
convenons; il en est de même dans l'eau de Spa ,
par exemple, qui jouit à bon droit de tant de répu-
tation comme acidulé et ferrugineuse. Celle-ci ne
donne, en effet, que 0,06 d'oxyde de fer par litre,
dans la source la plus chargée. Il en est de même
de la plupart des autres eaux minérales ferrugineuses
carbonatées (3). Aussi dirons-nous avec M. Durand
Fardel : « 11 y a bien loin des quantités de fer que
(1) Mérat et de Lens, Diction, univ. de mat. méd. et de
thérap. génér., Article Camarès.
(2) Pâtissier etBoutron-Charlard , Ouv. cit., p. 294.
(3) Los eaux de Cransac (Ayeyron ) offrent une quantité
exceptionnelle de sulfate de sesqui oxide de fer et de
manganèse. MM. 0. Henry et Poumarède ont été frappés
de cette particularité. Ces sels s'y trouvent même à des
doses tellement élevées que leur emploi irrationnel et en
trop grande quantité peut avoir les plus fâcheux effets.
Aussi ces chimistes ont-ils distingué les eaux de Cransac
en médicamenteuses et toxiques. Parmi ces [dernières, la
source dite forte Bezèlgues contient sur 1000 gram., 9 gr.
de sulfate de sesqui-oxide de fer et 2,décigrammes de
sulfate de manganèse. A la simple dose de 400 à 509 gr.,
elle a déterminé parfois des symptômes toxiques. On cite.
même quelques personnes qui ont succombé à la suite de
26
nous prescrivons dans la thérapeutique ordinaire, à
celles qui paraissent pénétrer dans l'économie , sous
forme d'eaux minérales. C'est sans doute à l'état de
dissolution et d'extrême division du fer pris sous cette
forme, qu'il faut attribuer une telle efficacité, et
son ingestion ; aussi est-elle aujourd'hui sévèrement inter-
dite sous forme de boisson.
Parmi lés eaux médicamenteuses, les deux sources
Richard sont les plus usitées. La source haute-Richard
contient sur 1000 gram. : sulfate dé manganèse.l gr. 55,
sulfate de fer 1 gr. 25 *.
Il est à regretter que M. Constantin James ait méconnu
une distinction aussi importante' et qu'il place la source
Bezelgues parmi celles de Cransac qui sont le moins miné-
ralisées**. Son livre est fort incomplet pour ce qui.concerne
les eaux de l'Aveyron et contient d'autres erreurs.— M. le
docteur Ducoux a publié, en 1847, une intéressante notice
sur les eaux de Cransac.
M. Blondeau, habile chimiste de Rodez , qui a beaucoup
étudié les sources minérales du Nord de l'Aveyron, a
constaté le premier des doses appréciables d'arsenic dans
les eaux de Cransac***. MM. Chevalier et Gobley sont
arrivés après lui au même résultat ****. .
* Académie royale de Médecine , séance du 2 juin 1840.
** Constantin James, Guide pratique aux principales eaux minérales,
1831, pag. 228.
"** M. Blondeau a adressé à l'Académie des sciences, en 1882 , un
important mémoire sur les eaux incrustantes de Salles-la-Source et sur
les eaux sulfureuses du Pont.
""* Acad. de Médec. de Paris (séance du 4 avril 1848).
27
surtout à son union avec d'aulres principes jninéra-
lisateurs. »
Du reste, l'analyse chimique, quelque importante
qu'elle soit, ne saurait être l'indice absolu de
l'action physiologique et surtout thérapeutique d'un
agent aussi complexe qu'une eau minérale. Elle
dissocie les éléments minéralisateurs ; mais après
avoir effectué leur isolement, elle est le plus souvent
impuissante à indiquer le mode de combinaison
préexistant.
L'analyse clinique ou médicinale , comme disait
Bordeu, lui est supérieure. Mieux vaut encore,
ce nous semble , les mettre en présence , les
comparer, les interroger toutes deux, et profiter
de ce que chacune peut nous apprendre. A ce point
de vue, elles se complètent et se corroborent réci-
proquement.
Chapitre Deuxième.
MODE D'ADMINISTRATION ET ACTION PHYSIOLO-
GIQUE DES EAUX D'ANDABRE.
Les eaux d'Andabre sont employées, sur les lieux,
en boisson, en bains et en douches. Le temps le
plus convenable pour leur usage commence d'ordi-
naire dans les premiers jours de juin et finit vers la
fin de septembre. Loin de la source, on les prend
en boisson , à une époque quelconque de l'année.
Les effets physiologiques varient nécessairement
suivant les divers modes d'administration , suivant
la quantité d'eau employée et une foule de conditions
inhérentes au sujet, telles que l'âge, le sexe, le
30
tempérament, l'idiosyncrasie, etc. Il est néan-
moins possible d'établir à ce sujet quelques règles
générales.
L'eau de la fontaine d'Andabre, administrée en
boisson exerce sur l'économie une action qui varie
depuis la tonicité jusqu'à la stimulation la plus mar-
quée. Celte action se manifeste non-seulement sur le
système digestif, mais encore sur toutJ'drganisme.
On dirait que la vitalité des tissus est réveillée et
que la plupart des fonctions, surtout celles des
organes abdominaux, s'exercent avec un surcroît
d'énergie. L'appétit est accru, les digestions sont
plus faciles , la sécrétion des follicules muqueux du
tube intestinal ainsi que celle des reins et du foie
est sensiblement augmentée, l'émission des urines
est surtout abondante. Nous avons constaté qu'elles
deviennent alcalines. On observe enfin, quoique
plus rarement, une action laxative et diaphorétique.
Les battements du coeur sont plus intenses, le pouls
acquiert plus de plénitude, la menstruation et le
flux hémorrhoïdaire sont provoqués ou augmentés,
la plupart des muqueuses deviennent plus rouges;
s'il existe quelque plaie, elle tend à devenir sai-
gnante , etc. Dans la majorité des cas, 4 à 6 verres
suffisent pour produire de pareils effets.
L'eau est-elle employée à des doses supérieures,
son action est encore plus prononcée , du moins dans
la plupart de ses manifestations. 11 existe cependant,
31
sous ce rapport, une assez grande variabilité, tant
il est vrai que l'on retrouve partout le grand fait de
. la contingence des phénomènes vitaux ! C'est ainsi
qu'à la dose de 6 à 10 verres, quelques buveurs
n'éprouvent qu'une diurèse plus ou moins forte ;
tout le reste se passe dans l'intimité des organes.
D'autres ressentent un peu de gêne et de pesanteur
à l'épigastre, de légères tranchées et même un dé-
votement qui peut être porté assez loin. Il se mani-
feste en outre, dans quelques cas, un commencement
d'excitation fébrile et de céphalalgie le plus souvent
gravative. Celle-ci est due fréquemment au gaz
acide carbonique qui impressionne si vivement
quelques personnes ; il peut même occasionner une
sorte d'ivresse passagère. Ceux qui sont prédisposés
à cet accident, le préviendront, en conservant pen-
dant quelques minutes l'eau dans le verre, afin de
laisser évaporer une bonne partie de gaz.
Les enfants, les femmes irritables et les sujets
nerveux sont en général les plus impressionna-
bles à l'action de l'eau d'Andabre. Il y a pourtant
quelques exceptions; aussi ne peut-on pas toujours
apprécier à priori quels seront chez eux les effets
de l'ingestion du liquide. Il nous serait facile d'en
donner des exemples ; mais il n'est aucun praticien
qui ignore de pareilles anomalies.
L'habitude influe puissamment sur les résultats
sensibles et immédiats de cette médication. Elle en
32
atténue quelquefois l'activité, d'une manière éton-
nante. «Une dame, dit M. Coulet , douée d'une
constitution forte et vraiment athlétique , que j'ai
vue à Andabre," prenait tous les matins, sous les
yeux de son médecin . jusqu'à 40 verres d'eau
minérale, et se trouvait bien , tandis que bien des
hommes qui l'observaient, pouvaient à peine en
supporter 15 ou 20. Uo.paysan doué d'une consr
titution un peu au-dessous de la moyenne , habitué
aux eaux d'Andabre , s'y rend annuellement pour en
prendre chaque matin , pendant huit ou dix jonrs,
80 ou 100 verres, divisés en huit ou dix prises ,
sans en éprouver aucun mal, au grand étonnement
de cent autres qui plus forts que lui ne peuvent en
supporter plus de 15 ou 20 par jour, parce qu'ils
n'en ont pas l'usage (1). » Nous connaissons une
personne d'une cinquantaine d'années qui peut en
prendre impunément, et avec avantage, dit-elle,
une quarantaine de verres daus une matinée.
Est-il besoin d'ajouter qu'un usage aussi immodéré
de l'eau d'Andabre doit être formellement interdit!
Malgré son innocuité chez quelques individus,
malgré même les services qu'il a pu rendre dans
certains cas exceptionnels dont nous ne contestons
pas la réalité, des accidents sérieux surviendraient
inévitablement chez beaucoup de buveurs, si cet
- ;
(1) Coulet, Ouv. cité , pag. 8.
33
abus devenait plus général. Un trop grand nombre,-
sous l'influence d'un préjugé aussi faux que nuisible
se persuadent que l'efficacité de l'eau minérale est
en raison directe de la quantité ingérée. Nul doute
que beaucoup d'insuccès thérapeutiques ne tiennent
à cette cause chez des malades livrés à eux-mêmes !
Cela posé, voici les règles principales qui nous
paraissent devoir être indiquées à ceux qui ont
recours pour la première fois aux eaux d'Andabre :
débuter par une faible quantité , c'est-à-dire par 3 ,
4 ou 5 verres au plus, qu'on prendra à la source
même, de 10 en 10 minutes , le matin et à jeun,
un verre chaque fois , suivi d'un peu d'exercice.
Mieux vaut en commençant rester en deçà du but
que de le dépasser. Le peu de modération avec
laquelle certains malades ingèrent l'eau d'Andabre
avant que leurs organes digestifs soient'habitués à
son action, nécessite souvent la suspension de ce
puissant moyen et peut amener divers symptômes
qui en contre-indiquent plus tard l'emploi d'une
manière définitive.
C'est encore une erreur de croire qu'il convient
de boire beaucoup à la fois, surtout au début. Trop
de liquide distend violemment l'estomac et peut
amener une réaction fâcheuse, suivie assez souvent
d'un dégoût insurmontable pour le moyen curateur;
aussi pensons-nous qu'il ne convient pas de boire
plus d'un verre à chaque reprise.
3
34
Après 3, 4 ou "'5 jours, suivant le degré de
tolérance, on commencera à augmenter graduelle-
ment la dose qui sera peu à peu élevée jusqu'à 9
ou 10 verres. Au repas du matin , on pourra encore
boire 2 ou 3 verres coupés avec un peu de vin.
Le médecin ne doit jamais perdre de vue que
le, grand art consiste à proportionner l'activité du
remède aux vues qui en sollicitent l'usage et à savoir
s'élever par degrés, d'une action légère à une action
progressivement plus forte, toujours en rapport
avec les besoins de l'économie !
L'emploi de ces précautions rend plus facile et
plus complète la tolérance et permet d'user de l'eau
d'Andabre avec une entière sécurité et un plus grand
avantage.
Les personnes qui sont habituées à son action et
qui la supportent fort bien, peuvent en augmenter
plus vite la quantité. Nous croyons cependant
qu'elles ne doivent jamais boire au-delà de 15 à 16
verres par jour.
Les enfants de 12 à 16 ans ne prendront que
des demi-doses d'eau minérale ; il en est de même
des sujets nerveux, irritables et de tous ceux qui
offrent une impressionnabilité exagérée des voies
digestives. C'est surtout alors qu'il est indispensable
de ne point brusquer les doses, mais bien de tâtonner
avec une extrême prudence.
Il faut, dans des cas de cette nature, modérer
35
plus ou moins l'action tonique et excitante de
l'eau d'Andabre. Elle doit être mitigée selon les cas
et dans des proportions variables avec l'eau de la
source des bains , l'eau ordinaire , des décoctions,
des infusions émollientes, du petit-lait, divers
sirops, etc.
On cessera même au besoin son emploi pendant
quelques jours , pour lui substituer une médication
tempérante , qui alternée avec la première , permet
souvent d'obtenir les résultats les plus satisfaisants.
Si l'ingestion de l'eau minérale froide occasionne
quelques frissons avec sensation de refroidissement et
léger spasme épigastrique, il convient de la mélanger
avec un peu d'eau tiède sucrée, ou mieux encore
avec une infusion de thé ou d'oranger (1).
La source des bains peut aussi être utilisée pour
la boisson chez les sujets irritables dont les voies
digestives ont besoin d'être excessivement ména-
gées. Il serait même avantageux de débuter par
elle, plus souvent qu'on ne fait. L'estomac s'habitue
avec la plus grande facilité à son usage ; et après
(1) On a préparé des pastilles d'Andabre sur le modèle
de celles de Vichy. Vingt de ces'pastilles, du poids de
1 gram. chacune, représentent la quantité des sels naturels
renfermés dans un litre d'eau minérale. Elles peuvent être
prises à toutes les heures de la journée, surtout peu de
temps après les repas, à la dose de 6 à 10 et plus, suivant
les effets obtenus.
36
quelques jours., il tolère beaucoup mieux l'action
plus tonique et plus excitante de la source de la
buvette (1).
La source nouvelle dont le captage n'est pas encore
bien effectué, n'a pas été soumise à l'analyse chimique
et n'a été l'objet d'aucune application thérapeutique.
Elle nous a paru être éminemment ferrugineuse et
saline : nous aurons occasion de revenir sur ses
propriétés dans un autre travail.
Prescrite en bains, l'eau d'Andabre exerce sur
la peau et sur tout le système une action fortifiante.
M. le docteur Coulet est un de ceux qui ont le plus
insisté sur les bons effets de ce mode d'administration
qu'il a eu le mérite d'innover à Andabre. Il ordon-
nait généralement des bains de 32°. Pris un peu
plus frais, ils ont une efficacité encore plus grande,
si la sensibilité du malade s'accommode d'une tempé-
rature plus basse. Leur durée ordinaire doit être de
demi-heure à trois quarts d'heure. L'eau de la source
des bains est presque toujours mélangée à celle de
la buvette qui augmente son activité (2).
(1) La source des bains est située dans un grand bassin
clos, ayant 2 mètres de profondeur. Lorsque l'eau arrive à
cette hauteur, elle déverse au moyen d'ouvertures conve-
nables dans le ruisseau qui est à côté.
(2) Il existe à Andabre six baignoires dans six cabinets
distincts. Ce nombre est insuffisant ; il va être augmenté.
Il y a aussi un appareil à bains de vapeur.
37
La combinaison des bains et de. la boisson est
avantageuse dans beaucoup de cas; elle est parfois
indispensable , comme nous le prouverons plus loin.
Des injections ou douches ascendantes dans le
vagin et le rectum sont fréquemment de mise,
ainsi que les douches à percussion , qui exercent
une action si puissamment résolutive. On relire
enfin quelques bons résultats de la boue de l'eau
minérale employée en frictions, pour résoudre
divers engorgements chroniques.
L'eau de la buvette est journellement exportée
vers une foule de points, dans des bouteilles d'un
litre, à verre double, hermétiquement bouchées et
capsulées. Toutes les nuits, on en expédie une
grande quantité à Silvanès, dans des vases de terre
bien fermés. Employée loin de la source, elle perd
à la longue une partie de son activité: mais elle
peut être encore efficace. Dans les bouteilles, elle
ne s'altère pas sensiblement; cependant, quand il
s'est évaporé une certaine quantité de gaz acide
carbonique, une portion de sel martial se précipite
à l'état de carbonate simple. Ce précipité est d'autant
moins abondant, que la mise en bouteille a été
plus parfaite.
Pendant combien de temps doit-on faire usage
des eaux sur les lieux ? La moyenne de cette durée
est de trois à quatre semaines, un mois au plus.
Le malade doit se reposer après cette époque, afin

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.