Exemple frappant des abus des lettres de cachet, ou Mémoire du curé des Trois-Vallois, présenté au Roi... pour demander justice des persécutions qu'il a essuyées... de la part de son évêque, M. de Chaumont de La Galaizierre, évêque... de St.-Diez... [Signé : Lhermitte.]

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1789. In-8° , 74 p..
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Publié le : jeudi 1 janvier 1789
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POUR demander justice des persécutions
qu'il a essuyées, notamment par neuf ans
d'exil, dont quatre de prison , de la part
de son Evêque, M. DE CHAUMONT DE
LA GALAIZIERRE , Évêque & Comte de
St.-Diez , en Lorraine.
SURGENTES testes iniqui , quae ignorabam. interrogea
bant me : retribuebant mihi mala pro bonis , sterilita-
teur unique meae. Psal. 34.
EN MAI, 1789.
(3)
AU ROI
E T
A NOSSEIGNEURS
DES ÉTATS-GÉNÉRAUX.
SIRE,
A ERMETTEZ à un citoyen votre sujet, à un Prêtre
infortuné, de se jetter à vos pieds , pour demande»
justice des plus odieux procédés, à VOTRE MAJESTÉ
& à la Nation assemblée par ses Députés : daignez
jetter un coup-d'oeil sur un tableau des plus effrayants
des abus qui résultent des ordres qu'on surprend
si fréquemment à votre religion , & de l'usage qu'en
font des hommes injustes & passionnés , pour acca-
bler , du poids des plus cruelles disgrâces , les dé-
plorables victimes de leur haine trop souvent impla-
cable : que ma foible voix fasse toujours mieux sentir
à votre coeur bienfaisant, la justice des voeux ardens
A 2
Job
30. 21.
DIVI-
ION ION.
Précis
de
quel-
ques
faire.
( 4 )
de tous les François, en faveur de la liberté indi-
viduelle de chaque Citoyen.
Le crédit & la réputation dont jouit en votre
Cour celui que je suis dans la fatale nécessité de dé-
férer à VOTRE MAJESTÉ & à la Nation, me feroit
trembler, SlRE, si je n'étois rassuré par la con-
fiance que je mets dans le Dieu qui connoit l'équité
de ma cause, & dans les sentimens de justice que
VOTRE MAJESTÉ annonce aujourd'hui , avec bien
plus d'éclat, aux yeux de la France & de l'Europe.
Je n'en suis pas moins pénétré de douleur, d'être
obligé de nommer l'instrument de mes maux. Ah !
pourquoi faut-il qu'il soit sourd k mes instantes de-
mandes d'une justice amiable, qui auroit évité de
nouveaux éclats , & dont il ne m'est pas permis de
le dispenser. Mais il m'y force , SlRE ; il veut que
je le fasse connoître : c'est un Evêque ; c'est celui
de St.-Diez en Lorraine. C'est lui qui, n'ayant ja-
mais dû être que mon Pasteur, m'est devenu, depuis
plus de dix ans, malheureusement trop cruel.
L'intime persuasion de ma parfaite innocence
dans laquelle le Prélat a toujours été, ainsi que le
Public ; & le tableau abrégé des coups accablans
qu'il m'a portés : tels sont les deux objets que je dois
peindre à VOTRE MAJESTÉ & à la Nation , pour
manifester mes droits à la justice que je réclame. Que
ne puis-je, après avoir obtenu cette justice , faire
oublier à jamais les impressions que je vais donner.
Mais auparavant de remplir les deux objets que
j'annonce, daignez , SlRE, me permettre le précis
de quelques faits, qui indiquent l'origine des per-
sécutions do nt je me plains.
Après avoir occupé, pendant plusieurs années, une
chaire en philosophie, au Séminaire de Toul, à la
satisfaction de feu M. l'Evêque Drouas , & du pu-
blic , j'ai obtenu au Concours , au mois de Mars
1774, la Cure des Trois-Vallois, alors du Diocèse de
Toul, & actuellement de celui de St.-Diez. La ma-
nière honorable dont cette Cure m'a été donnée
n'annonçoit pas, SlRE, qu'avant sept ans je serois
ignominieusement arraché du milieu de mon trou-
peau , par le ministère de la maréchaussée.
Mais des désordres invétérés régnoient dans cette
paroisse , notamment des dilapidations d'une fa-
brique , dont VOTRE MAJESTÉ partage les princi-
paux revenus pour la protéger, & dont les deniers
étoient, depuis Iong-tems, employés arbitrairement
à des usages étrangers, même k des dépenses de
cabaret. Le zèle de mon prédécesseur contre ces
désordres lui avoit attiré des persécutions sérieuses,
soufflées par de faux frères , que les Pasteurs fidèles
rencontrent malheureusement trop souvent dans
leur pénible carrière. Voyant les mêmes persécu-
tions , & même de plus violentes , prêtes k fondre
sur moi, j'avois demandé les ordres & avis de l'Evê-
ché , qui étoit encore celui de Toul ; & il m'avoit
fait répondre, ( a ) que la crainte de ces persécutions
( a ) Le 24 Juillet 1776, M. Thiébault, Vicaire-Général,
me répondoit de la part du Conseil de l'Evêché, auquel M.
J'Evêque préside, au moins ordinairement : Les tracas séries
& difficultés que vous avez à craindre , (ce sont les violentes
En
Janvier
1778.
le
27 Mai
1773.
( 6)
ne pouvoit me dispenser de certaines diligences,
qu'il me prescrivoit.
Ma lenteur & ma modération k remplir ces de-
voirs indispensables n'avoient pu , SlRE , empêcher
les persécutions de m'accabler. Une commission de
l'Evêché de St.-Diez, dont nous avions commencé
à dépendre ,n'avoit fait que les augmenter : parce que
le chef de la commission n'ayant pu obtenir de moi,
pour prix de la justice qu'il étoit chargé de me ren-
dre , les restes de la fabrique dont il devoit répa-
rer les ruines, s'étoit adressé aux ennemis de mon
ministère pour les avoir,, avec d'autres gratifications ;
& avoit ainsi vendu à deniers comptons, & son con-
frère & sa conscience.
Les désordres de ma paroisse, augmentés par ce
prêtre perfide & ses assistans , m'avoient obligé de
réclamer la justice de M. l'Evéque de St.-Diez. Le
Prélat , également demandé ou agréé pour juge par
mes adversaires, vient aux Vallois \ condamne les
prévarications de ses commissaires. ; ordonne le ré-
tablissement de l'ordre dans la fabrique ; justifie
toutes mes démarches & intentions ; & confirme la
valeur d'une transaction du 12 Janvier 1778, que
les commissaires , qui me l'avoient enlevée, vou-
loient anéantir, & qui terminoit quelques affaires ,
persécutions dont avoit parlé ma lettre, ) pour récupérer, soit
à votre Cure, soit à voire fabrique , les titres 3 droits & revenus
gui vous appartiennent, ne vous dispensent pas de faire les dili-
gences nécessaires pour ks récupérer ) en mettant dans vos re*
cherches & poursuites tout ce que la charité, la prudence & votre
zele vous suggéreront de mieux pour réussir,
(7)
dont le dédale de la chicane avoit fait des procès.
(a ) En conséquence on rend aussi-tôt des comptes
de fabrique, qui lui récupèrent environ 3000 liv.
Par là la paix étoit rétablie dans ma paroisse , &
l'iniquité des commissaires déconcertée.
Si les bons Prêtres, SlRE, sont toujours prêts
à se sacrifier plutôt que d'abandonner leurs devoirs ,
ceux qui ne les ont pas à coeur, & qui se sont décidés
( a) Le plan de mon Mémoire, uniquement dirigé contre,
M. l'Evêquede St.-Diez , ne me permet pas d'entrer dans le
détail des diverses affaires qu'on a appellées mes procès, ni de
les justifier en elles-mêmes ; puisqu'il me suffit de montrer ,
comme le fait ma première partie , que le Prélat en a solem-
nellement reconnu la justice. Néanmoins il me paroît qu'une
observation à leur égard pourra n'être pas déplacée dans cette
note.
Tous ceux qui ont un peu connu les troubles de ma paroisse
ont été instruits, que mon zèle pour le rétablissement de l'ordre
& de la justice dans l'administration des biens de mon église,
a été la cause ou l'occasion de toutes les contestations juridiques.
Or, pour comprendre la nécessité & la modération de ce
zèle , il suffit de remarquer 1°. que, dès ma première année,
j'avois offert de payer de ma bourse les dettes de mes par
roissiens envers la fabrique, s'ils vouloient cesser de s'appro-
prier ses deniers, & lui rendre justice pour l'avenir ; a°. que
j'avois même poussé la complaisance plus loin, en consentant
qu'ils empruntassent une somme notable, qui étoit dans les cof-
fres de cette fabrique, & dont je ne me rappelle pas la valeur:
mais ils ont refusé d'emprunter ce qu'ils prétendoient leur ap-
partenir ; 30. que les comptes rendus, lors de la visite épis*
copale, en Mai 1778, ne récupéraient qu'environ 3000 liv.
tandis que j'aurois pu faire monter cette somme peut-être au
double Se au de-là ; objet considérable pour une chétive
église de campagne, qui n'a qu'environ 400 liv. de rentes,
& qui quelquefois, pendant plusieurs années, est privée de
.....( 8 )
à fouler aux pieds tous les sentimens de probité &
de religion , sont toujours furieux lorsqu'ils se
voyent démasqués. Les perfides commissaires, dans
ces dispositions, & pour tenir le marché de leur
chef, ne balancent pas de travailler à détruire l'ou-
vrage de leur Evêque; défendent en conséquence à
mes paroissiens d'obéir k ses ordres , & font pour-
suivre les affaires terminées .par la transaction, va-
lable k neuf ou dix titres au moins.
ses principaux revenus , lorsqu'il n'y a point de coupes dans
ses bois. 4°. Que quelques-unes des remises faites par ces
comptes, ayant été produites aux audiences du Parlement ,
en Avril 1779 » elles en ont été Hautement désapprouvées : &
cependant mes ennemis n'ont cessé de m'accuser d'avoir
exigé trop rigoureusement les droits de ma fabrique ; 5° que
les mêmes remises étoient d'autant plus frappantes , qu'alors ,
par une ordonnance de l'Evêché de Toul, qu'on négligeoit
d'exécuter, selon l'usage, il y avoit pour 4 ou 5 mille livres
de réparations ou fournitures à faire à l'Eglise, que depuis
long-tems on laissoit dans la plus honteuse nudité. : aussi je
n'avois consenti aux remises, que dans l'intention d'en dédom-
mager un jour les autels ; 6°. que mes paroissiens, ou plutôt
les brouillons, par lesquels ils ont la foiblesse de se laisser
conduire, sont tellement ennemis de toute dépense en faveur
de leur Eglise, qu'au moment de mon premier exil, il y avoit
au moins dix ou douze ans que le cimetière étoit en vaine pâ-
ture , par défaut de clôtures aux portes ; désordre que depuis
peu on m'a assuré être encore subsistant.
D'après cet âpperçu de ma modération & de l'injustice
des ennemis de ma fabrique, il n'est pas difficile de présumer
qu'il y avoit, de leur part, plus de passion que de justice dans;
les affaires qu'ilo m'ont suscitées ou occasionnées, pour me
punir du vif intérêt que je prenois aux droits de leur Eglise*
Je me borne à ce peu de mots, sur les procès, en me réservant
de m'expliquer plus au long dans la suite, ûoa m'y oblige-
(9)
Pour éteindre ce nouveau feu, je réclame encoce
l'autorité & la protection de mon Evêque, en le
suppliant de m'aider à défendre son ouvrage. Mais
déjà les sourdes manoeuvres de ses commissaires l'a-
voient rendu favorable à leurs injustices , qu'il avoit
condamnées : & les affaires ayant été, malgré moi,
portées au Parlement, au mépris de la transaction,
il s'est rendu leur plus ardent protecteur contre moî
& son ouvrage ; en peignant comme les Prêtres les
plus respectables ceux dont il connoîssoit l'infidélité
à son égard; tandis qu'il faisoit de moi les portraits
les plus effrayans , essentiellement contraires aux
éloges trop flatteurs qu'il en avoit fait tant de fois
hautement.
La religion des juges ayant été surprise par le
Prélat, & par les impostures de ses commissaires
qu'il avoit rendues croyables, la transaction & les
comptes de fabrique , ces gages précieux de la paix,
ont été annullés \ ( a ) & j'ai été accablé de condam-
En
Avril
Se Juin
1779-
( a ) La transaction a été annullée à cause de prétendues con-
ditions non écrites , que les Commissaires disoient faussement
y avoir été surajoutées de vive voix. Mais j'ai démontré à
M. l'Evêque de St.-Diez, même par des actes juridiques, que
je n'avois eu aucune part à ces chimères frauduleuses ; & que
néanmoins, sans que je le susse, elles avoient été surabondant-!
ment remplies par les remises des comptes du mois de Mai 1778.
Les comptes ont été annullés, pour n'avoir pas été rendus
pardevant les Officiers du Bailliage, selon les Loix de Lor-
raine : formalité qui n'avoit jamais été observée dans ma pa-
roisse , au moins depuis cent ans ; qui n'étoit pas assez con-
nue dans nos environs, &. que les circonstances rendoient
impraticable.
( 10 )
nations & de frais, qui, en me ruinant, m'ont en
outre rendu le jouet du triomphe des ennemis de
mon ministère. Le bien des âmes y étoit trop inté-
ressé , SlRE ; je devois tâcher de faire revenir mon
Evéque k des sentimens plus justes. J'y ai travaillé
par des mémoires étendus & frappans. Mais ces
mémoires lui montrant trop bien l'injustice qu'il avoit
protégée , il a, appréhendé , je ne sais par quelles
raisons, que quelque chose n'en fût rendu publique i
& plutôt que de penser à me rendre justice, il a
mieux aimé se décider à me perdre, croyant par-lk
mettre son honneur à couvert.
En conséquence, des injustes accusations qu'il a
portées aux pieds de VOTRE MAJESTÉ ont surpris
à sa religion diverses lettres de cachet, contre l'infor-
tunée victime des procédés arbitraires de son Evêque.
La première de ces lettres, du 8 Juin 1780, exé-
cutée le 8 Septembre suivant, m'a fait enlever de ma
paroisse, pour me transporter au Prieuré d'Hérival,
diocèse de St.-Diez. La seconde, du 30 Avril 1783 ,
exécutée le 13 Mai suivant, m'a fait retirer d'Hé-
rival, & transporter au couvent de Bischenberg,
diocèse de Strasbourg. La troisième, du 8 Mars
1785 , exécutée le 6 Mai suivant, m'a fait transférer
de Bischenberg a Maréville , maison de force près
de Nanci, où je devois ne rester que deux ans. La
quatrième, du 22 Avril 1787 , arrivée à Maréville
le 6 Mai , a prolongé mon emprisonnement jusqu'au
17 Mars de la présente année 1789, jour auquel
la liberté m'a été rendue, en vertu des ordres de
Votre Majesté du 2,8 Février dernier.
(II) . .
Ah ! SIRE , si la liberté, qui vient de m'être ren-
due , finissoit les maux dont j'ai été accablé par
mon Evêque & mes autres ennemis, vous ne me
verriez pas aux pieds de votre trône implorer la justice
de VOTRE MAJESTÉ & celle dé la Nation que vous
présidez. Mais leurs soins funestes n'ont rien oublié
pour rendre interminables les coups terribles qu'ils
ont portés k mon ministère , 0 mon honneur &
à ma fortune. Le Prélat, sur-tout, a été le plus ar-
dent k ne me laisser plus appercevoir que l'avenir le
plus défblant. Ce ne sera qu'en finissant ce Mémoire,
& k' la suite du tableau des persécutions que j'ai es-
suyées , que je pourrai peindre à VOTRE MAJESTÉ
tout l'effrayant de ma situation , qui doit toujours
durer si je n'obtiens justice : je dois auparavant
montrer , pour remplir mon premier objet , que
M. de St.-Diez, en me persécutant si vivement,
pendant plus de dix ans , à cause de ce qui a pré-
cédé mes divers exils & mon emprisonnement, a
été , dans tous les tems, intimement persuadé de
ma parfaite innocence, de ma fidélité à mes devoirs,
& notamment a ceux de mon Ministère ; & qu'il
ne pouvoit ignorer que la même persuasion étoit
dans l'esprit du public.
Le ciel m'est témoin , SlRE, qu'il n'y a que la
plus dure & la plus indispensable nécessité, & la
crainte de manquer à la vérité , qui me forcent de
peindre mon Evêque sous les traits qui se rencon-
trent k chaque ligne de ce Mémoire. Dans le prin-
cipe, mon respect souverain pour son caractère, &
mes sentimens pour sa personne, m'avoient engagé
PRÏ.
MIER
OBJET.
( 12 ) _
k n'attribuer qu'à la surprise l'injuste & le cruel
de ce qu'il me faisoir souffrir. Dans la suite, l'évi-
dence s'étant montrée avec trop d'éclat , pour me
permettre la continuation de ce langage , je n'en
ai pas moins conservé le désir de découvrir un jour
que ce n'est en effet que l'erreur qui l'a guidé dans
sa conduite à mon égard. Telles sont les illusions
qui me sont suggérées par mon zèle pour l'honneur
du sacerdoce.
Mais ce ne sont pas de semblables chimères, que
mes voeux téméraires ne pourront jamais réaliser,
que je dois mettre sous les yeux de VOTRE MA-
JESTÉ , pour lui faire juger la cause que je porte
aux pieds de son trône , & que je défère à la Nation.
Afin de faire connoître le Prélat à la France & à son
Roi,dans une circonstance à jamais mémorable, je dois
prouver, par ses lettres , ou celles de ses grands
Vicaires, & par une multitude de témoins , que,
dans tous les tems, avant, lors, & depuis tous
les coups cruels qu'il m'a portés par tant de per-
sécutions violentes , il a reconnu , non seulement
mon aptitude en général pour le ministère pastoral,
mais encore la bonté de mon administration dans
ma Paroisse ; que toujours il a été convaincu de ma
parfaite innocence, relativement aux troubles que
diverses passions avoient excités entre le Pasteur
& son troupeau, & de l'iniquité de mes persécu-
teurs , à la tête desquels il s'est mis depuis : de sorte
que toujours il a été persuadé que jamais il ne lui
auroit été permis de me faire même le plus léger
des reproches j toujours par conséquent bien assuré
( 13 )
que les coups effrayans & malheureusement trop scan-
daleux, qu'il a fait tomber sur moi, ne pouvoient
être qu'impardonnables , quand même il n'auroit
pas été Evêque.
Oui, c'est lui-même, & les hommes de sa droite,
ses grands Vicaires, qui m'ont fourni les preuves,
pour mettre en évidence les vérités que j'annonce k
VOTRE MAJESTÉ. Telles sont les ressources qu'une
Providence adorable laisse assez souvent contre les
injustices les plus odieuses. Toute la plus fine politique
du siècle ne peut rien contre sa sagesse. Daignez
permettre , SlRE, que j'entre dans le détail de mes
preuves.
i°. Il n'y avoit pas encore un mois que le Prélat étoit
en possession de son Evéché, (enNovembre 1777)
lorsqu' étant à sa table avec M. Gandin son Grand-
Vicaire , ce dernier ne me connoissant pas, élevoit le
Curé des Trois-Vallois jusqu'aux nues ; me disant,
qu'on n'avoit cessé de leur en parler à l'Evêché de Toul,
comme d'un des plus excellens Curés du Diocèse. En
même-temps que je tâchois de le détromper, j'enten-
dois le Prélat dire à -peu-près les mêmes choses à
Madame sa belle-soeur, alors Intendante de Lorraine,
& aujourd'hui d'Alsace. VOTRE MAJESTÉ ne trou-
vera pas 1à des motifs qui ayent pu rendre l' Evêque ,
sitôt après, l'implacable ennemi du Curé : & néan-
moins les troubles de ma Paroisse étoient alors connus
des deux Evêchés de Toul & de St. Diez.
2°. Dans le même temps, en conséquence d'un
mémoire que je lui avois présenté, mon Evêque nom-
mant des Commissaires, pour le rétablissement de
( 14 )
la paix dans ma Paroisse , leur déclaroit, que tou-
tes mes intentions étoient justes ; & leur ordonnoit
de suivre toutes mes vues, spécialement en faveur de la
fabrique ; promettant d'interposer son crédit & son
autorité , pour mettre mes paroissiens à la raison ,
s'il étoit nécessaire. Le voilà , SlRE , bien persuadé
de la justice de ma cause & de mon innocence ; &
cependant alors il avoit déjà reçu , de la part des
brouillons de ma Paroisse, des libelles odieux contre
moi.
30. Les Commissaires ayant frondé les ordres de
leur Evêque, pour se livrer dans ma paroisse à la
prévarication , le Prélat, sur mes réclamations , s'é-
toit aussi-tôt décidé à Venir y remédier : & en at-
tendant le moment de sa visite, lui & ses Grands-
Vicaires disoient ouvertement : Les Commissaires
ont fait des sottises affreuses aux Vallois ; nous en
allons faire le voyage , pour tâcher de les réparer. Nou-
velle preuve, SlRE , qu'il étoit persuadé de la jus-
tice de ma cause , & de l'iniquité de mes ennemis.
40 Etant en chemin pour venir dans ma paroisse,
il disoit à un Curé, qui lui parloit de la multitude des
difficultés qu'il alloit y rencontrer : M. le Curé des
V allois a beaucoup abrégé notre ouvrage, par des mé-
moires excellens , clairs & solides. Et il ajoutoit :
Je ne puis concevoir comment, accablé de tant de soins
& de chagrins, avec les travaux continuels de son
ministère , sur-tout pendant la quinzaine de Pdque ,
il ait pu néanmoins me faire des mémoires si étendus ,
si précis, si convaincans , si clairs & si suivis , sans
( 15 )
avoir même eu le téms de les relire (a). Le lendemain, au
sortir de ma paroisse,. il enchérissoit sur ce langage,
en disant au même Curé & à plusieurs autres : Ses
raisonnemens sont si forts & si convaincans , qu'il
est impossible de s'en tirer. M . Drouart le Grand-Vi-
caire , qui accompagnoit le Prélat, ne cessoit de
tenir les mêmes discours à tous ceux qui vouloient
l'entendre ; & il m'a dit à moi-même , la veille de la
visite, que toutes mes intentions ètoient justes ; quelles
seraient parfaitement suivies ; que rien ne me serait
refusé. C'est à peu près ce que le Prélat me répé-
toit, un moment avant d'entrer aux Vallois. Tous
ces traits, SIRE , supposent nécessairement chez lui
la plus intime persuasion de la justice indis-
pensable de toute ma conduite passée : & alors il
connoissoit parfaitement de quoi il s'agissoit , tant
par mes Mémoires, que par les défenses de mes
ennemis, qui n'avoient cessé de l'obséder, pour sou-
tenir la cause de leurs prévarications.
ç°. Le Prélat arrivé aux Trois-Yallois, n'y trouve
pas ses Commissaires, ni le principal de mes enne-
mis dans ma paroisse qui s'en étoit enfui, aucun
d'eux n'ayant osé s'exposer à l'opprobre d'une con-
damnation publique. Un autre chef des brouillons
ayant été assez hardi pour se plaindre, de ce que
j'avois empêché le jugement des procès terminés par
la transaction , que néanmoins les Commissaires
avoient fait poursuivre : Quoi! lui répondit le Pré-
\ {a) Celui-ci ne sera pas jugé aussi favorablement ; mais neu
années de captivité sont bien propres à diminuer l'énergie ds
l'ame, & peuvent donner des droits à l'indulgence.
Le 17
Mai
1778.
( 16)
lat avec indignation : Je viens ici pour arranger vos
affaires amiablement 3 ; & vous avez été assez insolens
pour vouloir les faire juger avant-hier. Ce juste re-
proche ne rebute pas le brouillon : il prend un ton
d'orateur pour plaider sa cause & celle des lâches
Commissaires : il avance un premier fait prétendu ;
& je produis un titre qui le convainc d'imposture :
sans se rebuter , il avance successivement quatre ou
cinq autres prétendus faits ; & à chaque fois, après
l'avoir fait bien expliquer, je trouve, dans les pa-
piers de mon église , de quoi le convaincre d'im-
posture. Malgré cette confusion il parleroit encore,
si le Prélat, poussé k bout, n'eût enfin accablé de
reproches son impudente audace. Voilà, SlRE, tout
ce qui a été produit contre moi : daignez juger si
mon Evêque pouvoit être assez aveugle pour ne
pas voir où étoit le désordre.
Tant de preuves de passions & de défauts de
respect pour la vérité chez mes ennemis, & bien
d'autres qu'il seroit trop long de détailler à VOTRE
MAJESTÉ , lui montraient si clairement qu'il n'y
avoit de justice & de vérité que de mon côté, qu'ébloui
de cette lumière , il ne pouvoit se lasser de repro-
cher à mes paroissiens leurs mutineries, leurs rebellions
contre leur Pasteur , & leurs troubles scandaleux !
il a même dit plusieurs fois hautement, qu'il quit-
teroit son Diocèse , s'il y trouvait trois paroisses
aussi scandaleuses que la mienne : & cependant alors ,
SIRE , plusieurs de mes paroissiens s'étoient mis à
ses pieds, pour avouer leurs fautes , & promettre
de les réparer.
6%
60 Le jugement prononcé par le Prélat en
ma faveur, contre ses Commissaires & les brouil-
lons de ma paroisse, ( outre une multitude d'éloges
trop flatteurs, ) a consisté en ces termes, formels,
ou équivalens , adressés plusieurs fois à mes pa-
roissiens , en présence de mille témoins : Vous,
avez disputé sur la transaction, à cause de conditions
par lesquelles vous prétende^ qu'on vous quittera des
dettes que vous avez envers la fabrique. M. le Curé
ne veut pas vous faire ces remises : il a raison:il n'a
pas droit de vous les faire : mes Commissaires n'en-
avoient pas plus que lui : s'il vous les eut faites-ces
remises, il auroit été un prévaricateur digne de toute,
mon indignation , que je lui aurais montrée en pré-,
sence de vous tous, en h couvrant de confusion. Ces
remises ne subsisteront donc pas. Cependant comme je
vois que vous êtes des mutins ; pour vous. empêcher
de disputer davantage contre la transaction, je payerai
pour vous à la fabrique ce que vous ne voudrez pas
payer. Mais je ne donnerai pas un sol que vous n'ayiez
terminé toutes vos affaires avec M. votre Curé , à sa
satisfaction ; que vous ne réparte^ Us chagrins que
vous lui avez causes, en lui rendant plus de respect
& de soumission que par le passé; que vous ne vous
prêtiez à ses vues, qui sont toutes justes , sur-tout pour
le rétablissement de l'ordre dans la fabrique;.& qu'il
ne m'ait rendu témoignage qu'il est content de. vous.
Mon Evêque. pouvoit-il , SlRE, justifier plus par-
faitement & toutes mes vues & toutes mes démar-
ches ? N'avoit-il pas alors entendu toutes les parties.,'
& tout-examiné ? pouvoit-il être dans l'erreur ?
7°. Au sortir de ma paroisse , il disoit à plusieurs
B
( 18 )
de mes confrères, en parlant de moi : Qu'il seroit à
désirer que tous les Prêtres eussent autant de cons-
tance & de fermeté que lui! On feroit du ion ouvragé
dans le ministère. Le surlendemain il me disoit à moi-
même qu' il né pouvoit trop louer & admirer mon
courage , de m'être sacrifié pour le bien de ma paroisse y
sans y avoir'aucun intérêt. Et assez long-tems après
sa visité, par-tout où il se trouvoit , notamment k
Dompaire , k Châté,- & k Nanci, il ne cessoit de ré*
péter tous les éloges qu'il avoit donnés à ma cause ,
à mes intentions, a mes mémoires \ & parloit de
moi de la manière la plus avantageuse. Ce qui mon-
tre , SIRE , que ce n'étoit pas par politique qu'il rh'â-
voit si pleinement justifié dans ma paroisse.
8 . Deux lettres qu'il m'a adressées , le 20 & le
24. Juin 1778 , plus d'un mois après sa visite, me"
parlent de faire mûrir les fruits de cette visite, en ré-
tablissant l' ordre & la paix dans ma paroisse. Il per-
sîstoi t donc encore, SIRE , dans le jugement qu'il
avoit rendu , quoique déjà alors il fut ébranlé par les!
fourberies de ses Commissaires. Le 9 Novembre sui-
vant, qu'il leur étoit bien plus favorable, M. Drouart
le Grand-Vicaire m'écrivoit , dé la part du Prélat &
de la sienne : Ce n'est pas qu'il ne croye, & moi aussi,
que vos vues sont pures & vos intentions droites. Ce
qui étoit la répétition abrégée de tous les éloges dé
îa visite épiscopaîe.
9°. Une lettre de mon Evêque, du 13 Janvier 1779,
m*offre une Cure k sa nomination, pour me mettre
à l'abri des persécutions auxquelles j'et ois sans cessé
exposé dans ma paroisse. 11 me reconnoissôit dôrtC
alors, SiRË , comme un bon Prêtre , digne du mi-
nistere pastoral , & injustement persécuté. Et nean
moins, aussi-tôt après , il s'est hautement déclaré lé
chef de tous mes ennemis , & m'a porté des coups
terribles au Parlement, eh me peignant dans l'es-
prit des Juges comme l'être le plus odieux.
10°. Le Prélat, malgré les injustes procédés dont
je viens de parier , laissait de tems en terris échap-
per des traits , que là vérité lui arrachoit , Se. qui
malgré lui faisoient mon éloge. C'est ainsi qu'en
Mai 1779 , aussi-tôt après les grands coups qu'il
venoit de me porter au Parlement , il a distingué
deux fois les enfans de ma paroisse a la Confirmation ^
k causé delà modestie & de l'édification avec lesquels
les ils se présentoient. On voit bien, disoit-il , que ci
sont là des enfans des Vallois.
II° Deux lettres de M . Drouart son Grand Vi-
cairé, des 26 Septembre & 12 Octobre de la même
année, relatives a un Vicaire qu'on m'ènvbyoit, rê-
..connoissent expressémentce qu'elles appellent mes
talens pour former les Vicaires '! & en me parlant de
mes bontés pour eux, elles he laissent pas douter que"
c'étoit par dés moyens honnêtes que j'y réussissais
Une autre lettre du mois d'Août de l'année précé-
dente , que je crois égarée , me prétoit déjà les me
mes talens. VOTRE MAJESTÉ jugera - t - elle i
que les Vicaires puissent être le mieux formés par
les Curés les plus inhabiles pour leurs fonctions ?
Cependant alors on avoit déjà parlé hautement k
Nanti dé me faire enfermer.
iz°. En Novembre & Décembre de la" même
année, M. TEvéque & M. Drouart son Grande
Vicaire me secondoient vivement , pour réprime*
B z
AvrjJi
une mutinerie d'un canton de ma paroisse : ils re-
connoissoient donc que je faisois du bon ouvrage
pour cet objet. Or, j'écrivois alors a l'Evêché, avec
toute la force possible, contre l'injuste protection
par laquelle on avoit fait triompher mes ennemis :
& puisqu'au lieu de reproches, on entroit dans mes
Vues, c'étoit sans doute, SIRE , une preuve que le
Prélat reconnoissoit ses torts passés.
13 °. Le 22 Janvier 1780, en m'écrivant sur
un autre objet, le même M. Drouart me disoit :
Je m'en rapporte bien, à vous à ce sujet, vous con-
naissant très-porté à suivre les règles autant qu'il est
en vous. Le 3 Avril suivant, une de ses lettres me
disoit, encore : Je suis tellement assuré de votre re-
ligion & de l'intégrité dé vos moeurs , que, .... &c.
Etoit-ce donc lk, SlRE, celui que, peu après, mon
Evêque devoit déférer k VOTRE MAJESTÉ, comme,
un Prêtre scandaleux, qu'il falloit ignominieusement,
chasser de sa paroisse? Car son Grand-Vicaire,
qui m'écrivoit, étoit son homme de confiance, plei-
nement instruit de ses sentimens à mon égard.
140. Le 15 du même mois d'Avril, M.Drouart
m'écrivant, pour.la troisième fois, sur des difficul-
tés soufflées par les ennemis de mon ministère, &
relatives au choix d'un Maître d'école, me disoit :
Je désire qu'il y ait.un concours , où vous pourrez plus
aisément faire tomber le choix sur si, comme je
n'en doute pas, vous, savez mener cette affaire avec
votre prudence ordinaire. Quel contraste, SlRE ! Ce.
Grand Vicaire, non seulement si bien instruit des
sentimens : de celui qu'il .représentoit à mon égard,
& qui me répondoit en son nom, mais .encore qui
( 21 )
avoit suivi exactement toutes les affaires de ma- pà«
roisse , reconnoît comme indubitable , que j'agis:
au moins ordinairement avec prudence ; & dans le
même tems , comme je l'ai su depuis, le Prélat me
peignoit à VOTRE MAJESTÉ & a ses Ministres,
comme un fou & une tête perdue , incapable de desser-
vir une Cure quelconque.
. 15°- Toutes les lettres précédentes, & plusieurs
autres, étoient si honnêtes, qu'elles excédoient de
beaucoup à cet égard. Celle du 27 Mai suivant,
toujours honnête , étoit d'un, style plus sec ; parce
que sans doute M. le Grand Vicaire connoissoit
alors les vues sinistres de M. l'Evêque contre moi ;
& qu'il ne vouloit pas flatter celui que le Pré-
lat alloit foudroyer. Néanmoins cette lettre , con-
certée avec lui , renouvelloit les pouvoirs que
j'avois toujours eu , même n'étant que Vicaire ,
d'absoudre des cas réservés : & alors on venoit
d'établir des regles sérieuses , qui rendoient ces
pouvoirs extrêmement rares. Par conséquent, SlRE,
dix jours avant la date des premières lettres de
cachet, qui sont du 8 Juin même année , j'étois
encore du petit nombre des Pasteurs les plus dignes,
ou les plus favorisés de la confiance de leur Evêque.
l6°. Le jour même , ou la veille, que VOTRE
MAJESTÉ surprise sigrioit ma condamnation, il est
arrivé que, dans une compagnie nombreuse, à deux
lieues de ma paroisse, les uns crioient contre moi, &
d'autres prenoient ma défense : mais M. Drouart, ou-
bliant qu'il alloit faire affront à celui qui me préparoit
tant d'opprobres, ne put s'empêcher de dire ave,*
Propos
tenu
par un
Com-
mis,
dans un-
Bureau
du Mi .
nistre-
de la
guerre..
(22 )
gele ? Apres tout, il a raison ; & si j'êtois à sa place ^
je n'agirais pas autrement que lui. Deux jours au-
paravant , il me répétoit à moi-même ce que lui-
& le Prélat avoient dit cent fois, que je n'avois que
de bons principes. Si VOTRE MAJESTÉ m'eût alors
connu sous ces idées, auroit-elle déployé son auto-
rité contre moi ?
17° Le même M. Drouart; jusqu'à sa meut,
arrivée peu de tems après, n'a cessé de me défen-
dre , & de s'opposer à l'exécution des lettres de ca-
chet, qui étoient entre les mains de mon Evêque ,
dont la constance à vouloir me porter les coups les,
plus terribles, a donné , m'a-t-on dit, celui de la
mort à son Grand Vicaire.
l8°. Pendant que le Prélat me faisoit traîner
ignominieusement, par la maréchaussée, dans ma
première prison , & que , par. ce scandale outra-
geant , il révoltoit contre lui les esprits de son Dio-
cele & de la Province, il écrivoit au Supérieur d'Hé-
rival une lettre qui en a été reçue le 12 Septembre
1780, surlendemain de mon arrivée , & qui me
reconnoissoit pour un honnête homme , irrépréhensible
. dflns mes moeurs, dans ma doctrine, & dans ma fidélité :
à remplir les devoirs de, mon ministère. Est-il possible.,
SlRE, de. rendre d'un Prêtre un témoignage plus
avantageux, ? Après cela comment a-t-il pu me, trou-,
ver des crimes qui, l'aient, autorisé à me fajre traî-
ner en exil pu en prison , par la maréchaussée ,
comme un prêtée scandaleux?,
19° Feu M. Abram, alors Ecplâtre., & depuis.
Grand - Chantre de la Cathédrale, de St,-Diez., qui
avoit la confiance du Prélat, & connoissoit ses sen«;
timens à mon égard, m'écrivoit , le II Décembre
1780 trois mois, après l'exécution des. lettres de
cachet On a toujours rendu justice à votre doctrine
à vos moeurs, à vos, connoissances & a votre, exacti-,
tude à remplir les fonctions de votre ministère. Voilà,
SIRE, une répétition amplifiée du témoignage de
l'article précédent, qui annonce que telle étoit l'opi-
pion du public»,
20° Dans le même tems, quelqu'un sollicitant^
le Prélat de me rendre la liberté, il a répondu : Je
m'en garderai bien; si je le- relâche , il-est bon pour*
m'entreprendre, & faire un procès sérieux à mes corn--
missaires & à moi. Cette frayeur, SlRE, chez ut*
si puissant adversaire, dit sans doute qu'il sentoite
toute son injustice envers , moi
21° Pendant tout le tems de mon exil à Hérival, on
m'a parlé bien d'autres fois des éloges pompeux que-
mon Evêque faisoit de moi & de ma capacité ^gou-
verner une paroisse. Mais .comme c es divers éîoges
ne m'ont pas toujours été expliqués assez exactement,,
je n'en parlé qu'en général; à VOTRE MAJESTÉ,.
pour lui montrer que les sentimens du Prélat ont
constamment été les mêmes
220. Depuis long-tems, SlRE , on me pressoir
sans cesse, de sa part, de permuter mon bénéfice,
contre une autre Cure, lorsqu'une de ses lettres,
arrivée au Supérieur d'Hérival, le 5 Janvier 178 3,
m'a offert celle de la Croix, Diocèse de Verdun,
k sa nomination, en qualité d'Abbé de St. Mihiel,.
en.me promettant ma. liberté da,ns mpins„d'un mois,,,
propo-
sé tant-
d'au-
tres
Cures
qu'il
sem-.
bleroit-
que
j'auroii,
choisir
dans
toute la
( 24 )
si je l'acceptois : or cet offre a des circonstances
trop intéressantes pour n'être pas remarquées.
Le 23 Novembre précédent , j'avais, par plu-
sieurs voies , tâché de faire parvenir à VOTRE MA-
JESTÉ une lettre quidéposoit aux pieds de son trône
trois propositions ( a ) , par lesquelles j'offrois sur ma
tête de démontrer invinciblement , non seulement
ma parfaite innocence, mais encore que mes ennemis
(sans en excepter aucun) ètoient coupables envers
moi ou ma paroisse, d'une multitude de ces horreurs ,
qu'on a droit d'appeller de vraies scélératesses. M.
l'Evêque, qui étoit alors à Paris, & toujours aux
aguets de la multitude des lettres que j'envoyois en
votre Cour , n'a pas manqué d'être instruit aussi-tôt
de mes trois propositions, des plus hardies dont on
ait entendu parler ; & il a sans doute compris ce
qu'elles faisoient rejaillir sur lui.
( a ) Voici les trois Propositions. PREMIERE PROPOSITION.
Mes principaux ennemis ont vu plusieurs fois qu'ils ne peuvent
rien produire contre moi, sans me fournir les moyens de les con-
vaincre des crimes les plus odieux : & c'est cette crainte qui les
retient, & qui les force à me cacher leurs accusations & leurs
manoeuvres iniques.
Cette première Proposition a pour but de les mettre à leur aise.
Qu'ils s'assemblent donc de leur côté tous ensemble ; ( ils sont
en grand nombre : ) qu'ils se procurent tous les secours & les
conseils qu'ils jugeront à propos : qu'ils fassent entr 'eux un
système d'accusations contre moi : si je réussis à détruire leur
système , qu'ils en fassent un second; & après ce second , un
troisième , & même un quatrième : je les laisse maîtres de se
corriger dix fois s'ils le veulent ; & je demande- uniquement que
chacun de leurs systèmes d'accusations me soit donné par écrit %
é" qu'il renferme tout ce qu'ils prétendent avoir à me reprocher.
Mais, SIRE, ces propositions venant de la part
d'un coupable , n'auroient dû être regardées, que'
comme la production d'une audace & d'un orgueil
des plus insolens & des plus criminels : & par con--
séquent , en ce cas, le Prélat n'auroit pu rrh'offrir
une Cure à sa nomination , sans être lui-même sou-
verainement indigne de l'épiscopat. Son offre de la
cure de la Croix, après mes propositions connues,
De mon côté ,je serai seul pour me défendre ; sans autre secours
,que de quelqu'un , pour me procurer la connoissance desLoix que
je pourrois ignorer, & d'une personne pour m'aider à écrire, en cas
de besoin : je ne pourrai jamais varier dans mes réponses : je
tirerai ordinairement mes principales preuves des propres écrits
de mes ennemis : & je m'offre à démontrer ma parfaite innocence ;
& en outre y que mes ennemis sont coupables envers moi , où
ma paroisse , d'une multitude de ces horreurs , qu'on a droit
d'appeller de vraies scélératesses.
SECONDE PROPOSITION. Si je manque à satisfaire à ce que
je promets dans la première Proposition ; je remets ma fortune ,
mon état & ma vie à la discrétion de mes ennemis : & je con-
sens à être traité avec toute la rigueur que les Loix exercent
contré les plus insignes criminels.
TROISIÈME PROPOSITION. Si au contraire je satisfais
aux promesses de ma première Proposition ; je ne demande d'autres
réparations des torts & outrages qui m'ont été faits, que ce qui
sera nécessaire pour qu'il ne soit pas dit que le crime a eu
quelque triomphe sur la vertu j ou que la vertu a été punie; de
manière <que le bien spirituel de ma paroisse ne souffre aucun,
dommage , & que ma tranquillité & celle de mes successeurs soient
tn sûreté, contre de nouvelles violences semblables à celles que
j'ai essuyées.
N. B. Le 20 Mars dernier, M. ' l'Evêque de Nanci, qui
avoit la bonté de travailler à une pacification entre M. l'Evêque
de St.-Diez & moi , avoit agréé ma troisième Proposition ,
la seule que j'aye eu occasion de lui communiquer.
( 26 )
& tandis que je montrais, si peu de repentir , est
donc une preuve invincible qu'il étoit intimement
persuadé & de ma parfaite innocence & de la justice
de mes accusations contre mes ennemis.
23°. Quelques mors après, en Mai 1783 , en
conséquence de nouveaux ordres surpris à la religion
de VOTRE MAJESTÉ , il m'a fait transporter au
couvent de Bischenberg, auprès de Strasbourg. Mais:
ce n'étoit pas, SlRE, pour me punir de mes trois
propositions, auxquelles il avoit trop bien applaudi
par son offre de la Cure de la Croix. Bien loin de
cela., dans le tems de ce transport , toujours ou-
trageant à cause de la maréchaussée, il écrivoit à.
M. l'Evêque d'Arath , Vicaire-Général de Stras-
bourg, que j'étois un bon Prêtre, qu'il n avoit rien
contre moi, qu'Une me vouloit point de mal; & qu'il'
ne m'avoit fait .transporter à Bischenberg , que pour
m'éloigner davantage de ma paroisse, & arrêter le flux
de mes lettres en Cour, On m'a même assuré que la,
lettre portoit, que j' étois un Prêtre excellent. Et ee.
n'auroit pas été la première fois qu'il auroit fait de
moi cet éloge exagéré.
Quoiqu'il en. soit de l'excès de,- l'éloge., ce qu'il a,,
d'essentiel prouve au moins que mon Evéque n'avoit
pas Pombre de reproche à me faire, & que les Coups
accablans qu'il m'avoit portés & qu'il renouvelloit r
ne pouvoient que tourner contre sa gloire. Sa crainte,
du flux de mes lettres en Cour confirmoit aussi sa
persuasion de mon innocence & de son injustice.
14°. En Septembre 1783 , un de ses agens se-,
crets, qui m'offroit assez ouvertement 12,0001 pour
( 27 )
m'engager à me taire, me disoit plus ouvertement
encore , que , si je voulois suivre mes droits contre
le Prélat avec un. peu de vigueur, je. le perdrais in-
failliblement. A. Dieu ne plaise^ SlRE, que
j'aie jamais eu une idée aussi folle que celle de per-
dre mon Evêque : mais, si un de ses hommes de
confiance croyoit que je le pouvois, n'étoit-ce pas
une preuve que la justice & l'innocence n'étoient
que de mon côté %
z 5Q. Même depuis mon emprisonnement a Maré-
vîlle, M. l'Evêque se trouvant dans une compagnie
nombreuse & respectable, disoit , qu'il avoit eu tort,
de me faire enfermer, & que je rien avais eu aucun. Il
étoit donc encore, alors convaincu, SlRE , de ma
parfaite innocence ; quoique cette conviction ne l'ait
pas empêché depuis de prolonger ma captivité , en
surprenant de. votre religion de nouvelles lettres
de cachet.
Que VOTRE MAJESTÉ daigne maintenant me
permettre de rassembler, sous un seul point de vue y
tous les témoignages dont j'ai osé lui faire le détaih
Déjà elle a apperçu , & ma seconde partie le mon-
trera bien mieux, qu'il auroit fallu que je fusse le
plus odieux des êtres, pour que mon Evêque ait pu
faire tomber sur moi le poids formidable de persé-
cutions & d'outrages, dont il m'a accablé pendant
tant d'années,
Je demande donc au Prélat, en présence deVoTRE
^J^VE^Éy^^ la face de la Nation , ou sont les
/ .Crimes.énorme qui ont pu me rendre digne, d'être
l' infortunee victime de semblables procédés ? Il doit
Ci-des-
sus. '
répondre, SlRE ; l'humanité seule I'exigeroit. Néan-
moins malgré mes clameurs & celles du public, il s'est
constamment obstiné & il s'obstine encore dans un si-
lence plus condamnable-que sa conduite : outrages &
cruautés, foudres & carreaux ; voilà les seules ré-
ponses qui me sont venues de sa part. Mais malgré
lui, je peux suppléer a son silence , & aller chercher
celle qu'il m'a refusée , dans les témoignages qui lui
sont échappés, ou que son Grand Vicaire a rendus
si volontiers. Ils disent, ces témoignages , que les
forfaits inouïs, qui ont rendu le Curé des Vallois di-
gne d'être traité par son Evêque comme le plus in-
signe des criminels, consistent à n'avoir jamais eu
que de. bons principes , des vues pures & des intentions
droites; à avoir toujours été très-porté à suivre les
règles autant qu'il étoit en lui ; à avoir été incontes-
tablement distingué par sa religion , autant que par
l'intégrité de ses moeurs; enfin à avoir été un Prêtre
excellent, où au moins un bon Prêtre , toujours irré-
préhensible dans ses moeurs , dans sa doctrine , & dans
sa fidélité à remplir les devoirs de son ministère; digne y
par sa fermeté, sa constance & son courage dans ses
justes projets , d'être proposé pour modèle à tous les
autres Prêtres. Voilà 3 mes crimes , SlRE : c'est mon
Evêque qui les annonce malgré lui. Si je dois rougir
de rapporter ces témoignages beaucoup trop avanta-
geux pour moi ; ne doit-il pas rougir davantage r
dans un autre sens, de les avoir donnés? Car j'ai droit
de lui demander maintenant, avec assurance, où esc
le coupable ?
Que si, pour se tirer de l'embarras dans lequel je
(29).
viens de le jetter, il veut continuer de dire, comme
il l'a fait si souvent, SlRE , que ce n'est pas pour des
crimes qu'il m'a frappé , mais à cause de mon inapti-
tude relative pour ma paroisse , où je ne pouvois
faire de fruits : je lui demande encore aussi-tôt, où
sont les preuves de cette inaptitude relative, qui n'a
pas empêché que je n'aie été pourvu de ma Cure de
la manière la plus honorable, & que lui-même ne
m'ait offert ou fait offrir tant d'autres Cures , notam-
ment deux k sa nomination ? Je lui demande,
quand est-ce & comment le souverain Juge, qui
seul peut en être instruit, lui a révélé que je n'avois
point fait de fruits : Il persiste encore ici dans son
silence révoltant , quoique l'humanité & la reli-
gion en frémissent toujours. Mais malgré lui , ses
témoignages même & ceux de son Grand-Vicaire,
qui viennent de faire connoître mes crimes, vont
aussi: faire connoître mon inaptitude relative. Ils di-
sent ces témoignages, que cette inaptitude consiste
d'abord dans tout ce qui vient d'être rapporté pour les
maeurs , la religion & la doctrine ; notamment pour
la bonté des principes soutenus par les argumens les.
plus invincibles , toujours guidés par des vues pures
& des intentions droites , accompagnées d'une fermeté
& d'une constance dans des justes projets , qui doi-
vent être proposées pour modèle à tous les autres Prê-
tres qui veulent faire du bon ouvrage dans le minis-
tère. Ils disent encore,les mêmes témoignages^ que.
cette inaptitude consiste ensuite dans un courage ad -
mirable , qui, sans intérêt, se sacrifié pour le bien de sa
paraisse, au milieu des persécutions &. des plus grand*
Ci-deu
sus

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