Exposé de la conduite de M. Mounier, dans l'Assemblée nationale, et des motifs de son retour en Dauphiné : édition exacte ([Reprod.]) / [Mounier]

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chez Desenne, libraire (Paris). 1789. 2 microfiches ; 105*148 mm.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1789
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lto,
EXPOS É
BE LA ÇO NJpU 1TE
PË M, MOUNIER>
DANS
L'ASSEMBLÉE NATIONA'LE,
Et des motifs Je fort retour en Dauphiné
ÉDITION EXACTE.
A P A R I S,
Chez D xsbnnb, Libraire au Palais Royal.
i 7 $ 5?.
Part. h A
EXPOSÉ
DE MA CONDUITE
DANS L'ASSEMBLÉE NATIONALE;
ET
Motifs de mon retour en Dauphiné.
JL/jes factieux ont cru devoir, pour le fuccèsl
de leurs projets, répandre contre moi, dans
le peuple, les plus noires calomnies. Les té-
moignages d'e-fhme & de confiance dont j'ai été
honoré par ma province, m'impofent la loi des
me juflifier publiquement. Je dois faire con-
noître à mes commettans l'état acluél des grands
intérêts dont ils m'ont confié la défenfe, & les
motifs qui ont ncccflké mon retour en Dau
phiné.
Je vais donc être obligé de parler de moi
mais je prie de confidérer que j'y fuis forcé:
par les circonftances que, d'ailleurs lcs de.
tails qui me font pcrfonnels font liés auxi
événemens les plus importans, & que, lorfqu'o.^
eft en butte aux calomnies les plus* atroces, il
( r)
̃ eft permis de s'énorgueil!ir de tout le bien qu'on
a voulu faire.
Beaucoup üe mes concitoyens pcnfcront peut-
ctre que j'ajjrois dû faciitier à la patrie.,
1 intérêt de hna réputation & refter dans' le
fiience. Je n'aurois pas hérité de faire ce facri-
lice, fije n'ayois entrevu d'autre avantage que
le mî^rr propre, dans la publication de la vérité}
wais je fuis perfuadc qu'elle crt toujours utile,
qu'on ne peut la dcgu.fer a ceux dont on eft
le mandataire, fans trahir leur confiance. Exa-
minant enfuite plus particulierement quel effet
elle pourroit produire dans les circonftancb
aéluellcs, j'ai cru qu'elle pourroit déconcerter
ou du moins rendre plus timides & plus cir-
cbnfpects les factieux & les intrigans faire
naître des réflexions férieufes dans l'efprit do
ceux qui de bonne foi favorifcnt par
faufles opinions, la licence & l'anarchie;
çn6n, qu'elle pourroit faire adopter les mefurcs
les plus efficaces pour afturer la liberté d s
fuffrages.
Je n'écris point pour exciter la divifîond<s s
provinces-, & ce n'eft pas de celui qui, peu
ttre le premier en France, a foutenu l'utilié
de leur réunion & lo danger de leurs privilég s
particuliers, qu'on doit craindre uoe pareil 0
tentative. Il taudroit avoir perdu tout efpo r
de fauver la monarchie, pour s'expofei à toi s
les inconvéniens qui, dans la fituarion actuelle e
de l'Europe léfultcnt des petits états,
Je n'écris point pour contribuer au reto r
des anciens abus; je fuis incapable de concevo r
un projet auflS criminel » 6c ce n'en pas ceh i
(3)
A ij
qui, dans le tems même de la fervitude a
<?orïné tant de preuves de Con amour pour la
Inerte, qu'ori pourroit foupçonner de Vouloir
fe rendre t'apôtre du defpotifmé lorfque la
liberté cft devenue l'objet du, plus ardent defir
de tous les citoyens.
Je n'écris pas non plus pour cenfurer les
réfolutioris de l'aflembléc nationale Je rends
hommage aux di'fpi>fitions bienfaisantes qu'on
doit à (es travaux telles que l'uniforrnité des
peines, l'égalité de tous les hommes devant
la loi, l'admïfllon de tous les citoyens tojus
les emplois f>ns diftincVion de naiffance, la rèf-
ponfabilité des minces, la faculté de racheter
les redevances féodales, plufieurs droits ¡en-.
portans'de lariation confacrés, plufîeurs maximes
protcarices de la liberté promulguées, & fit-
tout l'abolition de la divifion des ordres.
J'écris comme je crois l'avoir toujours fait,
jour la VÉRITÉ & pour la LIBERTE.
Comme ce n'eft point l'hiftoire de la préfère
fedlon de l'afiemblée nationale que je veux
entreprendre, mais feulement l'cxpofé de ma
conduite, je ne rappellerai point, dans cc rr é-
nioire, les fervices rmportans rendus à la patrie,
par pîufieurs députés, à qui leurs vertus & Ici rs
talens ont fi Jugement mérité la rcconnoiflancG
publique.
Si., des détails qu'on va lire, on pouvait
conjecturer que, dans quelques circonftanccjs
les fuffrages n'ont pas été entièrement libres,
je dois déclarer folemnellement qu'un pa cil
foupçon feroit trcs-injuRe, dans le cas eu l'on n
voudroit le porter fur les difpofitions dont je
C 4 )
viens de parler. Il .hé fera plus pofïîble d'en
anéantir 1 eCfct falutaire; & tous les bons ci-
toyens doivent fe réuriîr pour en affurer le
fucecs.
Comme j'ai toujours cru que le foin le plus
important devoit être d'affiirer,par une confli-
tution, la liberté publique, & qu'il étoit dan-
gereux de, irop éntreprendre, je n'ai jamais eu
le de'fir deprefenter des motions; la constitution
feule a été l'objet confiant de mes méditations
& de mes travaux; je n'ai parlé fur d'autres (ujets
que lorfquc j'ai cru devoir 1e faire pour la
défenfe des principes, ou du moins de ce qui
parolffoit tel à mes yeux. Il n'eft donc pas fur.
prenant que, ne rendant pas un compte exact
ce tous les arrêtés de l'atfemblée & de toutes
mes opinions £Î ayant pour but principal de
faire connoitrc celles qui m'ont fufcité des
calomnies mes récits ne s'appliquent pas tou-
jours aux difpoftions le; Qlus. généralement
approuvées.
Je- ne dirai rien du tems employé à préparer
la réunion des repréfentans dans une feulé
aliembléc tous mes discours, tous mes efforts
tendirent vers ce but imporrant. Je tschai de
donner des preuves de mon ?etc dàns les con-
férences fur la vérification des pouvoirs. On
n'avait point encore de prétexte pour cenfurer
mes options on commença cependant dès.
lors à répandre contre moi les calomnies les
plus ubfurdcs. J'en connus bientôt les motifs,
quand j'en entendis répéter, du même genre,
contre tous ccux'yui obtenoient fuccefrivement
quelque influcr.ee. Je vis que les calomniateurs
11 j
voûtaient établir une forte d'ofttaciGnej j'eus
d'ailleurs occafior» d'étre convaincu qu'une
partie de ces calomnies étoit dirigée, par. des
fentimens de jalouse, contre ma province,
On ne fauroit difllmuler que la réunion de
tous les députés £toit exigée par le vau de
la nation; qu'on ne pouvoit y réfifter fans une
extrême imprudence. Il étoit facile, dès les
premiers jours de prévoir l'inutilité & les
funestes fuites des efforts de ceux qui voulaient
maintenir la délibération par ordre féparé. Elles
furent annoncées dans l'aflemblée des membres
de la noblefle, par plufieurs geotilshommes. Si
l'on eût écouté ces prédictions, la réunion n'eut
pas été fi tardive; & alors les efprits n'eufferit
pas été fi difpofés à l'aigreur & à la préven-
taon.
Un des grands fujets de haine contre moi
fut l'avis que je foutins, lorfque les membre
des communes adopterent une qualification, &
fe mirent en ecVivitc. M. l'abbé Sieyes avoit
propofé de fe conftituer fous le titre des feuls
repréfentaru vérifiés & connus. Cette propofi
tion avoit été approuvée dans une a(Temb!é<>
particulière, par un aflez grand nombre d>
députés, qui ont toujours été en ufage de (i
réunir doris un club. Tous ceux qui la corn-
battoient, étoient écoutés afïe? défavorablement.
Je fus de ce nombre; & je foutins qu'une tell
.opinion fubordonnoit tout à une queftion d
forme, que les membres du clergé & de 1
noblefle pourroient aufli prétendre qu'ils étoient
Repréfentans; qu'ils étoient vérifiés, & qu'il;
ctoient connus.
(6)
Je fis une propofition dont ja'ne rougirai
jamais elle doit conforme à la prudence, &
la prudence ne nuifoit point à l'effet qu'elle
devoit produire. Je penfe qu'aucune n'étoit plus
du élément calquée fur les principes; en voici
le contenu; « La majorité des députés déli-
» bérarit en l'ebfence de la minorité des députés
» dûment invités, a. arrêté que les délibérations
» feront prifes par tête & non par ordre, &
» qu'on ne reconnoîtra jamais aux membres du
» clcrgé & de la noblefle le droit de délibérer
» féparément '»
Nous étions la majorité des députés. Ainfi,
une vérité de fait s'y trouvait renfermée, puis-
que des eccléfiafliques s'étoient déjà réunis aux
communes. Cette qualification convenoit à tout. s
les circonftanices jufqu'au moment de la ré
nion entière, & Mie diminuoit pas l'autorité (Je
l'aflfemblée car lorfqu'il eft décidé qu'une d
libération doit être prife dans une feule aflerr-
blée la majorité a certainement le droit e
délibérer en l'abfence de la minorité. D'ailleur
Comment auroit'On pu concevoir le moindre
doute fur mes intentions, puisque je confacrols
cxpreflVment la délibération par tête?
M. Legrand ayant propofé de fe con(litu:r r
aiïemblée nationale, M. Sleyes adopta fa pr<j>-
pofition la refondit dans fa rédaâton précé-
dente, dans laquelle il ajouta une phrafe f r
la néceflité de la réunion de tous les déput s.
On voulut auflî-tôt aUer aux voix. Plufieujrs
perfonnes foutinrent que la motion de M. Le-
grand n'avoit pas été difcutée. La féance fut
très-orageufe. Les Spectateurs, dans les galeries,
(7)
A iv
ne furent ni muets ni impartiaux. On fe fépara
fans rien terminer.
Le lendemain 17 juin on recueillit les
voix, en appelant chaque député. La plupart.
de ceux qui la veille avoieht foutenu mon
opinion l'abandonnèrent fubitement. Quant
à moi, qui n'avois pu, dans un fi court inter-
valle en appèrcevoir les inconvéniens je
peififtai & Je B une réponfe négative.
Ce fut ce jour-là que commencèrent les plus
funeftes mefures contre la liberté des forage!.
On prit la lifte de tous ceux qui avoient rejeté
la rédadion de M. ( I) on fit circuler
cette lifte dans Paris; tous ceux qui s'y trou-j
voient nommas, furent repréfentés comme des^
traîtres..
La rédaction de M. Snyet pouvoit ctre
fans doute préférable à la mienne mais on
doit au moins reconnoître que celle-ci excluoit
également, la délibération par ordre féparé. Je
penfois alors qu'en confervantlamcme autorite
aux délibérations de l'aflemblée elle ferost
plus propre à rappeler Texiftence de la minorité
abfente, à infpirer lé defir de procurer fa Uv-
M. de Mirabeau qui n'étoit pas
vota, ne fut pas inrcrit fur cette lifte; il avoit proposé
lui-même de prendre le titre de Repréfentahs du peuple
François. Il difoit que fi l'on en prenoit un autre, n
l'avoriferoit les déclamations des ennemis des communes.
nue qui atlât au grand lut de VaHiviti fans ayoir le
(unifie inconvénient de paraître une jpoliation de ceve
ordres, dont on ne pouvoit fe HffimuUr J'miJ!mc« VM.
f2 tnv.ime lettre d fu commeitmt. A ̃ îv
niotv par des moyens juftes & modérés, La
réunion de la poblefle ne s'en feroit pas moins
cflèdué'ç j car la majorité du clergé & la mi-
norité des gentilshommes avoient déjà plufieur»
fois été fur le! point de fe rendre dans la falle
commune & Jcur réunion devoit néceOdire-
ment entraîner, celle de tous les membres.
Je dois cependant obferver que je n'ai jamais
cru la motion de NI. Legrand contraire aux
principes, Puifcjue les députés ne dévoient pas
être fcparcs, ceux qui demandoient la réunion;
étoient certainement en droit de conftituer;
XaffemlHc nationale. J'avois voulu dire la même
chofe en ménagearit l'expreflion. Je pente que
lorfque le danger en inévitable il faut ravoir
le braver; mais qu'il cft inutile de le faire naître
Cette qualifiration une fois adoptée, j;, fcntis
que, pour en prévenir les conféquences la
plus grande fermeté, la plus grande harmonie
devenoient nécelTaires. Ltys protecleurs de 1a
délibération par ordre environnoient alors le
trône. On ne pouvoit pas douter dV' leurs efforts
pour combattre le projet de l'affcmblée il
fallôit fe mettre en état de défcnfe. Je favois
qu'on avoit préparé une motion pour déclarer
rnils les impôts exiftans & les accorder, de
nouveau jufqu'à la fin des féances feulement.
Cetre mefure ctoit propre à nous donner dc
grandes forces. J'infitlai fur la néceflîté de s'en
occuper fans délai; & pour qu'on ne perdît
pas un tems précieux à nommer des officiers,
je propofai de continuer, par provifion, ceux
qui jufqu'alors avoicnt été employés d'après
le choix des comniiflaitcs du bureau.
(p)
Les partions de la délibération par ordre
parvinrent cependant à furprcndre la, religion
du roi, à convertir les états-généraux en lit
de juflice ils lui firent craindre pour fon
autorité & pour ta félicité publique, les plus
funeftes conféquences, s'il ne maintenoit pas
la divifion des ordres. Les moyens qu'ils lm
firent employer pour conferver fon pouvoir,
furent fur le point de l'anéantir. Je ne retracerai
pas ici l'indécence avec laquelle furent traités
les repréfentuns de la nation; on fait que, fous
le prétexte de préparer les faites, on les \nveftit
de ger.s armés, & quêtes députés furent obligés
de te réfugier dans la falle du Jeu de Paume»
J'ai toujours eu pour fyfiême qu'il faut
oppofer une relance égale à l'oppreflion; fauf j
à rentrer dans les bornes de la modération,
lorfqu'on n'en plus menacé par l'autorité arbi-
traire. Je reconnois au roi le droit de diffoudre
les aflemblées de repréfentans en prononçant
?.uflï-tôt une convocation nouvelle. Mais, comme
rien de ce qui empêche un peuple de reprendre
fes droits, ne peut être légitime, je crus, avec
raifon que le roi ne pouvoit renvoyer les
députés adruels avant rétabliflement de la
conftitution.' Les mefures vio'.entcs auxquclîe0
on avoit recours, fcmbloient cependant annon-
cer, de la part du minière, le deflein de porter
les actes d'autorité jufqu'à la diflôlution. Il étoit
prudent de rendre impofliblc l'exécution d'un
pareil projet. L'aflemblée ayant été obligée
de fe rendre dans la falle du leu de paume, je
piopofai le ferment de ne pas fe féparer avant
que la conftitution fut établie.
( io )
On fait qijcx dans la fiance royale, le roi
avoit annoncé plufieurs difpofitions bienfai-
fantes, mais dans des -formes qui ne conve-
noient point à la liberté. D'ailleurs, on avoit
déclaré constitutionnelle la délibération par
ordre & en approuvant la délibération par the
pour les objets de détail on l'excluoit pour
la conftitutiQn $ c'eft-à-dirc,<iu'on vouloit éta-
blir celle-ci fur la divifion des ordres. Ma
profelfion de foi politique fera éternellement
la même, Je ne verrai jamais dans une pareille
conflitution que l'oppreflion du peuple le
maintien de tous les abus, un levain de haîne
& de di(corde entre tous les citoyens, &| la
néceffîté du choix entre l'cfclavage & l'anarchie.
Je fus donc au nombre de ceux qul tordue
la roi fut forti de la falle, s'élevèrent^ $<ptrej
la forme & les difpofitions de fes ordoi^
nances.
Depuis lors, pour empêcher le public d'en,
trer dans la (aile, on l'avoit environnée de
troupes ql1i interrogeoient tous les déput à
leur paffagé,'pour s'affurer de leurs qualités.
Ainfi, une afomblée, devinée à établW la
liberté publique, ne parvenoit au lieu de fes
féanccs qu'à travers une haie de gens arn és
& ne pouvoit pas difpofcr de la garde de (es
portes. Je m'en plaignis hautement je foutins
que raflemblée devoit avoir la police intérieure,
& placer aux portes des hommes à fes ordres;
je fus le premier à demander qu'on exigeât la
retraite des troupes portées 'près du lieu de
nos délibérations.
L'autorité s'avilit lorfqu'elle fait de V2ins
( Il )
efforts pour attaquer la liberté tous les tiens
s'affoiblpfrcnt, & l'anarchie ne trouve plus d'obf.
.tacles. La féance du 23 juin eu certainement
une des principales caufes qui ont préparé Ta*
narchie, dont la France en aujourd'hui déchi-
rée ( J ).' Combien ils font coùpablçs ceux qui
ont voulu profiter de la difpofition des efprits
pour fomenter les troubles déjà aflfe?. favorifés
par le malheur des circonftanccs & qui ont
fufeité, dans toute l'étendue du royaume, les
plus affreux defordres
II n'entre point dans mon plan de donner
des détails fur la réunion de la majorité du
cierge & d'une partie de la noMefle. La mi-
norité du clergé & la majorité de la riobleiTe
s'étant enfuite réunies en vertu d'une lettre du
^i, ihfe. forma une agrégation de deux parties;
dont 'une confidéroit la réunion comme conf-
tante & définitive, & l'autre comme pouvant
ceffer fuivant les circonftances conformément
à la déclaration du roi..
Je ne cedois de réclamer l'attention de l'a«-
femblée fur la conftitution. On refolut enfin,
dans la féa.nce du 6 juillet, d'indiquer un ordre
de travail, & de choifir, pour le prépaeer, un
commiffaire dans chaque bureau; je fus nomme
par le mien.
Le nombre des troupes s'augmentôit d'une
(ij On re rappelle l'émcute oui eut lieu à Ver-
Tulles contre M. l'archevêque de Paris. Dtji, dans ce
temps, il y avoit des attroupcmciis & des motion* au
palais-ro-.ai. On connoit rinfurreftion faite pour < délivrée
les foldais renfermés dans les prifons de Saint-Germain,
pour caulc d'infubordinition.
( »2)
manière très-alarmante aurf ^environs de Paris
& de Versailles. Le projet étoit faW doute de
fe prémunir contre les troubles que
occafîonner le envoi de M. NeeÙr /̃& de
faire exécuter la déclaration tue dans la fiance
royale. Je votai pour l'adrefle au roi propofee
par M. de Mirabeau elle étoit • absolument
n&effaire car l'afTemblée ne devoit pas garde
le lîlence fur l'appareil de guerre dont elle
étoit environnée,
Après la lecture de Tadrefife je fis le rapport
dont j'avois été chargé par le comité pour
déterminer l'ordre de travail. Ce rapport avoit
été unanimement approuvé par les commiflaires
j'y parlois de la nécefiïté de laifler au roi
toute la puiflance néceffaire pour aflurer 1
bonheur de la 'nation j'y rappelois l'exiflencci
de plufieurs loix fondamentales de la monarchie
je difois « Nous n'oublierons pas que les
» François ne font point un peuple nouveau,
» forti récemment du fond des forêts poui
former une afTociation mais une grande fo-
» ciété de millions d'hommes, qui vcu
» refferrer les liens qui uniffènt toutes fe
» parties, qui veut régénérer le royaume, peut
qui les principes de la véritable monarchie
» feront toujours facrés. Nous n'oublierons
pas que nous fommes comptables à lan:tionj
» de tous nos inllans de toutes nos penfées;
que nous devons un rcfpccl & ulie fidélité:
» inviolables à l'autorité royale & que nous
» fommes chargCs de la maintenir, en opposant
» des obflaçles invincibles au pouvoir aibi-
» traire
Le comité avoit penfé que « la déclaration
des droits devoit précéder la conftitution &
lui fervir de préambule & qu'il ne falloit pas
la faire paroitre féparément que des idées abf-
traites & philofophiques fi elles n'étbient ac-
compagnées des conféquences permettroient
d'en fuppofer d'autres que celles qui feroient
pdmifes par 1'affémblée qu'en n'adoptant pas
définitivement la déclaration des droits jufqu'au
moment où l'on auroit achevé l'examen de tous
lesaiticles de la conftitution ,on auroit l'avantage
de combiner plus exactement tout ce qui doit
entrer dans f expjofé des principes 6c être ac-
cepté comme conséquence ».
Je propofal enfuite; de la part des cornmif-
faires, la direction des travaux. lis avoient cru
qu'il feroït dangereux de confier i un comité
le foin de rédiger un plan de conftitution, & de
le faire juger enfuite dans quelques lances;
qu'il ne falloit point mettre au bâtard des dé-
libérations précipitées le fort d'une grande
nation; qu'il feroit plus prudent de faire dif-
cuter les différentes parties de la conftitution
dans tous les bureaux à la fois d'établir un
bureau de correfpondance pour comparer les
opinions qui paroitroient prévaloir dans les dif
féreas bureatix pour tâcher par ce moyen de
préparer une certune uniformité de principes,
& de tenir chaque femaine trois féances géné-
.les où l'on difeuteroit en public les objets
qui auroient.déjà été fournis à une difcufllondans
les bureaux. Les commiflaires1 avoient encore
penfé que les articles de la conjïiimion devoient
tiveir la liai/on la plus .intima, 0 qu'on ne pou-
( il )'
J'oit en entier un.feul avant d'ayoir bien mû-
rement tous } que le" dernier article
liaUrc des réflexions fur le yrerhieï,
qui appon'wd/s' changement
O des modifications. < ̃.
Ce rapport fut applaudi (!)._ Les idées d«
j'jfticc & de taôdcVation paru.
rent en ce moment convenir à tous les cfprits,
ou du moins au plus grand nombre; on fut
même furpris de cet. accord momentané daris
les opinions.
Dans la foirée du 1 juillet, le renvoi do
M. Necker avoit été Dtrétc. MM, de
rin de lu IiiKjr/ie & de Saint- Priefl a voie;) t.
partagé fa difgràce. Cette nouvelle ne fut coi-
nue que, le lendemain jour auquel rafTemblée C
n'étoit pas féante. Ceux qui avaient obtenu h
renvoi de ces mioiftres n'ignoroient pas com-,
bien le peuple, en concevroit d'a1armes, Is
avoient commis cette extrême imprudence n
prévoyant pour ainfi dire toutes les .fuites,
neftes qu'elle p'ôurroit avoir.) ils niis
en état de guerre ils s'étôtent empares de tojis
les portes pour intercepter la communicatton
entre Verfailles & Paris; & i!s étoier.-t déter-
minés à calmer -loi cxplofi.ons du n^écontente-
Il) L'ordre du travail adopté
«mbralft tojs lei"obje«. et M. le Cornu M
s'eft «rompe lorfqu'il s'et! plaint, dans Conjouroal, quit
n'y c'Oii des impôts & de 1 éducation
publique, Les impôts dévoient faire partie #du travail
fur les droit» de la nation. Quant à l'éducation publu
conftitut-on. D'ailleurs, tant de chofes font plus ir-
gcr.tcs ̃
<«;)
ment par la force militaire. Le peuple s'étoit
déjà révolté dans plufieurs quartiers de Paris
le dimanche i£ juillet; mats le lundi ma-
tin l'autorité était encore dans la plus ferme
contenance^: il pouvoit ctrc de la
braver. Il me paroiflbit indifpenfable de dé-
concerter lés projets de ceux qui avoient rem-
placé les minières difgraciés & je crus qu'il
étoit de mon devoir de m'expofer à leur ref-
fentimënt. A l'ouverture de la féance du i
juillet je dénonçai le fucecs de leurs intrigues.
Dans ma motibn qui fut enfuite imprimée,1
j'cmployai des expreflîons qui n'indiquoient cer
taînement pas des féminins de crainte & de
foiMeflc. Toujours fidèle aux principes je re-j
connues que le^ roi avoit le droit de change»
fes minores; mais je foutins que pour préve
nir les plus grands malheurs & pour arrêter le
projets des ennemis de la liberté publique, i
étoit indifpenfable de patenter une adrene ai
roi, dans laquelle on démanderoit le rappel dc
nbiftres difgraciés & dans laquelle il feroi
déclaré que raflemblée national.^ ne pou voit avoi
aucune confiance en ceux qui leur avoient fuc
cédé ou qui étoient renés en place.
Craignant l'exaltation que pourroient pro
duire les circonftances je repréfentai qu'il ni
falloit pas oublier un feui moment la conflij-
tuiion, que c'etoit cet important objet que le;
ennemis du bien public vouloient empêcher.
« Il falloit agir de fang-froid, délibérer avec
une prudente lenteur ne jamais oublier que
» le plus grand fléau qui pîdt affliger un peu-
s>Np!e étoit d'avoir une cpnftitution incer-
( i6 )
adopte
» taine, facile à changer, & qui devînt h four«
» de l'anarchie ». J'ajoutai a N'oublions ja-
» mais. que l'autorité royal© en eflentielle au
» bonheur de nos concitoyens. A Quelque point
» que puiffent en abufer aujourd'hui ceux qui
» ont Surpris la religion du roi h'oublions
:» jamais que nous aimons la monarchie. pour
» la France^ & non la France pour la mo-
narchie
Ma propofition quoique appuyée par un
di(cours très; éloquent de M. de LaUy-Tolîtn-
dal ne fut pas. adoptée. Inftcuite dcs nouveaux
malheurs qui venoient d'arriver à Paris, l'af-
fcmblée réfolut de députer au roi pour dem«(n~
c)er le renvoi des troupes v& rétablîircmeni des
gardes bourgeoïfes. Il fut enfuitè prit un arrêt^,
fur la fin du jour qui exprirtioit les regrets oe
l'aflcmblée en faveur des anciens minières '&
qui déclaroit les nouveaux refponfables de tous s
les événeniens.
Le rl juillèt, un des membres. propofa ce
former un comité de huit, perfonnçs pour pré-
parer un plan de conftitution c'étoit détruire
l'ordre de travail propofé par le précédent co-
mité. Je m'y oppofai de tous mes efforts; le o
croyons voir beaucoup d'ir.convétiiens àconhclr
cxclufîvernent à huit perfonnes lé foin de pré-
parer là conftitution. Je craignois que pendant
leurs travaux Taflemblée, pour ne pas rtlter
ojfive, ne fe tivrât au cours irrégulier des mic-
tions qu'on ne perdît un tems précieux dans
l'efpoir de l'épargner que les circonliances de-
venant de plus en plus prenantes lafTé d'avoir.
attendu le projet du cornit^ on ne finit- par
C»7)
adopter fans un aflfo grand examen des dc'ci-
fions importantes, & qu'on ne fût privé des
lumieres de la plupart des députés. Il me fem-
bloit au contrainre qu'en faitant t/avaîller tous les
bureaux à la fois, en établiflant un comité de
conefpondance formé d'un membre de chaque
bureau pour profiter de toutes tes réflexions,
comparer. les avis, les communiquer, recevoir
tous les projets on pouiroit préparer un pfon de
̃ conftitution qui ne feroit étranger à aucun des
membres, qui feroit fait avec plus de raifon & de
maturité. Je fus fécondé par un bien petit nombre.
La formation d'un comité de huit perfonn.es fut
préférer je fus
Dans la féanc© du foir, on apprit la fuite do
TinfurrecVion du peuple de Paris, la prife de
l'hôtel des Invalides, le fiége de la Baftillc le
lendemain !$̃ juillet fut le jour où le roi vint
au milieu de Taffemblée nationale annoncer l'é-
loignement des .troupes fi le retour de la paix.
Je fus du nombre ce ceux qu'on chargea d'en
porter la nouvelle â taris j & corrme j'ai tou-
jours penfé qu'on peut repoufTer légitimement
î'oppreflion par la force, je ne réfiftai point à
un fentiment de joie en contemplant dans la
capitale l.e triomphe de la liberté & la deftruc-
tion de la Baftille, cet affreux monument du
defpotifhie. Je tâchai d'exprimer l'impreflion quc
j'avois reçue dans un récit dont l'afièmblée or-
donna la publication.
Combien cette joie eût Ctë mêlée' d'amer
tume, fi j'euffe alors pu prévoir que les paroles
de paix feroient vaines; que des proscriptions
& des aj&ffifflr-^shonoreroient cette révolu-
tion que toutes les anciennes lois toutes
les inftitutîons protectrices de la sûreté publique
fooient fubit,çment renverfées avant qu'on les
eût fuppléées par des lois nouvelles, & que
Paris devienaroit une républiquc ayant uno
armée complète à fes ordres difpofant à (on
gré du. produit des impoitions & de tout çe
qui précédemment étoit régi par le gouverne-
mcnt (Ci toutefois on peut donner le nom do
république à la plus violente anarchie), & que
la plupart des villes du royaume, armées p^c
le zele patriotique, finiroient par imiter l'exerii-
ple de la capitale Quels regrets doivent éprou-
vcr ceux qui par leurs intrigues & leur obl-
tination, ont provoqué la fureur du peuple,
lui ont donné la, goût d'une indépendance illi-
mitée, lui on't fait connoître fes forces, & lui
ont appris à en abufer
La motion que j'avois faîte le 13 juillet po r
demander le rappe! des anciens minières &
coiifcqucmment le renvoi de leurs fucceffeursl,
fut renouvelée le 16 juillet par MAI. de Mij-
rabeau & Barnave, '1e lendemain du jour ou
le roi étoit venu s'abandonner avec confiance
a.ux confeils de TafTemblée nationale, Ils n'ap1-
puyeient point leur opinion fur la force des
circonftanccs mais ils foutinrent l'un & l'autre
que l'affemblcc nationale étoit en droit d'influe'r
fur le choix des minières. Comme je. croyons
dargereux de laiffcr fans réponte une pareille
aflertion j'entrepris de la combattre; je repr
fe uai qu'il n!y. auroit plus de limite à la réunion
d. tous les pouvoirs dans les mains des mem-
bres de l'aflèmbléc, c'eft-à-dirc, à rétabliffe1-
(tp)
Dij
ifiicht du defpt>tifme en leur faveur, s'ils s'em-
parodient du pouvoir exécutif; & que ce feroit
réellement s'en emparer que d'influer fur le
choix des miniflres; qu'un roi qui ne feroit pas
libre dans ce choix, n'auroit plus qu'un vain
titre; que d'ailleurs on ouvriroit par ce moyen
une grande fourec de corruption en favorifant
dans l'afTcmblée des brigues continuelles pour
faire vaquer des places & pour les remplir.
J'ajoutai que les miniflrcs étant ïefponfablo»
de toutes les infractions commifes envers les
lois, l'afTemblée nationale pouvant faire punir
leurs crimes,. il feroit bien plus nuiGblc qu'il
ne feroit utile au bien public de gêner la conj-
fiance du prince.& d'empêcher fes imoiftrcs do
le confeiller, fuivant leur confcience toutek
les fois qu'ils n'attaqueroient pas la conftituJ-
tion d'autant plus, difois-je encore, qu'on n,
dectare un m'niftre coupable qu'après dcS prcu·
ves certaines; tandis qu'on pourroit (e permet
tre bien légèrement de le faite renvoyer, ce
m6me de le diffamer. Je citai l'urage de l'An-
'gleterre où une cabale ennemie de M. Pià
avoit demandé fôn renvoi & menace de le dé
clarcr infâme cabale qui n'av'oit pu ctrc en
chaînéc que par la diflblution même du parle
nient. Je foutins que la propofition du renvoi
des nouveaux miniftres dcvoit étre motivée pa
les circonftances & par la demande du roi qu
avoit invité à lui donner des cohfeils.
M. de Mirabeau traita cette doctrine d'impie
& de diteflabhi & comme je me plaignis d
Textrême chaleur & de fes éxprefiions il voulu
biîn les adoucir par une interprétation. Je n
v y
rcpéterai pas ici tout ce qui me fut répliqué
par lui & par M. Barnave.
Quand ces débats furent tcrminés, un dé-
puté de Bretagne fut d'avis qu'on dénonçât &
qu'on pourfuivît les nouveaux
coupables il &voit écouté ta difeuflion avec
une fi grande ifiadvet tance, qu'il s'avança, mes
cbfervations furies états généraux dans les mains,
parcourut les imitations que cet ouvrage ren-
feniie r divers miniftres attaqués par les der-
niers j»ats généraux & comme fi j'avois eu
l'abfurde incohféqucncc de combattre la re/
ponfabiitté des iminiftres, tandis que j'en avois
fait un de mes principaux motifs, il crut pou-
voir me mettre en contradiction.
Plufieure gazetiers foit parce qu'ils n'avoient
pas pu comprendre le fens des débats fur cette
queftion fort parce qu'ils m'ont toujours ho-
noré de leur défaveur, rendirent compte de
celte féance d'une manière bien perfide; celui
fur-tout qu'on nomme le eourier de VetfaUUsl
fe permit à ce fujet le récit le plus faux & les
réflexions les plus injurieufes. Je voulus me
difcutper, & j'écrivis dans ce defrein au ré«
dateur du Point du jour c'eft la feule fois que
j'ai eu la bonhommie de me défendre contre
la méchanceté des folliculaires. Ayant vu detwis
lors qu'il auroit fallu confacrer tous mes inftans
à me juftifier, je les ai laiffés mentir, cenfurer
calomnier tout à leur aife & la grande fatif
fanion de ceux qui les ont achetés (1).
( 1) M. de Mirabeau, dans f» dix-neuvieme lettre
à f«t c«mmc»»n$, a fait le récit de cette conuov«.rfej
B iij
A On ne fera pas furpris des longs détails dans
îefqusls je viens d'entrer, quand on fe rappet-
mais il s'ert trompe dans l'extrait qu'il a donne de mon
difeours. Il m'a fait dire que l'Anglcterre étoit perdue.
Je n'ai jamais tien dit de femblable. M. de Mirabeau
a bien pcnfé que je ne pourrois pas lui (avoir mau-
vais gré décote fuppofition (fans doute involontaire*),
fuil'qu'eile fui a donné occafion de dire dans (a lettre:
Quelle de la nature a englouti ctite (le
/(tmeii/e y fit iîypulfubU f'oytr Je Ji grands exemples
cette urre encore ajoute amis de la libcue' i M. de l'ili-
C liotcs qu'il n'avoit point prononcées. Quand il a pfe-
Faré fss difcours,nn les retrouve dans K>n journal tjeh
(ju'on les a entendus mais quand il lui arrive dVm-
irovi/er dans l'aflcmbléc il retravaille à loïfTr dans fort
journal & alors en ne doit pas Ure furpris que ce 11'il
dit & ce qu'il écrit ne fe reflèmble fas toujours exuc-
lement.
M. de Mirabeau dit enfuite que M. Gl/\en, « peur
>i démontrer que les états généraux avoknt toujours
v exerce leur influence fur Te niiniHcre cita une ru-
» tonte que AI. Meunier en particulier ira
m pouvoit pas réeufer. Il puifa dans un ouvrage connu,
» fur les états généraux plusieurs exemples de chan-
r celiers, de niiniflres de parlcmcns dénoncés au oi
par les députés de la nation, renvoyés Ce mêine
v punis 1).
Ailnfi, M. de Mirabeau vouloir faire entendre d rs
fon journal, que j'aurois eu intérêt, pour me Cau tr
d'une contradiction de récurer un de nies ouvrages.
il. Glé\en voploit prouver que l'afTemblée avoit le
droit de dénoncer. Mais perfonne n'a mieux prouva
que M. <fr Mirabt<tu lui-mcnîc que je n'avoir, aucun
motif pour' récurer, & que j'avois moi-rrierre invo'uc
1.: droit de dchorcer; car i?.vs le difeours de \z dix-
reuvième lettre, M. de Mirabeau me dit éxprcITéiner
t Veuf çi.:i s tous ascorde^ celui d: l:i accuftr% ils
les pourjittvrt & de at'ir un tribunal qui d<v>a pu-
nir t.(i aiïifans d'i/:t<i:iJc'j iii
( 22 )
lera toutes les calomnies que m'a procurée;
cette doctrine que je crois vraie. Cependant it.
étoit impofiiblp d'attaquer de bonne foi mes
intentions, puifque j'étois le premier qui avois
demandé le retour des anciens miniflrcs tç
propofé de déclarer que l'afTcmbléc n'auroit ja-
inass de confiance dans leurs fuccefteurs.
Le même jour, les nouveaux miniAres furent
renvoyés & le rappel de fut dé-
cidé. Le lendemain le toj.jnjMtJt que fa
prefence ctoit vivement denrée à Paris &
qu'une députation étoit en marche pour Pin-*
viter à s y rendre réfolut dans Pcfpoir de réi
tablir la paix, de s'expofcr à tous les danger^
au milieu d'une foule immenfe qui étoit armé
fans r cgi & fans précaution; car la milice Pa-
rif:cnne n'étoit pas encore organiféc. Toute 1
France connoît le dévouement avec lequel i
fe conduifit dans la capitale; on fait qu'il lui
fut dit que Paris avoit conquis fon roi, & qu'or
lui préfenta les nouvelles cocardes. Le bruit
fe répandit bientôt que le roi couroit rilquc
d'être retenu je partageai les alarmes de tous
les bons citoyens; & quand je fus inflruit d(
fon retour & des témoignages d'amour qu'i
avoit reçus, je crus que le çatnie alloit re
naître.
Je no prévoyons pas que des fcéléïits cm-
ploieroietît l'argent & tous les rcdorts de l'in
trigùe'pour profiter des circonllances, & pm-:
pager dans toute l'étendue du royaume^gi
pillage, l'aflaflînat, le renverfement de l'or. ,.10,
public & la défection des troupes on ft|r
t>iî-n.tOt inflruit du fucecs de tcun çCfQrts*
1; i
Le comte do ce zélé* ci-
toyen qui pofijdc la véritable éloquence de la
vcrtu, peignit avec les couleurs les plus fortes
tous les dangers de l'anarchie. Dans la féance
du 20 juillet, il propofa de publier une pro-
clamation pour condamner hautement, au nom
de l'aflemMée nationale tous les défordres
auxquels une Multitude infenfée fc livroit dans
toutes les parties de la France. Chaque jour
on recevoit le détail de nouvelles horreurs
les villes, Ics campagnes, les particuliers
foient de toute part des réclamations à l'af1
feablée nationale on fut même bientôt obligé
d'établir un comité de rapport.
Il n'y avoit qu'un moyen bien fimple de pro-
téger l'ordre $c la paix publique autant qu'il
étoit au pouvoir de l'aflembléc; ce moyen eût
confiné à déclarer promptement que toutes le;
lois anciennes dévoient continuer it être en vi
gueur, & les tribunaux en iicïivité & à prie
le roi de les faire refpeder par toutes les forcc
dont il eft le depofitaire. Alors on eîit pu s'oc
cuper fans relâche de la conftitution & ren
voyer conftàmmçnt au roi & aux tribunaux
toutes les plaintes particulières; mais :1a procla-
nation de M. de Lcaliy fut vivement attaquée
on ofa prétendre qu'en adoptant cette piocla
niétion, l'aflemblée compiomctti-oit fou auto
rité. Parmi ceux qui fe diflinguerent cnfoutcnani.
un pareil fyitcme, on remarqua M. de Mirabca)
qui' que le bruit d'une proclamation avoîi
déjà foulcvc les efprits, qu'elle auroit Ies[>lu<.
grands dangers, & ciu'il falloit fc borner à f
condec une nbuvel!« organilaîioi» de la nuuu
( 2f )
cipjlité de Paris, en envoyant dans les diflriéU
un certain nombre de députés qui s'cn occu-
peroient avec eux ( i ).
Ce fut pendant les débats fur cette piocla-
rnation qu'on apprit les horribles aflltflmuîs
commis fut A1M. Berthicr & Foulon.
Quand l'aflfemblée fut induite des affreax
détails de ces exécutions (2), quelques niem*
bres s'efrorcercnt de calmer l'indignation
qu'elles infpiroicnt j & l'un d'eux croyant pro<-
bablemcnt que les victimes immolées ne fuflU
roient pour fatisfaire le reffentiment de la muli
tit jde propofa i'ciablifTcincnt d'un tribunal
pour juger les fpcrfonnes qui avoicnt été nrrc4
tées & celles qui feroienc dénoncées par I9
( r ) Ainfi, fui vant M. le comte de Mirabeau & beau-
coup d'autres, Paris devo:r oreanifer lut-mcmc fa nu-.
nicipalité de concert avcc î'afTcnibk'e nationale, a
lieu de recevoir avec olxiflancc la Joi qui lui aur<. ii:
été donnée à fet 'égard p?r le corps Jf'gilbtif. Si cl a
que ville réclamoit un feinblable privilège que devicn
droit l'unité du corps politique, tant recommandée par
M. de Mirabeau?
j'ignore fi ces deux hommes avoient merité de
tuppliccsi M. Folilon, fur-tout, avoir une trèi-niauvaiTc
éçLitation; mais il y a loin, fans doute, <5'une mac-
vaife réputation à des crimes dignes de mort. Je làîs
feulement que les principaux motifs de la foule rar.
Quinaire qui les a égorgés ont été, que hl. Kertliie»
etoit accapareur de grains, & que l'autre avoit dit •.ju'il
fallait faire manger du foin ou peuple, Cet deux acj
culâtions Soient certainement bien abfurdcs. Et, dViî-
lours, l'afTaninat de l'homme le pj»s coupable dl tou-
jours afircux, fur-tout quand i! ti\ commis en plein
jour, au milieu d'une grande ville, & ibus tes )ii!S
d'ure foule iniiium'e de fpeOtcurs,
(2S)
peuplé comme coupables. Cet avis trouva dcs
cefenfeurs} plufieurs propoferent méme, d'après
frment d'un grandi juré dans h capitale pour
juger les crimes d'état.
apprit encore qu'on faifoit circuler dans
le peuple de Paris une lifte de proferiptions,
d.ins laquelle fe trouvoitnt compris plulieurs
députés.
On feut bien que je dus foutenir avec toute
la force dont je fuis capable, la proclamation
propofée p:r M. de Lally, & démontrer com-
bien iHTtoit contraire à tous les principes de
créer des loix & des tribunaux pour de; faits
antérieurs de confier la pourfuite cV le juge-,
menc des crimes d'état à une feule ville. Je
foutins que la pôurfuite de pareils crimes n'ap-
partenoit qu'aux repréfentans de la nation &
que c'étoit profKtuer la fublime inQitution des
jurés, que de la faire feivir à la fureur popa-
Je demandai fi un tribunal qui jugeroit
des hommes accttfés par une multitude altérée
da fjng & toujours prête, dans fon ignorance
flupide à tourner en certitude les plus abfurdcs
calomnies, auroit la-liberté de protéger l'in-
nocence ,& fi. unç pareille ne for-
meroit pas un tribunal de fang aux ordres des
faftieux, & mille fois plus redoutable que les
fatellites des tyrans les plus abhot rés.
Une députation des cîoclcors de Par»? vint
folliciter re'reftion d'un tribunal pour juger les
crises de lèfe*nation ccpcndant il fut dés ide
qu'il ne feroit établi de tribunal de ce genre
que par la conftîtution. La prechmation de M.
(26)
de Lally fut admifc dans la féancedu 24. juillet»
après avoir eté modifiée de manière qu'après
1'expofé des motifs elle ne contenoit au'une
invitation à la- paix, au refpcft pour !cs lois,
& la prorr.elTe d'établir un tribunal par h conf-
titution.
Le comité de conftitution dont j'étois mem-
bre avoit tenu depuis fon ctabliflcroent un petit
nombre d'afiemblées une très -grande diffé-
rence dans les principes de ceux qui le coni-
pofoient, mettoit obftaclc à la promptitude
des travaux. 1.'aflèmblcce nationale, qui, airf
que je l'avois prévu, n'avoit pu s'occuper jrJe
cet important objet, pendant la préparation u
comité, témoignait quelque impatience. J'av(j>is
un travail c<>n:pkt fur la conllitution mais
j'auiois cru manquer aux égards que je devois
.,lu comité, en le donnant avant de l'avoir (ou-
mis à fon examen. Je lui communiquai d'abord
un projet de déclaration des droit?, où fe trou-
voient (compris la plupa:t des articles de ctllo
de M. de !a Fayete. Le comité ne voulut point
prononcer entre mon projet & cclui de T\1. l'abbé
Sieyes. 11 fut arrêté qu'ils fe«oient lus tous les
deux dans la féancc du 27 juillet. Pour donner
de l'occupation à raflcmblée, le comité m'in-
vira à joindre à ce projet t'expofc des préro-
gatives royalçs. M, l'archcvcque do Bordeaux»
membre du comité eût foin de prévenir qu'
perfe&ionneroit dans la fuite la rédaélion des
articles. Un grand nombre de perfôr.nes, tr s-
étrangères jufqu'à ce jour aux matières po'in-
ques furent effrayées de l'énonciation de ces:
prérogatives, & pnrec que les droits de la ru-
J
lion n'étoicnt pai traites dans ce chapitre, elleî
les courent abondonnes •& ce fut'un nouveau
prétexte pour mp calomnier •&- pour dire hau-
tement que je vbulois rétablir le defpotifme.
Dans la féanec du 30 juillet, on fit part do
J'emprifonnement de M. de Beynval de fon
rflargîlftmcnt obtenu par M. Neckcr, dans l'aC
femblc'c des repréfentans de Ja commune do
Paris & dans celle des électeurs de la même
ville. On connut en même tem's la réfiflaneo
de pîuficurs diflrîcls cui avoient force l'hôtel-
de-ville dans ld crainte d'une infuri-cc'tion po-
pulaire à re'trarter l'ordre qu'il avoit .donnç
précédemment d'élargir M. de Be^enval. Uno
de'rjuiation de Paris vint rçodftf' compte de
toutes ces circonflanccs. On propofa encore
t d'autorifer rcir.prjfonne-
ment de. M. de J3e2enval, & de promettre de
le faire juger.
Je n'ai jamais connu At. de Be^enval mais
je vojIus défendre les principes de la liberté
individuelle; fans laquelle la liberté politique
n'eft qu'une abfurde & dangcreufc chimère. Jo
demandai où ctoit l'accufatcur de M. de Bc-
où étoit l'information & en vertu do
quel ordre la milice de Vîlbnox s'étoit permis
d'arrêter un officier des troupes du roi,' payant
une- pcrmirtïon de fa majeflc pour fe rendre en
SuifTè. Je foutins de plus qu'aucun homme ne
peuvent (tre valablement conftitue' prifonnicr
qu'en vertu do la loi; que la loi ne permet.
toit pas d'emprisonner fans aceufation & fans
jnfoiiuiition a moins que le coupable I1C fût

(2S)
c'eft-è-dire à l'inftant même où le délit venofc
d'itre commis & où les témoins pourfuivbicnt
le coupable., J'obfervai que c'étoit de cette
manière feulement qu'il falloit eutendre les mots
clameur publique qu'il ne convehoit qu'à des
tyrans fubaltemes de leur donuer une autre
interprétation, & que fi l'on appcloit clamcur
publique un bruit populaire, un Cimple foup-
Çon, aucun individu ne pouvoit compter lue
n liberté. Je fus interrompu par des huées dans
Je cours de mes réflexions. Je répondis avéc'
fermeté « Je ne dcfire pas les applauditfemcnsj
» je ne crains pas les marques d'improbation,
& je ne cherche pas à obtenir h faveur de
» la ville de Paris (t) Pour me réfuter, du!
fit remarquer que je n'avois dit que des lieux
Ces lieux communs en faveur âo la
liberté individuelle furent encore uivfujat de
calomnie.
( i J'ignore encore fi NI, de Bi\tnval en coupable.
On lui fait un cti.iie d'avoir écrit au gouverneur de la
Raftille, qu'il devoit re dêfendre. Je fais qu'il elt dei
circcnftances qui légitiment l'infurreclion; & je mtis
dans ce nombre, celles qui ont caufé le fiêge de 1..
Faft;!Je. Mais je ne favois pas encore que Jet agcns
de i'atitorité, Jes officier» militaires furTcnt criminels
pour avoir entrepris de repoulfer la force par la force,
& de garder les portes qûi ont été confies à 'leur tion-
neur & vigilance. J'avoiscru qus l'infurreâidn pouvoir
&re tout au plus ccnfidcr^c comme un état de guerre;
& que ce n'étoit pas la faire trcvhumainemcnt (juc de
prafcrire les vaincus. Au Turplus fi k peuple de Pari*
vouloit la perte de M. de Rcrzenval, il fatidroit cfpè-
rer que, dans ce cas, les juges du Ghâtelet, qui l'oi»
vient de confier le jugement des crimes de lïfe-.w'en>
s'ils le -trouvoient inro:cnt, s'expjfcroicnt volontaire»
me; t à .les inirt)ts dç la julHce.
C*p>
Un règlement pour la policé de YafcmbUi
avoit décidé qu'il n'y auroit que deux, aflera^
blées général/s par femaine, & que les autre
jours feroient employés â la dào$J«$
bureaux. Cette précaution paroiflfpit d'autant
plus eflentîelle» que l'on n'ayoijti-f\oint. admis Ja(
méthode de demander l'opinion, de chaque
membre en particulier. Deux ou'trois jours
d'épreuve en avoient fait redouter la longueur,
Si l'on eût perpfté ccpendant, à faire un toux
général d'opinions avant de \oter, ainfi que je
l'avais demanda inftamment plufieurs fois, cha-j
cun auroit fini par contractera l'habitude de nq
jamais répéter ce qu'on auroit dit avant lui, «
fouvent on fe feroit borné à ajouter à l'avis
d'un autre, une fimple réflexion; fouvent mêm
on te feroit contenté d'observer qu'on n'avoi
plus rien à dire mais on avoit préféré de ré
ferver la parole à. ceux qui fe feroient in!'crire
lt en en réfulté de très-grands inconvéntens
les mêmes perfonnes ont presque toujours rem'
pli les tribunes, & ces perfonnes étoient en
petit nombre. Elles fe faifoieflt prefque toujour
écrire deux ou trois jours d'avance. Il falloi
etie accoutumé à parler en public pour pouvoir
fe déterminer à fé faire placer fur la lifte de
parleurs, & pour monter à la tribune aux ha»
Beaucoup de députés, trés-éclairés, mais
qui ne favoient pas improvifer de longs difcours,
n'ofoient point réclamer la parole pour une ob|-
fervation ctarre & fimple qui cependant eut
été cfTcntielle. Le règlement avoit apporté que
fjucsjremèdes ces ioconvénient, en déclara
( & y
qu'une ifrotidn Ferbit toujours renvoyée au lett*
demain à taolWfe que Taifcmblée ne l'eût jugéo
dufli-tôt décidée, &
& de conftitution.
ûre<M(c\ités pendant trois jours. Les
biireaW une grande reflburce.
de tout ce qui excite
la vanité, 'n'ayant plus les applaudirtemens des
a defirer, les marques tiimprobatioa
n'aj*jnt point de difcours à pro--
fiçmccr 'poUr-.Ic's^ falr'è inférer dans les
l'attention la plus ferupu-j»
les dive^fes' quellions qui dévoient ctrô
traits dans l'afFemblée, & que beaucoup d'homl
mes nvodefles oppbfoicnt la froide raifon &
l'expérience à h 'chaleur des idées prétenduci
phJlofophiqùes* -Mais ces dcrniers moyens, prop
pres à corriger les vices de la méthode adoptée
fêtent bientôt détruits. Beaucoup de motion
«e furent point renvoyées, beaucoup de.quclt
tidns importantes n'ont pas été foumifcs à la
difcuflion de trois jours; 6V: enfin, le lendemain
du jour où, te régiment fut admis, on fout'm
que rtnthôufîafme patriotique s'aflftibliffoit dans
les bureaux on demanda qu'il y eût une a(
(emblée générale tous les matins bientôt il y
en eut deux par jour, & les bureaux devinren
inutiles. >. ̃ ̃
J'ai beaucoup à me reprocher de n'avoir^pa:
têCAé avec énergie aux moyens mis en img<:
pour annéantir les bureaux.
A la fitvde'h féaiicc du famedi premier août
on Ce réunit, dans les bureaux, pour nomme
un préGdent. La pluralité des (usages fut dé
X *•
tiiév en faveur de M. Thouret fa moicratiefli
lui avoit (\iki\è beaucoup de calomniateurs;
on avoit eu foin de répandre, à fon fujet, dans
le- Palais-royal les mensonges les plus ridicules.
Des qu'on fut que M. Thourct avoit eu. lai
majorité, avant meme la fépaiation des bureaux,
les clameurs les plus violentes s'élevèrent; on
prétendoit que fa nomination étoit un triomphe
de l'ariftoçratic que rien ne devoit faire tolé-f
rer. Le lendemain le Palais-royal qui étoit
déjà le foyer habituel de la fermentation & do
l'anarchie, fe permit d'exprimer fon mécontent
terrent; les menaces furent fans nombre; orj
redoutoit pou'r la féance du lundi la fciflîon,
la plus orageuse. Mais M. Thouret préféra de
factifier la juflice qu'il avoit droit d'attendre
afin de contribuer par un généreux dévoue*
ment, au maintien de la paix. Dans un difeours
très-noble qu'il prononça, il dit a C'cft e
,) [entant tout le prix de l'honneur que vou
» m'avez déféré, & qui ne pourroit pas m'êtr
» ravi que j'ai le courage de me réfuter à (<
jouinance, quaad, fous d'autres rapports, i
» eût été peut-être excufable de pçnfcr qu
» !e courage étoit d'accepter ». Je crois, e
effet, qu'it n'eût pas été moins courageux, &
qu'il eût été plus utile que M. Thouret eut
rcfîfté à fes ennemis & les eût bravés. Mais j
crois, fur- tout, qu'on auroit dû fe plaindre d
l'outrage commis envers Paflembléc par le:
clameurs & les menaces qu'avoit occaïionnè'e!;
cette nomination; & le filence que je gardai e
cette occafion, eft encore .un des torts que j<
ma reproche. On accepta la démiffion de M
famille
Thouret & l'on encouragea par ce moyen
les auteurs des inenaecs & des calomnies, qui
jugèrent qu'Us ^voient de grands fuccès à efpé-
rer, en répandant Je fentiment de 1" terreur.
])ans la féance du 6 août., pendant qu'on
rcvifoit la rédaction des articles faits fi prcci-
pitamment dans la nuit du je rcflcchjs que,
i\ le rachat des droits feigneuriaux étoit juRe
& utile, il pouvoit ctre injufle d'abolir, fans
indemnité les, droits & devoirs féodaux* &
çtnruds y qui représentent les droits de main-!
morte & la fervitude peiibnnellet Cette redac»!
tion me paroiffoit propre à fufcitcr des procès;
fans nombre, Afe attenter au droit de propriété;
que mon mandat n^'ordonnoit de défendre. Des
clameurs, en grand nombrc, s'opposèrent à ces
que je fuffe entendu. Je dis alors à M. le Pre'-
^dent, que, pour pouvoir me juftificr auprèsl
de mes commettanst il me fuflîfoit de prouver
que j'avois fait tous les efforts qui étalent cn
mon pouvoir. Je demandai 'donc ou' que l'af-
(emblée m'entendît ou qu'elle déclarât qu'elle
ne vouloit pas m'entendre. La majorité me
permit de parler, Je connmençai par exprimer
la fittisfacVioji que me faifçit éprouver le rachat
des droits feigneuriaux mais j'obfervai que
pour travailler folidement- au bonheur d'une
&> nation, il ne falloit jamais s'écarter des règles,
de la juftice que jufqu'à ce jour, la pref-
» c rij-tion avoit été, pour le repos des fociétésj
» cn moyen légitime d'acquéitr que s'il m'é-l
loit du des redevances foncières depuis plus
t, d'un lieele, quclle qu'en eût été lorigino
x ilifcs étoit-nt devenues le patrimoine de maj
(33)
C
famille que dans Ies fucceffions & les ac-
» quifitions, la valeur des immeubles, chargés
» de redevances, avoit été calculée, diffraction
» faite de ces redevances que, la fervitude
» perfonnelle ayant été prcfquc générale -en
» Europe, & les ferfs axant été attachés à la
» culture d'Un fol qui touvent appai tenoi: en
entier au feigneur, beaucoup d'affranchifle-
» mens avoient été prononcés, en les rempla-
» çant par des droits cehfuels & qu'il n'y
auroit aucun inconvénient à prononcer que
» toutes les redevances, dûes par les terres,
» ferment rachctables fans quoi on s'expofoit
j>à-winer beaucoup de familles ». -Mon ob
fervation n'eut alors aucun fuccès, Un député,
auteur de la rédaction de l'article, me répondit
que ce qui avoit été jufte une fois l'étoit touj-
jours. En abufant d'un pareil principe, il auroit
pu dire qu'on doit ôter à une famille le
bicns dont elle jouit depuis deux cens ans, fi
l'on prouve que les pcrfonnes qui les on:
vendues, les avoicnt ufurpés plufîeurs fièclei:
auparavant. On a droit d'cfpcrer que cet articl
fera rectifié quand on fera les lois de détail
Quoi qu'il en foit j'eus, à cette époque, 1
fatisfaction de remplir mon devoir. Plufîeurs d
mes co-députés ont reconnu publiquement qu
ma réclamation étoit jufle (i) mais mes en
nemis ne manquèrent pas de dire que je m'in-
térèfTois aux feigneurs; comme s'il cxiftoit un^
claffe de citoyens envers laquelle on dût fè
difpenfer d'être jufle
(i) M. Barnavc fut de ce nombre.
L Partie. C
(
Dans 1a féat)ce du 7 août, M. ifccltr invita
raffemblée à aiutorifcr un emprunt de 30 mil-
lions, qu'il iu eoit indifpenfable. Un des mem-
bres, cédant Jeut-ctre trop aveuglément à un
mouvement de 2èle, dit que, pour donner au
roi une preuve de patriotifme, il falloit voter
à l'inftant, en'préfence de (es miniftres» l'em-
prunt de trente millions. Un autre député, après
le départ des mini(ères le tança vivement, &
décria le demanderai la p/ofcripùon de ce vit
eftUve. Cette menace fut remarquée par un
grand nombre de perfonnes te je crois que
pout- la liberté & la décence de raflembléc^
j'auroiî certainement dû nieen plaindre.
Dans la féance du août, on propofoit djî
nommer un comité pour furveillec l'emploi d^
l'emprunt» & 4'établir une caiffe national,e. Jje
(ou tins que la furveillance d'un comité feront
un partage du pouvoir exécutif, & •nuiroit à l'a
refponfabUité des miniftres qu'on ne devoit p^s
préjuger auflî légèrement la grande que(lion de
favoir s'il faut établir une cai(Te nationale; que
lorfqu'on voudroit examiner attentivement cette
importante qùeftion .en verrait, peut-^tre
qu'en étabUffaot deux trésors, on pourroit en-
pager 1e prince 1 féparer fes- intérêts de ceux
de la nation, J& à fè former un tréfor partic
lier, tandis que lz tréfor royal n'eft autre cho e
que le tréfor national dont le roi n'eft que e
dépoGtaire, & dont les minores font refçor-
fables que cette refponfabilité afTuroit mieux
l'emploi des deniers, que s'i!s étoient dans lés
mains d'une afTemblce puifque ne pouvat t
être attaquée comme refponfahlc, & ayant e
an
Cij
iréfor à fa difpofition elle pourrait changer
la première jdeftînation des fommes par une
réfolution précipitée,, tandis que les minières
feroient coupables s'ils ne fe çpnformoient pas
à cette defhnation, & qu'ils ne pourroient en
étve difpenfés que par le concours de l'autorité
du roi & de celle des repréfentans'. Cette fois
mes obfcrvations ne furent pas inutiles; ce qui
n'empêcha point de remarquer que cette doc-
trine étoit encore toyalijlc,
Le août, l'aflemblée nationale fit un dé-
cret pour protéger la tranquillité publique; les
incendics & les ravages commis dans le mêrne e
tems; & follicités de la mcme nvariicre, c'cfl-
à-dire par de faux avis & de fautes ordo
nances du roi, en firent fentir la néceflité. Djhs
le projet de ce décret, il étoit dit que les
troupes ne prendroicnt les armes contre les ci-
toyens, qu'a la requifition.de l'afômblée natiù-
nale & des municipalités.
Atnfi, un jour on propofoit de mettre une e
calflc au pouvoir dey l'allcmblée & quetqu s
jours après dtf fou mettre l'armée à fes requit
tions, Je pronofai deux formules de ferment,
l'une pour les officiers & l'autre pour !cs fo
dats. Je coutins que l'affemblée nationale devo t
préparer des lois, & non commander des trou-
pes. Ces formules 'furent adoptées avec un
amendement, pour exiger la prefence des ofii-
ciers municipaux. J'obferve qu'on ne peut con-
fidérer ces. formules que comme provisoires.
jurqu'à ce qu'on ait fait des lois précités, pour
régler les circonflances dans lefquelles on peut
requérir l'emploi dès troupes.
( 36 )
Pendant le, t^ms cortfacré à délibérer fur la,
rédadiort dès articles arrctés dans la nuit du
août, je m'étois abfenté quelques jours pour
écrire mes Coufidérations fur le Gouvernement
fur celui qui convient il la
France. Cet ouvrage excita de plus en plus,
contre inoi-; la colère du parti démocratique;
je crois cependant les principes qu'il renferme
très favorables à la liberté; je crois méme que
c'cl avec ces fculs principes qu'on peut let^
blir & la rendre durable dans un grand empire,
Des Anglois, des Américains, des Genevois,
des François qui ont pafle leur vie dans de*
méditations politiques, en cnt porté ce juge.
ment; mais une tourbe frénétique de démocrates,
qui parlent liberté depuis quelques mois, or,
décidé fommairement que ces principes rame-
neroient la fetvitudej ils ne vculent honorer
du nom de liberté, que l'intcrvention perpé
tuelle dans les affaires publiques d'une multi-
tude ignorante qu'ils favent diriger fuivant leur
intérêts.
Le rédadeur d'un journal, qui na jamais
voulu proftituer fa plume pour fervir la tyranni
des démagogues en annonçant mon ou
vrée, dit qui cet écrit étoit <J.gne detre féjr
rieufement médité, Se qu'il en parleroit plu,
en détail la femainc fusante. La fadion démoi
cratiqûè (2) crut, d'apr'cs cès exprefhons, qui
f i ) On appclôît d^Qiagogues.dans l'ancienne Grèce,
ceux qui Soient les paflions du peuple pour le gou-
verner, à, leur gréé
-C»);j^t*ndJi.par'*fl»cr«i#, l'état où le peuple
(37)
C iij
pourroit en par1er avec éloge. Çuattè
du Palais -royal allèrent à lui 16 'pfftôlct à la
main, de la part d'un grand nombre dé ^triotes
( c'eft ainfi qu'ils qualifioient l'aflociation^ytah-
nique à laquelle ils étoient dé-
au rédafteur que fon Journal (croit
fupprimé, qu'il feroit même puni de mort, s'il
2.voit la har'dicffe d'accréditer les principes con-
{Ignés dans mon ouvrage.
Dans la féaricé du '20 août,'on âjçfêt^ plulieurs
srticles de la déclaration du droit, tels qu'ils.
¡¡voient dans le projet de M. de, la
Fayette. Mais M., de la malgré Ton
ïèle ardent pour la liberté, n'avoit pas dit:
Les hommes naijjèni & demeurent égaux
droits il avoit dit fculcment les hampes
naiiïent égaux en droits il avoit à nnilant
rappelé les diftïncTions fociales fondas fur u-
tilité commune. Je rn'oppofai vainement a lad.
dition du mot demeurent. Il f^ut croire qujon
a voulu parler 'des droits naturels; mais a^ors
il eût été, prudent de l'expliquer car fi 1[o:t
entend par le mot droits, .la définition don îee
par les publïciflcs fuivant laquelle un droit cil
la faculté de réclamer ce qui eft dû, les droits
font diflVren$ fuivant les les ém-.
plois: Ht j'ai déjà entendu plufieurs fois^cs
hommes ignorans concevoir des prétentions bien
extravagantes d'après Xcg.rlité des droits tfllc
qu'elle cft exprimée dans la déclaration. Beau-
en corps gouverne, foit qu'il exerce fimplement le ou-
'Voir de faire des lois, foit qu'il exerce tou* les ou-
cojp da pçrfo'nnes jugèrent mon obfervatîon
contraire a la liberté.
Dans la du m, on confacra plufieurs
principes tirés de mon projet fur la déclaratiôn
des droits, & qui font certainement bien con-
traires. à va fyftéme de fervitude. Le même
jour, rocs opinions excitèrent de grands tour-
rcu l'es, parce que je foutins qu'il étoit impru-
dent de dire que tous les citoyens dévoient ctro
admis à tous les emplois fans aucune diftinftionj
mais qu'il falloît les déclare* admiflibles#/jni
iiuainc Jiflinllion de naïffanec fuivaiu leur
«yacïté. Je difois que, !or(qu'on établiroit des
afietnble'cs provinciales, on jugeroit peut-ftré
dangereux de conter l'adminiftration des pro-
prie'tés ceux qui n'en pofl'éderoient point
peut-être utile que les 'Confiions publiques n
fufTcnt confiées qu'à des perfonnés ayant un re
venu en propriété, afin que la refronfab'ilité n
fût- pas vaine & qu'ils purent (upportcr les
c'o romages-intértts auxquels ils pourroient ctr
fo tmis pour des abus d'autorité. J'obfervai quc
la déclaration des droits devant être le guid
confiant de la légiOation, il falloit craindre d
la mettre en contradiction avec les loix fonda
mentales ou particulières; car, de ce que les
citoyens feroient admifliblcs fans aucune dif«
tinétion, on pourroit en conclure qu'on ne doit
faire aucune diftinftion entre les propriétaires
U ceux qui ne le font pas tandis que le mot
capacité ctoit aflfez vague pour tie pas conipro-j
mettre j?tttc importante qùeftion. On me ré-
fondit que mes intentions étoient bien connuçs,'
f 39 )
C iv
Il que d'âpres mes gou~
vtmemens je voulois établir J'anrtqtrâtïe des
richefïcs (i). Je féuflïs cependant faire ad-
mettre le mot rapacité mais à Hoflant des
clameurs s'élevèrent j on prétérit que le pré-
fident avoit mal préfenté la queftion; ôndemanda
à grands cris de prendre les voix par l'appel
des noms. Pour calmer te tumulte. on propofa
de dire; fané autre difiiaUhn que celle des
venus & des t<itens ce qui dduuiHt Teffct du
mot cajtaàté & l'on .crioit autour de moi
Hier,'on on a décidé, que nous étions tous égaux;
Quand ta déclaration des droits fat urmlnêè,
je propofai dar.s la feance du 28 août ajâ
noo> du comité de eonflitulior* ix articles lut
le nature du gouvernement François. Depois
quelques jours les efprits coramençoïent h
s'agiter fur la farncefe queftion de
rojale. Des brochures, bien propres a égarer
ïi multitude, à flatter fa paftîon, avosent déjà
féduit l'opinion du peuple de Paxis, par d
déclamations fur un fujct que la plupart dès
citoyens ne font en état ni de traiter ni d'en-
tendre. Ceux qui, dans l'a flfembîéfc, avoiem d s
idées exagérées <!e liberté » témoignoicnt beau-
coup eféroignement contre une. prérogative
royale, aufli effenticlle au bonheur :& à la li-
berté de la La lecture des rue atticlcs
(r) Il faut avouer que ce root a'^çctàtie *(ùt »[>•
n'aijnja point, à ce qui th<^p^ fon arooui'prcfic.
( <P )
que j'avois prQpofçs on s'emprelfa de préfenter i
une autre réduction, qui anéantiflbit la fanftion
royald flùfielirs depuis, pour la défendre
voulurent citer leurs cahiers. A l'inl'iant plu-
sieurs perfonnës qui, dans d'autres circonflan-
ces avoient frpntré le plus grand refpeét pour
leurs mandats & pour. la volonté de !curs
commettons, Soutinrent que les cahiers ne pou-
voient être, fur ce fujet, d'aucune confidératiotî,
& qu'on ne devoit pas les citer. d'autres ob-
ferverent que les cahiers, en rccommandant la
fandion royale n'avoient pas décide fi clic
pcoüuirôit un empêchement abfolu, ou fufpcnfif.
Je répondis qu'on ne pou voit borner la prero,-
g.uivc royale au droit de fufpendre; que ce
(croit clairement contredire nos mandats, dont
la grande majçrité prononçoit que les lois fe-
roient faites avec Je cçnjentemwt avec |a
jh/ifiion avec ,avec le concours d'u
roi; que le mot fanclion cîoit finonync des mots
tien; qu'en ne laifTant au monarque que le droit
de fufpendre, il en réfultoit qu'après un délai,
la loi pafleroit fans l'autorité, le coiiftntea:ent\%
le concours Ta fanclion du roi, & conféqueni-
ment d'une manière contraire à nos mandats
car un acle forcé ne peut mériter aucun de ces
noms. • ̃
Les ennemis de la fanion royale ou les
partifans du veto fufpenfîf, craignoient que la
majorité de l'aflemMée ne'feûr fût coinaire.'Jls
favoient d'après mes Conjidtratiotls fur les
Gouverne mens .y combien j'attachois d'impor-
tance à la fanclion royale. PJufieurs députas réfc»
(4« )
lurent d'obtenir de moi le facrificc de ce prin-
cipe, ou, en le facrifiant eux-mêmes, de m'cnga..
• ger par reconnoiffance, à leur accorder quelque
compenfation; ils me conduisent chez un zélé
partifan de la liberté qui defîrôit une coalition
entr'eux & moi, afin que la liberté éprouvât
moins d'obftaçles & qui vouloit feulement être
préfent à nos çonférenccs, fans prendre part à la
déci(ion. Pour tenter de les convaincre ou pour
m'éclairer moi-même, j'acceptai ces conférences.
On déclama fortement contre les prétendus in-
convéniens du droit illimité qu'auroit le Roi
d'empêcher une loi nouvelle & l'on m'affura
que fi ce drôit étoit reconnu par raflemblée ,[il
y auroit gutrre civile. Ces conférences deux fois
rcnouvelées n'eurent aucun fuccèsj elles furent
recommencées clrez un Américain, connu par les
lumières- & fes vertus, qui avoit tout-à-la-fois
l'expérience & la théorie des inftitutions propres
à maintenir !a liberté. Il porta, en faveur de n cs
principes un jugement favorable. Lorfquils
curent éprouvé que tous leurs efforts pour me
faire aban,donncrmon opinion ctoicr.t inutiles
ils me déclarèrent enfin qu'ils mettoient peu
d'importance la queftion de royale,
quoiqu'ils l'eu fient préfentée quelques jours aupa-
J'avant, comme un fujet de guerre civile; il1;
offrirent de voter pour la fanilion illimitée, &
de voter également pour deux chambres mais
fous la condition, que je r.e foutiendroispas en
faveur du Roi, le droit de diflbudre l'aflemb ce
des repréfentans que je ne réclamerois, poui la
première chambre, qu'un veto fufpenfif & c ue
je ne ôi'oppofeiois pas à une loi fondamentale
y
qui établirent des conventions natlottaUs des
époques fixes ou fur la réquifition de l'aflem-
b!c* des repréfentans,c*u fur celle des provinces
pour revoir la conftituùon & y faire- tous les.
changemens qui feroient jugés néccffàires. Its
entendoient par eonve/uhw nationale des
Ln'etnbfccs dans le(quelles on auroit ti-anfpotté**
tous les droits de la nation; qui, au l'oient réuni
tous ies pouvoirs, & conféquenitncnt auroieivt
anéanti, par leur feule préfence Fautof ité du
moiiarquc Se de la Ugijlaiure ordinaire qui
suroient pu difpofer arbitrairement de tous les:
genres d'autorité, bouleverfcr à leur gré te'
tonflitution- rétabtir te defpotifme ou l'anar-!
chie. Enfin*, on ycwiloit en quelque forte, laifferi
à une feule afTenjblée qui auroit posté le nom de
Convention Nationale, la dictature fupreme, &
expofer le royaume à u» retour périodique de
tacîions & de tumulte.
Je témoignai n)a furprifè de ce qu'on youlôit
m'engager à traiter fur les intérêts du royaume
comme Ci nous en étions les maîtres abfoîus j
j'obfervai qu'en ne laiffant que le veto fufpcnfîf à
une première chambre, fi elle étoit composée de
membres éligibles, il feroit difficile de pouvoir
la former de perfonnes dignes de la confiance
publique; puifqu'alors tous les citoyens prt>fé-
rero:ent d'être nommés représentant, & que la
chambre, juge des crimes d'état, devoit a-voir
une très-grande dignité & conféquemment que
fon autorité né devoit pas être tnolndre que celle
dc l'autre chambre» Enfin, Rajoutai que lorfque
j? croyois un principe vrai, j'etois oblige de le.
défendre, & que je ne pouvais pas en difpofer
< 43 )
puifque la vérité £ppartenoit à tous les citoyens.
Le famedi 29 août, je revis, à Verfailles, fes
mêmes perfonnes avec qui j'avois eu des confé-
rences â Paris. On me présenta un projet des
convention à fi&ner &, fur mon refu."» on
m'affura qu'on fferoit tous les efforts pofllbles
pour borner la prérogative du roi, en matière
de légiflation à un (impie veto fofpenfifj qu'on
-alloit fe rendre flans un comité nornbreux, afin
de préparer les efyritsj qu'on éclaireroit l'opi-
nion publique, & que le foir même on iroit a
Paris dire hautement ce qu'on penfoit fur la
fancYion royale. On alla, en effet, à Paris. Je
dois croire qu'on n'avoit d'autre but que de
diriger. T.opinion publique, dans t'erpoir que (on
influence çonçilieroit beaucoup de fuffrages au
vero fufpenfif & qu'il n',e.a.t.roit point dans le
projet de ceux qui s'exprimoient ainfi, d'infpirer
la crainte de Ufanûion royale.
L'opinion de la multitude dans la ville de Paris fe
trouva plus fortement décidée pour leur fyftême,
qu'ils ne le voulaient fans doute; car le lende-
main dimanche j août^des attroupêmens fe
fbiiTîèrcnt au Palais-Royal contre le veto, C'cft
ce mot, que le peuple n'a jamais compis qui a
contribué à lui înYpuer de l'effroi ;'c'eft par cela
même qu'il ne l'cntendoit point, qu'il étoit facile
de le lui repréfenter comme le retour du defpo-
tifnie. Je fus dénoncé comme traître à la* patrie.
Les anciens fervices que j'avois rendus à la
liberté, me fajfofent juger bien plus coupable;
& des fcélérats foudoyés pour nie livrer à la
haine du pcuplc difoient à une foule d'ignorans
qui n'avoiem jamais lu les aftes des aflemblées
de Dauphiné' & mes différens ouvrages que
fdbandonnois tous mes anciens principes que je
les contMdifbis même exprefféméttt, pour prê-
cher l'cfclavâge & là ruine du peuple. Cependant,
je foutenois toujours $ aved-le même zélé; lés
principes adoptés par m^ provirtee :ceux qui
m'avoient gu'idé depuis le mois dé juillet
le Mandat qui m'avoit été donné par mes
commettans. L
On repréfenta la défence de la fanaîon royale,
comme un dernier effort de
laquelle je matois récemment dévoué. On dit
quo la vie de M. de Mirabeau étoït eri dangerj:'
« que les ai iftocratcsavôienf juré
» qu'il falloit lui donner des gardes ».'Ori fit jt
Finftant une lifte de proferiptions, fur hquellp
j'avois l'honneur d'être nommé le
réfolut de venir à Verfailles au nombre de quinze
M. delà Fityettc réuflît j
empêcher cette infurrec'tiont'-tè' lùh'di j, 31 août
l'a flemblée. nationale fut irtftiuïtc dé cêqûi s'e'tb; t
pàfTc la veille; on lut plufieurs lèttires'menaçanteî
adreflecs au prefident & aux' fcçrétàireS'/par x
fociété patriotique-du
la parole & je reprefentaï, « que les réfolutior s:
criminelles du Palais Royal n'étôient pas runiqvje'
mobile de la propofition que j'allois fourdettre
^v l'afTemblcc î que je profitois de cette- circon1-
tance pour fixer fon attention fur l'arTreufe ana
chie qu'on chercnoit à propager dans tout e
royaume. qu'à la même époque on avoit répand u
(k faux avis dans toutes les provinces, pour fa'n
(V)
ameuter le peuple & le conduire enfuite à des
dévastions que des fommes d'argent confidé-
rables avoient été diftribuées dans un grand
nombre de régirnens pour favôrifer leur défec-
tion que tout ^nnonçoit les complots d'hommes
aJfsK. coupables pour exciter les dé/ordres O Jè,
préparer il l'tibri de Vanarchk les moyens
d'élever leur forfune fur les ruines de la profptr'uê
publique. J'ajoutai que dans les grands périls de
l'état, il falloit recourir des remèdes extraordi-j
naires je demandai qu'on promît une récompenfe
de yooooliv. à ceux qui donnero:ent des preuves!
de tout complot contre la liberté du roi & la'
sûreté de raflcmbléc, & la grâce des coupable
qui dénonceroient leurs complices.
Les menaces du Palais-Royal paroifïbicnt avoir
répandu tout-à-la-fols l'indignation & la terreur
Beaucoup de journaux vendus la faction dém
cratique ont publié que l'effet de ces menace
avoit été trèsjfalutaire, c'eft-à-dirê qu'elle
avoient grandement influé fur la décifion la plu
importante. Je ne fais fi j'étois dans l'erreur; maiî
il mefemble qujlcût étéfage d'adopter quelque:;
mefures efficaces, pour empêcher le retour d'o
auffi noir attentat car il étoit affreux fans
doute qu'une partie des babhans de la capitale
fe crût permis de dicler des loix à l'affemblé
nationale, d'outrager & de profcrire plufieurs
de fes membres, & de menacer la sûreté du roi!.
C'étoit, tout à-la-fois, crime de lèfe-nation dp
le rnajejlé, C'ctoit une conjuration contre Ip
liberté publique. Il falloit invoquer toute h
rigueur des loix, exciter la vigilance des tribu-
banaux de la capitale. Il eût fallu je croisa
(46)
adopter de plus ma proportion, qui auroit pu
décourager beaucoup de Mieux, répandre parmi
eux la défiance, & faciliter la découverte des plus
horribles trames.
L'objedion faite par quelques journaux (que
c'étoit exciter les délations) étok certainement
bien futile; car une délation qui tend à fauvér
l'éiat eft une a&ion honorable qu'on ne fauroit
trop rcccmpenfer. Il n'y a de délations crimM
neltes que celles qui fotyt faites aux tyrans contre
les défenfeurs de la vérité & de la liberté. Ce-
pendant l'affemblée décida qu'il n'y avoit pas lieu
à délibérer; & voici quel motif on lui présenta.
Quelques personnes lui dirent qu'on n'avoit pas
cté intimidé par une armée, qu'on ne devoit pas
l'être par le Palais-Royal qu'il falloit ne pi
interrompre les travaux de la conftitution ôj
méprifer de vaincs menaces. Il eft eflentiel d'obj
ferver que ceuk qui parlèrent de méprifer ce
menaces étoient protecteurs déclarés du veu
fufpenfif, & conféquemment n'avoient pas à le
reeouter. Si l'on eût laiffé le temps' de leui
répondre, il eût été facile de démontrer que le
exemples qu'ils dtoient étoient direftemem
contraire a ce qu'ils vouloient conclure; puifqu<
l'on n'avait pas gardé lé filenoe fur la prétenc
de l'armée; qu'on avoit demandé fon éloigne-
ment & que lorfqu'on eft imenacé par de
fcélérats, le courage ne confine pas à feindr<
d'ignorer leurs projets (fi l'on étoit effrayé, or
n agiroit pas autrement); & fans doute, on n
pourroit pas dire qu'il y auroit de la lâcheté à le
braver, a les attaquer les avaler les fai
punir.
( 47
̃M. i/e hally-l'ollcitdal lut enfuite fon cvcel-
lent difcaurs fur i'orgamfation du corps légifla-
tif il fut interrompu plufieurs fois par des
murmures; de plufieurs perfonnes, qui, proba-
J blcrncnt ne fc piquoient pas d'être inftruites dans
le droit public de l'Europe, s'écrièrent qu'on
qu'on vouloitUur donner lafénat de Venifi.it
lus, de 1a part de la majorité du comité (i.ï,un
projet d'organifdùôn du corps ligiflaûf. Je puis
dire que j'y a vois donr.é quelques foins & s'il
étok j'ofe au moins avancer que
tout p.cuplc qui aura un corps léginatif organlfç
de <ettc manière, ne fera pas un peuple cfclavei
Notre rapport n'a jamais été lu que cette foi
dans l'aflemblép on ne l'a jugé digne d'aucu
examen il n'a jamais été mis cn difc.ullion &
les folliculaireS fe font hâtés de le déchirer
î'envi avant qu'il fut imprimé.
Au milieu mçme de l'afifemblée dans le com
decette féanc€j!es huifllcrs me remirent pluficui
lettres anonymes, qui leur avoient été confiées
par des inconnus, dans lefquelles j'étois' menace
d'cire afTaflniG ou empoifonnéi Rcntré chez nioi,
j'en reçus encore, remplies des invectives lés
lus groîlicres & des menaces les plus atiocesj.
Depuis cette époque jufqu'à mon départ il ne
3*e(t prévue point pane de jour où je n'en aie
reçu du même genre. J
Je dois nicmc dire que ce n'eft pas mon opi-
nion fur la fanétion royale qui a commencé lA
( Dçpuîî la nomination de M. l'archevcque ii Bo
«3eaux, le comité n'etoit plus compoféque de foj)t pe
formes. La majorité ctoit formée par MM. <îc- Lally-
BergafTe de Cltrmcnt-Tonii<;rfe & moi.
difcu.iîons
me fufcircr des menaces. A l'époque où j'avois
défendu la proclamation de M. de Lally, plusieurs
lettres m'avoient annoncé la fatale lanterne &
la clafle pauvre des habitans de Vcrfaillcs bien
plus facile à féduire par fes besoins & par fon
ignorance, m'avoit déja donné plufieurs marques
de haine, parce qu'on lui avoit dit que j'étois un
Anjlocrate & qu'avec ce feul mot, fans aucun
de preuve, on allumoit la fureur du
pejpie mais depuis l'infurreclion du Palais*
Royal & la propofition que j'avois faite d'accor.
der une récompenfe a ceux qui dénonceroier.t
les complots, la haine qu'on avoit ir.fpirée contre
moi s'accrut ienfiblemenr.
Plufieurs perfonnes connues dans l'afTembléc
par les preuves qu'elles avoient autrefois donnéc
de leur attachement aux anciens ufagcs & au
fyflcmc véritablement ariilocratique, foit qu'elles
cubent perdu l'efpérancc de les défendre avec
fuccès foit que des réflexions nouvelles leur
euflfent fait changer d'opinion, s'étoient ralliées
à mes principes, comme à ceux qu'elles trou
voient les plus jultes & les plus modérés. Quels
que fuflent leurs motifs, on fent bien que je ne
pouvois pas abandonner une vérité, parce qu'il
plaifoit aux perfonnes qui n'avoient pas la faveur
populaire, de la foutenir. Lorfqu'elles parloienti,
elles étoîent écoutées avec humeur & impatience,
quoique tout député dût pouvoir expliquer
librement fon opinion & l'on a eu foin de
discréditer les miennes, en faifant remarquer au
peuple que plufieurs de ces pcrfonnes fuivoient
la même doctrine.
Le i & le 2 feptcmbrc furent employés à des

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