Exposé de la conduite et des torts du sieur Talma envers les comédiens français

Publié par

Impr. de Prault (Paris). 1790. Talma. In-8 °. Pièce.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : vendredi 1 janvier 1790
Lecture(s) : 0
Source : BnF/Gallica
Nombre de pages : 29
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

DE LA CONDUITE ET DES TORTS
DU SIEUR TALMA,
E N V E R S
A P A R I S;
D E L' IMPRIMERIE DE PRAULT,
Imprimeur du Roi, quai des Augustins.
1 7 9 0.
EXPOSÉ
DE LA CONDUITE ET DES TORTS
DU SIEUR TALMA,
ENVERS
LES COMÉDIENS FRANÇAIS.
Es Comédiens français ont eu beaucoup à
se plaindre du sieur Talma, depuis son admission
dans leur société. Ils ne rappelleront point leurs
égards, leurs procédés pour le sieur Talma,
avant son admission, ceux qu'ils lui ont continués
depuis; les tracasseries fans nombre qu'il leur a
suscitées, ni les défagrémens de tous genres
qu'il leur a donnés; tous ces torts ont été excu-
sés, pardonnés ou oubliés.
Un intérêt plus grand occupe seul, lès Co-
médiens ; c'est celui de leur justification.
A 2
[4]
Dénoncés depuis deux mois par le sieur Tal-
ma; attaqués & poursuivis par lui, individuelle-
ment & en corps, ils ont opposé un silence ab-
solu aux clameurs & aux manoeuvres du sieur
Talma, parce qu'elles étoient impuissantes.
Enhardi par leur modération, & égaré par
ides conseils perfides, le sieur Talma, loin de
reconnoître ses torts, les a aggravés, en cher-
chant, par toutes sortes de moyens, à soulever
le public contre ses camarades.
Il a fait plus ; il est parvenu, à force d'im-
postures fans doute, à surprendre du Conseil de
Ville, qui n'a sur le Spectacle français que l'exer-
cice de la police (1), une ordonnance qui, fans
que le Conseil ait eu connoissance des faits, sans
que fa compétence ait été réglée ou reconnue ,
fans que les parties aient été appellées ni enten-
tendues, a cependant jugé les Comédiens cou-
[I] Le droit de police ne peut concerner que l'inté-
rieur du Spectacle & les Comédiens dans leur vie publi-
que , mais il né peut pas s'étendre fur le régime privé
de la société. Les réglemens de
[ 5] T
pables envers le sieur Talma, d'une injustice , &
envers. Ie public, dont ils semblent avoir rejeté-
Ie voeu,
L'affiche de cette décision provisoire, appel-
lant l'opinion publique contre les Comédiens
leur fait un devoir rigoureux de rompre le si-
lence, & c'est au tribunal du public, toujours
juste, lorsqu'il est. instruit des faits, qu'ils citent
le sieur Talma. Ils le feront avec la modération
& la simplicité qui conviennent à une cause juste,
& ils attendront avec la sécurité del'innocence la.:
décision de ce tribunal.
Au mois d'Avril 1790, le sieur Talma, comme
dernier reçu, fut chargé du compliment d'ouver-
ture. Sa société lui recommanda de n'y rien in-
sérer de relatif aux circonstances actuelles, & de
se renfermer dans les expressions de zèle & de
respect dont elle se plaît à renouveller chaque
année les assurances au public.
Le sieur Talma fit composer pur M. Chénier,
un compliment tout-à-fait- étranger à l'objet.
proposé, & contraire au voeu de ses camarades.
Sûr de leur improbation, il ne le leur commune
A 3.
[6]
qua point, mais le porta, avant tout, à M. le
Maire , qui manifesta fa surprise de la hardiesse
avec laquelle les Comédiens s'immifçoient dans
des choses qui étaient étrangères au théâtre, &
qui cependant, croyant que ce discours étoit
approuvé par la Comédie, répondit : je n'em-
pêche.
Fort de cette demi-approbation, le sieur Tal-
ma présenta alors son discours à. ses camarades ,
qui l'ayant unanimement rejette, l'invitèrent à
en faire un autre. Sa réponse ayant toujours été
qu'il prononceroit celui-là , ou n'en prononceroit
aucun, les Comédiens consentirent que le sieur
Talma se fît suppléer dans ce devoir par un de
ses camarades.
Le sieur Naudet eut pour lui cette complai-
sance. Il rédigea, sous les yeux de fa société, un-
discours qu'elle adopta, & qui, soumis à l'examen
de M. le Maire, fut renvoyé par lui, le 12 avril,
avec une lettre contenant une approbation positive
& même flatteuse; on y lit: « M. le Maire, qui en
» a pris lecture (du compliment) me charge de
» vous annoncer qu'il en approuve te contenu,
[7]
» & je m'applaudis d'être en ce moment l'organe
» de M. le Maire, puisque je suis chargé de vous
» porter un voeu qui ne peut être qu'agréable, au.
» Théâtre français. »
Signé, BOUCHEX, Secrétaire.
Le jour de l'ouverture & avant le lever du
rideau, il' tomba du ceintre & des troisièmes lo-
ges une nuée d'imprimés ; c'étoit le discours
composé par M. Chénier, en tête duquel se trou-
voit une note, portant entr'autres choses « Les
» Comédiens n'ont pas voulu permettre au sieur
» Talma de prononcer ce qu'on va lire. On,leur
» a rendu les droits de citoyens, & ils craignent
» de parler en citoyens. Quelques personnes de
» la Comédie française sont tourmentées de va-
» peurs aristocratiques , MAIS. AUX GRANDS
» MAUX, LES GRANDS REMEDES. »
On peut juger des dangers auxquels des im-
putations aussi calomnieuses, exposoient les Co-
médiens qui, particulièrement & en corps,
croient avoir donné des preuves non équivoques
de la pureté du patriotisme qui les; animera tou-
jours.
A.4
[8]
Le rideau levé, & a l'instant ou le sieur Naudet,
s'est présenté pour prononcer le compliment,
quelques voix ont demandé Talma, le compliment
de Talma, & le sieur Talma, prévenu de ce qui
devoit arriver, habillé & tenant à la main le
compliment composé par M. Chénier, vouloit
s'élancer fur la scène, & y seroit parvenu, sans,
les vives oppositions des personnes qui se trou-
voient alors près de lui. Le public impartial &
plus nombreux, fit bientôt taire la cabale; le.
compliment fut prononcé , & le zèle du sieur.
Naudet récompensé par une approbation gé-
nérale.
Cet échec aigrit le sieur Talma, qui voulut
faire changer le spectacle du lendemain , déja
annoncé & affiché. II répondit aux instances de
ses camarades, par la proposition qu'il leur fit
de fa démission.
La Comédie s'assembla ; deux des camarades
du sieur Talma qui étoient le plus dans son inti-
mité, les Demoiselles Raucourt & Contât, se char-,
gèrent de le voir, de le déterminer à ne point
manquer au public, en faisant changer le spec-
[9]
tacle indiqué. Elles se rendirent dans une maifon
où il soupoit habituellement, l'y attendirent en
vain jusqu'à minuit, & se retirèrent avec la pa-
role que leur donna la maîtresse de la maison »
que le sieur Talma se rendroit au voeu de sa so-
ciété.
Cependant le lendemain matin, 13 Avril, le
sieur Talma persista dans son refus, & les De-
moiselles Raucourt & Contat se transportèrent à
midi chez le sieur du Gazon, qui, usant des droits
qu'il a à la reconnoisiance du sieur Talma, le
décida à jouer ; ce qu'il fit.
Mais le 17, il écrivit à la Comédie une lettre
dans laquelle il menaçoit de nouveau de fa dé-
mission , si on ne satisfaisoit pas à des demandes,
exagérées qu'il faifoit, & que les circonstances
rendoient impossibles à accorder pour le mo-
ment.
Cette conduite, peu délicate, pouvoit aigrir les;
camarades du sieur Talma, qui cependant cher-
chèrent à le ramener, lui offrirent de fournir
individuellement la somme nécessaire au complé-
ment de fa demande, & qui ne se trouvoit pas à
[10]
la masse, ou de lui en signer l'assurance pour la
prochaine distribution. A ce prix, le sieur Talma
ne persista plus dans fa démission.
A cetteépoque, il s'éleva une discussion entre
Ia Comédie & M. Chénier, au sujet de sa Tragé-
die de Charles IX & de celle de Henri VIII, que
l'Auteur avoit retirée la veille de la représentation
a sept heures du soir ; fans égard pour les dé-
pensés excessives en décorations & en habits, que-
la mise de cet ouvrage avoit entraînée.
La Comédie engagea le sieur Talma à exposer
à son ami le tort irréparable qu'il saisoit aux Co-
médiens, en les forçant à tromper I'attente du
public, qui espéroit depuis trois mois la repré-
sentation de cet ouvrage j dort l'étude l'avoit
privé depuis ce tems de toute nouveautés
Loin de répondre au voeu de ses Camarades,
le sieur Talma approuva hautement la conduite
de M. Chénier. La Comédie supporta cette
perte, & il ne fut plus question de la pièce.
L'inftane de la Fédération interrompit le-
calme qui régnoit à la Comédie. Les Etrangers
que cette cérémonie auguste attira à Paris, fixens
[11]
augmenter les recettes ; & l'amour de Ia gloire
inspira à M. Chénier le désir de faire rejouer la
Tragédie de Charles IX, à laquelle, écrivit-il
aux Comédiens, il avoit fait des additions.rela-
tives aux circonstances du moment.
M. Chénier demandoit aux Comédiens, ce
qu'il savoit bien ne pas dépendre d'eux ; ce qui
étoit contraire à la fois aux réglemens & aux
droits des autres Auteurs : aussi lui répondirent-
ils le 15 Juillet en ces termes :
» Nous ne pouvons , Monsieur, prendre une.
» autre règle de décision fur votre demande,
» que les réglemens que vous avz adoptés
» vous-même; Ia Tragédie de Charles IX, que
» vous aviez retirée, est dans le cas del'article.
» 22 de ces réglemens, & elle a droite à une
» reprise dans le tems dont vous conviendrez
» avec la Comédie. La feule convenante qui-
» nous gouverne est la justice ; & lorsque vous
» avez retiré Charles IX, alors annoncé pour
» le Samedi suivant, nous avons cru devoir
» vous faire observer que nous ne ferions libres
» de reprendre cette Tragedie , qu'après, les
[12]
» autres pièces qui sont dans le même cas , ET
» DONT LE RANG DE REPRISE EST FIXÉ AVANT
» LA REPRISE DE LA VÔTRE, par l'époque
» même de leurs représentations.
» Nous sommes, &c. «
Alors parut dans Ia Chronique du Juillet
cette mention: « Les Comédiens Français re-
» fusent de jouer la seule Pièce nationale exis-
« tante, celle enfin qui les a tirés de la détresse.
» pendant l'hiver. «
Ce reproche injuste & insultant affecta vive
ment la Comédie, & le sieur Talma lui-même »
qui blàma hautement les mauvais procédés de
M. Chénier, qu'il oublia; cependant bientôt-
pour le servir.
En effets la Tragédie de Médéeétoit sur le
répertoire pour être jouée le 18 Juillet;& lé
sieur Talma étoit employé dans la distribution.
Il vint à un Comité qui se tenoit au sujet
d'une demandé particulière qui avoit été saite
de la Tragédie de Charles IX par les Fédérés
de Provence, & il déclara qu'il ne joueroit

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.