Faits et raisonnements établissant la véritable théorie des mouvements et des bruits du coeur, par Constantin Essarco,...

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A. Delahaye (Paris). 1864. In-4° , 66 p..
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FAITS ET RAISONNEMENTS
ÉTABLISSANT LA VÉRITABLE THÉORIE
DES MOUVEMENTS
ET DES
BRUITS DU CŒUR
PAR
CONSTANTIN ESSARCO
DOCTEUR EN MÉDECINE DE LA FACULTÉ DE PARIS
., f
1 Licencié ès-sciences naturelles,
Membre de la société géologique de France.
rg-ii
PARIS
ADRIEN DELAHAYE, LIBRAIRE-ÉDITEUR
PLACE DE L'ÉCOLE DE MÉDECINE.
1864
AVANT-PROPOS.
Experientia fallax judicium difficile.
(HIPPOCRATE.)
M. le professeur Bouillaud a donc eu
entièrement raison de dire que la vérita-
ble théorie des mouvements et des bruits
du cœur était établie, quels que soient
les résultats des expériences de MM. Chau-
veau et Marey. Oui, ajouterons-nous,
cette théorie est définitivement établie,
malgré les expériences de MM. Chauveau
et Marey, qui nous paraissent avoir donné
raison une fois de plus au divin vieillard
de Cos, qui disait il y a plus de vingt-
trois siècles : « Experientia fallax,
judicium difficile. » (page 41.)
Au moment où l'on croyait la physiologie et la pa-
thologie du cœur assises dans ses points fondamen-
taux sur une base définitive, des voix s'élèvent au sein
de l'Académie de médecine de Paris pour jeter
l'incertitude dans les esprits et mettre de nouveau
tout en question. La plupart des idées émises et sou-
tenues par Harvey, Haller, Hope et d'autres célèbres
physiologistes sur les mouvements du cœur, par Roua-
net et M. le professeur Bouillaud sur la cause des
bruits de cet organe, sur le rôle du jeu valvulaire et
ses conséquences pathologiques, auraient à tort
trouvé un accueil facile auprès de la presque univer-
salité des savants de l'Europe et le temps serait enfin
venu de porter définitivement le marteau sur un échaf-
faudage sang fondement
— 8 —
Nous n'avons pas la prétention d'apporter dans
cette question des faits nouveaux, des expériences
nouvelles, des raisonnements nouveaux (1). A nos
yeux, tous les éléments du problème existent, et si sa
solution paraît encore incertaine aux yeux de quel-
ques savants, cela tient, osons-nous le croire, à ce
qu'ils n'ont pas suffisamment arrêté leur regard et
leur esprit sur l'ensemble de la question, et qu'ils ne
l'ont pas examinée sous toutes ses phases et tous ses
aspects.
Si nous réussissons à mettre un peu de clarté et de
méthode dans notre exposition, ce travail aura pour
résultat de mettre en évidence que l'ensemble des faits
qui constituent l'anatomie, la physiologie et la patho-
logie du cœur ont entre eux un enchaînement logi-
que, nécessaire, nous allions dire fatal et inflexible,
que les doctrines seules que nous soutenons peuvent
comprendre et expliquer.
Nous discuterons comme quand on veut s'éclairer,
nous ne combattrons pas comme quand on veut
vaincre.
(1) Le lecteur, au courant de la question, s'apercevra ce-
pendant de quelques aperçus, de quelques raisonnements
nouveaux, qu'aucun auteur n'a émis avant nous.
1864, - C. Essarco. 2
PREMIÈRE PARTIE
Anatomie
Le rôle physiologique du cœur, la théorie de ses
mouvements et de ses bruits sont, à nos yeux, écrits
de la manière la plu lisible sur la conformation ex-
térieure et intérieure de cet organe. On peut les lire
dans la structure musculaire inégalement puissante
des parois de ses cavités, dans la contexture si savam-
ment mais si logiquement compliquée de ses diffé-
rentes parties et aussi, malheureusement, dans les
altérations pathologiques dont il ne devient que trop
fréquemment le siège. Un résumé donc rapide de la
conformation, de la structure, de la contexture du
cœur nous paraît tout d'abord indispensable. L'obser-
vation scrupuleuse et exacte avant tout, l'expérimen-
tation intelligemment accomplie ensuite et enfin le
raisonnement rigoureusement logique et logiquement
rigoureux.
Le cœur est un des chefs les plus importants du
triumvirat décrit par Bichat sous le nom de trépied
vital. Parlie centrale de tous les mouvements qui pré-
sident à la circulation, il est situé dans la cavité de la
Idée générale du cctur.
- 10 —
poitrine, à gauche, derrière le sternum qui le protège
à la manière d'un bouclier et entre les poumons qui
lui forment une espèce de couche. Il est séparé des
viscères abdominaux par le diaphragme et se trouve
en arrière en rapport avec l'œsophage, l'aorte et la
colonne vertébrale.
Comme on voit, le cœur est plus près de l'extré-
mité supérieure, parce que le sang qui doit y arriver
doit lutter contre la pression de la pesanteur.
Sa forme est celle d'un cône renversé dont la base
regarde en arrière et à droite, tandis que la pointe
est tournée à gauche en avant et en bas, et arrive au
niveau du cinquième espace intercostal. Son volume
est variab le se mesurant cependant assez exacte-
ment, d'après la dimension de poing du sujet. Sa plus
longue largeur est à peu près égale à sa longueur, qui
a en moyenne 98 millimètres.
L'organe central de la circulation est formé de deux
moitiés symétriques ou de deux cœurs adossés l'un à
l'autre et élroitemcnt unis et situés, l'un sur le trajet
du sang veineux pour le chasser vers les poumons,
l'autre sur le trajet du sang artériel pour le projeter
dans toutes les parties du corps. Chacune de ces moi-
tiés est à son tour formée de deux cavités (un ventricule
et une oreillette), de manière que l'agent central du
courant circulatoire a quatre cavités, deux oreillettes
et deux ventricules. Les deux ventricules sont la partie
principale du cœur, la partie véritablement active,
aussi leur structure musculaire est-elle remarquable-
ment puissante et remarquablement compliquée. Les
Ventricules. — Leur remar-
quable et puissante structure
musculaire.
— 11 —
fibres qui les constituent sont des fibres striées, et
par là, le cœur se rapproche des muscles de la vie
animale avec lesquels il offre des analogies par sa char-
pente fibreuse, par les tendons terminaux de ses fibres
et par sa couleur rouge.
Ces fibres musculaires sont de deux sortes: des fibres
propres à chaque ventricule et des fibres communes
ou unitives. Les fibres propres composent, par leur
ensemble, deux cylindres creux, parallèles, et adossés
l'un à l'autre comme ceux qui forment le canon d'un
fusil double. Toutes les fibres qui donnent naissance
à ces cylindres forment des anses qui s'embrassent
toutes les unes les autres dans les parois de l'organe,
comme des cornets de papier d'inégale grandeur, dont
les plus petites seraient emboîtées dans les plus
grandes. Les fibres communes sont antérieures ou
postérieures. Les antérieures recouvrent toute la face
sternale du cœur et partent soit de la zone fibreuse
qui entoure l'orifice pulmonaire, soit de la zone située
à la base du ventricule droit pour se diriger en bas
et à gauche, vers la pointe du cœU!. Elles sont plus
longues que les postérieures. C'est là un fait impor-
tant qu'il ne faut pas perdre de vue.
Les postérieures recouvrent toute la face diaphrag-
matique du cœur et passent des zones auriculo-ventri.
culaires pour se porter en bas et à droite. Parvenues
à la pointe du cœur, les antérieures se contournent en
tourbillons, se réfléchissent de bas en haut, pénètrent
dans le ventricule gauche par son orifice inférieur et re-
viennent aux zones aortiques et auriculo-ventriculaire
Fibres de la paroi antérieure
plus longues que celles de la pa-
roi postérieure.
-12 -
gauche, et un certain nombre constitue les colonnes
charnues de premier ordre allant s'insérer aux valves
de la valvule mitrale. Arrivées au bord droit du cœur,
les postérieures s'engagent sous les précédentes, remon-
tent obliquement de différentes hauteurs vers l'orifice
inférieur du ventricule droit, pénètrent dans ce ventri-
cule et se fixent aux zones pulmonaire et auriculo-ven-
triculaire dioite, et quelques-unes constituent égale-
ment les colonnes charnues de premier ordre qui vont
se jeter sur la valvule tricuspide. Il suit de cette remar-
quable disposition que les fibres unitives enlacent les
cylindres formés par les fibres propres par leur partie
descendante, et les cylindres, à leur tour, embrassent
ces mêmes fibres par leur partie réfléchie, double en-
chevêtrement qui devient un puissant moyen d'union
pour les ventricules. Elle est donc bien exacte et bien
vraie la définition que donnait Winslow du cœur, en
disant que c'est un organe composé de deux sacs mus-
culeux renfermé dans un troisième également muscu-
leux. Notons ici l'extrême minceur de la paroi de la
pointe du cœur, d'une part, et de l'autre, son extrême
solidité, solidité qui résulte de l'espèce de tourbillon
que forment les fibres unitives en se contournant et
en formant les unes des anses simples, d'autres des
anses complexes pour entrer dans le ventricule gau-
che. Il résulte de là que 1 espèce de tourbillon qu'elles
forment est serré, lorsque ces fibres se contractent,
et la pointe du cœur éprouve un mouvement de tor-
sion extrêmement remarquable qui a pour résultat de
chasser le sang de bas en haut.
Torsion remarquable des fibres
à la pointe du cœur.
— 13 —
Nous ne dirons rien des fibres musculaires des
oreillettes, si ce n'est que ces fibres sont peu nom-
beuses, formant à ces organes des parois très-minces,
très-peu actives, très-peu puissantes, disposition
anatomique et physiologique qui, disons-le en pas-
sant, aurait dû être prise en considération par ceux
qui ont placé dans l'impulsion des oreillettes la cause
du premier bruit du cœur et du choc de la pointe.
En disséquant le cœur et en pénétrant dans l'inté-
rieur de ses cavités, nous observons :
1° Des faisceaux musculeux ou colonnes charnues;
2° Des lames ou valves dont se trouvent pourvus les
orifices placés à la base des ventricules ;
3° Des anneaux ou zones fibreuses des orifices.
M. le professeur Bouillaud est le premier qui a décrit
avec exactitude et a démontré le véritable usage de
ces colonnes charnues dont nous parlons. Nous avons
indiqué l'origine de ces faisceaux musculeux en par-
lant des fibres unitives du cœur. Deux surtout attirent
l'attention : « grosses quelquefois comme le petit
doigt, dit M. Bouillaud (1), elles naissent par de nom-
breux faisceaux de la paroi postérieure du ventricule
(il s'agit ici du ventricule gauche), non loin de la
pointe du cœur, se dirigent de bas en haut, et, par-
venues vers la moitié de la hauteur de la cavité
ventriculaire, elles se détachent complètement de la
paroi où elles avaient pris naissance pour se terminer
par une extrémité mousse, arrondie, qui se partage en
plusieurs fascicules qui se réunissent ensuite, de ma-
(1) Bouillaud, Traité clinique des maladies du cœur.
Oreillettes. — Leur faiblesse
musculaire.
Examen intérieur <lu cueur
I" Muscles tenseurs.
— 14 —
nière à ne plus composer que deux ou trois faisceaux
principaux. Ceux-ci forment, en se contournant, un
cercle incomplet, c'est-à-dire échancré du côté par
lequel les deux colonnes se regardent réciproque-
ment. Des deux faisceaux dont nous venons de parler,
l'un est antérieur ou supérieur, l'autre, postérieur ou
inférieur. Du faisceau antérieur de chaque colonne
partent plusieurs tendons qui vont s'insérer à la lame
antérieure de la valvule tricuspide dont nous allons
bientôt parler ; ils s'y rendent en divergeant et rayon-
nant pour ainsi dire à la manière d'un éventail. De
chaque faisceau postérieur partent d'autres tendons
qui vont également en rayonnant à la lame posté-
rieure de ladite valvule. » Nous voyons donc qu'a-
natomiquement parlant , nous avons affaire à de
véritables muscles'; physiologiquement, ces colonnes
agissent également comme des muscles. C'est donc
avec grande raison que M. Bouillaud les a appelés
des muscles tenseurs, releveurs ou rapprocheurs des
lames de la valvule.
Les valvules dont sont pourvus les orifices du cœur
constituent la partie la plus intéressante et la plus
délicate de cet organe. Leur rôle physiologique est
immense; leurs altérations pathologiques sont de la
plus grande importance. Les valvules, qui se trouvent
aux orifices, qui mettent en communication les ven-
tricules avec les oreillettes, constituent la valvule
tricuspide pour le ventricule droit, et la valvul e
mitrale pour le ventricule gauche. Chaque valvule
constitue comme un entonnoir qui se prolonge jus-
2* Valvules.
— 15 —
qu'au milieu du ventriculeetdonne,comme nous 1 avons
dit, insertion aux colonnes charnues de premier ordre.
Les valvules dont sont pourvus les orifices, qui met-
tent en communication les ventricules avec les canaux
artériels, constituent les valvules sigmoïdes. Chaque
valvule est formée de trois valves qui se relèvent ou
s'abaissent sous l'influence de l'impulsion du sang ou
de sa tendance à rétrograder. Ces valves ne peuvent
pas se coller, comme on pourrait le craindre, sur les
parois des tubes, attendu qu'il existe une petite dé-
pression qui les sépare de ces parois et où reste toujours
une certaine quantité de sang.
Les valvules sigmoïdes, de même que les valvules
mitrale et tricuspide, sont composées de tissu fibreux,
et par conséquent résistant. Elles ont autour d'elles
deux lames de cette membrane interne du cœur dont
nous parlerons bientôt, et qu'on appelle l'endocarde.
L'adhérence entre le tissu fibreux des valves et l'endo-
carde est très-grande, ce qui nous explique comment
une inflammation de l'endocarde se propage au tissu
fibreux, l'altère, le détériore, l'ossifie.
Les anneaux ou zones fibreuses couronnent, avons-
nous dit, les orifices placés à la base des ventricules.
deux antérieurs ou artériels aortique et pulmonaire,
et deux postérieurs ou auriculo-ventriculaires. Nous
avons montré comment ils servent de points d'inser-
tion aux fibres musculaires du cœur; ce sont encore
ces mêmes anneaux qui servent de base aux valvules,
nous pourrions dire, qui forment ces valvules par leur
prolongement. La zone aortique regarde en haut et à
3° Anneaul fibreui.
— 16-
droite; la zone pulmonaire, placée à 10 ou 12 mm au-
dessus de la précédente, regarde en haut et à gauche.
Les anneaux auriculo-ventriculaires s'inclinent en
arrière.
Il est important de noter la s ituation relative des
quatre orifices formés par ces anneaux fibreux. Les
orifices auriculo-ventriculaires sont placés tous les
deux sur un même plan, l'un à droite, l'autre à gau-
che de la cloison qui sépare les deux ventricules.
Vers la base, la cloison devient fibreuse et très-mince,
de manière que les deux ventricules sont à peine
séparés : d'où difficulté de distinguer les bruits qui
se passent dans l'un ou dans l'autre de ces ventricules.
L'orifice de l'aorte est placé entre les deux orifices ven-
triculaires et un peu en avant; il est un peu sur le
ventricule gauche ; l'orifice pulmonaire est un peu en
avant de l'orifice aortique.
Pour compléter la description du cœur au point
de vue qui nous intéresse, disons un mot de ses enve-
loppes. Une de ces enveloppes est intérieure, c'est
l'endocarde ; l'autre extérieure, c'est le péricarde.
L'endocarde tapisse les parois des quatre cavités du
cœur, de même que les colonnes charnues, de même
que les valvules. L'adhérence de l'endocarde avec ces
différentes parties est très-grande, de manière que ses
maladies se communiquent à ces parties elles-mêmes.
On ne peut saisir anatomiquement entre l'endocarde
des deux moitiés du cœur aucune différence ; patho-
logiquement, cependant, cette différence apparaît,
Enveloppas du cœur.
- 17 -
car, dans l'immense majorité des cas, c'est l'endo-
carde du côté gauche qui est susceptible d inflamma-
tion, tandis que l'endocarde du côté droit ne l'est que
très-rarement. Le péricarde est composé de deux feuil-
lets : un feuillet fibreux et un feuillet séreux. Le
feuillet fibreux constitue pour le cœur un moyen de
fixité ; il a la forme d'un cône à base regardant en bas,
et au sommet regardanten haut. Par sa base il repose
sur le centre phrénique du diaphragme avec lequel il
concentre une adhérence si intime, qu'il a pu en être
considéré comme une émanation ; par son sommet, il
s'avance, en s'isolant du feuillet séreux, sur les gros
vaisseaux en leur formant des espèces de gaines.
Le feuillet séreux constitue pour le cœur un moyen
de glissement; il tapisse la base et la face interne du
feuillet fibreux, auquel il adhère intimement, et il est
en rapport avec la périphérie du cœur, qui se meut
dans son intérieur. Des conséquences pathologi-
ques faejfës à prévoir vont résulter de ce dernier
rH pport.
rapport. v
1861. - C Essarco.
DEUXIÈME PARTIE
Physloloa-Ie :;
CHAPITRE PREMIER
Que se passe-t-il lorsque le cœur fonctionne?
En mettant à découvert le cœur d'une grenouille
vivante, on voit que la partie inférieure de cet organe
se gonfle et rougit, tandis que la portion supérieure
se resserre peu à peu, puis que cette partie inférieure
secontracte, tandis que les oreillettes situées au-dessus
se dilatent. Il y a donc alternance des mouvements des
ventricules et des oreillettes. Nous dirons bientôt
avec précision comment s'accomplit cette alternance.
Le fait de l'alternance est beaucoup moins marqué
chez l'homme que chez les vertébrés inférieurs. Elle
existe cependant, et elle a été constatée directement
par plusieurs physiologisles dans des cas de vice
de conformation où les parois du thorax étaient
restées incomplètes, et le cœur se trouvait presque
à nu.
La systole auriculaire, ayant lieu tout à fait à la fin
de la diastole ventriculaire, comme nous allons bien-
Double fait : t. Alternance des
mouvements des oreillettes et des
ventricules: 2" force aspirante des
rentricuH,
- 19 —
tôt le faire comprendre, n'aura pour résultat que
d'achever le remplissage des ventricules, car ces cavi-
tés, après s'être contractées, tendent à reprendre un
certain état de dilatation, et doivent par conséquent
exercer une espèce de succion ou aspiration sur le
liquide contenu dans les oreillettes. Combien donc
est heureuse et exacte l'expression de M. le professeur
Bouillaud, qui compare le cœur à une pompe aspi-
rante et foulante, car les ventricules, se contractant
après leur dilatation , chassent le sang dans les ar-
tères.
Suivant M. Beau, les parois des ventricules sera ient,
pendant l'intervalle des contractions, trop flasques
pour se tenir écartées; il y aurait aplatissement de
leurs parois et effacement de leurs cavités (t) il leur
sera par conséquent impossible d'exercer cette espèce
de succion qui attire le sang. C'est là une hypothèse
gratuite que rien ne confirme. Tout le monde a eu
l'occasion de voir un cœur excisé et retiré palpitant
de la poitrine d'un animal, et personne n'a vu les
parois flasques dont parle M. Beau; nous rappellerons
en outre les expériences faites il y a longtemps déjà
par J. Johnson et reproduites depuis, et qui consis-
tent à exciser un cœur palpitant et à le plonger dans
un vase d'eau. Le cœur continue à battre pendant
quelque temps, et le jet qui en sort devient de moins
en moins coloré, puis ne consiste qu'en de l'eau à
(1) Beau, Traité expérimental et clinique d'auscultation, 1856,
p. 254.
- 20 -
peine rouge. Que faut-il conclure de là, sinon que
l'eau s'introduit dans le ventricule pendant sa dias-
tole, et que cette introduction ne peut s'accomplir que
grâce à la force aspirante du ventricule? et cela
pourrait- il avoir lieu si les parois des ventricules
étaient trop flasques pour se tenir écartées, s'il y avait
effacement de leurs cavités?
M. Beau dit que si la cavité des ventricules ne
s'efface pas après la mort, cela dépend seulement de
la rigidité cadavérique. Nous rappellerons à M. Beau
que cette rigidité est un état transitoire qui ne dure
que quelques heures, et que la disposition des cavités
ventriculaires, telle que tout le monde la voit, persiste
après que ce phénomène a cessé.
Nous tenions tout d'abord, et en commençant, à
établir ce double fait : l'alternance (peu marquée, il
est vra i, chez l'homme, mais existant cependant),
entre les mouvements des oreillettes et des ventri-
cules d'une part, et la force aspirante des ventricules
de l'autre. Nous en tirerons parti dans la suite de
notre travail.
En mettant la main sur la région précordiale, nous
sentons se produire vers le cinquième espace inter-
costal un mouvement prononcé: c'est le choc de la
pointe du cœur. A quoi est du ce mouvement? A l'im-
pulsion, répond M. Beau, donné aux ventricules par
l'entrée brusque d'une ondée de sang dans ses cavi-
tés lors de la contraction des oreillettes. Par consé-
quent, suivant son hypothèse, ce choc précéderait la
Mouvements du NCla'. -, Choc
de la poinlr. — Sa coïncidence
avec la systole ventriculaire.
— 21 —
systole ventriculaire, au lieu d'en être la conséquence,
et coïncidera it avec la diastole.
Comme c'est ici le point capital sur lequel repose la
théorie de M. Beau, sur les mouvements et les bruits
du cœur, nous nous y arrêterons un instant, et nous
rapporterons des faits, des expériences et des raison-
nements qui nous paraissent irréfutables et qui sont
de nature à renverser de fond en comble la théorie de
J'ingénieux expérimentateur.
Il y a près de deux siècles, l'illustre observateur
Harvey avait fait l'expérience suivante :
En mettant à découvert le cœur chez divers ani-
maux vivants, il reconnut et constata que la pointe
du cœur s'abaisse et s'éloigne de la paroi thoracique
pendant la réplétion et la dilatation des ventricules,
tandis que cet organe se redresse et se porte en avant
pendant la systole ventriculaire. Ce même illustre et
rigoureux observateur eut l'occasion de constater la
coïncidence de l'impulsion du cœur avec la systole
ventriculaire chez l'homme adulte, dans un cas patho-
logique extrêmement curieux et rare. Harvey raconte,
dans son ouvrage sur la génération, comment le fils
d'un des seigneurs de la cour du roi d'Angleterre
Charles 1er, le vicomte de Montgomry, ayant eu, par
suite d'une blessure, les côtes brisées, eut le thorax
largement ouvert et le cœur mis à découvert. Harvey
put donc voir battre le cœur chez l'homme. Il constata
que, pendant la diastole, cet organe restait au fond de
sa loge, tandis que, à chaque contraction de la por-
Preuves fournies : 1" par l'ob-
servation.
— 22 —
tion ventriculaire, il se relevait brusquement et, venait
frapper contre la paroi antérieure du thorax.
Dans une des expériences faites, dit M. Milne
Edwards (1), par la Commission de Dublin (c'était donc
là une réunion de savants qui expérimentaient), une
portion de la paroi costale du côté gauche ayant été
enlevée sur un jenne veau et le péricarde ouvert, on
vit qu'à chaque contraction des ventricules, la pointe
et une portion considérable delà portion antérieure du
cœur venaient passer entre le sternum, et lorsqu'on
insinuait le doigt entre cet os et la surface adjacente
des ventricules, on sentait une forte impression au
moment où le cœur, en se contractant, devenait dur,
tandis que pendant l'état de relâchement du tissu des
ventricules, cet organe se retirait plus ou moins en
arrière et cessait de presser ainsi en avant.
Nous citerons encore les expériences de MM. Chau-
veau et Marey, expériences qui ont été faites avec une
très-grande précision. Un des résultats de ces expé-
riences est d'avoir prouvé la coïncidence du choc de
la pointe avec la systole ventriculaire. Disons ici tout
d'abord qu'il nous est impossible de souscrire à tou-
tes les conclusions que l'on en a voulu tirer en fa-
veur de la véritable théorie des mouvements et des
bruits du cœur. Ces expériences ne pourraient tout
au plus prétendre qu'ajouter un élément de plus
(I) Leçons sur la physiologie et l'anatomie comparée de ri/omm.
et des animaux.
2* L'expérience.
-23-
aux éléments déjà nombreux qui existent et qui
sont plus que suffisants pour établir cette théorie.
L'ordre d'exposition que nous nous sommes tracé
ne nous permet pas d'insister ici sur ces expériences;
nous y reviendrons en parlant du rhylhme des bruits,
et nous leur adresserons quelques objections qui nous
paraissent assez graves.
Voilà ce que dit l'expérience. Le raisonnement n'est
pas moins concluant en faveur de la théorie que nous
soutenons.
Lorsqu'un muscle est en repos, son tissu devient
flasque, et lorsque ce muscle est, comme le co.'ur, un
muscle en quelque sorte suspendu, il cède un peu à
son propre poids; mais quand il se contracte, il de-
vient dur et rigide et tend à prendre une forme et à
exécuter un mouvement déterminés qui sont en rapport
avec la disposition de ses fibres. Or, l'anatomie nous
a montré ies fibres de la paroi antérieure plus lon-
gues que celles de la paroi postérieure; ces fi bres, en
se raccourcissant pendant la systole ventriculai ie, ont
et doivent avoir pour résultat le relèvement de la
pointe du cœur et par conséquent elles contribuent
ainsi à produire le phénomène de l'impulsion qui
nous occu pe.
Un liquide s'échappant d'un vase où il était com-
primé exerce sur la paroi du vase opposée à l'orifice
d'écoulement une certaine pression, qui a pour ré-
sultat de repousser cette paroi et repousser le vase tout
entier. Pourquoi ce principe, vrai en hydraulique, ne
le serait-il pas ici? Pourquoi le sang, en s'échappant
3° Le i-aisonneinctit. - Expli-
cation du mécanisme intime du
choc de la pointe.
— 24 —
des ventricules, ne tendrait-il pas à repousser le cœur
en sens contraire, et pourquoi cet organe ne céderait-il
pas à la pression exercée de la sorte? Evidemment, il
n'y a aucune raison pour admettre le contraire, et ce
que le raisonnement et la logique des choses nous
obligent à admettre à priori, l'expérience le démontre
également. M. le Dr Batailhé professait cette manière
de voir dans ses cours particuliers, bien avant que
M. Hiffelsheimait présenté à l'Académi(ses mémoires
sur ce sujet et construit son appareil propre à en dé-
montrer l'exactitude.
Ajoutons encore que le systole ventriculaire pro-
jetant l'ondée sanguine dans les courbures de l'aorte
et de l'artère pulmonaire, c'est-à-dire dans des canaux
élastiques, ceux-ci tendent à se redresser comme un
ressort, et ce mouvement de redressement se mani-
feste à l'extrémité du ressort représenté par la partie
libre du cœur. Quoique cette manière de voir soit
combattue par M. Hiffelsheim et mise en doute par
MM. Chauveau et Faivre, nous persistons à croire que
lors même que la force produite par la projection de
l'ondée sanguine dans les courbures des vaisseaux ne
suffirait pas à elle seule pour produire le phénomène
du choc de la pointe, comme le pensaient Hunter et
Senac, nous persistons à croire qu'elle contribue,
comme auxiliaire, aux mouvements intrinsèque et de
recul dont nous avons parlé.
Nous ne pouvons pas insister plus longtemps sur la
coïncidence du choc du cœur avec la systole ventricu-
laire et parconséquent avec le pouls. Si les faits rigou-
— 25 —
1861. - C Essarco, 4
reusement observés, les expériences intelligemment ac-
complies et le raisonnement strictement et sévèrement
logique ont quelque valeur, l'opinion que nous sou-
tenons nous paraît surabondamment prouvée.
Passons maintenant aux bruits du cœur. Nous avons
décrit succinctement les valvules qui se trouvent à
l'orifice aortique et pulmonaire, d'une part, et aux
orifices auriculo-venlriculaires, d'une autre. Que ces
valvules servent de soupapes pour fermer et ouvrir
les cavités de cette pompe savamment compliquée
qu'on appelle le cœur, c'est là un fait indiscutable et
depuis longtemps acquis à la science. Mais ces val-
vules ne servent-elles pas, en même temps, à produire,
par leur brusque abaissement et par le rapproche-
ment rapide de leurs valves, les bruits que l'oreille
perçoit lorsqu'on l'applique sur la région précordiale?
Observons, expérimentons et raisonnons. Commen-
çons par le bruit qni a son maximum à la base du
cœur, ou bruit supérieur, ou second bruit.
Tout le monde connaît l'expérience suivante de
Rouanet. Il lia la portion de l'aorte qui se trouve au-
dessus des valvules sigmoïdes autour d'un tube ver-
tical, et à l'extrémité opposée du même vaisseau ,
un second tube garni inférieurement d'une vessie
pleine d'eau; puis, imprimant des compressions
subites à la vessie, il fit monter le liquide dans
l'appareil. « A l'instant, dit Rouanet, où mes
doigts, qui venaient d'imprimer une compression su-
bite à la vessie, s'écartaient pour laisser redescendre
le liquide, un choc très-marqué venait frapper mon
BruiLs du Èoeklr.
Bruit supérieur ou second bruit
produit par t" claquement des
valvules sigmoides. — Preuves :
- Expérienc de "Rouanet.
- 26 -
oreille; il se faisait entendre aussi souvent que je ré-
pétais la compression de la vessie. Sa force était en
rapport avec la colonne liquide. Il était analogue au
second bruit du cœur. »
Des expériences nombreuses de ce genre furent ré-
pétées depuis. Mais la production du bruit qui nous
occupe par les valvules sigmoïdes fut mise hors de
doute par des expériences que diverses Commissions
de l'Association britannique firent sur des veaux et
des ânes. On constata, en effet, que la production de
ce bruit était suspendue quand on introduisait dans
l'aorte ou l'artère pulmonaire des alênes, de manière
à maintenir les valvules sigmoïdes écartées et appli-
quées contre les parois des vaisseaux.
Que voyons-nous à l'autopsie du cœur d'un malade
chez lequel, à l'auscultation, nous avions constaté que
le second bruit qui nous occupe était modifié ou rem-
placé par un bruit de souffle? Nous voyons les val-
vules sigmoïdes profondément altérées; elles sont
comme corrodées, ossifiées, ne pouvant pas jouer,
fermant et ouvrant mal l'orifice aortique ou pulmo-
naire et étant cause, par conséquent, que le sang pro-
duise un bruit de souffle.
Nous aurons l'occasion de revenir plus d'une fois
sur ce point et d'expliquer avec plus de détails le
phénomène de la production des bruits de souffle.
Que nous dit, maintenant, le raisonnement? Les
valvules sigmoïdes se trouvent à la base du cœur ;
Expériences de diverses com-
missions «le l'Association britan-
nique.
Observations expériences et
cliniques.
t.'* raisonnement,.
— 27 -
étant minces et s'abaissant très-brusquement sous
l'impulsion de l'ondée sanguine, le bruit qui résultera
de leur abaissement et leur tension devra être supé-
rieur, brusque, clair, presque éclatant. En effet, l'o-
reille constate que ce bruit est supérieur, brusque,
clair et presque éclatant. Le raisonnement donc,, de
même que l'expérience, constate et confirme l'exacti-
tude de la théorie qui explique le deuxième bruit
par les mouvements des valvules sigmoïdes.
Quelle est l'explication que donne M. Beau de la
production du second bruit? Quelles sont les obser-
vations et les expériences qui établissent sa théorie?
Nous osons à peine les reproduire, car nous craignons
de déconsidérer la méthode d'observation et d'expé-
rience. Pour expliquer comment le bruit qui nous
occupe est dû au choc d'une ondée sanguine projetée
par les troncs veineux contre les parois ventriculaires,
M. Beau fait et rapporte l'expérience suivante. Nous
citerons textuellement: « On prend une portion de
gros intestin, longue de 4 décimètres, que l'on sé-
pare complètement du tube intestinal et du mésocôlon.
On lie circulairement une de ses extrémités avec un
fil, et, par l'autre extrémité, on remplit d'eau cette
portion d'intestin jusqu'à la hauteur de 3 décimètres.
De cette manière, il reste, dans l'intérieur de l'intes-
tin, une étendue de 1 décimètre qui ne contient pas
d'eau, et qui, pour la réussite de l'expérience, doit
être exactement privée d'air; on lie ensuite avec un
fil l'extrémité restée libre jusque-là Les choses
étant ainsi di sposées, on exerce avec les doigts un
HéfutatioJl dt, la théorie dr
M. Beau.
-28 -
pression circulaire sur l'intestin entre la portion pleine
et la portion vide ; on charge une personne de com-
primer, d'une manière notable et continue, la portion
pleine, et si alors on écarte brusquement les doigts
qui exerçaient une pression circulaire sur l'intestin,
Je liquide se poi le vivement contre l'extrémité vide.
en produisant en ce point un mouvement brusque et
un bruit de choc appréciable même à distance» (1).
Nous nous demandons, en conscience, quelle res-
semblance, quelle analogie y a-t-il entre une portion
de gros intestin, d'une pari, et les troncs veineux et
les orei llettes, de l'autre? Quelle ressemblance entre
cette partie de l'intestin qui a une étendue de 1 dé-
cimètre et qui ne contient pas d'eau et qui pour « la
réussite de l'expérience doit être exactement privée
d'air» et l'oreillette qui, loin de réaliser le vide (qui
paraît nécessaire pour la réussite de l'expérience) est
au contraire constamment, quoique alternativement,
remplie de sang ; car, où sont les valvules à l'entrée
des troncs veineux dans les oreillettes pour inter-
cepter la communication entre ces canaux et ces réser-
voirs, et pour permettre ainsi la tendance à la for-
mation du vide?
« L'application des doigts, continue M. Beau, qui
sépare la portion pleine de la portion vide de l'in-
testin remplit le rôle du resserrement contractile
des orifices auriculaires qui séparent les troncs vei-
neux gorgés de sang et les oreillettes vides. » Mais
(1) Beau, loc. cil., p. 273.
- 29 -
où existe-t-il ce resserrement contractilePQuels sphinc-
ters l'anatomie nous montre-t-elle aux orifices auri-
culaires? L'anatomie ne nous montre-t-elle pas, au
contraire,les troncs veineux béants, à leur embouchure
dans les oreillettes? Ne nous montre-t-elle pas leurs pa-
rois adhérentes plus ou moins intimement au tissu cel-
lulaire environnant; ce qui explique, avec l'absence de
fibres musculaires puissantes que la théorie de M. Beau
leur suppose, cette béance de même que l'absence de
toute contraction énergique ?
« Enfin, dit M. Beau, l'écartement brusque des
doigts, qui permet l'irruption subite du liquide de la
portion pleine dans la portion vide, fait l'office de la
cessation brusque du resserrement contractile des ori-
fices veineux, qui permet au sang accumulé (pourquoi
et comment s'est-il accumulé ?) dans les troncs vei-
neux de se jeter (il faut ici également une irruption
subite) dans la cavité vide des oreillettes » (t).
Nous nous abstiendrons de tout commentaire, et
nous poursuivrons.
Comment se produit le premier bruit? Ici, il faut
l'avouer, l'expérience ne nous apportera pas des
preuves aussi décisives que dans le cas précédent. In-
terrogeons cependant et serrons de près les faits. Il est
indubitable, et sur ce point tous les physiologistes
sont d'accord, que le premier bruit a son point de
départ dans la portion ventriculaire ; il est encore in-
(1) Beau, loc. cil., p. 273.
Rruil inférieur ou prfin'er bruit.

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