Félis Métamorphosis

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Londres, de nos jours. Olivier, un jeune étudiant français, effectue un stage d’été dans un grand journal. À la demande de son employeur, il rencontre une romancière, Sylla, dont il doit écrire la biographie. La jeune femme, auteur de livres pour enfants, va alors lui raconter sa longue vie faite d’aventures et de rencontres incroyables. Mais sa vie se superpose étrangement à celle de l'héroïne de ses propres livres, un félin métamorphe qui traverse les âges et les époques.


Publié le : vendredi 13 mai 2016
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EAN13 : 9782334135726
Nombre de pages : 90
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ISBN numérique : 978-2-334-13570-2

 

© Edilivre, 2016

I

Je dormais à moitié ce matin-là, quand une lueur brutale inonda ma chambre. C’était la lumière du jour et je grimaçais de douleur car mes yeux étaient encore gonflés des excès de la veille. J’allais supplier mon colocataire d’arrêter tout de suite cette torture quand j’aperçus, près de la fenêtre, une superbe créature qui me regardait d’un air dédaigneux, une tasse fumante dans les mains.Je relevai complètement la tête, elle détourna les yeux. La garce ! C’est elle qui avait ouvert les rideaux ! J’esquissai quand même un “salut” poli dans sa direction mais la blonde filiforme me regarda d’un air froid, presque haineux. Elle saisit son sac griffé d’un geste souple, balança sa tasse sur ma table de nuit et disparut de mon appartement dans un nuage de parfum épicé. Surpris par ce mouvement brusque, je sortis complètement de mon état léthargique. Assis sur mon lit, la tête entre les mains, je tentais de me remémorer la soirée.

C’était dans ce pub irlandais près du British Museum. Nous fêtions notre diplôme de fin d’année avec quelques amis du London College of communication. J’avais abordé une des filles que Peter, mon coloc, avait emmenée. Le début de la soirée avait été agréable et je crois avoir été plus que correct. Mais l’alcool aidant, la suite devait être moins glorieuse. Arrivé avec elle dans mon appart, je m’étais affalé sur le lit, pour ne plus en sortir. C’était mon problème. Certains deviennent violents avec l’alcool, moi je sombrai dans les bras de Morphée.

Mais, inutile de ressasser plus longtemps mes déboires amoureux. Je me forçai à émerger et enfilai vite fait un caleçon. Une bonne douche me ferait du bien car la journée promettait d’être longue, mon patron m’avait commandé un boulot très spécial à faire dès aujourd’hui.

Peter était déjà debout quand je sortis de la salle de bain et, vu sa tête, il n’avait rien perdu de ma mésaventure matinale.

– Je t’avais prévenu Oli, me dit-il, le nez dans sa tasse de thé, réprimant un souriremoqueur.

– J’en suis sûr, Peter. Tu meurs d’envie de me rafraîchir la mémoire, n’est-ce pas ? dis-jesur un ton faussement menaçant. Je sais très bien que tu as tout suivi de la soirée !

– Je t’ai mis en garde à la cinquième tournée de Ti-punch, insiste-t-il, cette fille temangeait des yeux mais tu as persisté à boire. Et voilà le résultat… tu as raté le meilleur coupde la semaine en t’endormant comme une grosse larve !

Je lui balançai un toast grillé à travers la cuisine avant de rire tous les deux.

– Tu as raison, je suis vraiment naze ! Mais oublions ça, j’ai besoin d’un vrai café, unbon journaliste n’écrit rien de sensé avant d’en avoir bu un.

Peter fit mine de s’étouffer.

– Maintenant tu te prends pour un vrai journaliste ? Dit-il en éclatant de rire. Tout çaparce que tu commences un stage chez un des plus grands quotidiens anglais ! Pff…

– Et j’en suis très fier, figure-toi !! Tu riras moins, quand je ferai la première page !

– Tu parles. Dans tes rêves, la première page ! Ton article, si tu arrives à le terminer, serait en pages « Faits divers », rien de plus, tu peux me croire.

– Mouhais… tu as peut-être raison après tout, je ne sais même pas ce que l’éditeur attendde moi, dis-je pensivement.

Peter et moi vivions dans cet appartement depuis le début de nos études. Dès le premier jour de la rentrée nous avions sympathisé, lui le grand blond à l’allure déglinguée qu’on repérait de loin, et moi, brun (plutôt roux en réalité) sportif et désespérément seul ce jour-là.

« L’Angleterre, mais quelle bonne idée pour suivre ses études » s’était exclamée ma tante… J’avais passé mon bac à Rennes puis suivi une licence pro en journalisme à Lannion, mais rien ne me convenait en France et il fallait que je donne un sens à ma vie, c’était là ma priorité. A l’époque, je vivais avec Rose, la sœur de ma mère. Elle était ma tutrice depuis le décès accidentel de mes parents dix ans auparavant et, même si je me sentais très bien avec elle, j’avais une grande envie de prendre le large. Traverser la Manche était un bon début. Rose m’y encourageait. J’avais donc été reçu dans cette école, à la surprise de tous mes profs qui me jugeaient trop dissipé, et je me retrouvais le premier jour dans le hall, complètement perdu dans cette fourmilière. La mère de Peter, une française installée du côté de Portsmouth depuis plus de 20 ans après un divorce mouvementé, avait entendu parler ma tante dans le hall de l’université. Trop heureuse de parler sa langue maternelle, elle ne l’avait pas lâchée de toute la matinée. Peter et moi sommes donc devenus amis en quelques heures, un peu grâce à elles ! Nous avions aussi des points communs, entre autre, l’envie de s’éclater à Londres ! En effet, je compris rapidement que Madame Kazen, la mère de Peter était excessivement envahissante, voire étouffante. Il mourrait d’envie de mettre des kilomètres entre elle et lui pour enfin prendre du bon temps ! Je compris aussi que je ne verrais jamais son père, il les avait abandonnés, lui, sa petite sœur et sa mère, des années auparavant.

Après quelques semaines en chambre universitaire, assez peu confortable il faut bien le dire, nous nous étions installés tous les deux dans un petit appartement proche du collège. Les sorties nocturnes étaient devenues habituelles. Une vraie vie d’étudiant comme j’en rêvais depuis longtemps ! L’émancipation de Peter n’empêchait, hélas, pas Madame Kazen de venir nous voir deux ou trois fois par semaine ! J’essayais de faire coïncider ses visites avec mes entraînements de foot. Et quand elle venait à l’improviste, j’inventais une séance d’aviron pour m’échapper. Madame Rozen n’était pas une femme désagréable, elle était juste boring. Elle avait aussi, et surtout, un chien que je n’aimais pas du tout. Il me regardait de travers et grognait en ma présence. J’avais beau me plaindre à Peter, il ne me croyait pas et trouvait ma conduite ridicule. La fuite était donc ce que j’avais trouvé de mieux.

A l’issue des deux premières années d’études, un stage en entreprise était prévu pour chaque élève. Peter n’eut aucun problème à trouver le sien. C’était un dragueur invétéré et parmi ses (nombreuses) amies, une était la fille du patron de « Vogue ». Il allait s’occuper pendant deux mois de la section « nouvelles technologies » appliquées à la beauté. Applications, blogs en tout genre et gadgets numériques…Pour lui qui passait son temps à étudier les femmes et les réseaux sociaux, c’était du gâteau ! Peter avait un physique totalement atypique et il plaisait énormément aux femmes, ce qui me rendait forcément jaloux. Mais c’est aussi grâce à son charme et ses connaissances que je pus, moi aussi, trouver un stage pour l’été, dans le plus prestigieux tabloïd anglais, le « Times ». Depuis leur rachat par un milliardaire en 2010, la ligne éditoriale avait un peu bougé pour laisser plus de place à de l’information dite “populaire”. Mon profil, soutenu par Peter, avait convaincu le directeur de m’intégrer à l’équipe rédactionnelle des sports, mais la semaine dernière, à deux jours de mes débuts dans l’entreprise, John Carpenter, le rédac chef, me demandait de commencer par l’interview d’un auteur londonien qui n’avait rien à voir avec le sport. « C’est important pour le grand chef, il tient absolument à recueillir les confidences de cette femme qu’il édite depuis de nombreuses années. C’est un boulot de stagiaire. Vous y allez, vous enregistrez tout et après on trie. » C’est ce que j’étais censé faire ce matin…

Après un bon petit déjeuner, je relus mes notes de la veille sur ce fameux rendez-vous de 10 heures. Mon premier job de stagiaire journaliste, peut-être futur écrivain, débutait donc par l’interview d’une vieille dame. Génial ! Cet auteur écrivait des histoires pour enfants qui se vendaient partout dans le monde sous le pseudo de Sylla et connaissait un vrai succès en librairies depuis de nombreuses années. Un auteur prolifique ou « rentable » comme aimait le dire son éditeur, Frank, également directeur du Times. J’étais un peu déçu, forcément, en tant que fan du Manchester United, de devoir rédiger une biographie autre que celle de Beckham. Mais il fallait bien un début à tout et j’étais trop content d’avoir obtenu ce stage. J’essayais quand même de glaner quelques infos sur le net mais, à part ces albums pour enfants, je ne trouvais pas grand-chose sur elle, même pas une petite photo. Peter en savait un peu plus car il avait rencontré son agent récemment, lors d’une soirée.

– Peu de personnes ont pu la rencontrer. Tout son travail passe par Internet et elle neparticipe à aucune séance de dédicaces. Moi je crois que c’est cette femme qui se balade toujours avec un chat sur l’épaule. Tu as dû en entendre parler, me dit-il tout en enfilant un vieux jean déchiré. La journée, elle traîne dans Covent Garden, avec des touristes accrochés à ses basques.

Je regardai l’adresse notée sur mon agenda. Effectivement, l’écrivain habitait dans ce quartier.

– Un chat sur l’épaule ? Vraiment ? Tu es sûr de toi ?

– Dans tous ses livres il y a des chats ! Ma petite sœur en a plein sa table de nuit !

« Katzie chez les pharaons »« Katzie et les sorcières » ou encore « Katzie dans les Highlands » ! Je vais demander à ma mère de t’en ramener quelques-uns, elle doit passer ce soir. Tu verras, ce chat voyage partout dans le monde et j’ai toujours pensé que cette vieille folle en était l’auteur…

– Parce qu’en plus c’est une vieille folle ? dis-je, cramoisi.

– Fais pas ton difficile. Si John t’a demandé un article sur elle c’est qu’elle en vautvraiment la peine. Tu ne perdras pas ton temps.

– Je n’en suis pas si sûr…

– Mais si, crois-moi, conclut Peter en me faisant un clin d’œil. Tu risques d’être surpris.Il paraît qu’elle a des choses exceptionnelles à partager mais un caractère assez fort. Tu vas devoir apprivoiser la bête avant qu’elle accepte de se livrer ! Un beau challenge, non ?

– Si tu le dis…

Neuf heures 30, il était temps que je me mette en route, Covent Garden n’était qu’à quelques stations de métro d’ici mais je ne voulais surtout pas être en retard.

II

– Bonjour, je cherche le numéro 13, vous savez où il se trouve ?

J’étais complètement perdu dans ce quartier et l’individu à qui je demandais mon chemin me fixait bizarrement. On aurait dit un rat, avec des petits yeux et le nez retroussé comme s’il flairait quelque chose. L’homme-rat leva la main et désigna une ruelle, sans dire un mot. Je tentai de décrypter.

– Vous voulez dire cette entrée, je suppose ?

Je n’étais pas certain de bien comprendre. Toujours pas de réponse. Le grand échalas opina de la tête, tourna les talons et continua son chemin en traînant ses grands pieds. Drôle de personnage, pas envie de le croiser dans une ruelle sombre celui-là ! Mais finalement ce n’était pas étonnant de rencontrer une telle créature dans ce quartier, la petite place de Covent Garden avait toujours eu une drôle de réputation. On dit qu’elle est habitée de créatures étranges qui ne sortent qu’à la nuit tombée. Aucun mendiant ou chanteur de rue ne s’y aventure le soir après 18 heures ! Mais en deux ans d’étude sur Londres, je n’étais venu qu’une seule fois dans ces rues. C’était pour changer l’écran de mon téléphone dans l’Apple store de la “Piazza” en face du marché.

Au bout de quelques minutes, j’aperçus enfin l’immeuble que je cherchais. Je poussai la vieille porte et pénétrai dans un long couloir sombre qui aboutissait sur une cour ensoleillée. Etrange endroit Des...

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