Femmes, Pouvoirs, Créations

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La particularité de ce volume collectif est d'examiner les rapports des femmes et des pouvoirs depuis l'intérieur des oeuvres littéraires et artistiques. Cette foi dans les créations, dans leur puissance d'investigation, de critique, de révolte et d'innovation nous amène à considérer les oeuvres, au-delà de leur dimension esthétique, comme de puissantes machines à penser. Bien entendu les créations sont le reflet, les témoins de l'état d'une société, de ses préjugés, de ses injustices et de ses inégalités.
Publié le : samedi 1 mars 2014
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EAN13 : 9782336343242
Nombre de pages : 281
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FEMMES, POUVOIRS, CRÉATIONS
Cet ouvrage a été publié avec le concours du Conseil Scientifique de l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
En application des articles L. 122-10 à L. 122-12 du code de la propriété intellectuelle, toute reproduction à usage collectif par photocopie, intégralement ou partiellement, du présent ouvrage est interdite sans autorisation du Centre français d'exploitation du droit de copie (CFC, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris). Toute autre forme de reproduction, intégrale ou partielle, est également interdite sans autorisation de l'éditeur.
© INDIGO & côté-femmes éditions 4, rue de la Petite-Pierre 75011 Paris http://www.indigo-cf.com
e Dépôt légal, 2 trimestre 2005 ISBN 2-914378-76-9
FEMMES, POUVOIRS, CRÉATIONS (Les travaux de Gradiva)
Sous la direction de Michèle Ramond
Avec la participation deMaria Graciete Besse(Université de Paris IV)Marielle Dubois-Lacoste(Université de Pau et des Pays de l’Adour)Nadia Mékouar-Hertzberg(Université de Pau et des Pays de l’Adour ) –Pierre Molla(Doctorant Université de Paris 8)Michèle Ramond(Université de Paris 8) Benito Pelegrín(Université de Provence)René Agostini (Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse)Jeanne Hyvrard (Écrivaine, économiste, Paris)Marie-Laure Sara(DEA Université de Paris III/Paris 8)Catherine Flepp(Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis)Annick Allaigre Duny(Université de Pau et des Pays de l’Adour)Joséphine Marie(DEA Université de Paris III/Paris 8)Nelly Rajaonarivelo(Université de Provence)Marie-Hélène Popelard(IUFM du Poitou-Charentes Angoulême) –Béatrice Rodriguez(Allocataire Monitrice Normalienne Université de Paris 8).
INDIGO
SOMMAIRE
Présentation de Michèle Ramond ................................................
La capture par le père .................................................................... (La Couverture du Soldatde Lídia Jorge) Maria Graciete Besse(Université de Paris IV)
Le pouvoir des mères dans l’œuvre d’Adelaida García Morales Marielle Dubois-Lacoste(Université de Pau et des Pays de l’Adour) .................................................................
Une pratique improbable des pouvoirs: réflexions autour de Rosa Montero et de son œuvre romanesque Nadia Mékouar-Hertzberg(Université de Pau et des Pays de l’Adour) .................................................................
Autopsie d’une pauvre défunte (sur un poème de Guillermo Núñez de Prado) Pierre Molla(Doctorant Université de Paris 8)..........................
Nos prophétesses (De Gaïa à Bertha) Michèle Ramond(Université de Paris 8) ...................................
Entre pouvoir des hommes et puissance de Dieu: la femme voilée(Sœur Juana Inés de la Cruz, 1648 ou 1651-1695) Benito Pelegrín(Université de Provence) .................................
Variations sur le pouvoir René Agostini(Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse) ...............................................................
La Pâque au féminin. De l’acquisition de la notion d’extériorité au masculin et au féminin: la logarchie psychique Jeanne Hyvrard(Écrivaine, économiste, Paris) ........................
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Un plaidoyer littéraire pour d’autres valeurs (La mujer habitadade Gioconda Belli) Marie-Laure Sara(DEA Université de Paris III/Paris 8) ..........
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Les impasses du pouvoir masculin (El adefesiode Rafael Alberti) Catherine Flepp(Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis) .............................................................. 153
A contre-pouvoir: les poétiques de l’inutile chez les femmes poètes de 1927 en Espagne Annick Allaigre Duny (Université de Pau et des Pays de l’Adour) .................................
La littérature féminine et le pouvoir de la Littérature Michèle Ramond(Université de Paris 8)......................................
e Les romans hispano-américains au XIX siècle: un enjeu de pouvoir pour les femmes Joséphine Marie(DEA Université de Paris III/Paris 8).............
Entre Danse et Politique, le pouvoir de la femme artiste dansLa consagración de la primaverad’Alejo Carpentier Nelly Rajaonarivelo(Université de Provence) ...........................
«L’orage changé en femme» dans l’œuvre du peintre tchèque Josef Sima Marie-Hélène Popelard(IUFM du Poitou-Charentes Angoulême)...
Création féminine et rapports aux pouvoirs: combler un vide Béatrice Rodriguez(Allocataire Monitrice Normalienne Université de Paris 8) .............................................
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PRÉSENTATION
Gradivaest un groupe de fraîche date qui se fait honneur bien sûr de l’essai freudien sur la fantaisie pompéienne de W. Jensen et tente d’emboîter le pas à la perspicace héroïne où s’incarnent, comme en Dame Analyse, l’aptitude, la hardiesse et le charme des voyages analytiques. Le nom tenant lieu de vocation et de programme et Gradivase devant aussi, comme ses pères l’avaient pour elle prévu, d’être “gravida”, elle ne cesse depuis son origine hispaniste à l’Université de Paris 8 de s’accroître sans perdre, parmi les turbulences d’un monde global, la grâce de sa démarche entraînante. Des disciplines amies s’accordent enGradivaréfléchir en pour unissant leurs compétences sur les créations des femmes. Mixte dans tous les sens de ce mot mais aussi par les âges qui la composent, Gradivaassocie des écrivains, des chercheurs enseignants de l’université, des étudiants de DEA et des doctorants. Ce premier livre est l’aboutissement des travaux de l’année universitaire 2003-2004 autour d’un thème politiquement sensible que les circonstances historiques nous imposent d’analyser dans toutes ses dimensions: la relation des femmes et des pouvoirs à travers ce que les œuvres littéraires et artistiques nous en disent. Nous sommes conscients non seulement de la sensibilité du thème que nous traitons mais du nombre et de l’importance des travaux déjà réalisés en ce domaine par les diverses branches des sciences humaines. Nous faisons néanmoins confiance aux possibilités que nous a offertes une recherche mixte, transdisciplinaire et collective qui concentre son attention sur la littérature et les arts. On jugera à nous lire à quel point sont nombreuses les références avouées ou implicites à des ouvrages fondateurs dont on ne dira jamais assez les mérites. Hommage soit donc rendu aux pionnières qui nous ont ouvert la voie vers une meilleure connaissance et compréhension des sexes, des genres et des altérités dans l’histoire, la société et les arts. Parmi ces figures de proue lumineuses et hardies constamment évoquées par nous: Virginia Woolf et Simone de Beauvoir, bien sûr, et Luce Irigaray, Benoîte Groult, Monique Wittig, Antoinette Fouque,
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Françoise Héritier, Marina Yaguello, Marie Balmary, Marie Delcourt, Nicole Loraux, Monique Schneider, Julia Kristeva, Françoise Gange, Béatrice Didier, Irma Garcia, Catherine Chabert, Silvia Tubert, Geneviève Fraisse, Hélène Cixous, Séverine Auffret, Michelle Coquillat, Milagros Palma, Odile Krakovitch, Geneviève Sellier, Eliane Viennot, Judith Butler, Nicole Racine, Françoise Thébaud, Françoise Collin, Michelle Perrot, Arlette Farge, toutes les femmes très remarquables qui ont participé aux 5 volumes de l’Histoire des femmes (Plon), sans oublier nombre d’hommes depuis Sigmund Freud et Georg Groddeck: Jacques Derrida, Jacques Lacan, Jacques André, Frédéric Regard, Paul-Laurent Assoun, Jean-Claude Kaufmann, Théodor Reik… La particularité de ce volume collectif est d’examiner les rapports des femmes et des pouvoirs depuis l’intérieur des œuvres littéraires et artistiques. Cette foi dans les créations, dans leur puissance d’investigation, de critique, de révolte et d’innovation nous amène à considérer les œuvres, au-delà de leur dimension esthétique, comme de puissantes machines à penser. Bien entendu les créations sont le reflet, les témoins de l’état d’une société, de ses préjugés, de ses injustices et de ses inégalités. Mais elles sont aussi et surtout des intelligences secrètes qui mettent à jour, sans forcément se le proposer, les raisons profondes ou séculaires d’une mésentente entre pouvoir masculin et pouvoir féminin, qui dénoncent les dysfonctionnements de la société et qui renouvellent les modèles, les croyances, les mythes et les projets sociaux. C’est la raison pour laquelle les femmes et les pouvoirs ne sont pas voués à un dialogue stérile: les unes et les autres s’affrontent et se modifient réciproquement dans le mouvement euphorique des créations littéraires et artistiques, beaucoup plus généreuses et novatrices que les orientations et les intérêts de la raison économique et politique. L’aptitude des créations à changer nos habitudes, nos comportements et nos stéréotypes est immense. La rendre perceptible par l’analyse est une entreprise politique au sens le plus noble de ce terme. Le lecteur trouvera ici des études sur le rôle de la filiation dans les romans des femmes, propres à nous faire entendre la difficulté pour les femmes d’accéder au pouvoir, de le prendre ou de l’exercer. Maria Graciete Besse met en valeur par son analyse deLa couverture du soldat de Lídia Jorge, la capture de la fille par la figure du père, modèle d’un pouvoir masculin qui subjugue et qui dépossède, asservissant ou libérateur, et c’est bien là la force et le mystère du texte. Marielle Dubois-Lacoste étudie l’œuvre romanesque d’Adelaida García
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Morales où la figure du père aussi est dominante. Elle analyse cependant la relation plus invisible et délicate mère / fille qui sécrète chez les filles mélancolie et culpabilité et les rend étrangères ou indifférentes à toute forme de pouvoir séculier. La défiance à l’endroit des pouvoirs se confirme chez Rosa Montero dont Nadia Mékouar-Hertzberg étudie le parcours romanesque, lui aussi dominé par les puissantes figures de pères et de mères, mais sauvé par la découverte d’une puissance créatrice non culpabilisante, qui évite les impasses de la filiation: lesur pouvoir au préféré pouvoir deressenti toujours néfaste. On retrouvera ici et là cette foi en une résolution par l’écriture sur un plan symbolique des difficiles relations sociales que les femmes entretiennent avec les pouvoirs. On peut donc supposer à l’acte créateur des femmes une aptitude à modifier les configurations sociales dont elles sont prisonnières. D’où l’intérêt d’analyser de très près les textes où de toute évidence les femmes sont aux prises avec leur héritage. Cependant, le modèle imaginaire et social de la femme-sans-pouvoir reste prégnant. C’est en vertu de ce modèle que la femme est souvent la métaphore de toutes les victimes du pouvoir dans toutes ses variantes (pouvoir machiste, pouvoir de l’institution médicale, pouvoir étatique…) ; c’est le message que nous livrent beaucoup de textes qu’ils soient écrits par des femmes ou par des hommes, ici c’est le message du poème “La autopsia” d’un poète oublié de la fin du e XIX siècle, Núñez de Prado, analysé par Pierre Molla. On peut voir une origine métaphysique (imaginaire et mythique) à cette détresse sociale des femmes, perçue massivement même dans les œuvres des hommes, dans le vol, la spoliation dont furent victimes nos prophétesses anciennes et modernes dont il importe de retrouver la voix et de restaurer la puissance oraculaire et rénovatrice. C’est l’espérance formulée par Michèle Ramond. La vie de la grande poète mexicaine, Sœur Juana Inés de la Cruz (Benito Pelegrín) est un témoignage particulièrement convaincant de cette aptitude des femmes au sacré, pouvoir suprême que l’ordre social semble toujours vouloir lui dérober, lui interdire ou lui dénier. Les variations sur le pouvoir de René Agostini insistent bien sur la perversion des pouvoirs dans nos démocraties, en principe humanistes et humanitaires, qui soumettent pourtant à l’argent et à l’économisme toute la matière humaine, crime et déroute dont les femmes sont partout, quelles que soient leurs conditions sociales, raciales ou religieuses, les premières victimes. D’où l’importance pour elles de prendre conscience des valeurs qui en elles sont menacées et qu’elles
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doivent restaurer pour modifier le modèle économique et éthique dominant. C’est ce que s’emploie à démontrer aussi Jeanne Hyvrard qui, à partir de sa triple expérience d’écrivaine, d’économiste et de juriste, appelle les femmes à une mission morale et philosophique pour que la génération des mères réussisse la passe à la génération des filles, cassant ainsi le cercle infernal de la soumission, de l’amertume, valeurs négatives qui empêchent les femmes de prendre leurs responsabilités à parité avec les hommes dans le monde. C’est à cette révision philosophique qu’appelle Marie-Laure Sara avec le plaidoyer littéraire pour d’autres valeurs que constitue le premier roman de la nicaraguayenne Gioconda Belli. Les impasses du pouvoir masculin, dénoncées par Rafael Alberti dans sa pièce de 1944Eladefesionous en persuadenta contrario(Catherine Flepp). Il n’en reste pas moins que l’accès des femmes à une puissance reconnue à l’intérieur même du milieu pour elles le plus propice, la littérature, semble une entreprise prométhéenne à laquelle l’excellence de leurs œuvres ne suffit pas à assurer le succès. Annick Allaigre nous en donne un exemple éclatant avec les femmes poètes de la Génération de 27 en Espagne, totalement occultées par la célébrité de leurs compagnons de génération. Dans ce même esprit Michèle Ramond évoque les difficultés de la littérature écrite par les femmes à s’imposer comme Littératurealors même que ces femmes (Virginia Woolf, Colette…) renouvellent de façon éblouissante les formes littéraires. Le cas du Nouveau Roman dont l’invention est attribuée aux écrivains hommes est analysé ici dans un sens que l’histoire littéraire n’avait pas prévu. Il n’en reste pas moins, en dépit de leurs difficultés à faire reconnaître leurs valeurs et leur puissance novatrice, que les femmes, par l’exercice de l’écriture, étendent leur influence, subrepticement, sur les imaginaires et les sociétés. C’est ainsi qu’un corps de femme en mouvement s’impose, contre les clichés et les fantasmes d’un idéal féminin fabriqué par les hommes, dans les romans hispano-américains e écrits par les femmes au XIX siècle (Joséphine Marie). La vision révolutionnaire du corps dont la forme esthétique compte moins que la puissance à agir donne à ces romans de femmes une dimension idéologique et politique qui dérange le joug matrimonial et l’hégémonie masculine. Cette dynamisation du féminin, annoncée au e XIX siècle dans un contexte de conservatisme social (celui de la décolonisation), laissait présager que des changements plus radicaux dans les comportements et les idées ne tarderaient pas à se produire. Ces changements cependant sont longs à venir. Pour autant que certains hommes de lettres aussi novateurs que le cubain baroque
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