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Feuilletons des colonies (Volume II), Bourbon

De
224 pages
Ce volume donne à découvrir les poèmes écrits par les Créoles et Européens de Bourbon et imprimés dans la presse bourbonnaise de 1820 à 1848. Des commentaires éclairent les allusions aux personnages et faits historiques. Ces feuilletons témoignent des mentalités coloniales en même temps qu'ils tournent une page de l'Histoire réunionnaise, clôturant le chapitre de la société esclavagiste de Bourbon.
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Textes rassemblés et commentés
par Fabienne Jean-BaptisteFeuilletons des colonies
Volume II, Bourbon
Feuilleton des Colonies. Volume II Bourbon donne à découvrir
les poèmes écrits par les Créoles et Européens de Bourbon
(La Réunion), poèmes imprimés dans la presse bourbonnaise de
1820 à 1848. Ces auteurs, pour la plupart anonymes, doivent par
des métaphores, contourner la censure qui marque alors leurs
journaux (quand les gazettes mauriciennes en sont délivrées
depuis 1832). Dans la rubrique « feuilleton », les « Bourbonnais »
refusent les changements qui se préparent, la réforme assurément
qui promet de bouleverser Maurice (Volume I) et leur colonie :
l’abolition de l’esclavage. Ces feuilletons dévoilent encore d’autres
trésors : un récit d’inspiration rabelaisienne, deux fables du
jeune Houat d’avant son procès et son exil, des poèmes de 1846
appelant à se venger puis soumettre les Hovas, de rares appels à
l’émancipation étrangement non censurés…
Plusieurs commentaires éclairent les allusions aux personnages
et faits historiques. Ces feuilletons aux sujets divers révèlent alors Feuilletons
des Créoles critiques, caustiques, ironiques, fers d’être les seuls
Français de l’océan Indien. Ces feuilletons offerts de 1842 à juin
1848 témoignent enfn des mentalités coloniales en même temps
qu’ils tournent une page de l’Histoire réunionnaise, clôturant le des colonieschapitre de la société esclavagiste de Bourbon.
Des poèmes et feuilletons pour découvrir l’Histoire des Iles-Sœurs Bourbon
et Maurice et pour suivre les abolitions de l’esclavage en marche
Docteur en Histoire contemporaine de l’Université de La Réunion,
enseignante en Histoire-Géographie titulaire du CAPES (juillet
2014), Fabienne Jean-Baptiste a coécrit en octobre 2010 un
petit ouvrage sur deux naufrages, 1876 : années de naufrages. Volume II, Bourbon
Dans le sillage du Fernand et de la Rosa S.
Illustration de couverture : extrait de la rubrique « Feuilleton du Courrier de St Paul ». ADR. 1
PER 10/2. « Bourbon Pittoresque. Chapitre II. La Veillée », Courrier de Saint-Paul, vendredi 21
avril 1848, N. 260, 6e année p. 1.
Remarquons que l’illustration montre une erreur typographique, la voyelle « i » du mot
« Feuilleton » ayant été oubliée tandis que le « i » de « Pittoresque » a disparu avec le temps.
ISBN : 978-2-336-30320-8
22 euros
Textes rassemblés et commentés
Feuilletons des colonies Volume II, Bourbon
par Fabienne Jean-Baptiste









Feuilletons des colonies



Textes rassemblés et commentés
par Fabienne Jean-Baptiste












FEUILLETONS DES COLONIES
Des poèmes et feuilletons pour découvrir l’Histoire
des Iles-Sœurs Bourbon et Maurice et pour suivre les abolitions
de l’esclavage en marche

















Volume II, Bourbon








































































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-30320-8
EAN : 9782336303208
A ma Famille,
Aux Réunionnais et aux Mauriciens.
Remerciements : en ouvrant ce volume II. Bourbon, je ne peux
m’empêcher de penser à mes sœurs, l’aînée Nathalie et ma jumelle
Nicole, à nos trop rares virées dans notre île, à notre mémorable
montée au volcan avec Pierre (avril 2008) et aux autres
expéditions que nous devrions projeter… Une ultime pensée à mon
camarade, « l’Homme du Blues et des voyages », en souvenir de
notre tour de l’île improvisé (octobre 2012). AVERTISSEMENTS
1« Comme à Maurice on chante, on écrit à Bourbon ».
Les gazettes de Bourbon, marquées du timbre du censeur
comportent aussi des poèmes et des feuilletons. Sont retenus dans
ce second volume 26 feuilletons bourbonnais sur les 42 qui
forment l’annexe littéraire « Bourbon » sur laquelle se fonde notre
thèse d’Histoire :
« Feuilletons et Histoire
Idées et opinions des élites de Bourbon et de Maurice dans
2la presse. 1817-1848 . »
Ces œuvres littéraires sont classées par périodiques et selon un
ordre chronologique ; ce double listage met en évidence la
prééminence de la Feuille Hebdomadaire. Sur ces 26 écrits, 14
proviennent de la Feuille Hebdomadaire, autrement dit 56% des
poèmes sont extraits de cette gazette de Saint-Denis.
Comme pour le volume mauricien, ces « feuilletons » de la
colonie Bourbon sont pour l’essentiel des poèmes. Comme pour le
volume mauricien, les poèmes sont numérotés tous les cinq vers,
de façon aussi à apprécier la relative longueur des compositions.
Comme pour le volume mauricien, une pièce rédigée moitié en
créole et moitié en français -« Scènes d’Habitation »- permet
d’apprécier une des premières tentatives de transcription du créole
réunionnais
Surtout, en parcourant ces poèmes, le lecteur peut découvrir un
autre visage des Créoles de Bourbon. Loin de l’image du planteur
rustre, cupide ou seulement soucieux de ses cannes, ces
Bourbonnais apparaissent comme des amateurs de bons mots
maniant la plume. L’édition de ces poèmes est essentielle car
confinés dans les journaux, ils ne sont pas forcément accessibles et
de fait, ils tombent dans l’oubli ou l’ignorance. Par exemple les
1 Cf. Volume 1. Maurice. « Au Voyageur qui a écrit son voyage soit même », Le
Cernéen, mai 1839. V. 19.
2 Cette thèse placée sous la direction du Professeur Prosper EVE, a été soutenue à
l’Université de La Réunion le 22 avril 2010. Nous remercions Monsieur le
Professeur Prosper Eve pour nous avoir dirigé de la maîtrise au doctorat.
7collections de la Feuille Hebdomadaire des années 1830 sont très
incomplètes aux archives départementales de La Réunion ; pour
trouver les premiers poèmes de Houat et le dialogue en créole
« Scènes d’Habitation », il faut lire les exemplaires de cette gazette
conservés aux Archives d’Aix-en-Provence.
Or, notre but est de faire sortir ces feuilletons des colonnes de
leurs journaux qui ont été leur support premier et les ont conservés
jusqu’ici de la destruction du temps (mais pas de l’oubli). Nous
voulons faire connaître aux Réunionnais d’aujourd’hui (comme
aux autres lecteurs) cette littérature, fruit de l’imagination et de la
evive répartie des Bourbonnais du XIX siècle, ces petits trésors de
littérature. En effet, ces feuilletons des colonies mettent aux jours
les premiers écrits de Louis Thimogène Houat avant qu’il ne soit
compromis dans l’affaire éponyme « Houat et Consort ». Enfin, il
est agréable de s’immerger dans cette période historique pré-
émancipatoire en plongeant dans la lecture de textes savoureux et
inédits pour la plupart. La lecture de ces feuilletons est une autre
façon d’aborder l’Histoire de Bourbon et une manière nouvelle de
toucher ces Bourbonnais, plus subtiles qu’il n’y paraît. En effet, de
ces textes ressortent un récit caustique imité de Rabelais imaginé
par un anonyme très cultivé de Bourbon. Ces textes traduisent
encore le flamboyant patriotisme des colons, leur volonté de
s’emparer de la Grande-Ile au moment des expéditions et affaires
de Madagascar [1830 et 1846] à travers les « Madagascariennes ».

Un tableau comparatif des presses des Iles-Sœurs, une annexe
des auteurs et feuilletonistes ainsi qu’un tableau chronologique
doivent aider le lecteur à apprécier et replacer dans leurs contextes
ces feuilletons d’Histoire. Enfin, avant de laisser le lecteur
découvrir ces poésies et feuilletons de Bourbon, une dernière
indication précise les abréviations suivantes :
ADR correspond aux Archives Départementales de La Réunion
ANOM est mis pour les Archives Nationales d’Outre-Mer
(Aix-enProvence).


8 SOMMAIRE
AVERTISSEMENTS .................................................................... 7
INTRODUCTION ....................................................................... 13
I. POEMES DE LA GAZETTE DE BOURBON
[1819-1835] ................................................................................... 19
1. « Chant Colonial sur l’Expédition de Madagascar »,
Ate Vinson, 26 décembre 1829 ..................................................... 21
II. POEMES et FEUILLETONS de la
FEUILLE HEBDOMADAIRE DE L’ILE BOURBON
[1819-1847] ................................................................................... 25
1. Ensemble de vers sur Milius,
17 nov. 1819 ..................................................27
2. « « Vers à l’occasion du Buste de Poivre… », E. Azéma,
15 juin 1825 ................................ 36
3. Couplets » (au couple Freycinet), Elie Pajot
21 juin 1826 44
4. « Hommage à nos guerriers », G***,
13 janvier 1830 .............................................................................. 46
5. « Le Papillon et la Chenille», LT Houat
27 février 1833 51
6. « Stances patriotiques », L.T Houat
29 janvier 1834 ............................... 52
7. « Cuite du sucre dans le vide »...............................................55
8. « Scène d’habitation »
20 mai 1835 ................................................................................... 56
9. « A La Fidélité », C.P.E
er1 mars 1837 ................................................................................. 60
10. « Lecture du Prospectus », « un de vos abonné ».
juillet1837 .................................. 67
11. « L’Ile aux Lanternes »,
juillet 1837 ..................................................79
12. « Au rédacteur », poème d’un Breton sur l’anniversaire des
Grandes Journées
31 juillet 1839 .............................................................................. .97
913. « A mon pays », E.C.
31 décembre 1845 ......................................................................... 99
14. « Chant patriotique », Mr Guis
18 mars 1846 ............................................................................... 105
15. « Impressions de Voyages », G. A
juillet 1846 ................................ 107
16 « L’Ordre dans la Liberté », X
sept. 1848 ....................................................126


III. POEMES DU GLANEUR
[1837-1838] ................................................................................. 131
1. « Les métamorphoses d’un folliculaire »
25 février 1837 ............................................................................ 133


IV. L’UNIQUE POEME DU SALAZIEN
[1833] ............................ 139
1. « Littérature », Le Salazien
22 juin 1833 ................................................................................ 141

V. L’UNIQUE POEME DU COLONIAL. [1833] ................... 145
1. «La France et Bourbon… », Le Colonial,
2 et 5 juillet 1833 ........................................................................ 147

VI. POEMES ET LES FEUILLETONS DE L’INDICATEUR
COLONIAL [1844-1846] ........................................................... 155
1. »Le Bonnet de La Liberté ». J. Le Franc
15 juillet 1837 ............................................................................. 157
2. « Madagascarienne », A…X
4 avril 1846 ................................................................................. 160
3. « Chant Patriotique » A. Brunet
11 avril 1846 ............................................................................... 162
4. « Appel aux Braves ». C. Ducasse 164
5. « Chant des morts de Madagascar », poème extrait du Mauricien
12 juin 1846 ................................................................................ 167


10 VII. POEMES ET FEUILLETONS DU COURRIER DE
SAINT-PAUL [1846-1848] ........................................................ 169
1 « LIBERTE-EGALITE-FRATERNITE. A mes compatriotes ».
E. Cotterêt, 16 juin 1848 ............................................................. 171
Annexes ...................................................................................... 175
Annexe 1. Tableau comparatif des journaux des Iles-Sœurs ...... 177
Annexe 2. Biographie des auteurs .............................................. 184
Annexe 3. Chronologie bourbonnaise ......................................... 200
Bibliographie ............................................................................. 209
11 INTRODUCTION
« Nous avons enfin appris la nouvelle de la signature de
la paix générale d’où résulte que nous [habitants de
Bourbon] restons à la France et l’Ile de France aux
3Anglais . »
Par cette phrase laconique, le planteur de Sainte-Suzanne
JeanBaptiste Renoyal de Lescouble témoigne dans son journal de la
rétrocession de Bourbon à la France. Cette brève réaction à ces
faits marquants (c’est-à-dire la séparation des Iles-Sœurs et le
retour de Bourbon dans le giron français), inscrite dans son journal
à la date du mercredi 19 octobre 1814 donne un exemple
significatif de la distance entre Bourbon et sa métropole, de
l’isolement de la petite colonie. En effet, cette distance cause un
décalage entre les évènements parisiens ou européens, leur
déroulement d’une part et leur divulgation puis perceptions par les
colons de l’Océan Indien d’autre part. Ce court témoignage dévoile
encore la pudeur des Créoles face aux annonces et évènements qui
les choquent. Aussi, ce mutisme comme la rareté des sources à
caractère privé (lettres, journaux intimes) soulignent-ils
l’importance et la pertinence des poèmes et feuilletons, présentés
dans ce second volume : ces œuvres et feuilletons sont des
documents originaux qui livrent les sentiments et opinions des
4colons, des Bourbonnais , en ce contexte chargé et pré-
abolitionniste.
3 Jean-Baptiste Renoyal de Lescouble, Journal d’un colon de l’Ile Bourbon,
volume 1 [1811-1825], Paris, L’Harmattan, Editions du Tramail, 1990, p. 152.
4 L’île est appelée Bourbon – du nom de la famille royale régnante en France- lors
de la prise de possession en 1643. La véritable implantation des colons a lieu en
1663 puis avec le premier contingent en 1665, près de 20 ans après la prise de
possession, un décalage révélateur déjà de l’éloignement de la petite colonie et de
son peu d’intérêt parfois aux yeux de la métropole (tantôt Bourbon est éclipsée
par les problèmes internes au royaume, tantôt est-elle éclipsée par une autre île).
L’île garde son nom Bourbon de 1643 à 1805. Après avoir été l’Ile Bonaparte, elle
redevient Bourbon, sous les Anglais (qui ne cherchent d’ailleurs pas tout comme
pour Maurice à rebaptiser chacune de ses conquêtes d’un nom plus anglophone),
gardant ce nom royal jusqu’en juin 1848. Lors de ces périodes, on peut parler des
habitants de Bourbon ou de « Bourbonnais ». Au-delà de juin 1848, ces Créoles
français de l’océan Indien sont appelés les Réunionnais.
13 La rétrocession de Bourbon à la France marque une étape
décisive dans l’Histoire bourbonnaise. Bourbon a longtemps été
dans l’ombre des autres îles : la Grande-Ile ou Madagascar si
convoitée par les Français [de 1643-1674 et jusqu’à sa conquête
finale en 1896] puis de l’Ile-Sœur ou Maurice [de 1738 à 1810].
Or, la rétrocession de 1815 change le statut de Bourbon : elle fait
subitement de cette île, autrefois rocher inutile, lieu de
ravitaillement des marins et grenier à blé de la commerçante Ile de
France, l’unique point français dans l’océan Indien. L’année 1815
ouvre donc de grands changements et perspectives économiques,
politiques et sociaux pour la petite colonie. Il faut lui doter
d’infrastructures, de routes, d’un collège Royal et même d’une
presse. La métropole envisage pour Bourbon une nouvelle
orientation économique : le « grenier à blés » se transforme en « Ile
à sucre ». Même sur le plan culturel et dans le domaine
journalistique, Bourbon a été tributaire de la rayonnante Ile de
France. A l’Ile de France est implantée l’imprimerie de Saulnier,
de l’Ile de France partent les premières feuilles et gazettes des
Mascareignes. Par conséquent, la presse représente en 1815 un
nouveau marché dont Pierre Marie Lahuppe s’empare et garde le
monopole.

Le monde de la presse bourbonnaise est assez différent de celui
de la presse mauricienne. D’abord de 1815 à 1848, les périodiques
de Bourbon ne bénéficient pas de la liberté de la presse alors qu’à
partir de 1832, les gazettes mauriciennes délivrées de la censure
sont également distribuées à Saint-Denis. Les journalistes ou
folliculaires de Bourbon aussi bien que les écrivains amateurs sont
ainsi censurés alors qu’ils ont sous les yeux, avec les gazettes de
Maurice, l’exemple d’une presse libre. Dans la petite colonie
française, le journal officiel est la Gazette de Bourbon, qui publie
parfois quelques textes littéraires. La Gazette de Bourbon devient à
partir de 1835 L’Indicateur Colonial. Durant cette période
18151848, une gazette domine : la Feuille Hebdomadaire de l’Ile
Bourbon -appelée à l’époque également « l’Hebdomadaire »-
propriété de de Lahuppe, également détenteur de la Gazette de
Bourbon. Son monopole depuis 1825 suscite des jalousies et
controverses donnant idées et trames à des poèmes et feuilletons.
Les feuilles d’opposition sont les feuilles de Saint-Paul : Le
14 Glaneur, puis Le Créole. Le Courrier de Saint-Paul de 1846 à
1848 est un peu plus respecté de L’Hebdomadaire. Surtout,
l’univers journalistique de Bourbon est marqué par Le Salazien,
feuille clandestine de juillet 1833 aux 24 numéros et dont un seul
donne à lire un poème. Dans l’Histoire culturelle des Iles-Sœurs,
l’expérience d’une presse illégale est inédite et exclusivement
bourbonnaise. Les Mauriciens en effet, n’ont pas tenté de préparer
une feuille clandestine de 1815 à 1832, laps de temps où sévissait
la censure britannique.
La censure change certainement la façon d’écrire : pour
contourner la censure, les feuilletonistes ont davantage recours aux
métaphores et aux allusions qui sont devenues avec le temps si
obscures que nous ne retrouvons pas toujours ceux ou ce à quoi
elles faisaient référence. Des écrits sont censurés : le dialogue
« Lecture d’un prospectus » porte les stigmates de la censure
bourbonnaise c’est-à-dire des blancs, preuves d’une suppression.
La censure a aussi pour conséquence de décourager les
feuilletonistes : les productions littéraires sont bien moins
nombreuses dans la presse mauricienne libre et de surcroît
trihebdomadaire. D’ailleurs, les textes retenus pour la présente
édition sont au nombre de 26 - un peu moindre que le volume
mauricien-, mais conduisent à des commentaires peut-être plus
denses et plus détaillés.

La censure est d’autant plus rigoureuse que la petite colonie
française loin de la métropole, est secouée coup sur coup par deux
e révolutions parisiennes de cette première moitié du XIX siècle : la
révolution de juillet 1830 et celle de février 1848. La révolution de
février 1848 amène à Bourbon à la fois, l’annonce de la
République, la nouvelle de l’abolition de la censure et celle de
l’abolition de la presse. A nouveau, dans ce contexte changeant des
révolutions parisiennes, Maurice joue un rôle dans la divulgation
de ces nouvelles. Puisque la route maritime fait de Maurice l’escale
obligée avant tout débarquement à Bourbon, les nouvelles
transitent d’abord par l’île anglaise. Les révolutions sont ainsi
commentées par le Cernéen ou Le Mauricien libres de la censure
avant d’être annoncées dans les éditions « feuilles extraordinaires »
de la presse de Bourbon. La relation Bourbon-Maurice s’avère être
alors très importante pour mieux comprendre, avec les feuilletons
15 des deux volumes, comment ces divers évènements sont vécus par
les élites des Iles-Sœurs. En outre, en diverses occasions, lors de la
fin de la censure pour la presse mauricienne (en 1832) et au
moment des réformes de l’émancipation anglaise (1833 et 1839),
Maurice sert d’exemple voire de laboratoire à Bourbon. L’élite de
Bourbon est témoin des effets de l’abolition de la censure à
Maurice comme des conséquences de l’émancipation dans l’île
voisine. Les poèmes contribuent à dessiner non seulement une
Histoire bourbonnaise ou une histoire mauricienne mais également
une Histoire des Iles-Sœurs. Pour une Histoire commune des deux
îles, il est intéressant de noter ceci : l’une et l’autre colonie
compatit quand l’Ile-Sœur vit un évènement marquant, et
l’émancipation que Maurice a vécue progressivement à la façon
anglaise, Bourbon la subit brusquement, à la façon française, au
terme d’une révolution. Aussi, la période 1820-1848, apparaît-elle
comme deux décennies où les Iles-Sœurs sont solidaires même si
les colons de Bourbon ne regrettent pas d’être de 1815 à 1848 les
seuls Français de l’océan Indien et en cette qualité, l’objet d’une
attention un peu plus grande de la France. A la différence de
eMaurice qui regrette Mahé de Labourdonnais et le XVIII siècle,
Bourbon n’a pas par conséquent la nostalgie du temps des
IlesSoeurs rivales devant une mère-patrie française lointaine, en quête
de richesses et de café (1738 à 1810).
Néanmoins même si les Mauriciens découvrent en premier les
changements qui doivent affecter la colonie française, les
Bourbonnais perçoivent à leurs façons ces évènements : les
réactions et idées qui sont véhiculées par les feuilletons sont
parfois propres aux Créoles de Bourbon et ne permettent aucune
comparaison avec les Mauriciens et leurs feuilletons. Par exemple,
l’accueil de la liberté de la presse n’est pas tout à fait la même dans
les deux colonies. En 1848, la petite île française reçoit l’abolition
de la censure, laquelle est finalement éclipsée par l’abolition de
l’esclavage. De fait, l’élite bourbonnaise ne se réjouit pas de cette
liberté tant désirée et dont ont profité avant eux, les Mauriciens.
Ces derniers l’obtiennent en 1832, expriment un peu leur
satisfaction avant de débattre déjà de 1832 à 1833 de
l’émancipation. Les années 1820-1848 sont donc pour Bourbon des
années de mutations, des années de la marche vers l’abolition et
16 parfois des années de tensions retenues. Les élites restent dans
l’attente des évènements, n’ont pas le sentiment de participer aux
décisions parisiennes : les colons sont plus spectateurs que acteurs
de ces changements. La littérature extraite des périodiques et
rassemblée dans ce volume consacré à Bourbon se fait écho des
interrogations des colons face à ces changements
socioéconomique et politiques.
Même si l’idée de l’abolition est en toile de fond de l’ensemble
des feuilletons, ces écrits dévoilent d’autres thèmes : la naissance
d’une parole métisse avec les premiers poèmes inédits du mulâtre
Louis-Thimogène Houat, les conflits entre les journalistes, la
violence à l’encontre de CPE dont les propositions en faveur de
l’esclave déclenche la polémique, le patriotisme des Créoles et
l’expédition de Madagascar en 1830. L’affaire CPE prouve que le
sujet abolitionniste est tabou voire dangereux à Bourbon. Souvent
ces poèmes et textes bourbonnais, à la différence des écrits de
Maurice, trahissent les blocages et leur besoin de s’exprimer : les
Bourbonnais quelque peu bâillonnés par la censure refoulent une
certaine violence dans leurs écrits. C’est pourquoi, les
feuilletonistes n’écrivent pas clairement sur l’esclavage et
l’abolition, bien que le thème soit sous-jacent et latent.
Enfin, au-delà de la pluralité des thèmes abordés et de leur
nature variée, ces textes de Bourbon façonnent une image plus fine
du Créole bourbonnais, révélant sa mordante répartie et son esprit
saillant.
17 I.
POEMES
ET
FEUILLETONS
DE LA
GAZETTE DE BOURBON
[1819-1835] 1. ADR. 4MI 502. « CHANT COLONIAL. Sur L’expédition de
teMadagascar », signé A VINSON, La Gazette de Bourbon,
samedi 26 décembre 1829, p.5.
CHANT COLONIAL
5SUR L’EXPEDITION de MADAGASCAR
6Dédié aux Dames (*)
Sur une plage meurtrière, 1
7L’honneur appelle nos soldats ;
Devant eux s’ouvre la carrière,
Et les dangers et des combats.
Là plus de périls que de gloire… 5
Mais rien n’arrête leur valeur ;
Ils sauront faire, on peut le croire,
5 e Madagascar est une île farouche, convoitée par les Français depuis le XVII
siècle. La Grande-Ile attire et amène les Français jusque dans l’océan Indien. Mais
leurs tentatives d’implantations à Fort-Dauphin s’avèrent être des échecs : les
établissements français sont constamment attaqués par les tribus autochtones. Les
Français se tournent alors vers les îles Mascareignes désertes d’autant plus que
deux mutins de Fort-Dauphin, placés en exil sur un de ses points conseillent
fortement de prendre possession de cette île volcanique qui devient Bourbon.
En 1815, l’île Sainte-Marie est habitée par un groupe de Français. La France
garde encore sur la façade orientale, les comptoirs Tintingue, Tamatave et
FortDauphin. Mais des tensions éclatent d’abord devant la montée en puissance du roi
des Ovas Radama Ier puis lors des premières persécutions de la reine Ranavalona
èreI . Voulant réactiver ses comptoirs de la côte est de Madagascar, la France lance
une expédition menée par Goubeyre d’octobre 1829 à décembre 1829. Les
Français basés sur l’Ile Sainte-Marie en juin 1829, lancent des attaques et
prennent Tintingue dès juin, puis Tamatave, le 12 octobre avant d’être défaits à
Foulepointe le 25 octobre 1829. L’affront de Foulepointe est lavé le 4 novembre,
fête de la Saint-Charles et fête du Roi (le roi étant Charles X [1824-1830]). Mais
faute d’argent, les Français doivent rentrer à Bourbon en novembre 1829.
L’expédition de Goubeyre est officiellement suspendue par le gouvernement
métropolitain en 1831.
6 * L’air noté avec accompagnement pour la guitare et pour le piano, est déposé
chez M.M. Mounier, Camoin et Ménard qui la communiquent aux amateurs.
7 Des Créoles de Bourbon participent à l’expédition de Goubeyre comme le
stipule le rapport du gouverneur de Bourbon de Cheffontaines : « Il sera embarqué
à bord du bâtiment composant la division commandée par M. le Capitaine de
vaisseau Goubeyre, un détachement de 232 hommes pris parmi les portions des
corps formant la garnison de Bourbon, pour être employés sous les ordres de cet
officier supérieur. ». ANOM. Madagascar. D. 10. C 23.
21

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