//img.uscri.be/pth/53437c64a3af0feea6462cd04a4e94adf1369916
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Figures emblématiques de l'imaginaire politique espagnol

De
267 pages
Cet ouvrage propose d'examiner la façon dont certains personnages politiques, qui ont marqué non seulement l'Espagne de leur temps mais encore la postérité, ont été exaltés, récupérés, réhabilités ou instrumentalisés à des fins qui les transcendent et occupent, de ce fait, une place privilégiée dans l'inconscient collectif. Adoptant un spectre temporel large, allant de la fin du Moyen-Âge à l'époque actuelle, l'enquête porte sur des hommes et des femmes politiques d'exception (rois, hommes d'État, chefs militaires, figures religieuses…) qui ont été mis au service de discours de légitimation ou de contestation du pouvoir.
Voir plus Voir moins
FIGURES EMBLÉMATIQUES DE L'IMAGINAIRE POLITIQUE ESPAGNOL
Ouvrage publié avec le concours de
En application des articles L. 122-10 à L. 122-12 du code de la propriété intellectuelle, toute reproduction à usage collectif par photocopie, intégralement ou partiellement, du présent ouvrage est interdite sans autorisation du Centre français d'exploitation du droit de copie (CFC, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris). Toute autre forme de reproduction, intégrale ou partielle, est également interdite sans autorisation de l’éditeur.
© INDIGO & Côté-femmes éditions 55 rue des Petites Écuries 75010 Paris contact.indigo-cf@dbmail.com http://www.indigo-cf.com ème Dépôt légal : 4 trimestre 2013 ISBN 2-35260-097-9
FIGURES EMBLÉMATIQUES DE L'IMAGINAIRE POLITIQUE ESPAGNOL
Paloma Bravo et Alexandra Palau(Coordination)
Avec la participation de Isabelle Touton(Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3),Araceli Guillaume-Alonso(Université de Paris IV-Sorbonne),Paloma Bravo (Université de Bourgogne),Laetitia Blanchard Rubio (Université de Paris IV-Sorbonne),Sarría Buil Aránzazu (Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3), Catherine Orsini-Saillet(Université de Bourgogne),Manuel Borrego (Université de Franche-Comté),Alexandra Merle (Université de Caen Basse-Normandie, ERLIS),Michèle Guillemont(Université de Lille 3-CECILLE),Alexandra Palau(Université de Bourgogne),Rica Amran(Université de Picardie-Amiens),Jorge Cagiao y Conde(Université de Tours-ICD),Florence Belmonte(Université Paul Valéry-Montpellier III)
INDIGO
SOMMAIRE
Avant-propos Paloma Bravo et Alexandra Palau ...................................
La récupération politique de figures historiques
7
Le franquisme n’a pas tué la « sainte de la race » ou comment et pourquoi Thérèse d’Avila (1515-1582) renaît sans cesse de ses cendres Isabelle Touton....................................................................... 15
De Guzmán El Bueno al general Moscardó: el hijo sacrificado a la patria Araceli Guillaume-Alonso................................................... 33
Ferdinand II d’Aragon : une figure emblématique des imaginaires politiques au siècle d’or Paloma Bravo........................................................................ 51
Zumalacárregui ou l’incarnation de la Première guerre carliste Laetitia Blanchard Rubio....................................................
En torno a la construcción y recuperación del exilio retornado a través de la figura de Claudio Sánchez Albornoz Aránzazu Sarría Buil............................................................
La construction de figures exemplaires
Las « Trece Rosas » en el imaginario político y literario de la España actual Catherine Orsini-Saillet.......................................................
5
69
89
123
Privados en serie: listas de figuras históricas y emblemáticas en la literatura de la privanza Manuel Borrego....................................................................
143
Figures de la Tyrannie dans la pensée politique de l’Espagne moderne Alexandra Merle................................................................. 157
Ignace de Loyola, figure romanesque « admirable » et admirée Michèle Guillemont........................................................... 181
Des parcours emblématiques
Un parcours emblématique au service d’une carrière politique : le discours nationaliste de Jordi Pujol Alexandra Palau................................................................... 201
Entre mito y realidad histórica: Isabel I, reina de Castilla Rica Amran...........................................................................
Pi y Margall: figura emblemática del federalismo español Jorge Cagiao y Conde.........................................................
Baltasar Garzón, un juge emblématique contre l’impunité de la dictadure Florence Belmonte...............................................................
6
219
239
249
INTRODUCTION
1 lors que la conviction structuraliste de « la mort du sujet » a A abouti à la mise en cause confluente des notions d’individu, d’auteur et d’acteur historique, alors que la Nouvelle Histoire nous a habitué depuis des décennies à préférer les évolutions de longue durée et l’histoire des peuples à celle centrée sur les grands hommes, alors que cette tendance se trouve confortée par l’émergence d’une 2 « histoire globale » , nous assistons cependant depuis quelques années au retour en force des grandes figures historiques, non seulement dans le cadre de romans et de films destinés au grand 3 4 public , mais encore dans les ouvrages réservés aux spécialistes . C’est ainsi, par exemple, qu’en 2012 se sont produites dans le milieu universitaire français, au moins deux initiatives qui témoignent de l’intérêt porté aux grandes personnalités historiques : la création de la revue en ligneLes Grandes figures historiques dans les Lettres et les Arts (http://figures-historiques.revue.univ-lille3.fr/-1-2012) hébergée à l’Université de Lille 3 et la tenue en Bourgogne, à l’initiative d’hispanistes, de deux journées d’études (les 13 avril et 12
1 Michel Foucault,Les mots et les choses, Paris, Gallimard, Tel, 1996, p. 398. 2 Voir par exemple les travaux de Christian Gratamloup,Géohistoire et mondialisation. Le temps long du Monde, Paris, Armand Colin, seconde édition, 2010 ou encore?Faut-il penser autrement l’histoire du monde , Paris, Armand Colin, 2011. 3 Alison Boulanger et Fiona McIntosh-Varbédian, « Introduction » dansLes grandes figures historiques…2012, signalent l’engouement pour lesbiopicsconstruits autour de personnalités « jugées marquantes » et donnent à titre d’exemple pour la seule année 2012 :My Week with Marilynde Simon Curtis,Cloclode Florent Emilio Siri, Margaret Thatcher de Phylida Lloyd ou encoreJ. Edgar de Clint Eastwood qui retrace la vie de Hoover. 4 Jacques Rancière, « L’historien, la littérature et le genre biographique »,in Politique de la littérature, Paris, Galilée, 2007, p. 189-204.
7
octobre 2012) consacrées aux « Figures emblématiques de l’imaginaire politique espagnol ». En dépit de leur intérêt commun pour les figures historiques, ces deux en uêtes diver ent uant à leur ob et. Tandis ue la revue lilloise entend « étudier la mise en récit ou en image de l’Histoire et des grandes figures historiques » en 1 centrant sa réflexion sur les « œuvres littéraires et artisti ues » , les ournées d’étude menées en Bour o ne −dont ce livre résente une sélection d’articles− se sont intéressées en riorité à la ortée oliti ue de ces fi ures histori ues, considérées à la fois en tant ue ersonnalités réelles et ue su orts de ré-élaborations idéologiques, dont les productions artistiques ne sont qu’une composante. Notre propos ici, ne sera donc pas d’étudier la façon dont, un nombre croissant de fictions renvoient à des figures historiques 2 abordées suivant les lois du vedettariat et du marketing . Notre questionnement relèvera au contraire de l’étude, classique en science politique, des mythologies et se centrera sur le cas espagnol envisagé à partir d’un large spectre temporel, allant de la fin du Moyen-Âge à l’époque actuelle. L’ouvrage s’intéresse ainsi à certains personnages politiques qui, ayant marqué non seulement l’Espagne de leur temps mais encore la postérité, ont été exaltés, récupérés, réhabilités ou instrumentalisés à des fins qui les transcendent et occupent, de ce fait, une place privilégiée dans l’inconscient collectif. Il analyse comment des hommes et des femmes politiques d’exception (rois, hommes d’État, chefs militaires, figures religieuses…) ont été mis au service de discours de légitimation ou de contestation du pouvoir. La mise en regard des parcours politiques de ces personnages et des constructions discursives ou iconographiques auxquelles ils ont servi de support conduit ainsi à aborder la question des mythologies politiques espagnoles sous l’angle de l’exemplarité. Trois directions de recherche sont apparues à travers les exposés présentés pendant les journées d’étude.
1 Voir la présentation de la revue en ligne (deux numéros à ce jour). 2 Alison Boulanger et Fiona McIntosh-Varbédian, « Introduction » dansLes grandes figures historiques…2012.
8
Toute une série de travaux se sont intéressés à la récupération politique de figures historiques nationales. Relevant de cette catégorie, Thérèse d’Avila est un exemple particulièrement intéressant puisque, comme le démontre Isabelle Touton dans le chapitre qu’elle lui consacre, la sainte n’a cessé d’être instrumentalisée et récupérée par les idéologies les plus diverses. Tour à tour porte-drapeau du libéralisme ou du franquisme, héraut d’un mysticisme militant ou fer de lance d’un intégrisme radical, elle e n’a cessé d’être objet de controverse ou d’adhésion depuis le XVII siècle. L’article passe en revue les interprétations foisonnantes et contradictoires dont Thérèse a été le support montrant que celles-ci reposent sur un « processus de décontextualisation et de deshistorisation » et qu’elles sont rendues possibles par la personnalité aussi riche que paradoxale de la « sainte », tantôt érigée en modèle, tantôt abordée comme objet de dérision voire comme cas pathologique. Adoptant également une perspective large permettant de mettre en regard passé et période contemporaine, Araceli Guillaume-Alonso consacre sa réflexion à une autre gloire nationale récupérée par le franquisme : GuzmánEl Bueno. Cette instrumentalisaton est double puisque, non seulement ce héros de la Reconquête, qui a sacrifié son fils à son roi, est présenté par le régime franquiste comme un modèle de patriotisme, mais encore cette légende sert de trame à une autre résistance tout aussi héroïque qui se serait produite pendant la guerre civile : celle du général Moscardó acceptant de perdre son fils plutôt que de livrer l’Alcazar de Tolède aux Républicains. L’article suit les différents avatars et ré-appropriations de la légende de GuzmánEl e e Buenodu XIII siècle, montrant comment elle a été mise auau XXI service des causes les plus diverses de façon à servir tout à tour les intérêts dynastiques des Guzmán, l’historiographie libérale ou carliste ou encore l’idéologie franquiste. C’est à un autre personnage phare du siècle d’or espagnol que Paloma Bravo consacre le chapitre suivant. Recentrant sa réflexion sur l’époque moderne, elle montre la plasticité avec laquelle Ferdinand II d’Aragon a été le support de figurations mythologiques,
9
e e e politiques et philosophiques au cours des XV , XVI et XVII siècles. Considéré de son vivant comme le monarque messianique annoncé par les prophéties médiévales, il est également présenté dans de nombreux textes et prophéties comme le point d’aboutissement d’une lignée de Ferdinand qui le préfiguraient et dont il parachève l’entreprise politico-religieuse ; en contraste avec cette dimension sacrale, Machiavel l’érige en modèle de prince séculier tandis qu’avec Gracián, Ferdinand accède à une nouvelle dimension, bien plus qu’icone politique, il devient la figure par excellence de l’homme accompli ou «persona». Réalisant un saut temporel de près de deux siècles, l’article de Laetitia Blanchard Rubio s’intéresse à une figure qui a marqué l’imaginaire politique espagnol et européen durant la Première guerre carliste : le général carliste Tomás Zumalacárregui mort sur le champ de bataille lors du siège de Bilbao en 1835. Grâce à son parcours exemplaire, Zumalacárregui est mythifié par ses contemporains qui voient en lui le héros incontestable de cette guerre. À travers l’analyse d’écrits et de gravures portant sur le conflit carliste, cette étude s’attache à monter comment la figure de ce soldat d’exception est récupérée afin d’en faire le meilleur défenseur de la cause légitimiste. Les exploits du général lui permettent non seulement d’être célébré de son vivant mais aussi, grâce au mythe qui se crée autour de lui, d’accéder de façon posthume à la fois à un statut de héros national et à un rôle de « porteur de mémoire » du camp légitimiste. e C’est à une réflexion portant sur le XX siècle que nous convie le dernier chapitre de cette section. À travers une analyse des articles parus dans trois quotidiens espagnols (El País,La Vanguardia et ABC) à l’occasion du retour en Espagne de Claudio Sánchez Albornoz le 23 avril 1976 après un exil de quarante ans, Aránzazu Sarría Buil étudie la façon dont sont présentées, dans le contexte politique de la Transition démocratique, les différentes facettes de cette personnalité. Il s’agit de comprendre les clés de la construction historique dont furent objet à ce moment-là, aussi bien la figure de Claudio Sánchez Albornoz que sa trajectoire personnelle, celle-ci
10