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Filles du Calvaire

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Filles du Calvaire est un texte de deuil(s) qui relate l'errance et les déchirements de l'esprit et du coeur d'une narratrice en exil à Paris. Le texte pose également en filigrane la question de l'écriture et de la création. Une première partie est extraite d'un journal : on y retrouve des fragments qui mélangent la confession, les notes personnelles et les restes "d'envois" d'une correspondance amoureuse entre deux femmes. On y croise des écrivains, des figures du passé, des ombres qui réconfortent et relogent la véritable adresse. La fin de l'ouvrage offre, quant à elle, des tableaux en ruine qui se présentent sous la forme d'une prose poétique et qui entrent en écho avec ce journal. Ce livre côtoie les morts dans ce qu'il est à la fois le ressassement d'une mémoire - cette affirmation tragique de soi - et l'esprit même d'un au-delà vital, spirituel, transcendantal (Kant, Husserl) dans le geste même de son écriture qui en est une forme de "résurrection".


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Annie Rioux

Filles du Calvaire




Collection French Connection
Ouvrage publié sous la direction de 
Caroline Hoctan




Versions numériques de l’ouvrage :

ISBN epub : 978-2-36342-075-6
ISBN mobi : 978-2-36342-076-3
Distribution : www.immateriel.fr

Toute reproduction ou représentation intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, de la présente œuvre mise en ligne faite sans l’autorisation de l’Éditeur, est illicite et constitue une contrefaçon soumettant toutes personnes responsables aux sanctions pénales et civiles prévue par la Loi.


Éditions D-Fiction,
 2017, tous droits réservés.
www.editions-d-fiction.com
2, rue Noviomagus - 33780 Soulac-sur-Mer





Avertissement

Ce texte a d’abord été rédigé à Paris en 2010 à titre de document personnel. La prose poétique qui figure en deuxième partie de l’ouvrage répondait plus particulièrement à l’injonction formulée il y a quelques années par Hélène Cixous, qui appelait les femmes à « se mettre dans le texte – comme dans le monde et l’Histoire – par leur propre mouvement ».

Quand l’amour saigne


J'ai littéralement dévoré l'écriture d'Annie Rioux. Je me souviens très nettement de ma sensation de lectrice avide de la lire d'une seule traite. Ce cannibalisme littéraire est l'écho troublant de ce drame qui est le sien, celui d'intérioriser, jusqu'à plus soif, le corps absent d'une histoire sans issue. Élizabeth Smart, une référence pour Annie Rioux, écrit : La mer envahissante est amour et elle jaillit de moi comme le sang d'une artère blessée. Dans Filles du Calvaire, Annie Rioux écrit avec la substance d'une blessure amoureuse, au cœur d'un entremêlement charnel, véritable flux et reflux de la substance des amantes. L'une se vide, l'autre se remplit, sans que l'on sache où est l'abandon. Mais qu'importe ce savoir. Avec son langage, Annie Rioux ne répète pas l'hémorragie d'une éventration advenue avec une rupture saignante. Car, encore une fois, qui éventre qui ? Ce doute survenu dans l'entre organique de l'écriture de soi interroge un déjà vécu. Déjà ? L'utilisation de cet adverbe du temps distille une étrangeté temporelle nécessaire au présent du geste d'écrire où le jaillissement sanglant est la matière des mots d'une réinvention de soi qui émerge au creux des violentes morsures d'éros. Se réinventer, c'est devenir étranger à soi-même, une expérience vitale qui mène Annie Rioux sur les trottoirs du Marais à Paris, ou encore vers les berges du Canal Saint-Martin, où elle pratique ce qu'elle nomme une politique étymologique du deuil. Dans cette ville qui est la mienne, elle passe, inconnue de moi, mais frôle une Seine familière avec la pâleur d’une noyée et la cambrure d’un fauve errant. Je la vois comme une étrangère fréquentée intensément lors d'une lecture qui ressemble au festin d'une cannibale, et à l'intérieur duquel toutes frontières, entre l'écrivaine qu'elle est et la lectrice que je suis, s'abolissent. Qui, après une séparation violente et douloureuse, n'a pas écrit des lettres, des mails, des SMS, jamais envoyés ? La jouissance de la lire, toutes limites confondues, s'origine dans cette adresse, le tu d'une corporalité manquante. Après, il ne faut pas se leurrer, c’est uniquement le corps qui manque, car tu deviens omniprésente. Tels sont les mots d'Annie Rioux que je pourrais faire miens le temps d'une lecture, qui ravive ma mémoire de la perte mais me rappelle, en même temps, qu'elle ouvre à l'élan vital de l'écriture entremêlée aux regards qui la parcourent. Le calvaire du manque devient littéraire avec la traversée d'autres auteurs, présents dans le livre, et qui tissent l'organicité du langage. Lire entre les lignes leur présence, qui a transité par l’énergie de son coeur, par ses yeux, par ses mains et ses reins, par son flair sa salive, et sans toujours nécessairement les reconnaître, parfois même en le découvrant, participe d'une connaissance par les profondeurs. Annie Rioux déchire toutes lignes de partage, jusque celle entre les sexes, car le langage n’a pas de genre. Là réside tout son attrait et son irrésistible pouvoir. Ainsi, déchirer le voile devenait un acte de résistance. Acter la déchirure, sans en mourir d'épuisement, tel est le savoir-faire de l'écrivaine, mais non pas en scholar classique, qui théoriserait la fréquentation des spectres, ceux de l'écriture et de la vie qui se confondent dans un entre-lieux. Car, de ce lieu même, elle sait parler aux esprits et déverrouiller la possibilité d'une telle adresse*.

 

Virginie Foloppe




* Jacques Derrida, Spectres de Marx.















À ma grande Sauvage.

Amplifications


Le café fumait sur la table de la cuisine, des rais de lumière se posaient sur le figuier desséché (celui que l’amante m’avait offert). Le nuage de nos cigarettes nocturnes ramenait ton visage à mon matin bleu de décembre. Des scènes rejouaient inlassablement dans ma tête et des visages embaumés se réanimaient. Un triangle de peaux flambait. Ce qu’il reste s’est considérablement réduit, de nature et de folie. Le tableau : une représentation de ruines, n’importe laquelle, le Panthéon d’Athènes par exemple, dans la réalité ou dans le livre d’histoire de l’art ; avec le passage du temps ou l’avalement de narcotiques, ça revient au même. Les restes d’un édifice dégradé par le temps ou une destruction plus rapide. Destruction rapide dans notre cas. Peinture occidentale. Déclinée – décadente. Burlesque actuel. L’avenir abîmé dedans. Le livre est le Panthéon. Les nominations n’ont plus cours, les noms ne désignent plus, un langage, le nôtre, est mort. A déserté d’un coup l’humanité, a enseveli les petits jardins ; le vent d’enfer a poussé les dunes sur les décombres. Que des ponts tronqués, des enluminures parmi les cendres. Ça faisait des jours des années. On respirait encore sous les débris. De mon côté des gestes métaphores, je faisais ma valise ; tu regardais ailleurs, cherchais une bête de compagnie. Le récit se formait de poudre d’os et n’avait pas besoin que nos corps se sauvent. Je partais rejoindre les gratte-ciels les avions, dans une zone périphérique, d’où il m’apparaissait que ce lieu n’avait jamais existé que dans un rêve de...

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