Fils de l'arbre

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C’est à la recherche de celui qui lui a volé sa femme que Joe Smith débarque sur la planète Kyril. Kyril, où pousse un arbre gigantesque qui fonde le pouvoir des Druides, une caste de prêtres fanatiques. Mais dès son arrivée, Joe Smith se retrouve embarqué dans une série de complots…
Publié le : samedi 30 mars 2013
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EAN13 : 9782843444951
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Jack Vance – Fils de l’arbre
Fils de l’arbre
Jack Vance
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Jack Vance – Fils de l’arbre
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Jack Vance – Fils de l’arbre
Nouvelle extraite du recueil «Le Dernier Château et autres crimes», ouvrage publié sur la direction de Pierre-Paul Durastanti & Olivier Girard. Sommaire proposé par Pierre-Paul Durastanti. ISBN : 978-2-84344-494-4 Parution : mars 2013 Version : 1.0 — 27/03/2013 Illustration de couverture © 2013, Nicolas Fructus © 2013, Le Bélial’ pour la présente édition
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Jack Vance – Fils de l’arbre
Fils de l’arbre
Roman traduit de l’américain par E.C.L. Meistermann. Traduction révisée par Pierre-Paul Durastanti & Olivier Girard.
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I.
Jack Vance – Fils de l’arbre
UN CARILLON ÉCLATANT et pénétrant résonna dans deux cents esprits, brisant deux cents bulles de catalepsie. Joe Smith s’éveilla frais, dispos, mais compressé, aveuglé comme dans un cocon. Bandant ses muscles, il se débattit ; le spasme d’affolement disparut. Il se détendit pour sonder les ténèbres avec attention. L’air sentait le fauve et l’humidité de la chair chaude… la chair d’hommes en grand nombre, au-dessus, au-dessous, à droite, à gauche, qui se débattaient, poussaient, ruaient dans leurs filets élastiques. Joe se renversa en arrière. Son esprit reprit une séquence mentale abandonnée trois semaines plus tôt. Ballenkarch ? Non. Ballenkarch était encore loin, plus près de la Bordure. Il devait s’agir de Kyril, le monde des Druides. Un bruit aigu de déchirement. Le hamac se fendit le long d’un joint magnétique. Joe se laissa choir sur la coursive. Il avait les jambes aussi molles que des saucisses. Ses muscles ne possédaient plus guère de tonus au bout de trois semaines sous hypnose. Il suivit la coursive jusqu’à l’échelle, descendit au pont principal et franchit le sas. Un adolescent basané d’environ seize ans, aux grands yeux, l’air malin, en combinaison de pliophane brun clair et bleu, était assis derrière un bureau. « Votre nom, s’il vous plaît. – Joe Smith. » L’autre cocha une liste, puis indiqua le couloir d’un coup de menton. « La première porte pour la prophylaxie. » Joe la fit coulisser et entra dans une petite pièce remplie de vapeur d’eau et d’antiseptique. « Ôtez vos vêtements », beugla une femme à la voix tonitruante qui portait un short moulant. Mince comme un loup, elle avait la peau brun bleuté luisante de transpiration. Elle s’empara de l’habit trop large qu’il avait reçu à bord, puis elle recula et toucha un bouton. « Fermez les yeux. » Des jets de solutions nettoyantes lui martelèrent le corps. Pressions variables, températures variables — ses muscles commencèrent à se réveiller. Un souffle d’air chaud le sécha et la femme, d’une claque nonchalante, le dirigea vers une salle voisine où il put se raser, se couper les cheveux, puis, enfin, revêtir la tunique et les sandales qui apparurent dans un distributeur.
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Jack Vance – Fils de l’arbre
Il quittait la pièce quand un steward l’arrêta, lui plaça une canule contre la cuisse et lui souffla sous l’épiderme un cocktail de vaccins, d’antitoxines, de tonifiants musculaires et de stimulants. Ainsi requinqué, Joe quitta le vaisseau par une plateforme et descendit une rampe d’accès jusqu’au sol de Kyril. Il inspira profondément l’air frais de la planète et regarda autour de lui. Sous le ciel envahi d’une couverture nuageuse nacrée, un vaste panorama quadrillé de fermes minuscules ondulait jusqu’à la ligne d’horizon… et là, tel un fabuleux panache de fumée, s’élevait l’Arbre. La distance gommait ses contours, la partie supérieure de son feuillage se fondait dans les nuées, mais l’on ne pouvait s’y tromper : l’Arbre de Vie. Il attendit une heure qu’on vérifie son passeport et ses divers documents d’identité dans un petit bureau aux parois vitrées, situé sous la passerelle de débarquement. Quand on l’eut dédouané, on lui fit traverser la piste jusqu’au terminal, un édifice rococo de pierre blanche orné de sculptures tarabiscotées et de gravures complexes. Au sas dans la paroi vitrée, un Druide surveillait le débarquement avec nonchalance. Grand, mince et nerveux, il avait une fine peau ivoirine, un visage aristocratique, posé, des cheveux de jais, des yeux sombres et sévères. Il portait une cuirasse luisante de métal émaillé et une robe somptueuse qui tombait presque jusqu’au sol en plis harmonieux, avec un ourlet d’ophrys brodés de fils d’or. Sa tête arborait un morion sophistiqué fait de cuspides et de plaques de divers métaux habilement ajustées. Joe présenta sa carte de passager à l’employé du sas. « Votre nom, je vous prie. – Il est inscrit sur la carte. » Le préposé fronça les sourcils et griffonna quelque chose. « La raison de votre présence sur Kyril ? – Visite temporaire. » Joe avait longuement discuté de sa personne, de ses antécédents et du motif de sa visite avec l’employé du bureau des douanes. Ce nouvel interrogatoire lui semblait une inutile source de désagrément. Le Druide se retourna et l’examina de la tête aux pieds. « Des espions, rien que des espions ! » Il lâcha une sorte de sifflement et reprit sa posture. Mais quelque chose dans l’apparence de Joe l’intriguait. Il refit volte-face. « Vous, là… » Sur un ton très irrité. « Oui ? – Quel est votre garant ? Qui servez-vous ? – Personne. Je suis ici pour raison personnelle. – Ne divaguez point. Tout le monde espionne. Pourquoi prétendre le contraire ? Vous suscitez ma colère. Or donc : qui servez-vous ? – En vérité, je n’ai rien d’un espion », répondit Joe en observant une courtoisie flegmatique, car l’orgueil est le premier luxe dont doivent se passer les grands voyageurs. Le Druide eut un sourire entaché d’un cynisme exagéré, marqué par ses lèvres pincées. « Et pour quelle autre raison venir sur Kyril ?
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– Une raison personnelle. – Vous ressemblez à un Thubien. Quel est votre monde d’origine ? – La Terre. » Le Druide inclina la tête, le regarda en biais, commença à parler, s’arrêta, plissa les yeux puis demanda : « Vous osez vous moquer de moi avec une légende puérile, un mythe ? » Joe haussa les épaules. « Vous m’avez posé une question. Je vous ai répondu. – Avec un mépris insolent pour mon rang et ma dignité. » Un petit homme rondouillard à la peau jaune citron s’approcha d’un pas de coq. Les grands yeux innocents, les bajoues bien développées, il portait une cape large en épais velours bleu. « Un Terrien, ici ? » Il considéra Joe. « Vous, monsieur ? – En effet. – La Terre est donc une réalité ? – Certes. » L’homme au teint citron se tourna vers le Druide. « Voici le second Terrien que je rencontre, Vénéré. De toute évidence… – Le second ? dit Joe. Quel était l’autre ? » Son interlocuteur leva les yeux au ciel. « Je n’ai pas bien retenu son nom. Parry… Larry… Barry… – Harry ? Harry Creath ? – Voilà… j’en suis sûr. Nous avons échangé quelques mots sur Intersection il y a un an ou deux. Un compagnon fort agréable. » Le Druide tourna les talons et s’en fut à grands pas. L’homme grassouillet le regarda partir, visage impassible, puis reporta son attention sur Joe. « Vous semblez mal connaître cette planète. – Je viens d’arriver. – Permettez-moi de vous donner quelques conseils sur ces Druides. Ils forment une race émotive qui s’emporte vite, téméraire, excessive. Et ils sont absolument étroits d’esprit, absolument certains de la position de Kyril comme centre de l’espace et du temps. Il est sage de parler suavement en leur présence. Puis-je vous demander — simple curiosité — la raison de votre présence en ce lieu ? – Je ne pouvais me permettre d’acheter un billet pour aller plus loin. – Et ? » Joe haussa les épaules. « Je vais me trouver du travail et tâcher de gagner un peu d’argent. » L’autre homme fronça les sourcils d’un air songeur. « Et pour ce faire, quels talents ou capacités allez-vous utiliser ? – Je suis mécano, machiniste, dynamiste, électricien. Je sais établir un relevé, calculer les tensions, exécuter diverses tâches. Je me considère comme ingénieur. » Sa nouvelle relation semblait réfléchir et finit par déclarer d’un ton hésitant : « Il y a surabondance de main-d’œuvre bon marché parmi les Laïcs. »
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Jack Vance – Fils de l’arbre
Joe examina l’astrogare d’un regard circulaire. « À en juger d’après cette armature, je suppose qu’ils avaient la tremblote quand ils ont manié leur règle à calcul. » L’autre pinça les lèvres en guise d’acquiescement hésitant. « De plus, les Druides sont xénophobes à l’extrême. Un visage nouveau signifie un espion. » Joe hocha la tête et afficha un large sourire. « J’avais remarqué. Le premier Druide que j’ai vu m’a mis sur des charbons ardents. Il m’a bizarrement traité d’espion mang. » L’homme à la carnation jaunâtre acquiesça. « C’est ce que je suis. – Un Mang… ou un espion ? – Les deux. Il y a peu d’efforts de dissimulation. Cela est admis. Tous les Mangs sur Kyril sont des espions. De même pour les Druides sur Mangtsé. Les deux mondes luttent pour la domination régionale sur le plan économique et il y a entre nous beaucoup de rancœur. » Il se frotta le menton. « Vous cherchez donc une place rémunérée ? – Exact. Mais pas dans l’espionnage. J’évite de me mêler de politique. La vie est bien assez courte. » Le Mang eut un geste rassurant. « Entendu. Comme je le disais, les Druides sont émotifs. Et retors. Peut-être peut-on jouer sur ces qualités. Supposons que vous m’accompagniez à Divinale. Je dois rencontrer le théarque du district. Si je me vante d’avoir un technicien efficace à mon service… » Il laissa sa phrase en suspens et considéra Joe d’un œil matois. « Par ici… » Suivant l’étrange personnage dans l’astrogare, sous une arcade bordée de boutiques et jusqu’à une station de taxis, Joe examina la file d’aérocars. Conception antique, songea-t-il.Construction malhabile. Le Mang lui fit signe de monter dans la plus grosse des voitures. « À Divinale », dit-il au chauffeur en attente. Le véhicule s’éleva pour traverser le paysage gris-vert. Malgré toute sa richesse apparente, la campagne donnait à Joe une impression désagréable. Les villages étaient petits et rabougris ; rues et ruelles luisaient d’eau stagnante. Dans les champs, il apercevait des équipages de six, dix, voire vingt hommes qui tiraient les charrues. Le paysage avait tout de sinistre et rien de riant. « Cinq milliards de paysans, annonça le Mang. Le Laïcat. Deux millions de Druides. Et un seul Arbre. » Joe émit un grognement évasif. L’autre retomba dans le silence. Des fermes en dessous d’eux : blocs interminables, carrés, rectangles, chacun d’une nuance différente de vert, de marron ou de gris. Des myriades de cases coniques d’où s’échappait de la fumée se tapissaient aux angles des champs. Et l’Arbre, dominant tout, plus massif, plus haut, plus noir. De grands palais de pierre blanche travaillée ne tardèrent pas à apparaître, nichés parmi les arcs-boutants des racines ; le véhicule s’inclina vers les toits pesants. Joe eut un aperçu de balustres en spirales, de panneaux
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Jack Vance – Fils de l’arbre
imbriqués, de faîtières à meneaux, de gargouilles, de colonnes, de quais décorés. L’appareil se posa sur une plate-forme, devant un édifice allongé qui lui rappela vaguement le château de Versailles. Il était encadré de jardins soigneusement entretenus, d’allées en mosaïque, de fontaines et de statues. Derrière ce palais se dressait l’Arbre, dont le feuillage s’élevait à des kilomètres. Le Mang mit pied à terre et se tourna vers Joe. « Si vous ôtez le panneau latéral de la génératrice de cette voiture et que vous faites semblant d’effectuer une petite réparation, on ne devrait pas tarder à vous offrir une place lucrative. » Mal à l’aise, Joe s’étonna : « Vous vous donnez beaucoup de mal pour un étranger. Seriez-vous… philanthrope ? – Oh, que non, répondit le Mang jovial. Non,non !selon mes J’agis caprices, mais mes actes ne sont pas tout à fait altruistes. Je vais vous dire : si on m’envoyait effectuer une réparation sans m’en préciser la nature, j’emporterais une gamme d’outils aussi vaste que possible. » Au cours de ma propre… mission, je constate que bon nombre de personnes possèdent des talents ou connaissances spécifiques qui se révèlent précieux. Donc, je cultive des relations aussi étendues et amicales que possibles. » Joe eut un maigre sourire. « Ça paye ? – Oui. De plus, ajouta l’autre suavement, la courtoisie est une récompense en soi. Une conduite secourable procure une satisfaction incalculable. Ne vous sentez en rien mon obligé, je vous prie. » Joe songea, sans l’exprimer à haute voix :Aucun danger. L’homme rondouillard prit congé, et, accompagné de son chauffeur, traversa la plate-forme jusqu’à une grande porte en bronze ciselé. Joe hésita. Puis, estimant qu’il ne perdait rien à suivre les instructions qu’on lui avait données, il dégrafa le panneau latéral. Une bande de plomb le scellait. Après un dernier atermoiement, il l’arracha et souleva le panneau. Il considéra alors le plus surprenant des mécanismes —assemblé à partir de pièces de rechange, boulonné dans des morceaux de bois par des tirefonds et fixé à la coque par des bouts de ficelle. On avait réglé le champ de force à l’aide d’un coin en bois. Joe hocha la tête, éberlué. Se rappelant le vol depuis l’astrogare, il transpira rétrospectivement. Le petit homme jaune lui avait suggéré de faire semblant de réparer le moteur. Joe vit qu’il n’aurait pas besoin de se forcer. La batterie était reliée à la métadyne par un câblage de fortune. Il plongea la main dans le moteur, démonta l’ensemble, réorienta les pôles et effectua une liaison directe et courte entre les deux éléments. De l’autre côté de la plate-forme, une autre voiture atterrit et une jeune fille de dix-huit ou dix-neuf ans en descendit d’un bond. Il aperçut un éclair blanc — ses yeux — dans un visage vif et étroit quand elle le regarda, puis elle s’en fut.
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