Fleurs et fruits, choix de poésies, par J. Aymard 4e édition

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L. Lefort (Lille). 1865. In-12.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1865
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LILLE. — L. LE FORT
ÉDITEIIB.
FLEURS ,
ET FRUITS
FLEURS ET FRUITS
In-12, se Séri0.
FLEURS
ET FRUITS
»(X M POÉSIES*
Pîg^ J.'AYMARD
#pijA--T &ï'j& ME ÉDITION
LIBRAIRIE DE L. LEFORT
IMPRIMEUR, ÉDITEDR
LILLE
rue. Charles de Muyssart
PRÈS L'ÉGLISE NOTRE.-DAME
PARIS
rue des Saints-Pères, 30
J. MOLUE, LIBRAIRE-GÉRANT
Tout droits rwrvit'
FLEURS ET FRUITS
LA POULE ET L?AL01iETTE
Dans un vallon chargé d'épis,
Sous l'abri protecteur de la moisson naissante,
Une alouette prévoyante
Avait déposé ses petits.
Une poule, en ce lieu passant à l'aventure,
La rencontre au moment où, volant à leurs cris,
Le bec chargé de nourriture,
Elle regagnait son logis.
— Heureuse mère, lui dit-elle,
Tu les réchauffes de ton aile ,
Tu jouis en repos des fils qui te sont chers,
Tu les nourris sans trouble, et ta jeune famille ,
Avant que la moisson lombe sous la faucille,
Aura pris l'essor dans les airs.
Et moi, je cherche en vain où cacher ma couvée ;
6 LE NID
A peine ai-je pondu qu'elle m'est enlevée ;
Et l'avare fermier me prive chaque jour
Des tristes fruits de mon amour.
— Je ressens ta douleur amère,
Lui répond la fille des champs ;
Mais ne t'en prends qu'à toi, ma chère :
A peine as-tu connu le bonheur d'être mère
Que tu fais retentir les éehos de tes chants ;
Ton orgueil te décèle au fermier qui t'épie.
Ne cherchons pas à faire envie;
Cachons notre bonheur pour en jouir longtemps.
On le risque toujours quand on s'en glorifie.
VIENNET.
LE NID
De ce buisson de fleurs approchons-nous ensemble.
Vois-tu ce nid posé sur la branche qui tremble P
Pour l'abriter, vois-tu les rameaux se ployer?
Les petits sont cachés dans leur berceau de mousse ;
Ils sont tous endormis.... oh! viens 1 ta voix est douce,
Ne crains pas de les effrayer.
De ses ailes encor la mère les recouvre;
Son oeil appesanti se referme et s'entr'ouvre,
Et son amour longtemps lutte avec le sommeil ;
Elle s'endort enfin.... Vois comme elle repose I
Elle n'a rien pourtant qu'un nid sous une rose
Et sa part de notre soleil 1
LA CROiX 7
Vois, il n'est point de vide en son étroit asile ;
A peine s'il contient sa famille tranquille ;
Mais là le jour est pur, et le sommeil est doux....
C'est assez.... elle tfést ici que passagère ;
Chacun de ses petits peut réchauffer son frère,
Et son aile les couvrir tous.
Et nous pourtant-, mortels, nous passerons comme elle ;
Nous fondons des palais quand la mort nous appelle ;
Le présent fist flétri par nos voeux d'avenir ;
Nous demandons plus d'air, plus de jour, plus d'espace,
Des champs, un toit plus grand ! Ah! faut-il tant de place
Pour aimer un jour.... et mourir? '
E. SODVESTRE.
LA Ci 1-0 IX
Pour Invoquer ton nom quand mon regard s'élève,
Dieu martyr, à ta croix, où ton sang a coulé,
Quand je vols ton flanc nu traversé par le glaive,
Et ton front pâlissant de souffrance accablé ;
Quand je rêve à ton ciel, la divine patrie,
Où les élus verront ta gloire et tes splendeurs,
Me souvenant qu'un Dieu nous conquit cette vie
En s'abreuvant aux flots des mortelles douleurs,
Je me sens tressaillir ; dans un élan suprême
Mon âme. vole à toi ; mon coeur est enivré ;
Et devant cette croix, notre signe adoré,
Je me prosterne, ô Christ, et tremblante.... je t'aime.
E. THJBIAT,
RESIGNATION
Je viens à vous, Seigneur, père auquel II faut croire ;
Je vous porte, apaisé,
Les morceaux de ce coeur tout plein de votre gloire
Que vous avez brisé.
Je viens à vous, Seigneur, confessant que vous êtes
Bon, clément, indulgent et doux, ô Dieu vivant !
Je conviens que vous seul savez ce que vous faites
Et que l'homme n'est rien qu'un jonc qui tremble au vent.
Je dis que le tombeau qui sur les morts se ferme
Ouvre le firmament,
Et que ce qu'ici-bas nous prenons pour le terme
Est le commencement.
Je conviens à genoux que vous seul, Père auguste,
Possédez l'infini, le réel, l'absolu.
Je conviens qu'il est bon , je conviens qu'il est juste,
Que mon coeur ait saigné , puisque Dieu l'a voulu.
Je ne résiste plus à tout ce qui m'arrive
Par votre volonté.
L'âme de deuils en deuils, l'homme de rive en rive
Roule à l'éternité. "
Nous ne voyons jamais qu'un seul côté des choses ;
L'autre plonge en la nuit d'un mystère effrayant.
L'homme subit le joug sans connaître les causes.
Tout ce qu'il voit est court, inutile et fuyant.
LE MOIS DE MAI 9
Vous faites revenir toujours la solitude
Autour de tous ses pas;
Vous n'avez pas voulu qu'il eût la certitude
Ni la joie ici-bas.
Dès qu'il possède un bien, le sort le lui retire ;
Rien ne lui fut donné, dans ses rapides jours,
Pour qu'il s'en puisse faire une demeure, et dire :
C'est ici ma maison, mon champ et mes amours !
Il doit voir peu de temps tout ce que ses yeux voient I
Il vieillit sans soutiens.
Puisque ces choses sont, c'est qu'il faut qu'elles soient :
J'en conviens, j'en conviens I
v. H.
LE li©il§ , DE MM
C'est le mois des roses,
Le réveil des fleurs,
Où sur toutes choses
Dieu mit ses splendeurs.
C'est la tiède haleine
Passant dans l'air pur,
Inondant la plaine
De ses flots d'azur.
C'est l'oiseau qui chante
Aux bois parfumés,
Dans la douce attente
De ses oeufs aimés.
î
3 0 LE MOIS DE MAI
C'est l'herbe qui pousse
Partout, sous les pas,
C'est le nid de mousse
Au pied des lilas.
C'est l'eau des fontaines
Qui creuse le sol,
Chantant sous les frênes
Comme un rossignol.
C'est le frais rivage
Où le lis penché
Miri son visage
Au soleil caché.
C'est dans les prairies
Le papillon d'or
Aux tiges fleuries
Volant leur trésor.
C'est, avec leurs mères,
Les petits moutons
Paissant des fougères
Les premiers boutons.
Mai ! c'est de l'année
Le joyeux berceau ;
C'est la matinée
Du printemps nouveau;
C'est la frêle enfance
Qu'on verra grandir.
Mai! c'est l'dspe'rance!
Mai! c'est l'avenir!
Au front des montagnes
Fleurit le raisin,
LE MOIS DE MAI 11
Et dans nos campagnes
Germe notre pain.
Partout la nature
Accomplit son voeu,
S'éveille et murmure
Le nom de son Dieu!
Ainsi donc, sur terre,
Dans ce mois' des fleurs,
Dieu fait qu'on espère
Tous les vrais bonheurs.
Sa toute-puissance
Voulut, à nos yeux,
Etaler d'avance
Les splendeurs des cieux.
Pour rendre complètes
Toutes ses faveurs,
Pour que tout fût fêtes,
Amours et douceurs,
Le ciel et la terre,
Charmés de ces lois,
Du nom de la Mère
Ont nommé ce mois.
GALOPPE D'ONQUAIRE.
LE CHANT DES ORGUES
Silence dans la nef! le soleil d'occident
Vers l'horizon pourpré s'incline,
Et son disque d'or illumine
La rosace qui luit ainsi qu'un disque ardent.
Peuple, prêtres, vous tous enfants de la prière,
Laissez quelques instants les cantiques sacrés,
Par les derniers échos vaguement murmurés,
S'endormir dans le sanctuaire.
Silence ! entendez-vous comme, en nos coeurs troublés,
Un vague prélude circule,
Pareil au vent du crépuscule
Qui court mélancolique et pleure dans les blés ?
C'est l'orgue qui répond à des mains palpitantes ;
Sa voix s'enfle, grandit, et soudain, jusqu'aux cieux,
Sous l'effort cadencé des doigts mélodieux,
Jaillit en notes éclatantes.
Chantez ! échos du ciel, voix d'espoir et d'amour !
Et toi qui réveillas l'aurore,
0 musique ! murmure encore
Pour bercer la nature et fermer l'oeil du jour.
Tes sublimes concerts donnent l'essor à l'âme ;
Elle frémit, s'élance, et du pied de l'autel,
Dans les flots d'harmonie et d'encens, jusqu'au ciel
Monte avec ses ailes de flamme.
Or j'entendais un bruit comme les grandes eaux
Se brisant aux rocs de la plage ;
LE CHANT DES ORGUES 13
La sueur baignait mon visage,
Et je sentais courir le frisson dans mes os.
Tantôt l'orgue roulait sa note monotone,
Tantôt, rauque, il enflait ses trompettes d'airain ;
Et mon coeur palpitait comme un voile de lin
Agité par le vent d'automne.
L'éternel hosannah résonne dans les airs ;
Le monde a tremblé dans l'espace....
Il vient, c'est Lui 1 c'est Ditu qui passe
En étendant la main d'en haut sur l'univers.
Les chérubins, courbés comme au vent les pervenches,
Enivrés d'un bonheur qui ne finira pas,
Contemplent en tremblant la trace de ses pas
A l'ombre de leurs ailes blanches.
Hosannah! gloire à vous, Dieu tout-puissant ! Et toi,
Musique, voix des espérances,
Consolatrice des souffrances,
Echo d'une autre vie en qui nous avons foi,
Répands sur nous l'éclat de ta sainte auréole!
Viens, viens, âme nouvelle , en nos âmes vibrer,
Prodiguant tes soupirs qui nous font tant pleurer,
Et ton doux chant qui nous console.
Gloire à Dieu!... Mais déjà tous les chants ont ces^sé;
Dans la nef aux sombres ogives,
De l'orgue les notes plaintives
Roulent en s'éteignant comme un cri du passé.
Sous le portail ouvert le peuple à flots s'écoule ;
La vision s'efface, et je ne vois aux cieux
Que le dernier rayon, glissant silencieux
Sur les fronts courbés de la foule.
PROSPER BLAKCHEMAIK.
LA CHANSON DU PECHEUR
Ah! quel bonheur d'aller en mer!
Par un ciel chaud, par un ciel clair,
La mer vaut la campagne;
Si le ciel bleu devient tout noir,
Dans nos coeurs brille encor l'espoir,
Car Dieu nous accompagne.
Le bon Jésus marchait sur l'eau;
Va sans peur, mon petit bateau.
Saint Pierre, André, Jacques et saint Jean,
Fêtés tous quatre une fois l'an,
Etaient ce que nous sommes ; *
Et ces grands pêcheurs de poissons,
A leurs filets, leurs hameçons
Prirent aussi les hommes.
Le bon Jésus marchait sur l'eau;
Va sans peur, mon petit bateau.
Sur les flots, ils l'ont vu, léger,
Vers eux tous venir sans danger,
Aussi léger qu'une ombre;
Mais Pierre à le suivre eut grand peur;
Il cria : — Sauvez-moi, Seigneur !
Sauvez-moi, car je sombre !
Le bon Jésus marchait sur l'eau;
Va sans peur, mon petit bateau.
Sur ton bateau, Pierre-Simon ,
Que Jésus fit un beau sermon
LA CHANSON DD PÊCHEUR 15
A la foule pieuse!
Puis, dans tes filets tout cassés
Combien de poissons amassés !
Pêche miraculeuse !
Le bon Jésus marchait sur l'eau;
Va sans peur, mon petit bateau.
Dans ta barque 11 dormait' un jour.
Te souvient-il comme à l'entour
S'élevait la tempête?
Lui, réveillé par ton effroi,
Dit à la vague, Apaise-toi !
Elle baissa la tête.
Le bon Jésus marchait sur l'eau;
Va sans peur, mon petit bateau.
Aussi la barque du pêcheur,
Où s'est assis notre Sauveur,
A toujours vent arrière;
Sans craindre la mer ni le vêtit,
Elle va toujours en avant
La barque de saint Pierre.
Le bon Jésus marchait sur l'eau ;
Va sans peur, mon petit bateau.
0 Jésus, des pêcheurs l'ami,
Avec nous venez aujourd'hui
Dans cette humble coquille;
Allons, prenez le gouvernail,
Et bénissez notre travail :
Il nourrit la famille.
Jésus nous conduira sur l'eau;
Va sans peur, mon petit bateau.
A. BR1ZEUX.
Lfi. JUillIT ©I IL0&!&IE
Dans Tripoli de Syrie
Un Arabe du désert
Vendait sa jument chérie
Au vieux juif Eliézer ;
Sa jument de noble race ,
Au manteau blanc et soyeux,
Qu'avec amour il embrasse
En lui faisant ses adieux.
« 0 ma fille, ma gazelle,
Il faut donc nous séparer;
Dans les mains de l'infidèle
C'est moi qui vais te livrer !
Oui, pressé par la misère,
Je te vends pour un peu d'or,
Edé, compagne fidèle,
Toi, mon unique trésor.
Douce, mais fière, intrépide,
Tu me suis dans les combats ;
Souvent ta course rapide
M'a préservé du trépas.
Tu hennis quand je te flatte ;
J'appelle, et tu viens soudain;
Tu reposes sur ma natte
Et tu manges dans ma main.
Chère à toute ma famille,
Mon fils veut te caresser,
LA CALOMNIE ET L'iKKOCENCE 17
Et sur ta croupe gentille
Sa mère aime à le placer.
Mais, trompés dans leur attente ,
Ils vont demander pourquoi,
Triste et pensif à ma tente
Je suis revenu sans toi.
Mais il en est temps encore;
Mécréant, tu m'as surpris ,
Tiens, d'un marché que j'abhorre
A tes pieds voilà le prix.
Pauvre, à ma terre natale
Je retourne et sans regret. »
A ces mots sur sa cavale
Il s'élance et disparaît.
La Calomnie et l'Innocence
ALLÉGORIE
La Calomnie un jour s'applaudissait
D'avoir osé diffamer l'Innocence.
Comme le bruit partout s'en répandait,
Ea~Vér-i.té prit part à cette offense :
vÀ'l accusée elle promit vengeance,
i /ÏÏEt faifit^)ientôt éclater
-î :!y^ns ^*le aucune violence ;
|&|i$ar, jpour chacun désabuser,
fl|a'^usée?àyant pris le parti du silence,
/:,' ÏÀ.jAilé n'eut qu'à parler.
———^ COMTESSE DE DALLET.
Quatrain sur Jeanne d'Arc
Comment accordes-tu, vierge du ciel chérie,
Cet oeil plein de douceur et ce glaive irrité ?
— La douceur de mes yeux caresse ma patrie,
Et ce glaive en fareur lui rend sa liberté.
M* DE GOURNAY.
L'ÉGLISE A LA FIN DU JOUR
Sur la porte, la croix sainte
A mes yeux montrait l'enceinte
Où l'on vient vous adorer.
Mon Dieu, dans votre demeure,
Vous êtes seul à cette heure,
Et mou coeur m'a dit d'entrer !
Dans cette maison bénie
Quand la foule est réunie,
Vous vous tenez au milieu.
Vous nous l'apprenez vous-même,
Et près de mes frères j'aime
A me sentir près de; Dieu.
LA PRIÈRE 19
Mais quand oui ne vous adore
Ici l'on vous trouve encore ,
Et j'accours m'y renfermer.
Cette heure m'est la plus chère,
Et j'ai moins d'efforts à faire,
11 semble, pour vous trouver.
Il semble qu'on vous délaisse ;
Alors, toute ma tendresse,
Pour vous , je veux l'épuiser.
A ces pieds que nul n'embrasse,
Plus ému, je prends ma place
Et je reste à les baiser.
DDCROS DE S1XT. .
LA PRIERE
Heureux celui qui sait prier !
Heureux celui dont la jeune âme,
Brûlant d'une céleste flamme,
8'élève vers son Dieu pour le glorifier !
Quand l'astre du matin ramène la lumière,
J'admire son éclat, je bénis son retour,
Et, le front incliné, j'adresse ma prière
Au Créateur du jour.
Lorsque l'ombre descend àa sommet des montagnes,
Quand le doux astre qui la suit,
D'un bleuâtre reflet colore nos campagnes,
J'adore l'Auteur de la nuit.
■ 20 LA PRIÈRE
Qu'il est bon, qu'il est grand, le Dieu qui fit le monde,
Le Dieu qui fut mon Créateur,
Qui daigne parler à mon coeur
Et permet que je lui réponde !
De quels maux puls-je être accablé
Lorsque je sens qu'il entend ma prière?
Est-il quelque douleur amère
Dont, en priant, je ne sois consolé?
Quels plaisirs pourraient me séduire,
S'ils offensaient ce Dieu si bon?
Avec un coeur rebelle à son divin empire,
Oserais-je invoquer son nom ?
Oh ! oui, je l'oserais encore !
Ses bras sont ceux d'un père, ouverts au repentir,
Et le coupable qui l'implore
Est un fils égaré qui veut lui revenir.
Et quand ce fils se prosterne et supplie,
Le choeur des Chérubins se met à l'unisson :
« Voyez ! dit-il, le pécheur prie;
» Entonnons l'hymne du pardon. »
Don sublime ! sainte prière !
Toi qui te fais entendre à toute heure, en tous lieux ;
Lien du ciel avec la terre,
Quelle âme n'a senti ton charme précieux?
Qu'es-tu, sinon la voix de l'innocence,
Le regard du pécheur élevé vers les cieux,
Le cri de la reconnaissance
Ou le soupir du malheureux !
DE JUSSIED.
LE NOM DE MARIE
SONNET
Le blanc ruisseau des prés a de charmants murmures,
Au milieu des cailloux , sous l'ombre des roseaux,
La mer, brisant la barque ou rompant les voilures,
Elève comme un chant la voix des grandes eaux.
Le frais zéphir du soir a des haleines pures
Qui semblent soupirer et se plaindre aux coteaux,
Et l'oiseau qui voltige, au bord des moissons mûres,
Charme de ses refrains les bois aux verts manteaux ;
La feuille du bosquet frémit dans le silence,
L'insecte qui s'éveille en bourdonnant s'élance ;
Le luth rend sous les doigts des sons harmonieux.
Mais de tous les accents où l'écho se marie,
Des hymnes de la terre et des hymnes des cieux,
Aucun n'est aussi doux que le nom de Marie.
ALFRED DE MARTONNET.
ÏD €mlimt h %mi
SONNET
Vierge sainte, pourquoi, tandis que tu t'inclines
Vers le berceau du Fils qui s'éveille à ta voix,
Tes yeux sont-ils pensifs, et sur tes mains divines
Des pleurs mal retenus tombent-ils quelquefois?
22 LA PRIERE DE JEANNE
Dans l'avenir lointain peut-être tu devines
Le Golgotha sinistre, et peut-être tu vois
Cet Enfant au front calme, aux lèvres purpurines,
Pâle, entre deux larrons, cloué sur une croix.
Elève tes regards vers un ciel plus prospère,
O Vierge, et tu verras le trône révéré
Où ton Fils doit s'asseoir à la droite du Père ;
Le trône où retentit déjà ce mot sacré :„
Venez à moi, vous tous dont le coeur désespère,
Vous qui versez des pleurs, je vous consolerai!
PROSPER BLANCHEMAIN.
LA PRIERE DE JEANNE
Il m'en souvient toujours ; c'était à la moisson,
A deux pas de la maisonnette
Posée au coin d'un champ comme un nid d'alouette,
D'où s'envolait ma rustique chanson.
Les fléaux des batteurs résonnaient en cadence,
Bruit chéri de la ferme, et préféré cent fois,
Bon Mathurin, à ton hautbois
Menant les vieux même à la danse.
Le chien au coin de l'aire, oubliant les troupeaux ,
Folâtrait dans la paille éblouissante et chaude,
Tandis que sur la grange un essaim de moineaux
Guettait l'instant de la maraude,
Les hommes, les oiseaux , tout paraissait joyeux
Devant ces beaux épis aux tiges vigoureuses ;
Mais la gaîté surtout rayonnait dans les yeux
LA PRIÈRE DE JEANNE 23
De la bru du cordier, travaillant de son mieux
Au premier rang des moissonneuses.
Bientôt sous les pommiers on servit le repas.
Jeanne riait toujours. Pourquoi tant d'allégresse,
Jeanne? la sueur de vos bras
D'un autre augmente la richesse,
Et de la pauvreté ne vous préserve pas.
Votre époux est aveugle; un brin d'herbe qui pousse
Est plus que vos enfants assuré de soutien.
Serait-ce une chose si douce
De n'avoir à compter sur rien? —
Ainsi je plaignais cette femme
Qui ne m'entendait pas, bien qu'au même moment
Iuterrogée ailleurs, elle montrât comment
La sérénité de son âme
Ne manquait jamais d'aliment.
«Mes amis, disait-elle, il faut que je l'avoue,
J'avais peur autrefois; on souffre en commençant;
Et l'aîné des petits a trouvé sur ma joue
Plus d'une larme en m'embrassant.
Si je priais tout bas, ma faiblesse était grande;
Je voulais en ce monde un facile chemin,
Avec le pain du jour celui du lendemain
Dont Jésus au Pater écarte la demande.
Dieu n'exauçait point mes désirs;
Je ne l'invoquai plus : ce fut comme un orage
Qui dessécha mon coeur. La dernière à l'ouvrage
On me vit arriver ; mes plaintes, mes soupirs
Allanguissaient mes bras en brisant mon courage.
Je mourais.... De la source Isolez un ruisseau,
Il va bientôt tarir : ma vie ingrate, folle,
Rebelle à la prière, à la foi du berceau,
Etait ce ruisseau qu'on isole.
Le Ciel vint à mon aide. Il arriva qu'un soir
2Z( LA PRIERE DE JEANNE
Revenant au logis, malade, désolée,
Au milieu du chemin j'eus besoin de m'asseoir
Au pied d'une croix mutilée.
Ce calvaire outragé réveilla ma ferveur :
« Comment, disait la voix sortant de ces ruines,
Comment, sans honte, sans rougeur,
Demander une vie exempte de malheur
A Jésus couronné d'épines!^. »
Le reproche était juste : un instant, à genoux
J'accusai ma faiblesse, et de larmes baignée,
Sans plus songer aux biens dont le monde est jaloux.
« Donnez-moi, m'écriai^je , une âme résignée ! —
Le Seigneur m'entendit cette, fois ; sa pitié
Au don que j'implorais ajouta l'espérance;
Et la santé revint, et depuis la souffrance
Pour nous s'allégea de moitié.
J'ai la paix, j'ai l'espoir; maintenant peu m'importe
Que le fardeau soit lourd, et le chemin mauvais.
Le bon Dieu me dit : Va ! — J'obéis, et je vais,
Sûre de son appui, si la charge est trop forte.
Mon secret, le voilà, mes amis; la gaîté
Vient surtout d'une âme soumise. »
Coeurs droits , de bonne volonté ,
En attendant le ciel, — les anges l'ont chanté, —
Sur la terre, à jamais, la paix vous est promise.
HIPPOLYTE VIOLEAtl.
Le Présent de JVoël
I
« Noël ! un enfant nous est né ! »
Chantait la mendiante arrêtée à la porte :
« Le Sauveur attendu nous est enfin donné ;
» Les clefs du paradis, sa main nous les apporte.
» Noël ! joie à tous les coeurs,
» Joie à tous les chrétiens, cette nuit de décembre !
» Noël ! — Une autre voix s'éleva dans la chambre ;
>- Femme, chantez plus bas ! femme, chantez ailleurs 1 »
Et la porte entr'ouverte : « Eloignez-vous, dé grâce! »
Reprit la voix ; « partez, ne dites pas ainsi ;
» Joie à cette maison ! Hélas ! ce qui se passe
» Entre ses quatre murs, vous le voyez d'ici. »
La chanteuse avança la tête,
De la chambre attristée interrogea le deuil ;
Puis referma la porte, et resta sur lé seuil,
Oubliant à la fois le cantique et la fête.
II
Les yeux déjà fermés et prêts pour le tombeau.
Pâle, flétri par la souffrance,
Un homme allait mourir et pour sa délivrance
Brillait ce lugubre flambeau
Que n'alluma jamais la main de l'espérance.
Quatre enfants pleuraient à genoux,
Groupés autour du lit où se penchait leur mère
' 3
26 LE PRÉSENT DE NOËL
Qui, pleurant elle-même, exhortait son époux
Et détachait pour lui la croix de son rosaire.
Là souriaient naguère et travail et gaîté ;
La sie et le rabot suffisaient à la vie.
Le père a perdu la santé ,
Et, depuis sept mois alité ,
Il meurt de désespoir plus que de maladie.
D'abord la famiile a caché
Ses besoins, ses efforts, sa détresse profonde :
On ne la cherchait point; un jour elle a cherché,
Et ses aveux n'ont point touché
Quelques riches voisins qu'elle appelle le monde.
Le monde! Eh ! mon Dieu ! c'est le sien!
— Un homme impitoyable, un fournisseur avare,
Alors ont accusé Lazare ,
Et chacun d'eux , la veille, a réclamé son bien.
La haine, ce poison de l'âme,
Epuisait le malade au moment de finir
Il maudissait encore, et ne pouvait unir
Un seul mot de pardon aux sanglots de sa femme.
— « Non, Marie, oh ! non, laisse-moi ! »
Disait le moribond d'une voix affaiblie :
« Le prêtre me condamne aussi, tu sais pourquoi ;
Le cruel, il veut que j'oublie
Ce qu'ont fait les méchants à nos enfants, à toi ! »
Et l'homme avec effort souleva sa paupière :
« Nous devons cent écus ; les créanciers viendront,
Et ces meubles chéris qui te rendaient si fière,
De tes ressources la dernière,
Demain, ils l'ont juré, demain ils les vendront.
LE PRÉSENT DE NOËL 27
« Puis, tu seras chassée et sans pain , et personne
De ceux-là que je hais, qui me laissent mourir,
N'aidera ma famille ! Et l'on me dit : Pardonne 1
Non, non, point de pardon ! Vous allez trop souffrir ! »
La femme répondait : — « Va, rappelle le prêtre;
La loi qu'il nous enseigne est notre unique appui.
Jésus a pardonné , Jésus, le divin Maître;
Et sa Mère était là , sous la croix , devant luiU..
«Si Dieu t'enlève à nous, famille solitaire ,
Errante, rebutée, ami, ce qu'il nous faut,
C'est ta sollicitude encore et ta prière :
Tu ne peux oublier là-haut
Ceux que ton pauvre coeur aima tant sur la terre.
« Tu veilleras sur nous, tu nous dirigeras
Un peu de temps, bien peu sans doute.
Bénissons le malheur, s'il abrège la route
Qui nous mène à la tombe, et de là dans tes bras !
«Si tu meurs en chrétien, si la joie éternelle
M'est promise avec toi dans la paix du Seigneur,
Que pourront les méchants? Ta famille fidèle
Aura, pour supporter chaque épreuve nouvelle,
Un courage , un espoir plus grand que son malheur. »
Et Marie arrosait de ses larmes brûlantes
Le front pâle de l'ouvrier
Qui prit la croix de cuivre entre ses mains tremblantes
Et, sans répondre encor, essaya de ptier.
III
Près de la mendiante assise
Toujours'devant la porte, un passant s'arrêtait.
28 LE PRÉSENT DE NOËL
Ce passant était beau, jeune, riche ; il sortait
Des mystèressacrés célébrés à l'église.
En songeant à l'étable, aux présents des pasteurs,
Il se disait tout bas : — « Dans cette nuit heureuse,
Que donner à Jésus, dont la main généreuse
A mon berceau doré prodigua les faveurs ? »
Et comme il creusait sa pensée,
Il vit la mendiante et l'entendit gémir :
— « Pauvre femme, dit-il, va-t-elfe s'endormir
Ici, sur la pierre glacée?
« Vous n'avez pas d'abri? — Comme Jésus-Enfant,
J'ai, dans l'autre quartier, sous le toit d'une crèche,
Entre le boeuf et l'âne, un peu de paille fraîche
Qui me couvre la nuit et du froid me défend.
« Ce n'est pas sur moi que je pleure,
Je suis seule à souffrir. Là, dans cette maison,
Un père, un malheureux touche à sa dernière heure...
Quatre enfants! une femme ! un horrible abandon !
Entrez, ô bon jeune homme ! empêchez qu'il ne meure ! >
Et l'aumône abondante et la sainte amitié
Entrèrent à la fois dans la chambre bénie ;
Et Celui qui jamais ne console à moitié,
Sous une larme de pitié
Eteignit pour longtemps le cierge d'agonie.
Le riche avait trouvé son présent de Noël,
Du pain pour les enfants, du travail à la femme,
A l'ouvrier des soins, l'espoir, la paix de l'âme,
Et, plus que tout cela, cet accent fraternel
Que le frère indigent de ses frères réclame.
LES OISEAUX M MA VOLIERE
CHANSON
Venez, venez, petits oiseaux;
Dans ma volière il faut vous rendre :
J'aurai pour vous des airs nouveaux
Que vous serez heureux d'apprendre.
Vous ne craindrez plus la fureur
Du vautour aux serres cruelles,
Et, sous les yeux de l'oiseleur,
Vous pourrez agiter vos ailes !
Venez, venez, petits oiseaux;
Je vous ferai des jours si beaux !
Venez, venez, petits oiseaux ;
Pour vous je serai bonne et tendre :
Rossignolets et passereaux,
Il m'est si doux de vous entendre!
Quand au printemps croîtront les fleurs,
Dans leur calice frais et rose,
Baigné par la rosée en pleurs,
Que votre petit pied se pose !
Venez, venez, petits oiseaux;
Je vous ferai des jours si beaux!
Venez, venez, petits oiseaux;
Vous trouverez dans ma volière
Un sûr asile, un doux repos,
Les fleurs, le ciel et la lumière!
Là , vos petits et vos chansons
Seront à l'abri de l'orage,
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