Fragments de la "Vie d'Agricola"

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Impr. de Vve Panckoucke (Paris). 1803. France (1799-1804, Consulat). In-8 °. Pièce.
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Publié le : samedi 1 janvier 1803
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FRAGMENS
DE LA VIE
DAGRICOLA.
Sine gratiâ aut ambitione , bonce
tantum conscientiœ pretio.
TACITE
A PARIS,
DE L'IMPRIMERIE DE LA Ve PANCKOUCKE,
rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain; N° 321, en face
de la rue des Saints-Pères.
AN XII. - (1803.)
D
EPUis quelque tems occupé à méditer
Taci te, et à traduire la vie d'Agricola,
sans perdre de vue les divers événemens
qui se sont passés sous - nos yeux, j'ai
été frappé de quelques rapprochemens
que les derniers présentent spécialement
avec l'ouvrage que j'ai entrepris de tra-
duire. Je les soumets au Public sans y
joindre aucune réflexion. Je me per-
mettrai seulement d'extraire et d'isoler
ici les reproches qu'un chef de Bretons
faisait aux Romains , reproches qui ne
peuvent atteindre la modération et les
vertus de la Nation française dans ces
*<
grandes circonstances, et qui offrent au
contraire le tableau frappant de la con-
duite des Anglais. Il paraîtra singulier
que les reproches, que ces Insulaires
adressaient alors à leurs ennemis, soient
justement ceux qu'ils encourent à cette,
heure de la part de toutes les Nations.
4
Raptores orbis JI postqucim cuncta vas-
tantibus defuêre terrœ, et mare scrutan-
tur : si locuples hostis est, avari; si pau-
per est, ambitiosi: quos non Oriens, non
Occidens satiaverit : soli omnium, opes
atque inopiam pari affectu concupiscunt:
aufferre 3 trucidare, rapere, falis nomi-
nibus imperium y atque ubi solitudinem
faciunt, pacem appellant.
cc Envahisseurs de ru nivers, lors-
» qu'ils ne trouvent plus de pays à
» dévaster, ils fouillent les mers ; si l'en-
,) nemi est riche, ils sont avares ; s'il est
» pauvre, ils sont ambitieux : ni l'Orient
» ni l'Occident ne les ont satisfaits; chez
» eux seuls , les richesses et l'indigence
» irritent également la cupidité ; enle-
» ver" égorger, piller, c'est, dans leur
) perfide langage , gouverner ; et rendre
» un pays désert, c'est le pacifier. »
J'ai cru devoir commencer par rappe-
ler quelques traits qui peignent .A gricola,
3
ses exploits, son élévation, les malheurs
qui précédèrent son gouvernement, et la
sagesse de son administration : le Héros
de notre République s'y verra peint
dignement, sans flatterie, sans emphase,
avec vérité. Il appartenait au génie le plus
sublime qui ait écrit l'histoire de donner
les couleurs qui devaient servir à pein-
dre le génie le plus extraordinaire dans
la guerre, dans la politique et dans
radministration.
En offrant au Public ces Fragmens
précieux dans leur application présente,
j'appelle son indulgence sur la traduc-
tion, qui ne doit voir le jour qu'après
avoir été l'objet d'un plus loti g travail,
et qui devra alors être jugée plus sévè-
rement, et être d'ailleurs considérée sous
un autre aspect.
C.-F. P.
AGRICOLE
VITÆ 1
FRAGMENTA.
c
NIEIUS - JULIUS AGRICOLA veteri et illustri
Foro-Juliensium coloniâ ortus
PATER Julius Greecinus senatorii ordinis
studio eloquentiæ sapientiseque notus
PER omnem honestarum artium cultum
pueritiam adolescentiamque transegit.
SUBLIME et erectum ingenium , pulchrÍtu-
dinem ap speciem excelsae glorise vehemen-
tiùs quàra cautè appetebat; mox mitigavit
ratio et œtas , retinuitque quod est difïicil-
Jimùm ex sapientiâ modum
FRAGMENS
- DE LA VIE -. ,
D'AGRICOLA.
c
NÆIUS-JULIUS ÀGMCOLA tirait son origine
de Fréjus, colonie ancienne et florissante.
SON Père, Julius Grsecinus, de l'ordre
des Sénateurs , était connu par son amour
pour l'éloquence et la. philosophie.
IL passa son enfance et son adolescence
dans l'étude des arts libéraux.
SON génie sublime et élevé recherchait
avec plus d'impétuosité que de circonspec-
tion tout ce qui lui présentait l'apparence et
les attraits d'une gloire supérieure ; bien-
tôt l'âge et la raison le modérèrent, et il
recueillit de l'étude de la philosophie, ce qui
est très-difficile, une grande prudence.
8 FRAGMENS DE LA VIE
APUD quosdam acerbior in. conviciis nar-
rabatur : ut bonis comis, - ità adversùs malos
injucundus : cæcterùm ex iracundia nihil su-
pererat : secretum et silentium ejus non ti-
meres , honestius putabat offendere cpiam
odisse.?.
DECENTIOR - quam sublimior fuit , nihil
metus in vultû, gratia oris supererat bonum
virum facile crederes, magnum lib enter
CULTU modicus , sermone facilis, adeo ut
plerique , quibus magnos viros per ambitio-
nêm eestimare mos est, viso inspectoque,
quaererent famam, pauci interpretarentur
INTRAVITQUE animum militaris glorise cu-
pido.:.
D'AGRICOLA. 9
QUELQUES - UNS disaient qu'il était trop
emporté dans ses réprimandes , mais il était
aussi affable avec les honnêtes gens , que
sévère avec les méchans; au reste sa colère
n'avait aucun ressentiment, son extrêmes
discrétion et son silence notaient pas à
redouter ; il lui paraissait plus généreux de se
livrer à la vivacité d'un premier mouvement,
que de concentrer sa haine.
IL était d'une taille bien prise plutôt qu'é-
levée , sa figure n'avait rien de menaçant,
ses traits respiraient la grâce ; vous l'eussiez
jugé facilement un homme de bien, et
volontiers un grand homme.
SON extérieur était modeste 7 ses discours
étaient simples , de sorte que la plupart qui
n'estiment les grands hommes que d'après,
leur éclat, en le voyant et le considérant,
- cherchaient à s'expliquer sa renommée, et
peu y réussissaient.
LA passion de la gloire militaire s'empara
de son esprit.
10 FRAGMENS DE LA VIE
PRIMA castrorum rudimenta. appro-
havit.
PERITUS obsequi, eruditusque utilia hones-
tis miscere.
NEC. licenter,more juvenum qui militiam
in lasciviam vertunt, neque segniter ad vo-
luptates et commeatus titulum tribunatûs
et inscitiam retulit, sed noscere provinciam ,
nosci exercituî, discere à peritis , sequi opti-
mos , nihil appetere jactatione , nihil ob
formidinem recusare , simulque et anxius et
intentus agere.
MILITUM in agmiile laudare modestiam ,
disjectos coercere : loca castris ipse capere
et nihil interim apud hostes quietumpati
NEC unquàm in suam famam gestis exsul-
tavit; ad auctorem et ducem , ut minister ,
fortunam referebat : ita virtute in obse-
D'AGRICOLA. N
CE fut dans les camps qu'il alla chercher
ses premières instructions.
IL savait obéir, et concilier le devoir et
les égards.
DEVENU commandant, il ne s'en fit pas un
titre, comme les jeunes gens qui font du
service un état de dissolution, pour rester
dans l'ignorance, se livrer aux plaisirs et aux
débauches, mais pour connaître le pays et
être connu de l'armée , s'instruire avec les
habiles , se lier avec les plus recommanda-
bles, ne rien briguer par orgueil, ne rien
refuser par crainte, et en même tems pour
agir avec vigilance et application.
IL louait au milieu des bataillons la disci-
pline des soldats; retenait les désordonnés ;.
lui - même prenait des positions pour les
campemens, et toutefois ne laissait à l'en-
nemi aucun repos.
JAMAIS il n'exalta ses exploits pour étendre
sa renommée; il reportait le mérite du suc-
ces à l'habileté du général ; ainsi, par sa
12 FRAGMENS DE LA VIE
quendo , verecundia in praedicando, extra
invidiam nec extra gloriam erat.
IN urbenl. digressus, Domitiam Deci-
dianam, splendidis natalibus ortam , sibi
junxit.
VIXERUNTQUE mirâ concordiâ, per mutuam
caritatem
NoN. pigebit. memoriam prìoris
servitutis ac testimonium presentium bono-
rum composuisse
ILLUD tempus quo Domitianus , non jànl
per intervalla ac spiramenta temporum , sed
continuo et velut uno ictû, Rempublicam
exhausit.:.
PER quindecim annos , gran de mortalis
ævi spatium , multi fortuitis casibus, prom-
ptissimus quisque saevitia principis interci-
derunt
SOEYA et infesta virtutibus tempora.
Omni bonâ artc in exilium actâ , ne quid
usquam honestum occurreret.
D'AGRICOLA. 13
subordination , et sa modestie , il échappait
à l'envie, mais non pas à la gloire.
REVENU dans la capitale, il épousa Domitia
Decidiana, issue de parens illustres.
ILS vécurent dans une union admirable 5
pleins de tendresse l'un pour l'autre.,.
JE ne refuserai pas de rappeler les témoi-
guages de nos biens présens, et le souvenir
de nos premières misères.
DE ces tems où Domitien accabla la Ré-
publique, non par intervalles, mais sans
relâche , sans cesse , et comme d'un seul
coup
PENDANT quinze années , portion considé-
rable de l'existence des mortels, où beau-
coup périrent par les accidens fortuits, et les
plus énergiques par la cruauté du tyran.
TEMS désastreux , et fatal aux vertus,
où toute instruction libérale était proscrite ,
afin que rien d'honnête ne se présentât à ses
regards.
J
14 FRAGMENS DE 'LA VIE
NEC minus periculum ex magna fama,
quam ex mala
ADEMPTO per inquisitiones etloquendi au-
diendique commercio
- SUSPIRIA nostra subscriberentur
TBUCIDATI veterani , incensae coloniæ, in-
tercepti exercitus
TOT exercitus temeritate aut per ignaviam
ducûm amissi.
TOT militares viri cum tot cohortibus ex-
pugnati et capti.
ITA cum damna damnis continuarentur at-
que omnis annus funeribus et cladibus insi-
gniretur, poscebatur ore vulgi dux Agri-
-cola. -
QUOD initium venturae mox fortunæ fuit.
STATIM ad spem consulatûs revocatns est,

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