"Fragments politiques". Comptes rendus de la presse

Publié par

Garnier frères (Paris). 1872. France (1870-1940, 3e République). In-8 °.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : lundi 1 janvier 1872
Lecture(s) : 22
Source : BnF/Gallica
Licence : En savoir +
Paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique
Nombre de pages : 113
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

FRAGMENTS
POLITIQUES
COMPTES RENDUS
DE LA PRESSE
r:; PARIS
GARNÏER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS
6, HUE DES SAINTS-PÈRES. 6
•1872
COMPTES RENDUS
DE LA PRESSE.
Â-Vllï- PROPOS.
Le grand et beau travail que vient de
publier M. de Chambrun sous le simple
titre de a Fragments politiques » a été
parfaitement accueilli par l'opinion con-
servatrice et libérale à laquelle il s'adres-
sait. La preuve en est dans les nombreux
comptes rendus qui en ont été faits par la
presse. Ne pouvant les reproduire tous,
nous en ferons du moins connaître l'es-
i
prit général et les tendances particulières
par quelques citations. Elles attestent
unanimement, même dans ce qu'elles
peuvent avoir de divers ou de contra-
dictoire, le rapide succès de l'oeuvre,
sa haute valeur morale, intellectuelle et
littéraire. Elles justifient l'éloge qui en a
été écrit récemment par un membre de
l'Académie française : a Ce livre s'impose
à l'esprit, le style y est sculptural ; ce
n'est pas le mot qui orne la pensée, c'est
la pensée qui orne le mot; une sérénité
majestueuse donne l'élévation, et l'art
avec lequel les idées abstraites se mêlent
aux solutions pratiques crée l'attrait. En
tout c'est d'un maître. »
CAMILLE PRIVAT.
LE BIEN PUBLIC.
ce Sous le titre de : a Fragments politi-
ques », le comte deChambrun, député de
la Lozère, publie en volume des articles
écrits à des dates différentes, mais tous-
intéressants, ingénieux et originaux dans
le meilleur sens du mot.
<c Si la vie d'un pays est régie par des
principes uniformes, il n'en est pas moins
vrai qu'il serait insensé de se faire une
politique idéale et absolue. La politique
est contingente et mobile. Arrière donc
les systèmes préfixes et invariables ! Après
les grandes crises et au milieu du désarroi
des idées ou des institutions, l'Etat doit
se révéler par une sorte de flair qui de-
vine et par une imperturbable énergie.
Comment Casimir Périer, disait Royer-
Collard, s'est-il élevé tout à coup au pre-
mier rang des hommes d'État? Par un
caractère énergique poussé jusqu'à l'hé-
roïsme et par un esprit doué de ces ins-
tincts merveilleux qui sont comme la
partie divine de l'art de gouverner.
<( Pour faire sentir l'importance du
livre, nous sautons à pieds joints sur le
passé : 1848, l'état de l'Europe de 1859
à 1866, une lettre pour la paix à l'occa-
sion des événements du Luxembourg et
de la Belgique, et nous arrivons à : La
représentation nationale. Ce dernier cha-
pitre est écrit à la fin de 1870. S'appro-
priant alors les paroles de M. Thiers, le
comte de Ghambrun disait : « Nous
« n'avons jamais conspiré, nous ne cons-
« pirerons jamais. Chaque jour nous
« ferons de notre mieux pour que les
ce affaires du pays s'accomplissent régu-
cc lièrement et bien. » Fidèle adepte de
— 5 —
ce programme, il demandait instamment
la convocation d'une Assemblée, et quand
il s'agissait de déterminer entre quelles
mains le pouvoir ministériel serait remis,
il donnait cette énumération prophétique,
tout à la fois très-flatteuse pour sa saga-
cité personnelle, puisque beaucoup de
ses choix se sont trouvés justes, et très-
encourageante pour ceux dont l'avéne-
ment au ministère ne s'est pas encore
réalisé.
<c Dans l'ancienne Chambre, disait-il,
on peut fixer l'esprit sur MM. Barthélemy-
Saint-Hilaire, Bethmont, Grévy; d'Ande-
larre, Brame, Buffet, Daru, Durfort de
Civrac, Kolb-Bernard, Martel, Plichon,
de Talhouët, tous membres du centre
gauche. On peut prendre au dehors de
l'Assemblée MM. Ancel, d'Audiffret-Pas-
quier, Benoist-d'Azy, de Broglie, Deca-
zes, Dufaure, de Larcy, Victor Lefranc,
de Lasteyrie, de Lavergne, Moulin, Casi-
— 6 —
mir Périer, Pouyer-Quertier, de Rémusat,
Saint-Marc Girardin, Vitet.
<c J'ai hâte d'arriver aux solutions de
l'heure présente, République ou Monar-
chie; nous sommes en plein dans la ques-
tion. L'auteur est de ceux qui pensent
qu'il n'y a pas un abîme entre la monar-
chie libérale et la république conserva-
trice. Pour le prouver, rien de plus
original et de plus piquant que de mettre
en comparaison un projet de constitution
républicaine et un projet de constitution
monarchique. On est stupéfait de voir
combien les différences sont petites, au
moins en théorie.
<c Quel est d'ailleurs le principe, le
germe de l'organisation politique d'un
pays ? C'est évidemment le système élec-
toral.
« Désireux, non pas de contraindre,
mais d'éclairer et de diriger le suffrage
universel, le comte de Chambrun vou-
— 7 —
drait que le conseil général dressât une
liste de candidats qu'il recommanderait
aux sympathies des électeurs.
<c Quant aux ministères, le nombre
actuel des ministres n'est ni suffisant ni
proportionnel au nombre et à la difficulté
des affaires qui se sont tant accrues de-
puis quelques années. La préfecture de
police et la préfecture de la Seine de-
vraient constituer deux ministères et al-
léger d'autant celui de l'intérieur, qui est
surchargé. Les télégraphes lui seraient
également enlevés, pour être réunis aux
postes. Les forêts seraient transportées
des finances à l'agriculture. En échange
de ces additions de ministères, on trou-
verait facilement quelques sinécures à
supprimer, telles que. les fonctions de
gouverneur général des Invalides et de
grand-chancelier de la Légion d'honneur.
« Prenant pour exemple d'organisa-
tion intérieure le ministère de l'intérieur,
• - 8 —
M. de Chambrun fractionne les attribu-
tions entre un certain nombre de fonc-
tionnaires plus élevés dans la hiérarchie,
qui permettraient aux ministres d'avoir
plus de loisirs intelligents.
« Il y aurait un directeur général du
secrétariat, du personnel, de la presse, etc.
Ces directeurs généraux seraient conseil-
lers d'État. Il est de fait que le ministère
a toujours été jusqu'ici « haletant et es-
« soufflé. Du conseil à la'Chambre, de
ce la Chambre aux audiences, aux récep-
« tions, aux signatures, et à l'expédition
(c des affaires, c'est une course. » Que
sera-ce donc maintenant qu'il faudra bien
trouver quelquefois le temps d'aller de
Versailles à Paris, et retour ! Il est de fait
qu'on devrait tenir les comités d'affaires
assez bien dirigés pour épargner aux mi-
nistres des détails insipides, et leur don-
ner au moins la sérénité d'esprit.
« Quelle est la conclusion de. M. de
— 9 —
Chambrun ? La voici : comme il le dit
lui-même, à la veille d'une révolution il
est dans le mouvement, mais le lendemain
d'une révolution, il est dans la résistance.
Placé hier à la gauche du pouvoir, il est
aujourd'hui à la droite. Mais il n'y a que
deux partis : être un républicain réfor-
miste ou bien un républicain révolution-
naire. Le gouvernement républicain ré-
volutionnaire est un gouvernement qui
révolutionne tout et qui ne réforme rien.
C'est-à-dire, une Assemblée unique, sou-
veraine. Un gouvernement républicain
réformiste est celui qui réforme tout et qui
ne révolutionne rien. Celui-ci possède, à
côté de l'Assemblée nationale, un Sénat
qui conserve et un président qui préside.
« Il faut être républicain réformiste. »
LE FRANÇAIS.
>
« M. le comte de Chambrun, membre
de l'Assemblée nationale, vient de faire
paraître, à la librairie Garnier, un vo-
lume intitulé Fragments politiques. Ainsi
que l'annonce le titre, ce n'est point là,
à proprement parler, un livre ; c'est un
recueil de pensées, d'études rédigées à
différentes époques, dont quelques-unes
ont déjà été publiées par les journaux
et d'autres paraissent pour la première
fois.
« Dans ces Fragments auxquels M. de
Chambrun a tenu, non sans raison, à
laisser leur physionomie première, se ren-
contrent des vues, parfois assez différentes
suivant les temps, sur les théories ou les
— II —
faits particuliers, mais toujours dominées
par cette préoccupation constante qui
suffit à faire l'unité et la beauté d'une vie
politique : poursuivre ardemment les ré-
formes, combattre énergiquement les
révolutions. C'est ce que l'auteur exprime
en tête d'un passage qui porte la date
de 1848:
« A la veille d'une révolution : dans
« le mouvement ;
ce Au lendemain d'une révolution : dans
« la résistance ;
« C'est, en deux mots, toute ma poli-
ce tique.
« Je suivais mon coeur,
a J'obéis à la raison.
ce Quant à l'intérêt, c'est-à-dire au
ce pouvoir, j'étais à sa gauche, et je me
« trouve à sa droite, il importe peu. »
ce Nous ne pouvons songer ici à ana-
lyser ni surtout à citer toutes les pensées
exprimées par l'auteur sur les nombreux
12
sujets qu'il touche ; nous renvoyons à
l'ouvrage lui-même le lecteur, qui ne s'en
plaindra pas. Il y trouvera sur la plupart
des questions qui tiennent à la politique
des considérations toujours élevées, quoi-
que d'un ordre un peu abstrait parfois,
et en même temps des conseils d'une sa-
gesse toute pratique. Peut-être pourra-
t-il remarquer, à côté de prévisions d'ave-
nir dont les événements ont montré la
rare justesse, un certain penchant aux il-
lusions optimistes. C'est ainsi, par exem-
ple, que l'auteur voyait, en 1848, dans
l'institution de la garde nationale une ga-
rantie d'ordre et de liberté, et qu'en
janvier 1871, il croyait la civilisation assez
forte pour arrêter la main spoliatrice d'une
puissance victorieuse et empêcher la
guerre d'aboutir à une conquête.
<c Mais c'est là un défaut dont est seule
capable une âme généreuse, et nous ne
voudrions pas en faire l'objet d'une cri-
— i3 —
tique ; nous aimons mieux terminer ce
compte rendu trop sommaire en louant
la pensée qui nous semble inspirer les
projets législatifs ou constitutionnels con-
tenus dans les dernières pages du volume,
et qu'on peut formuler ainsi : Assurons
par de bonnes lois la liberté, en même
temps que l'ordre et la force du pays ; la
constitution se fera ensuite d'elle-même,
et elle sera bonne, quelle que soit l'éti-
quette, monarchique ou républicaine,
qu'on lui attache. »
L'AVEYRQNNAIS.
<( La presse française a déjà parlé avec
éloges de cette publication que nous de-
vons, à double titre, signaler également
à nos lecteurs, puisqu'elle est l'oeuvre du
député d'un département que la conti-
guïté topographique et la communauté
de beaucoup d'intérêts rattachent étroite-
ment au nôtre.
« On sait que M. de Chambrun, suc-
cessivement préfet et député sous l'em-
pire, siégea, au Corps législatif, sur les
bancs du centre gauche, et s'y fit remar-
quer par l'indépendance de ses votes.
Sous ce. titre : Fragments politiques, il a
réuni une série d'études sur les événe-
ments qu'il a vus se dérouler depuis son
— i5 —
entrée dans la vie politique avant 1848,
et formulé les conclusions qu'il était porté
à tirer de leur enchaînement.
« Ses préférences sont pour la monar-
chie constitutionnelle, qu'il croit néces-
saire à la France; toutefois il accepterait
la République essentiellement conserva-
trice, avec un président s'appuyant sur
deux Chambres et le suffrage universel
à deux degrés. En administration, ce
qu'il veut surtout — et sur ce point
nous l'approuvons sans réserve — c'est
une décentralisation bien entendue, qui
réveille et féconde l'initiative provinciale.
(( On peut ne pas partager toutes les
appréciations que M. de Chambrun porte
sur le passé et trouver que quelques-unes
de ses prévisions sont légèrement émises ;
on peut reprocher à quelques-unes de
ses thèses detre trop générales, trop
vagues et plutôt du domaine de la philo-
sophie que de celui de la politique et de
— i6 —
la pratique. Mais on n'en est pas moins
d'accord pour constater le loyal et sin-
cère dévouement au bien public qui a
inspiré l'auteur, et à rendre hommage à
l'esprit libéral que respirent toutes les
pages de*son livre.
<c Leur lecture est intéressante, ins-
tructive ; en la terminant, on se dit que
si beaucoup d'hommes politiques, acti-
vement mêlés aux événements des der-
nières années, publiaient ainsi leurs
impressions, l'étude et le rapprochement
de ces loyales communications ne pour-
raient qu'aider l'opinion publique à tirer
de ces événements une leçon salutaire et
profitable. »
LE JOURNAL DE PARIS.
<c M. le comte de Chambrun aborde,
dans ses Fragments politiques, cette Cons-
titution que l'on n'ose entreprendre à
Versailles, tant les esprits sont divisés au
sujet de la République et de la Monarchie.
Il faudra pourtant sortir du gâchis et se
décider entre les deux. Pour c^a., il vau-
drait mieux discuter moins sur ^excel-
lence de l'une ou de l'autre, et se p'séoc-
cuper un peu plus de savoir quelle est
celle qui nous convient. Il importe peu,
en effet, qu'une théorie charme la raison,
tandis qu'il importe qu'une Constitution,
c'est-à-dire l'ensemble des institutions
qui gouvernent un pays, soit en harmo-
nie avec les moeurs politiques de ce
■2
— uS —
pays. Par conséquent, le point à éclaircir
est dé savoir si la France est préparée
au régime républicain ou si elle est pé-
nétrée encore de ses traditions monar-
chiques.
<c C'est là une vérité d'observation que
l'on découvre, si l'on ne se place ni trop
haut, ni trop en avant, ni trop en arrière.
Mais on ne met, en générai, qu'une mé-
diocre volonté à bien choisir son point
de vue et à y rester. M. de Chambrun
lui-même, qui signale ce défaut, y tombe
quelquefois. «J'admire dans le nouveau
c< monde la République, dit-il quelque
(( part, et j'affirme volontiers qu'elle pa-
cc raît être l'avenir et la consommation
« de la civilisation tout entière. » C'est
bien possible; mais ce n'est pas la ques-
tion. Un peuple réfléchi ne s'inquiète
pas des idées qui auront cours dans cent
ans; il s'accommode du gouvernement le
plus compatible avec son état. Et il re-
— '9 —
connaît ce gouvernement au bien-être
qu'il en tire. Quand un régime lui pro-
cure la sécurité, une prospérité suffi-
sante, une liberté raisonnable, une si-
tuation respectée dans le jeu politique
extérieur, il est assez clair que ce régime
est le meilleur qui se puisse pratiquer.
S'il amène, au contraire, le trouble,
la tyrannie, la diminution du travail,
l'abaissement de l'influence nationale,
qu'importent ses promesses et ses théo-
ries ?
<c La République est une noble forme
de gouvernement. Ce qui n'empêche pas
que trois fois elle a été le prétexte de
tous les excès, et que deux fois elle nous
a fait cadeau du césarisme. L'épreuve à
laquelle nous assistons n'est pas heureuse
jusqu'à présent, « S'il y a une année
« dans l'histoire de France, écrit l'hono-
<c rable député, qui repousse d'une ma-
(( nière formelle, absolue, la Républi-
— 20 —
«que, c'est Tannée 1871, l'année de
ce nos plus grands revers et de nos su-
ce prêmes douleurs. » Les faits ne sont
pas discutables. Il est manifeste que les
masses continuent de considérer la Ré-
publique comme le droit au désordre et
que les chefs populaires sont ignorants
de l'art de gouverner. Toutes les factions
républicaines ont passé au pouvoir, et
toutes se sont montrées incapables. Seu-
lement, leur incapacité a été progres-
sive. M. Favre a été faible; M, Gambetta
écervelé; la Commune a fait flamber
finances. Que nous rencontrions un vrai
radical, ce sera le feu d'un bout à l'autre
du pays; nous n'aurons plus qu'à coucher
à la belle étoile. Sans doute, tout cela
ne prouve pas qu'en théorie la Républi-
que soit un mauvais gouvernement, mais
cela prouve au moins que nous ne la
comprenons pas et que décidément elle
ne paraît pas faite pour nous.
— 21 —
(c Si l'on va de la république à la
monarchie, en passant par l'empire, où
une excessive autorité à la manière de
Pétersbourg et le suffrage universel à la
façon de New-York engendraient deux
courants opposés, on reconnaît que, de-
puis que nous sommes entrés vers la fin
du siècle dernier dans « une série d'a-
ventures sans issue », la période la plus
heureuse de l'histoire contemporaine a
certainement été les années écoulées de
1816 à 1847. La monarchie de Juillet
particulièrement a été prospère. Elle a
eu moins à faire que la Restauration.
Elle a recueilli les fruits de la bonne po-
litique de Louis XVIII. Et, bien qu'elle
ait manqué un peu de fermeté dans ses
relations extérieures et d'un esprit de
réforme assez prompt dans les affaires
de l'intérieur, M. de Chambrun peut dire
d'elle qu'elle a été « le dernier mot, la
« dernière expression de la civilisation
— 22 —
ce au dix-neuvième siècle, l'âge d'or de
a ce pays ».
<c C'est donc au règne de Louis-Phi-
lippe que le représentant de la Lozère
garde fidélité. « Le fond de ma politique,
« confesse-t-il, c'est, en prenant le mot
« dans un sens très-large, l'Orléanis-
te me. » C'est aussi sur le régime parle-
mentaire de 1830 qu'il voudrait former
la constitution nouvelle. Mais, tout en
étant orléaniste, M. de Chambrun ne
partage pas absolument l'ayis des hom-
mes d'État qui pensent que si les expé-
riences sont bonnes en chimie, elles
coûtent trop cher en politique. Il ne se
refuse pas à la continuation de l'essai
actuel. Toutefois, sa république subsi-
diaire n'a guère plus de chance que celle
de M. Thiers d'être épousée pour long-
temps par les républicains. Car la consti-
tution monarchique et la constitution ré-
publicaine qu'il propose à notre choix sont
— 23 —
une seule et même constitution quant à
la teneur de leurs articles. Il n'y a qu'un
mot de changé. L'une dit : le Roi. L'autre
dit : le Président.
ce Tout d'abord la Constitution confirme
les principes de 1789. La dignité royale,
établie dans la personne de Henri V,
après lui de Louis-Philippe II, se trans-
met en ligne directe. Dans le cas de la
république, la dignité présidentielle éta-
blie dans la personne de M. Thiers est
viagère. Le roi règne. Le président pré-
side. Mais ils ne gouvernent pas. Ils
sont responsables devant les Chambres.
Ils commandent les armées de terre et de
mer, déclarent la guerre, font les traités
de paix, d'alliance, de commerce, nom-,
ment à tous les emplois. La justice se
rend en leur nom par une magistrature
inamovible. Le droit de grâce leur appar-
tient. Ils sanctionnent et promulguent
les lois. Ils nomment et révoquent les
— 24 —
ministres, convoquent et prorogent les
Chambres.
« Le gouvernement s'exerce par le
concours des ministres, de la Chambre
haute, de la Chambre des députés et du
Conseil d'État. La Puissance législative et
l'initiative des lois s'exercent collecti\e-
ment par le roi ou le président et les
Chambres. Les ministres délibèrent en
conseil sous la présidence du chef du pou-
voir. Ils sont responsables. Ils peuvent
être membres de la Chambre haute et de
la Chambre des députés. L'entrée des
deux assemblées leur est ouverte. Ils ont
voix délibérative au conseil d'État.
« La Chambre haute est perpétuelle.
L'établissement d'une assemblée de cette
nature est en tout pays libre extrême-
ment difficile. On ne connaît que deux
pays qui y soient parvenus : l'Angleterre
et l'Amérique; l'Angleterre, à cause de
son profond respect des traditions na-
— 25 —
tionales ; l'Amérique, à cause dé son ré-
gime fédératif. Chez nous, dans un
temps moins ébranlé, on aurait pu lui
donner des origines démocratiques. Cela
serait dangereux aujourd'hui. M. de
Chambrun propose que les membres de
cette Chambre soient inamovibles et à
vie. Leur nombre n'est pas limité. Elle se
recrute par elle-même sur la présentation
du pouvoir exécutif. Son bureau est
choisi chaque année par le roi ou le prési-
dent. Elle discute et vote en séance pu-
blique les projets de lois.
ce La Chambre des députés est élue par
le suffrage universel. Elle discute et vote
en séance publique les projets de lois.
Elle élit son bureau et peut, comme la
Chambre haute, se former en comité
secret. En cas de dissolution, elle devra
être remplacée dans un délai de six
mois.
ce Le conseil d'État rédige les projets
— 26 —
de lois et les règlements d'administration
publique, résout les difficultés qui s'élè-
vent en matière d'administration, soutient
les projets du gouvernement devant les
Chambres. Les conseillers sont nommés
par le roi ou le président et sont révo-
cables.
ce En même temps que cette constitu-
tion, et comme complément, M. de
Chambrun estime que diverses réformes
sont nécessaires. Par exemple, la majo-
rité électorale serait reportée à 2 5 ans,
à la pleine majorité. L'inscription sur les
listes demanderait un an de domicile
lorsque la commune n'a pas 1,000 habi-
tants, deux ans lorsqu'elle n'en a pas
5,000 et trois ans au-dessus. C'est la loi
du j 1 mai amendée. Sauf quelques dé-
partements, tous les autres auraient uni-
formément trois députés. Le conseil
général et les conseils d'arrondissement
seraient fondus en un grand conseil
— 27 —
départemental. Dans la commune, on
effacerait la différence entre les questions
d'impositions extraordinaires ou d'em-
prunts et les autres questions munici-
pales. L'adjonction des plus forts imposés,
en nombre égal à celui des conseillers
municipaux élus, serait appliquée à toutes
les affaires.
« M. de Chambrun n'a pas la préten-
tion d'avoir formulé une Constitution
irréprochable et indiqué toutes les réfor-
mes à faire ; on peut même le critiquer
sur bien des points. Mais il y a dans son
projet une foule de très-sages et excellen-
tes choses, quoique sa politique empi-
rique se persuadé trop facilement peut-
être que nous puissions passer de la
monarchie à la république avec une sorte
d'indifférence magnanime, comme disait
le duc Victor de Broglie en parlant de la
Hollande. Nous ne sommes pas une na-
tion assez sérieuse et sensée et nous
— 28 —
n'avons pas assez les goûts simples, l'éner-
gie tranquille- et insurmontable. D'ail-
leurs, entre ses deux constitutions il y a
plus que la différence d'un mot, malgré
la similitude de leurs 28 articles.
(( Avec la présidence à vie, on n'a pas
la république, la république consistant
surtout dans la faculté de changer à in-
tervalles rapprochés le chef du pouvoir.
On fait simplement un doge de Venise.
On conférera cette dignité au personnage
le plus populaire, qui s'accommodera mal
du rôle de soliveau. Le premier homme
d'épée qui saura s'en faire revêtir jouera
bien vite au premier consul. Ensuite,
toutes les ambitions seront à l'affût de la
vacance du pouvoir. Pour employer un
mot quelque peu indécent de certains
radicaux, le président ne sera qu'un oncle
à succession que les partis convoite-
ront. Ce sera la révolution en perma-
nence.
— 29 —
« Avec la monarchie, il y a un certain
esprit de suite dans la politique exté-
rieure. Puis, les rois seuls peuvent bien
pratiquer le métier de souverain consti-
tutionnel, parce qu'ils ne sont pas portés
aux affaires par la faveur de la foule. Au
lieu du régime des sauveurs que promet
la présidence, le pays aura, sous la forme
monarchique, la sécurité qui résulte de
ce que les rênes de l'État ne sont pas
constamment aux enchères. Le pays
gouvernera réellement par les Chambres,
au lieu de remettre ses destinées à
M. Thiers ou à M. Gambetta. Ses rois
pourront manquer de qualités brillantes.
Qu'importe ! Un État ne doit pas s'ap-
puyer sur un homme, mais sur des insti-
tutions. La maison d'Orange n'a donné à
l'Angleterre qu'un grand roi, en deux
siècles, Guillaume III. Quatre ou cinq
de ses princes ont été fous. L'Angleterre
n'en a pas moins été grande. C'est que
— 3o —•
chez nos voisins, le roi n'est rien et
le parlement est tout. Dans le système
nominalement républicain de M. de
Chambrun, au contraire, le président
deviendrait l'égal, sinon le maître des
Chambres.
« A choisir donc entre les deux projets
de l'honorable député, l'hésitation ne se-
rait guère possible. Lui-même n'hésite
pas : et s'il faut en croire une remarque
qu'il faisait avec un très-grand sens poli-
tique- en 1861, « les mêmes causes pro-
(( duiront les mêmes effets une fois de
ce plus en ce siècle : la France reverra
« l'étranger, et à sa suite un peu d'ancien
a régime, invasion adoucie, Chambre
« introuvable, adoucie selon le progrès
« des temps. » La première partie s'est
réalisée. Nous verrons la seconde si
M. de Chambrun est bon prophète. »
L'IMPARTIAL
DE BOULOGNE-SUR-MER.
« Un des membres les plus distingués
de l'Assemblée nationale, M. le comte de
Chambruti, vient de publier, chez les édi-
teurs Garnier frères, un beau volume in-
titulé : Fragments politiques. Ces frag-
ments, dont les premiers remontent à
1848, résument la pensée de l'auteur sur
la situation politique de notre pays et
sur les moyens qu'il y aurait à prendre
pour lui donner des institutions sérieu-
ses, offrant de véritables garanties de
stabilité.
« C'est là un problème qui s'impose
aux méditations de tous ceux qui ont à
coeur un sincère amour de la patrie fran-
— 32 —
çaise. Au milieu du désordre et de l'a-
narchie, que nos interminables révolu-
tions produisent dans la nation la plus
généreuse et la plus fortunée qui soit au
monde, on ne peut trop se préoccuper de
la question des moyens à prendre pour y
mettre un terme.
« En effet, au moment où nous écri-
vons ces lignes, le pays est inquiet, ob-
sédé, écrasé par le poids de l'avenir in-
certain qui lui est réservé. L'oreiller du
provisoire est peu propre à lui donner
un sommeil sans cauchemar, lorsque tant
de mauvaises passions remplissent les rues
de leurs cris sinistres.
« M. le comte de Chambrun, qui écri-
vait le 24 mars 1848, son étude intitu-
lée : la République réformiste et la Ré-
publique révolutionnaire, n'a point varié
dans sa manière de voir et d'apprécier les
choses. Il ne veut pas de la République
révolutionnaire, et il a bien raison. Le
- 33 —
pays n'en veut pas non plus : il n'en veut
à aucun prix, malgré les clameurs com-
munardes du parti Gambettiste. Qu'on
l'interroge aujourd'hui pour demain, au
moyen d'un plébiscite nettement for-
mulé , et sa réponse ne sera pas dou-
teuse.
« Aussi, M. le comte de Chambrun,
dans un chapitre écrit il y a deux mois,
pose-t-il résolument la véritable question:
République ou Monarchie.
« Voici comment il formule ses con-
clusions, qui sont en faveur de la mo-
narchie :
(c Nation sérieuse et sensée, économe
« et persévérante, qui a payé la liberté
« civile et religieuse de tout le prix que
« les hommes y peuvent mettre, de qua-
« tre-vingts ans de ruines, de combats,
« d'échafauds, de bûchers, et qui, sachant
« en conserver les moeurs, les goûts sim-
« pies, l'énergie tranquille et insurmon-
3
- 34 - .
« table sous la domination française, sa-
« chant en faire emploi sous la monarchie
« comme sous la république, et passer de
« l'une à l'autre avec une sorte d'indif-
« férence magnanime »... « a dit le duc
« Victor de Broglie, parlant de la Hol-
<c lande, le premier des peuples libres en
« Europe avec la Suisse.
« Je ne sais si cette indifférence ma-
« gnanime convient bien à mon pays et
« à mon temps. Quant à moi, depuis le
« 5 septembre 1870, je crois la monar-
<c chie nécessaire, mais je n'apporte dans
ce les questions posées aucun parti pris
ce systématique et préconçu : j'admire
« dans le nouveau monde la république,
<( et j'affirme volontiers qu'elle paraît
« être l'avenir et la consommation de la
« civilisation tout entière. Il y faut tou-
« tefois comme un intermédiaire et une
<c préparation indispensable, la force, le
« progrès, la grandeur dans tous les or-
— 35 —
(( dres et dans tous les développements
« des sociétés et des âmes humaines.
« Là, pour moi, ont toujours été, et
ce sont aujourd'hui, les termes inévita-
« blés du problème et la véritable don-
ce née démocratique. Si donc il y a une
(( année dans l'histoire de France qui
« repousse d'une manière formelle, ab-
(( solue, la république, c'est l'année 1871,
« l'année de nos plus grands revers et de
« nos suprêmes douleurs.
ce Cependant, reprenant la pensée de
* « la Hollande, et du duc de Broglie, est-
ce il bien vrai de dire qu'il y ait un abîme
ce entre la monarchie libérale et la répu-
ce blique conservatrice ? Je ne le suppose
ce pas. Dans tous les cas, et s'il existe à
ce tort ou à raison pour mes concitoyens,
ce j'essaye, quant à moi, de le combler,
ce et dans l'une comme l'autre hypo-
ce thèse, j'institue des pouvoirs publics,
ce qui, en définitive, peuvent être iden-
- 36 —
« tiques et les mêmes, sauvegarder
« notre grandeur, assurer nos desti-
cc nées ; c'est à la nation de choisir et de
« se déterminer. »
« Partant delà, M. le comte de Cham-
brun propose son projet de constitution,
que nous ne saurions trop recommander
à l'étude de ceux qui cherchent avec
sincérité la solution du problème. Nous
y reviendrons. »
LE MONITEUR UNIVERSEL.
« M. le comte de Chambrun, repré-
sentant de la Lozère, membre du tiers-
parti sous l1 empire, est un de ces députés
qu'anime un sincère et profond libéra-
lisme, et qui, par leur zèle à étudier les
questions politiques ou administratives
qui intéressent ou agitent le pays, mé-
ritent toujours d'être écoutés. Cette fois
ce n'est pas à la tribune que l'honorable
représentant de la Lozère expose ses
idées sur la situation actuelle, c'est dans
un livre, et un excellent livre, où l'habi-
tude de la méditation et la pratique des
affaires s'unissent pour donner à ses
conclusions une portée que n'ont pas
toujours les écrits de cette nature. Il ne
— 38 —
suffit pas, en effet, de venir proposer un
système politique quelconque; de cela
tout le monde est capable, et il ne man-
que pas aujourd'hui de ces empiriques
donnant leurs rêveries comme une sorte
de panacée universelle. Il faut que la so-
lution présentée soit possible, pratique ;
il faut qu'elle se propose surtout de don-
ner au gouvernement futur une stabi-
lité qui soit la garantie de la prospérité
de la France à l'intérieur et de sa gran-
deur à l'étranger.
« Sans porter atteinte au suffrage uni-
versel, mais en donnant à la Chambre
qui en est issue un puissant et triple
contre-poids, dans un pouvoir exécutif
fortement constitué, dans une Chambre
haute nommée à vie et se recrutant elle-
même, enfin > dans un conseil d'Etat of-
frant toutes les conditions souhaitables
d'indépendance, de lumière et de travail,
M. le comte de Chambrun nous paraît
- 39 -
avoir résolu heureusement une partie du
problème dont dépend le salut de la
France. Parmi les conceptions nouvelles
développées dans son livre, nous sommes
heureux d'en rencontrer une dont le
Moniteur, il y a bientôt deux années, a
signalé l'avantage.
« Nous voulons parler de l'augmen-
tation des départements ministériels.
« Le ministère, dit très-bien M. de Cham-
« brun, je l'ai presque toujours vu hale-
(( tant et essoufflé. Du conseil à la Cham-
« bre, de la Chambre aux audiences,
« c'est une course. Quelles heures, quels
« loisirs, quelle sérénité d'esprit peut-il
<c rester pour la méditation et l'étude
(c des grands problèmes, pour considérer
« l'horizon en France et dans le monde ? »
Nos ministres ne sont ni de bons pre-
miers commis, ni des hommes d'État;
c'est là un vice constitutif du pouvoir
auquel il importe grandement de remé-
— 40 —
dier. Quant à la forme de gouvernement,
M. de Chambrun se prononce en faveur
de la monarchie, mais il entoure cette
monarchie de tant de garanties consti-
tutionnelles qu'on pourrait, en répétant
le mot de M. de la Fayette, l'appeler la
meilleure des républiques. »
LE MESSAGER DE TOULOUSE,
MONITEUR DU MIDI.
« Sous ce titre : Fragments politiques,
M. le comte de Chambrun, député de la
Lozère, vient de réunir en un volume
une série d'études et de travaux qui sont
le résumé de sa vie parlementaire. M. de
Chambrun a été député sous l'Empire.
Il appartenait à cette fraction du Corps
législatif qu'on appelait alors le centre
gauche. Son oeuvre, sans prétention,
très-nette et très - lumineuse , reflète
exactement les idées de cet esprit sincè-
rement libéral.
(c Nos opinions diffèrent essentielle-
ment en bien des points de celles de
M. de Chambrun. L'intelligent député
— 42 —
garde fidélité à cette monarchie consti-
tutionnelle que la Fayette, à tort ou à
raison, appelait la meilleure des répu-
bliques. Mais nous n'en rendons pas
moins hommage à la sagesse pratique et
au patriotisme sincère que manifeste
dans les Fragments politiques l'honorable
représentant de la Lozère. Nous approu-
vons,, en outrej très-carrément les aper-
çus de M. de Chambrun sur la véritable
décentralisation. La généreuse sève de la
France ne doit pas uniquement affluer
vers la tête, mais circuler harmonieuse-
ment dans tous les membres.
« C'est ainsi que pensaient nos pères
en 1789. Nous relisions hier les immor-
tels cahiers généraux de cette époque, et
nous avons trouvé dans cette solennelle
expression des 44,000 communes de
France le germe de toutes les bonnes et
vraies libertés. La Révolution a eu son
côté providentiel. Elle a extirpé beau-
- 43 -
coup d'abus, beaucoup d'iniquités. Mais
il est aujourd'hui prouvé que, si le mou-
vement de 89 avait suivi normalement
son cours, les réformes auraient pu s'o-
pérer sans terreur et sans crime, et nous
n'en serions pas à gémir sur les affreuses
licences que nous valent soixante ans de
perturbations stériles et de révolutions
inutiles. »

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.