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François Péron - Sa vie, ses voyages et ses ouvrages

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138 pages

Naissance de Péron. — Ses parents. — Premières années. — Au Collége. — Chez le curé de Cérilly. — Il s’engage. — Départ pour l’armée du Rhin. — Siège de Landau. — Levée du blocus. — Horatius Coclès. — Passion pour l’étude. — Bonté d’âme. — Il est fait prisonnier. — Sa captivité. — Retour à Cérilly.

François Péron, qui devait plus tard se rendre illustre comme naturaliste et comme voyageur, naquit à Cérilly, petite ville du département de l’Allier, le 22 août 1775.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Louis Audiat

François Péron

Sa vie, ses voyages et ses ouvrages

S’il est un spectacle capable d’attirer notre attention et de fixer nos regards, c’est la vie de ces hommes extraordinaires qui, nés dans une obscure condition, conquièrent, à force de travail et d’intelligence, la place à laquelle ils ont droit par leur génie, mais que leur humble origine semblait leur rendre inaccessible. On assiste avec intérêt à cette lutte du talent aux prises avec la pauvreté, lutte glorieuse où l’homme n’a souvent pour soutien que sa foi en lui-même et en Dieu.

Mais trop souvent, hélas ! après ce long combat contre les difficultés de tous genres, le joûteur inconnu, épuisé d’efforts, est enseveli dans son triomphe ; le monde apprend en même temps sa victoire et sa mort. Il meurt, comme un laboureur qui tombe avant la moisson, sans avoir pu cueillir le fruit de ses longues veilles et de ses pénibles labeurs, sans avoir pu sourire à sa tardive gloire ; il meurt, emportant quelquefois dans la tombe avec lui, tout un monde d’importantes découvertes, de laborieuses observations qui eussent rendu sa mémoire immortelle ; il meurt, ne laissant à des amis, peu soucieux peut-être d’un tel héritage, que des écrits imparfaits, des ouvrages inachevés, et répétant avec le poète Chénier : « Pourtant j’avais quelque chose là !... » Il meurt, et le jour qui doit éclairer son nom d’un sublime rayonnement ne se lèvera point, ou ne luira que sur un tombeau : pensée remplie d’un amer découragement, si le Dieu, qui fait toujours payer ses dons de quelques souffrances, qui donne la douleur pour compagne inséparable au génie, ne pouvait récompenser que par la gloire incertaine du monde, l’homme qui a reçu dans son âme un rayon de l’Esprit divin.

Telles sont les douloureuses réflexions qui naissent au souvenir d’un homme à jamais célèbre, et cependant, il faut l’avouer, à peine connu dans la province où il est né. N’y a-t-il pas pourtant d’utiles leçons à tirer de la vie de François Péron qui, sorti du modeste atelier d’un tailleur d’habits, parvint, par ses talents et ses travaux, à arrêter sur lui les regards du héros dont la voix, selon l’expression du poète, donnait une secousse au monde ? N’y a-t-il pas encore ici lieu d’admirer avec quelle profonde sagesse, au milieu des inégalités inséparables de toute société, Dieu sait donner aux déshérités des biens de ce monde, les talents que leur envieront en vain de plus fortunés ? N’est-ce pas enfin faire acte de patriotisme que de rappeler à un pays le nom d’un homme qui fait sa gloire, et dont il doit être à jamais fier ?

Inspiré par ces sentiments, nous avons essayé d’écrire l’éloge de notre illustre et malheureux concitoyen. En esquissant la vie aventureuse de ce voyageur, mort, comme Achille Allier, cette autre gloire du Bourbonnais, avant d’avoir pu mettre le sceau à sa réputation, nous ne nous sommes dissimulé ni la difficulté du sujet, ni la grandeur de l’entreprise. Mais l’exemple de Péron lui-même nous a donné courage. Au risque d’être accusé de témérité, nous nous sommes résolument mis à l’œuvre, et nous venons apporter à un compatriote l’hommage, sinon magnifiquement exprimé, du moins sincère et vrai, de notre admiration ; heureux si nous pouvons contribuer, pour une faible part, à faire connaître son nom et ses ouvrages.

I

Naissance de Péron. — Ses parents. — Premières années. — Au Collége. — Chez le curé de Cérilly. — Il s’engage. — Départ pour l’armée du Rhin. — Siège de Landau. — Levée du blocus. — Horatius Coclès. — Passion pour l’étude. — Bonté d’âme. — Il est fait prisonnier. — Sa captivité. — Retour à Cérilly.

François Péron, qui devait plus tard se rendre illustre comme naturaliste et comme voyageur, naquit à Cérilly, petite ville du département de l’Allier, le 22 août 1775. Dès sa plus tendre enfance, il montra un vif désir de s’instruire. Les ruses que les autres enfants mettent d’ordinaire au service de leur paresse, il les employait pour se livrer à l’étude. Le jour ne suffisait pas à son ardeur passionnée ; la nuit même était consacrée à la lecture. Comme on lui refusait de la lumière, de peur que la prolongation immodérée de ses veilles ne nuisit à sa santé, souvent on le surprit, à une heure avancée de la nuit, épelant péniblement les pages d’un livre que la lune éclairait à peine.

L’élan studieux de cette jeune imagination semblait devoir être arrêté par la pauvreté, cette dure nourrice qui parfois étouffe dans ses rudes étreintes le talent ou le génie, mais qui parfois lui prête un nouveau lustre et le fait briller d’un plus vif éclat, si l’homme sait lutter avec courage. La famille du jeune écolier, qui avait autrefois joui d’une heureuse aisance, était à cette époque dans un état voisin de l’indigence : François Péron, son père, exerçait le métier de tailleur d’habits, et sa mère, Françoise Bouchicot, tenait un de ces débits de boisson auxquels on a plus tard donné le nom de café. Pour comble de malheur, son père mourut, laissant une veuve et quatre enfants. Cette perte faillit ravir à la science l’auteur du Voyage de découvertes aux Terres Australes. On se demanda, au sein de la famille, s’il ne serait pas mieux de lui faire apprendre une profession ou un métier qui lui permettrait de se suffire à lui-même, et, au besoin, de soulager ses sœurs ; mais il employa tant d’instances, et il montrait de si heureuses dispositions, que sa mère, avec cet instinct admirable dont la femme est douée, pressentant peut-être ce que serait un jour son fils, se - rendit à ses ardentes prières, et, au prix des plus douloureuses privations, le plaça au collége de sa petite ville.

Le principal, M. Baron, homme instruit et respectable, remarquant sa promptitude d’esprit, son avidité d’instruction, sa facilité à surmonter les obstacles qui arrêtent ordinairement les enfants, s’attacha à développer les belles facultés de son élève. Ses soins eurent un plein succès. Péron, du reste, n’oublia jamais les attentions de ce modeste précepteur, et n’en parlait depuis qu’avec un attendrissement tout plein d’affectueuse reconnaissance.

A seize ans, il avait achevé sa rhétorique. Sa mère, — et quelle mère à l’âme tendre et pieuse n’a rêvé pour son jeune enfant, une vie passée à l’ombre de l’autel, dans la prière et l’amitié de Dieu ? — sa mère le poussait vers l’état ecclésiastique. Le vénérable curé de Cérilly, M. l’abbé Marchand, sur ce qu’il avait déjà ouï des succès du jeune humaniste au collége, le reçut dans sa maison et lui apprit la philosophie et la théologie ; temps singulièrement choisi pour les études calmes et religieuses que l’année 1792 !

Jusqu’alors absorbé parles préoccupations classiques, et confiné dans une petite ville dont rien encore n’avait troublé la quiétude parfaite, Péron ignorait les graves événements qui agitaient la France. Il ne les apprit pas sans admiration. Jeune, ardent, séduit par ces grands mots de patrie et de liberté qui feront toujours battre un cœur de vingt ans, exalté encore par les exemples de dévouement et les traits de courage qu’il avait lus dans l’histoire ancienne, il se prit d’amour pour une révolution pure de tout excès dans son commencement, et qui s’annonçait sous de si beaux auspices.

C’était l’époque où la guerre venait d’être déclarée aux puissances coalisées ; où l’Assemblée législative, proclamant la patrie en danger, votait la formation d’un camp de vingt mille hommes sous les murs de Paris ; où les jeunes gens, pieds nus, en haillons, mal armés, couraient à la frontière, répétant avec ivresse l’hymne ardent de la Marseillaise, ce cri de haine contre l’étranger, dont les strophes guerrières, mêlées depuis aux clameurs des factions, sont devenues le signal des discordes civiles.

Au milieu de cette fièvre d’enthousiasme et de patriotisme, les leçons du bon curé ne furent pas longtemps écoutées, et le futur lévite, suivant l’élan général, malgré les larmes de sa mère et de ses sœurs, partit le 28 septembre 1792 pour Moulins, où il s’enrôla dans le 2e bataillon de l’Allier. Ses compagnons d’armes, pleins d’admiration pour sa bouillante ardeur, au moment où, officiers et soldats, tout s’improvisait, lui offrirent un commandement dans leur troupe. Péron se contenta d’accepter l’humble grade de caporal.

Après avoir passé à Moulins les quatre mois nécessaires à son organisation, le bataillon de l’Allier fut dirigé sur la frontière du Rhin, et bientôt désigné pour marcher au secours de Landau, qui était étroitement serré, depuis le mois d’avril 1793, par les Autrichiens sous les ordres du général Wurmser. Il fut même obligé, pour s’introduire dans la place, de traverser l’armée des assiégeants. On connaît l’héroïque contenance de la garnison.

Dès le commencement du blocus, les soldats avaient fait, avec leur brave commandant, le général Gilot, le serment de s’ensevelir sous les ruines de la forteresse plutôt que de la rendre. En vain le Prince Royal de Prusse, pour en finir avec une ville dont la résistance compromettait le succès de la campagne, commença un bombardement qui dura deux jours ; en vain une famine affreuse se joignit aux ravages qu’avaient causés deux mille bombes lancées par l’ennemi ; en vain des propositions honorables furent faites ; les promesses et les menaces, les bombes et la famine, rien ne put ébranler cette poignée de braves. Ils demeurèrent fermes dans leur serment de ne rendre qu’avec la vie le poste que la République leur avait confié. Cependant, en dépit de leur courageux dévouement, Landau allait succomber, quand le jeune Hoche, malheureux mais brave à Kaiserlautern (29 novembre), fut nommé général en chef des deux armées réunies du Rhin et de la Moselle. Il se jette aussitôt sur Wurmser, le repousse au-delà de Wissembourg, oblige Brunswick à suivre ce mouvement rétrograde, et, le 27 décembre, délivre Landau.

Pendant les huit mois que dura ce blocus, les assiégeants firent de vigoureuses sorties. Péron y montra une intrépidité et un sang-froid qui lui méritèrent le grade de sous-officier. Mais son bonheur ne répondit pas à sa bravoure ; pendant le siége, il perdit l’œil droit. Cet accident ne lui ôta rien de sa vivacité et de la bonne humeur naturelle au soldat ; il en plaisantait lui-même le premier ; et, lorsqu’il s’agit, comme c’était l’usage à cette époque, d’échanger son nom contre celui d’un personnage célèbre de l’antiquité, il prit le nom d’Horatius Coclès, à qui il ressemblait, moins par son infirmité que par sa valeur. Après la levée du siège de Landau, le corps dans lequel Péron avait fait ses premières armes, alla rejoindre l’armée du Rhin sous les lignes de Wissembourg.

Au milieu du fracas de la guerre, dans les agitations de cette vie qui n’était qu’une succession de combats, le jeune volontaire conserva, et même trouva moyen d’entretenir sa passion pour l’étude. Arrivait-on dans une ville, quand ses compagnons ne songeaient qu’à se procurer les choses de première nécessité, dont ils avaient bien souvent subi la longue privation, Péron se mettait à la recherche des livres, butin que personne ne songeait à lui disputer. Son sac s’emplissait de volumes qu’il lisait ensuite pendant la route, le soir, à la clarté des feux de bivouac, et, qu’à la première étape, il échangeait contre de nouveaux ouvrages, mettant ainsi, avec une imprévoyance toute militaire, dans des collections péniblement amassées, un désordre qui a dû faire gémir plus d’un bibliomane.

Dans cette campagne, avec les modiques ressources d’un soldat, il sut pourtant exercer sa bonté d’âme et son amour pour les malheureux. Souvent il partagea avec les habitants d’un pays conquis sa faible ration de pain ; et plus d’une famille, qui l’avait eu quelques jours sous son toit, en le voyant partir, l’accompagna de ses larmes et de ses bénédictions. A Dutten-Hoffen, village près de Spire, où il était tombé malade, un homme qu’il s’était ainsi attaché, et dont, par reconnaissance, il s’est plu à nous conserver le nom, Kiner, lui prodigua les soins les plus empressés et lui sauva peut-être la vie.